‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 26 sur 199 · LES XVX LIVRES CHEZ LES ÉCRIVAINS MODERNES. T · texte numérisé non relu

LES XVX LIVRES CHEZ LES ÉCRIVAINS MODERNES. T

tenfeld il opérait autant que possible sur Casiri, au lieu d aller prendre directement tous ses renseignements dans les originaux qu’il avait en main.

Dans son travail sue le Zâdel Moçafir d’Ebn Eddjezzar, à propos des attributions indûment faites à Constantin et particulièrement du Pantegni, M. Daremberg reproduit d’après Constantin la liste des XVI livres et dit en note ;

« Cette énumération fort intéressante pour connaître l’état des études médicales du temps de Constantin manque dans Ali Abbas ; il me faudrait plus de temps et d’espace que je n’en ai aujourd’hui pour la commenter dans tous ses détails ou pour la rectifier dans certains points, v On voit que M. Daremberg s’est mépris à l’endroit dos XVI livres qu’il rattache à l’époque de Constantin. En eûtil abordé la discussion, étranger qu’il était aux sources arabes, il eût infailliblement échoué, quand nous voyons tant d’orientalistes passer à côté de la question.

Il y avait cependant un siècle et demi qu’on pouvait lire dans Freind, qui avait reçu des traductions partielles de Salomon Negri ; » Abi Osbaia, le biographe arabe, fait mention de sept médecins d’Alexandrie, entre lesquels Étienne est l’un de ceux qui ont rédigé les œuvres de Galien en 16 livres, et qui, selon les différents sujets, les ont encore divisés en sept classes. 11 ajoute que lire ces livres était leur unique étude, et qu’ils faisaient aussi leur unique occupation de les commenter et de les expliquer à leurs auditeurs. » Traduction française, II, 400.

Il n’entre pas dans notre sujet de faire l’histoire des derniers médecins de l’école d’Alexandrie. Nous aurons, du reste, plus tard l’occasion d’en dire quelques mots, à propos des traductions qui furent faites de leurs œuvres. Nous réservons la notice d’Ahroun pour la placer à côté de celle de son traducteur en langue arabe.

Cependant il est un homme que nous ne saurions passer sous silence, par la raison que son nom reste inséparable d’un évènement dont nous allons parler, l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie, et cet homme est Jean le Grammairien, autrement dit Jean Philoponus.

no HISTOIRE DE LA MIÎnEOrNE ARABE. - LIVRE PREMIER.

Jean le Grammairien et la Bibliothèque d’Alexandrie.

Un des évènements qui ont fait le plu.s de bruit dans l’histoire et qui ont été le plus contestés est l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie par les Arabes. D’autre part une des existences contemporaines de cet évènement les plus curieuses et les moins connues est celle de Jean le Grammairien, autrement dit Philoponus.

Nous allons nous occuper de l’im et de l’autre dans les limites que comporte notre travail et mettre au jour des documents inédits tirés des écrivains arabes.

L’historien des Dynasties, Aboulfarag-e, a passé jusqu’à présent pour le premier ou le seul auteur qui ait raconté, du moins formellement et in extenso, l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie par les Arabes. Tel est son récit :

■c Jean le Grammairien vécut jusqu’à la prise d’Alexandrie par Amrou ben el Aas. Celui-ci ayant reconnu son mérite et sa science le tint en considération. Il aimait à s’entretenir avec lui de philosophie, chose nouvelle pour les Arabes. Or Amrou était un homme intellig'ent et d’une conception facile. Jean lui dit un jour; TÙ as inspecté tous les édifices d’Alexandrie et mis sous le séquestre tout ce qu’ils renferment. Je n’ai rien à dire des choses qui te conviennent, mais il en est qui sont sans utilité pour vous et qui en ont pour nous. — Quels sont ces objets, dit Amrou ? — Ce sont, répondit Jean, les ouvrag-es de philosophie qui se trouvent: dans les Bibliothèques de l’État. — Je n’en puis disposer, répondit Amrou, sans un ordre du prince des croyans. Omar ben Khattab.

