II. — Les Écoles
Nous avons déjà vu, à propos des hôpitaux, que la médecine y était enseignée par les médecins chargés du service de ces établissements.
Nous avons vu aussi que l’enseignement médical se faisait en dehors des hôpitaux dans des établissements particuliers. Ainsi à Damas Mohaddeb eddin ebn Dakhouar donna sa mai- .son pour y fonder une école de médecine.
On enseignait aussi la médecine concurremment avec les I autres sciences dans ces collèges, le plus souvent annexés à I une mosquée et entretenus sur les mômes fonds. (1)
Il y avait encore les écoles privées où n’entraient que les
(1) Comme encouragement aux .sciences nous n’avons pas ici à rappeler les premiers Abbassides et la famille des Barméeides, mais nous devons placer à côté do ces noms glorieux ceux de l’émir Adliad Eddoulah et de Nidham cl Moiilk.
INSJITUTIONS MÉDICALES CHEZ LES AUAIJES. 373
; élèves ag-réés par le professeur. C’est ainsi qu’Aboul l’.arakal, ' vu sa qualité d’Israélite, s’était vu refuser par Ilibat Allali, I médecin de Bag-dad, l’entrée de son école. Cependant Aboul I Barakat corrompit le concierge, et obtint dans le vestibule j une place d’où il pouvait entendre les leçons du maître. Un ; jour le professeur interrogea les élève.s, qni ne surent que répondre. Aboul Barakat s’avança et répondit si bien qu’à par- ■ tir de là Ilibat Allah lui ouvrit son école.
Ce que l’on rapporte de Fakhr eddin el Razy est prodigieux. Il marchait quelquefois dans les rues accompagné de plusieurs centaines d’élèves.
Quant à son homonyme le célèbre Razès, ou dit qu’il avait des élèves, lesquels en avaient d’autres eux-mêmes, qui en avaient à leur tour.
ün sait que les Khalifes ne dédaignaient pas d’assister quelquefois aux leçons des professeurs et à ce propos nous rapporterons un fait du même genre. Quant Ilonein ouvrit .son cours de médecine à Bagdad, le vieux Djabril ben Bakhtichou venait souvent l’entendre et disait qu’il profitait à ses leçons. Nous avons déjà dit que Honein commença l’étude de la médecine à l’école de Mésué et que celui-ci eut un moment l’intention de la lui interdire, sous prétexte que les gens de son pays, c’est-à-dire de Hira, n’avaient aucune aptitude pour les sciences.
Les fils se formaient aussi à l’école de leurs pères, et c’est ainsi que nous trouvons chez les Arabes ce que nous serions tenté d’appeler des dynasties de médecins. Telles furent les familles des Bakhtichou, des Tsabet, des Honein, des Avenzoar, ponr ne citer que les plus illustres. Quelquefois le père écrivait pour son fils. Nous avons en ce genre un Mémorial d’Avenzoar.
D’autres fois les pères donnaient des maîtres à leurs enfants, et ils leur en donnaient généralement plusieurs, soit à la fois, soit successivement, chacun d’eux n’étant chargé d’enseigner qu’une science, ün peut lire notamment dans la vie d’Abdellatif, donnée par M. de Sacy dans sa traduction de la description de l’Égypte, combien de soins on prenait pour compléter l’éducation scientifique d’un adolescent.
074 HISTOIRE DE LA. MÉDECINE AliABE. — LIVRE QUATRIÈME.
Les biographes et chroniqueurs arabes nous donnent fréquemment la liste minutieuse des professeurs qui enseignèrent à tel ou tel savant l’une des diverses branches des connaissances humaines. On trouve particulièrement de nombreux renseignements de ce genre dans la chronique d’Eddeheby (Bibliothèque de Paris, A. F. N. 753).
On nous dit aussi de tel médecin qu’il lut sous la direction de tel maître tel ou tel ouvrage fondamental, comme Hippocrate, ou Galien. C’était en effet une habitude générale de prendre un livre en renom pour base de l’enseignement et de le commenter en présence des élèves.
Dans cette longue série de siècles que vécut la médecine arabe, les traditions scientifiques forment une chaîne continue dont nous pouvons suivre les anneaux à travers les âges.
Pour la grande majorité des médecins nous savons d’où leur vint la science et à qui ils la transmirent.
Ali ben Rodhouan écrivit un livre où il prétendait qu’il était plus avantageux d’étudier la médecine dans les livres que sous un maître. En cela il fut contredit par Ebn Botlan et par d’autres. Ebn Abi Ossaïbiah, qui nous rapporte ces faits, combat aussi l’opinion d’Ali ben Rodhouan par de SO'^ lides raisons.
A une certaine époque l’usage s’établit que les professeurs donnaient aux élèves une sorte de diplôme, Idjâza, qui était une garantie d’études complètes.
Une institution religieuse, le pèlerinage de la Mekke, favorisa singulièrement la diffusion des sciences dans le vaste empire musulman. C’était une occasion pour les pèlerins de compléter leurs études, soit en achetant des livres, soit en écoutant de nouveaux maîtres, ün venait du Magreb et de l’Espagne, de la haute Asie suivre les écoles de l’Egypte; de l’Irak et même de la Perse, quand un professeur y était en renom. L’hospitalité arabe et les fondations pieuses étaient une ressource précieuse pour ces voyages scientifiques. Nous connaissons aussi des médecins qui offrirent une large hospitalité à des savants pauvres.
Nous allons maintenant céder la parole à l’un des hommes