La demande de Jean fut transmise à Omar, qui répondit; Quant aux livres dont tu as parlé, si ce qu’ils contiennent est conforme au livre de Dieu, le livre de Dieu nous suffit ; si au contraire il est contraire au livre de Dieu, nous n’en avons que faire, il faut les détruire. En conséquence Amrou fit distribuer les livres aux bains d’Alexandrie pour allumer

LA BIBLIOTHEQUE d’ ALEXANDRIE. 57

le feu et l’on en brûla pendant six mois. Apprenez ce qui s’est passé et soyez stupéfaits ! >>

A ce récit on a objecté qu’il ne se rencontrait que dans Aboulfarage, et nullement dans les écrivains arabes ; puis on est allé jusqu’à supposer qu’Aboulfarage, en sa qualité d’évêque, aurait bien pu l’inventer de toute pièce pour charger la mémoire des Arabes d’un fait odieux.

A cette dernière imputation nous pouvons répondre qu Aboulfarage écrivit ses Dynasties avec assez d’impartialité pour mériter l’estime des Musulmans. Pocock en donne une preuve entre autres, à savoir quelques lignes qui terminent un exemplaire de ce livre et qu’il croit de la main d’Ebn Khallican ;

« L’auteur de ce livre était un homme qui avait beaucoup lu, qui s’était appliqué avec fruit à l’étude de sciences variées, qui avait acquis dans la médecine une si rare habileté qu’on venait des contrées de l’Occident pour le consulter ; bien qu’il fut chrétien, il compta parmi ses élèves un grand nombre d’hommes distingués d’entre les Musulmans, y On lit encore qu’il passait pour s’être fait Musulman dans ses vieux jours, ce qui de la part d’un écrivain musulman semble vouloirMire qu’il ne lui manquait pour être parfait que d’avoir embrassé l’Islamisme.

Quant à la première objection, nous répondrons avec M. de Sacy (1) que l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie parles Arabes, bien qu’il ne soit pas raconté avec les mêmes détails, n’en est pas moins relaté sommairement par un écrivain arabe d’une grande valeur, Abdellatif, qui dit formellement que Amrou ben el Aas brûla la bibliothèque d Alexandrie avec la permission d’Omar, et nous ajouterons ' que Abdellatif était antérieur à Aboulfarage, attendu qu’il mourut en 1231.

Nous apprenons d’Ebn Khaldoun, éminent et grave historien, que des faits identiques se passèrent en Perse à propos des livres des Mages. Une lettre fut pareillement adressée au Khalife Omar et la réponse fut faite dans les mêmes termes.

(1) Relation do l’Kgvpte, 240.

58 lilSTOIEB DE LA MÉDECINE AEABE. — LIVRE PREMIER.

Enfin Makrizy et Hadji Khalfa rapportent que des bibliothèques furent brûlées par les Arabes aux premiers temps de l’Islamisme.

Nous concluerons, avec M. de Sacy, que les témoig-nag-es plus ou moins explicites que nous venons de produire, invalident l’objection faite contre le récit d’Aboulfarag-e.

Mais il y a plus, et nous pensons qu’il ne restera plus rien de cette objection quand nous aurons dit ceci ; Le récit d’Ahoulfarage est emprunté de toute pièce et littéralement au Kitab el hokama de Djemaleddin.

Nous avons constaté cet emprunt tant dans l’exemplaire de Paris, n“ 672 du supplément 145, que dans l’exemplaire de l’Escurial, n“ 1778, qui n’est autre que la Bihliotheca philosophorum de Casiri, d’où il a tiré tant de notices.

Nous disons que l’emprunt est fait de toute pièce, car on y rencontre aussi l’exclamation finale ; Apprenez ce qui s’est passé et soyez stupéfaits ! exclamation qui ne saurait nous étonner dans la bouche de Djemaleddin, l’illu.stre et passionné bibliophile.

Nous aurons plus tard à revenir sur ces emprunts d’Aboulfarage au Kitab el hokama, emprunts ignorés de Casiri, reconnus seulement dans ces derniers temps, et qui se montent à une centaine de notices. On s’étonnera moins du silence d’Aboulfarage sur l’origine de ces emprunts, malgré qu’il ait parlé deux ou trois fois de l’auteur, si l’on se rappelle que c’est là un procédé assez répandu chez les Arabes.

Ce passage est extrait de la biographie de Jean le Grammairien, lahya Ennahouy, que personne jusqu’à nous ne paraît encore avoir consultée. Ce n’en est pas moins une des notices les plus longues et les plus intéressantes du Kitab el hokama, et elle fournit de curieux renseignements, que nous mettrons bientôt à contribution, sur la personne de Jean le Grammairien, dont la biographie nous paraît encore à faire.

Aboulfarage n’a reproduit qu’un fragment de cette notice, où l’on trouve encore des renseignements plus ou moins conformes à la tradition classique sur l’ancienne bibliothèque des Ptolémées. Djemaleddin les avait puisés dans le

JEAN LE GEAMMAIEIEN. 59

Fihrist de Mohammed ben Ishaq, et c’est là aussi qu’a puisé l’historien des médecins, Ebn Abi Ossaïbiah.

Il faut remarquer cependant que Mohammed ben Ishaq et Ebn Abi Ossaïbiah ne parlent pas de l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie par les Arabes.

Djemaleddin puisa-t-il à d’autres sources que connut sans doute Abdellatif, qui mentionne le fait sommairement? ou bien le silence des deux écrivains précités fut-il commandé par un sentiment de pudeur nationale qui ne put retenir la plume de notre bibliophile ?

Les études orientales élargissent incessamment leur cadre et défrichent tous les jours des terrains inexplorés. On peut espérer que de nouvelles lumières viendront éclairer ces questions. Quoi qu’il en soit, historien impartial de l’école arabe, nous avons dit tout ce qui est à sa charge comme tout ce qui est à sa louange.

Pour nous résumer, nous dirons avec M. Matter (1) que l’existence et l’incendie d’une bibliothèque dans Alexandrie, au temps d’Omar, est un fait à rétablir dans l’histoire.

La personnalité de Jean le Grammairien fut aussi l’objet de controverses. On a contesté que Philoponus ait pu vivre jusqu’à l’arrivée des Arabes devant Alexandrie. A cela nous répondrons avec M. Matter que l’on a confondu Jean Philoponus avec un autre Jean qui fut l’auteur de l’hérésie des Trithéistes. Certains documents arabes semblent avoir fait la même confusion.

Quant à l’identité de Jean le Grammairien des Arabes avec Jean Philoponus elle ne saurait être mise en doute. Les Arabes connurent ce surnom de Philoponus et même ils en connurent l’étymologie. De plus l’énumération qu’ils font de ses ouvrages concorde avec ce que l’on sait d’ailleurs. Les renseignements copieux qu’ils nous donnent fourniraient la matière d’une intéressante biographie.

Jean fut d’abord batelier. Il transportait les habitués de l’école située dans une île d’Alexandrie. Leurs entretiens lui donnèrent le goût de la science. Il avait alors quarante ans.

(1) Histoire de l’Ecole d’Alexandrie, I, 342,

Il n’en vendit pas moins sa barque et se mit à suivre les cours et devint lui-même un savant. Ses travaux se dirigèrent principalement vers Aristote.

On peut lire dans Ebn Abi Ossaïbiali la liste de ses commentaires et les retrouver dans la Bibliothèque de Fabricius. Son commentaire sur la physique ne comprenait pas moins de dix volumes et Djemaleddin, dans le Kitab el hokama, nous apprend qu’il fut en sa possession. Dans cet écrit, il nous donne la date de sa composition, l’année 343 de l’ère de Dioclétien, ce qui nous reporte en l’année 626 de l’ère chrétienne. Djemaleddin ajoute ; Il s’est donc écoulé plus de trois siècles depuis Jean jusqu’à nous et il paraît qu’il écrivit cet ouvrage dans sa jeunesse. Jean fournit donc une longue carrière.

A côté des commentaires sur Aristote il faut citer encore sa réfutation de Proclus, que Djemaleddin possédait dans sa bibliothèque ; ses commentaires sur Porphyre, sur les vers dorés de Pythagore, etc.

Nous avons déjà parlé de ses commentaires sur les XVI livres de Galien. Il en fit aussi sur les livres de l’Usage des parties, de la Thériaque, de la Saignée et il écrivit un traité sur le pouls. On le trouve cité dans le Continent de Razès.

Il écrivit enfin sur les annales de la médecine et nos historiens invoquent plus d’une fois son témoignage dans les questions de chronologie.

Nous aurons à revenir sur Jean le Grammairien à propos des traductions.

Premières Traductions. — Les Alchimistes.

Si la grande bibliothèque était détruite il restait encore des savants et des livres dans Alexandrie. Jean le Grammairien survécut à l’entrée des Arabes, mais nous ignorons quel fut le terme de sa carrière. Parmi ses collaborateurs à l’œuvre des XYI livres de Galien, nous en verrons deux qui, par des traductions, se firent les initiateurs des .^rabes àlascience grecque.

PREMlÈliES TKADL'CTIOKS. LES ALCHIMISTES. 01

Un autre médecin qui nous est donné comme enseignant la médecine, se fit musulman et s’attacha à la personne d’Omar.

La science grecque, qui avait déjà séduit Amrou, fit bientôt une conquête encore plus importante et plus féconde, celle d’un prétendant au Khalifat, Khaled ben Yezid.

La passion de Kbaled ne fut pas une admiration stérile. Désirant entrer en possession de la science grecque, il invita^ les derniers savants qui se trouvaient encore dans Alexandrie à traduire les livres des Grecs en arabe. Mais que ce fut par , le fait de ces savants ou par le fait de Khaled, ces traductions î qui s’adressèrent aussi aux ouvrages d’astronomie et de médecine, embrassèrent plus particulièrement les ouvrages d’alchimie. Ces deux causes furent sans doute enjeu, attendu que nous voyons d’une part celui de ces traducteurs qui nous est désigné nominativement, compter parmi les adeptes de l’art, et que d’autre part nous voyons Khaled provoquer aussi des traductions de la langue du pays, cette terre classique delà science hermétique.

L’alchimie, chez les Arabes, est un legs direct et immédiat de l’école d’Alexandrie. Ce sont ses derniers savants qui l’ont importée chez les Arabes où elle produisit des fruits soudains et merveilleux. Les études hermétiques marquent le premier éveil de la pensée arabe et ce fut par son côté le plus faible qu’ils ont attaqué la science antique.

Chose étrange! nous voyons tout d’abord deux grands personnages appartenant aux familles qui se disputaient l’empire, un Ommaide, un Khalife désigné, Khaled ben Yezid ; un Alide, un Imam, Djafar es Sadiq, se passionner pour l’alchimie, et le dernier former comme élève le fameux Géber qui en est resté la plus haute expression.

Le cachet original des origines de l’alchimie chez les Arabes n’a pas encore été remarqué. Des noms légèrement altérés dans les traductions latines et qu’un peu d’attention suffisait pour restituer et rétablir à leur place, ont été méconnus. Les créateurs de l’alchimie chez les Arabes ont été rajeunis de trois siècles et transportés bien loin après leurs disciples. C’est ainsi que les historiens de l’alchimie ont méconnu la filiation des faits et sont allés chercher des origines fabu-

b2 mSTÜlHE DK LA. MÉDECINE AKABE, — LIVRE PREMIER.

leuses à Byzance, tandis qu’il fallait rester sur le sol d’Alexandrie.

Si de telles erreurs se comprennent chez l’auteur de V Alchimie et les Alchimistes, elles se comprennent moins chez l’auteur de l’Histoire de la chimie, qui nous a donné de bonnes études sur les alchimistes g-recs et qui paraît avoir une porte ouverte sur l’Orient.

On sait que l’Egypte est le berceau de l’alchimie et la patrie d’Hermès, qui donna son nom à la science. Elle ne cessait d y être cultivée, au point que Dioclétien en prit ombrag-e et craignit que les ressources qu’elle pouvait créer ne fournissent des armes à la révolte. Ces traditions se maintinrent pendant toute la durée de l’école et nous allons les voir représentées par ses derniers savants, qui les transmirent aux Arabes.

Toujours vivaces, comme nous allons le voir, elles grandirent subitement sous l’impulsion de Khaled et atteignirent bientôt leur apogée dans la personne de Géber.

ADFAR ET MOEIENÜS.

Voici en résumé ce qu’on lit dans uii opuscule intitulé : Liher de composione Alchemiœ, quem edidit Morienus romanus Calid régi Ægyptiorum, et qui fut traduit de l’arabe en latin sur la fin du XII® siècle.

Il y avait à Alexandrie un philosophe chrétien, du nom d’Adfar, qui avait consacré de longues années à étudier le livre d’Hermès, et dont la renommée s’était répandue jusqu’à Rome.

Un jeune romain, du nom de Morienus, en ayant entendu parler, quitta sa famille et se rendit à Alexandrie, où il devint le disciple d’Adfar qui lui révéla tous ses secrets. Quelques années après, Adfar étant mort, l’Egypte était gouvernée par Macoya, Celui-ci fut remplacé par son fils Gezid, qui le fut par son fils Calid. Or Calid était un prince passionné pour la science. Il entretenait plusieurs savants et philosophes desquels il espérait apprendre la doctrine d’Hermès et

AOl'AIi ET MüRIE.NÜS.

particulièrement l’explication du livre d’Adfar. Morienus, qui s’était retiré, à la mort d’Adfar, dans un ermitage près de Jérusalem, entendit parler de Calid et vint le trouver à deux reprises. Morienus nous a laissé le récit de son entretien avec Calid dans un opuscule qui fait suite au premier.

Il nous apprend qu’il se retira dans la solitude quatre années après la mort du, roi Hercule, c’est-à-dire de l’empereur Héraclius, ce qui lui suppose une longue existence.

Nous sommes étonné que dans Calid, fils de Gezid, fils de Macoya, les historiens de l’Alchimie n’aient pas reconnu Klialed ben YezidhenMaouya, et qu’il aient reculé l’existence de Morienus jusqu’au onzième siècle. N’auraient-ils pas dù aussi s’arrêter au nom d’Héraclius? Quant au nom de roi donné à Calid, bien que Khaled ben Yezid n’ait pas régné, il est possible que, dans le cercle de ses intimes, le titre de Khalife lui ait été donné et que son installation ait été en rapport avec ses espérances.

Avant de parler de Khaled, d’après les documents arabes, dégageons d’abord les deux personnalités moins importantes d’Adfar et de Morienus.

Nous croyons qu’il y a de fortes présomptions pour admettre l’identité d’Adfar et d’Ebn Abjar , dont le nom, comme tant d’autres, aura pu être altéré par les traducteurs. Ebn Abjar noua est donné comme professeur à Alexandrie lors de l’invasion arabe. Ne serait-ce point là le savant qui fit faire à Morienus le voyage d’Alexandrie ? Ebn Abjar se fit musulman. Cette apostasie ne serait-elle point un des motifs qui auraient engagé son disciple à se retirer du monde ?

Quant à Morienus une difficulté se présente. Peut-oii le confondre avec le Morienus dont parlent le Fihrist, le Kitab el hokama et l’histoire des médecins, que nous avons vu concourir à la rédaction des XVI livres de Galien ? Le doute est permis.

Ebn Khallicau et Hadji Khalfa s’accordent à donner le nom de Mourianous ou Marianous à l’initiateur de Khaled dans la science du grand œuvre.

Voici ce que dit le premier dans la notice de Khaled ; Il apprit l’œuvre d’un moine grec, roumy, du nom de Mou-

rianous, et parmi les trois livres qu’il a composés, l’un deux est consacré au récit de ses relations avec lui.

A propos de l’alcliimie et de la faible quantité d’élixir ou pierre philosophale nécessaire pour la transmutation des métaux, Hadji Khalfa cite un mot de Morienus, maître de Khaled ben Yezid. Au n» 12,698, il cite un livre d’alchimie composé par Morienus pareillement qualifié de maître de Khaled.

Les écrits de Morienus ont été traduits en latin en 1182, dit Leng-let Dufresnoy, dans l’histoire de la philosophie hermétique, par Robert Castrensis, que M. Jourdain, dans ses Recherches sur les traductions d’Aristote, pense être le même que Robert de Retines. Nous ne savons pour quelle raison M. Hoefer a traduit par Robert de Chartres. M. Jourdain pense que la traduction de Khaled est du même auteur.

Nous avons vu Étienne d’Alexandrie figurer parmi les médecins qui rédigèrent les XVI livres de Galien. Cet Étienne ne nous paraît pas pouvoir être différent de celui qui, d’une part, nous a laissé des ouvrages d’alchimie en grec, et de i’autre nous est donné par les Arabes comme ayant traduit du grec en arabe des ouvrages d’alchimie pour Khaled ben Yezid, bien que l’identité ne soit pas littéralement formulée.

ÉTIENNE d’aLEXANDRIE OU l’anCIEN ET KHALED BEN YEZID.

Le rédacteur des XVI livres est dit Étienne d’Alexandrie ; de même aussi l’auteur des ouvrages d’alchimie qui nous sont parvenus sous ce nom. Les Arabes l’appellent Étienne l'Ancien, pour le distinguer d’Étienne, fils de Basile, qui fut aussi traducteur, notamment de Dioscorides, mais qui vécut au moins un siècle plus tard.

Étienne l’Ancien figure en tète de la liste des traducteurs donnée dans le Fihri.st, avec cette mention : « Il traduisit pour Khaled ben Yezid des ouvrages d’alchimie et d’autres matières. » Ce fait qui donne de l’importance à Étienne n’en a pas moins été méconnu par Weurich. Ce fait a aussi son importance historique.

ÈTIENNli d’ ALEXANDRIE ET KHALED BEN YÉZID. (55

Il prouve que les traductions du g-rec en arabe commencèrent beaucoup plus tôt qu’on ne le croit g'énéralement.

Un autre passage du Fihrist est plus explicite.

Il y est dit que Klialed ben Yezid fut le premier pour lequel on traduisit des livres de médecine, d’astronomie et d’alcliimie. Ailleurs il est dit que ces traductions portèrent sur les livres grecs et coptes ou égyptiens.

Étienne fut le principal agent de ces traductions et c’est j le seul dont le nom nous ait été conservé. f

Nous lisons dans Hadji Khalfa qu’Étienne le grec, d’A- ' lexandrie, traduisit aussi la Logique et les Catégories d’Aristote.

Il nous est resté •d’Étienne des ouvrages d’alcliimie, les uns en manuscrits grecs et les autres en traductions latines.

Déjà Vanderlinden [De scriptîs medicis, liber primus, 435) en signalait un à Leyde sous le titre : De divina et sacra arte chrysopœæ.

Ce manuscrit est sans doute le même qui se trouve à Paris dans les n“ 2275, 2325, 27 et 29 du fonds grec de la Bibliothèque nationale.

Dans le n” 2275 cet opuscule commence au verso du f“ 21 et finit au verso du f» 55. Il e.st suivi d’un traité de chimie do Zozyme avec figures. Tel est le titre latin donné par le catalogue: 6° Stephani philosophici œcumenici de divina et sacra arte auri conficiendi lectiones novem ad imperatorem Heraclium,

Étienne figure sous forme de traduction latine dans la Bibliothèque chimique de Manget. Ainsi, à la page 472, du premier volume, on lit : Questio Herculis régis à Stephano alexandro. Puisque tu es le prince des philosophes de .notre temps, dit Héraclius à Étienne, que penses-tu de l’or, du cuivre, du mercure, du plomb, du fer, etc ? Les réponses sont courtes et substantielles.

Les mots; Herculis regis, nous font supposer que la traduction s’est faite de l’arabe.

Plus loin nous trouvons encore une page sous le titre ; Dicta Stephani.

Khaled ben Yézid ben Moaonyah, par la liante fortune qui l’attendait et qui lui fut ravie, ce dont il se consola nobleblement, est une des figures les plus originales et les plus intéressantes de l’iiistoire.

Son père, le Khalife Yézid, mourut en 683, âgé de moins de quarante ans. Moaouyah II, frère de Khaled, recueillit l’héritage paternel et nevécut que quelques mois. Khaled eut bien quelques partisans, mais Mérouan finit par être proclamé Khalife, Khaled ayant été trouvé trop jeune, à la condition toutefois qu’il succéderait immédiatement à Mérouan. A défaut de date nous voyons approximativement jusqu’où doit remonter la naissance de Khaled : il devait avoir alors de quinze à vingt ans. Cependant Mé^uan oublia sa promesse et désigna son fils Abd el Malek pour lui succéder. Khaled en fit des reproches à Mérouan, qui avait épousé sa mère a son avènement au trône. Mérouan s’oublia jusqu’à traiter Khaled de bâtard. Khaled irrité rapporta ce propos à sa mère qui se vengea en donnant du poison à Mérouan, ou selon d autres, en l’étouffant sous des coussins pendant son sommeil. Mérouan avait régné moins d’une année. Khaled renonça dès lors au pouvoir et consacra les vingt années qu’il survécut, sa mort étant arrivée en 704, à encourager les savants et cultiver la science et particulièrement l’alchimie.

Un homme qui fut un éminent historien, mais qui vécut à une époque de décadence et dans les contrées les moins éclairées de l’islamisme, qui mena du reste une vie trop agitée pour être un érudit, Ebn Khaldoun a contesté que Khaled ben Yezid ait cultivé la science hermétique. On attribue, ditil, certains procédés de l’art et certains dictons qui s’y rapportent a Khaled ben Yezid ben Moaouyah, beau-fils de Merouan, mais comme nous savons parfaitement bien que Khaled était de la race arabe bédouine et que la civilisation de la vie nomade lui était bien plus sympathique, il a dù ignorer complètement les sciences et les arts. (1)

Nous ne comprenons pas lé raisonnement d’Ebn Khaldoun,

(1) Prolégomènes, traduits par M. De Slane. Notices et Kxtraits, XXL 207.

ÉTIENNE D’ALEXA.NDRtE ET KHALED BEN YIÎZID. GT

qui est la négation de la liberté et de la spontanéité lininaine, que l’on constate chez les races aussi bien que chez les individus.

Nous ne comprenons pas davantage certains écrivains moderneSj qui ont pour habitude de caractériser les races par les faits de leur enfance, sans tenir compte de leurs évolutions ultimes ; qui prétendent qu’un artiste, un poète doivent fatalement reproduire, comme un photographe, le milieu dans lequel ils vivent et grandissent. Mais n’est-ce pas, aujourd’hui surtout, un fait général que l’ascension spontanée des individus à des sphères plus élevées ? Ne voit-on pas tous les jours des familles d’artistes et de savants s’éteindre, tandis que d’autres montent et s’épanouissent? Sur le terrain de la médecine, ne voyons-nous pas aujourd’hui la plupart de nos grands maîtres sortir de la pauvreté et arriver par le travail à une vieillesse florissante et glorieuse ? Nous insistons d’autant plus volontiers qu’oit a dit trop souvent que les Arabes n’avaient pas le génie scientifique, comme s’il ne fallait pas pour les juger embrasser la plénitude de leur existence et de leurs manifestations, au lieu de se borner h une phase de leur enfance.

Ebn Khaldoun ajoute *: On n’avait encore publié ni même traduit les écrits laissés par les savants qui s’étaient adonnés à la culture des sciences telles que la physique et la médecine.

Ebn Khaldoun fait ici preuve d-’ignoraitce, mais on est encore plus étonné de lire quelques pages plus loin les lignes suivantes : La philosophie est une science vaine en elle-même et nuisible dans sou application.

Aux assertions téméraires d’un historien du XIV” siècle, nous allons opposer le témoignage formel d’un auteur compétent et plus rapproché des faits, car il vivait au X' siècle. Cet homme est l’auteur du Fihrist, assez explicite sur Klialed ben Yézid. Il en parle à plusieurs reprises. Et d’abord : Khaled ben Yezid, appelé le philosophe des Méroüanides, était un homme distingué, ami des sciences et cultivant le grand art. Il réunit les savants grecs restés en Egypte et leur fit traduire les ouvrages d’alchimie du grec et du copte en

arabe, « et ce furent là les premières traductions d'une langue dans une autre qui se firent dans l’Islam. »

Et ailleurs ; Le premier qui fit traduire les anciens ouvrages d’alchimie fut Khaled benTezid. C’était un homme éloquent, poète, intelligent et judicieux. Ce fut le premier pour lequel on fit des traductions de livres de médecine, d’astronomie et d’alchimie. On rapporte qu’on iui fit cette observation ; Qu’avais-tu à faire de t’occuper d’alchimie? Ce à quoi il répondit; J’espérais le Khalifat et on me l’a enlevé. 11 ne me reste que le grand œuvre pour être utile à mes frères et à mes amis.

J’ai vu, dit Mohammed ben Ishaq, quatre livres de Khaled, la grande et la petite feuille, ses conseils à son fils, plus un autre (dont le titre est illisible). Il écrivit aussi des poésies sur l’art et j’en ai vu environ cinq cents feuilles.

Nous avons déjà vu que Mohammed place en tête des traducteurs Étienne, et il ajoute ; Ce fut lui qui traduisit pour Khaled ben Yézid des ouvrages d’alchimie et d’autres matières.

Ehn Khallican dit que Khaled était savant dans la médecine et dans l’alchimie et qu’il écrivit sur ces deux sciences. Il fut instruit dans l’art par le moine grec Marianous, et de ses trois écrits l’un est consacré à reproduire ses rapports avec Marianous. Je pourrais en dire plus long, ajoute Ebu Khallican, mais ce n’est pas le lieu.

Le récit de l’entretien de Khaled avec le moine Marianous est cité dans Hadji Khalfa, sous le n» 12,698.

Hadji Khalfa cite au n” 10,133, un autre livre de Khaled, intitulé le livre de la Miséricorde, divisé en quatre parties ; De la connaissance des peines, des poids, du régime, des propriétés. On trouve encore au n° 7114, le livre de l’Art admirable sur l’explication des secrets de l’alchimie.

Enfin, sous le n” 9010, nous trouvons la mention du Paradis de sagesse, poème hermétique de Khaled ben Yézid, le prince philosophe, qui ne contient pas moins de 2315 vers.

Le Divan de Khaled existe à la Bibliothèque de Béchir Kislar Aga. Hadji Khalfa, VII, p. 205.

Il nous reste de Khaled trois livres en

traduction latine :

DJA-I'AR ESSAMQ.

Le livre des secrets, le livre des trois paroles, son entretien avec Morien.

Le livre des secrets est un petit traité méthodique et substantiel, divisé en 16 chapitres. On y trouve une citation de Géher, qui ne saurait être qu’une interpolation.

Ces opuscules se trouvent dans les recueils hermétiques, et quelquefois imprimés à part et même traduits en français.

Terminons par une dernière citation de Hadji Khalfa, V. 280: Le premier, dans l’Islam, qui s’occupa de la science chimique, en composa des livres, donna la composition de l’élixir et étudia les livres de philosophie fut Khaled hen Yézid, et le premier après lui qui s’illustra dans cette science fut Géber, qui la tenait de l’imam Djafar Essadiq.

DJAFAR ESSADIQ.

Nous venons de voir un Ommiade se consoler de la perte d’un trône par la culture de la science, nous allons lui trouver un émule dans la famille rivale des Alides, dans son chef spirituel le sixième des Imams.

Djafar, dit Essadiq ou le Véridique, naquit en l’année 099, cinq ans avant la mort de Khaled. On lui offrit l’empire qu’il refusa, se contentant de l’imamat. Il nous est donné comme ayant écrit sur l’alchimie, mais nous n’âvons rencontré aucun ouvrage sous son nom.

Toutefois on le trouve assez fréquemment cité comme autorité dans les ouvrages hermétiques, et il est bien établi qu’il eût pour disciple le fameux Géber.

On a prétendu, mais à tort, que le maître de Géber était Djafar le Barmécide. Nous avons la preuve du contraire. Il existe à la bibliothèque de Paris un manuscrit sous le nom de Géber, coté n“ 1080 du supplément. Géber le cite souvent et quelquefois comme son maître, oustady.

Djafar est surtout connu par des écrits relatifs à la divination, dont plusieurs nous sont parvenus et se trouvent dans les collections orientales. Hadji Khalfa en a mentionné une dizaine.

70 HISTOIRE DE LA MlioECINE ARABE. — LIVRE PREMIER.

L’un d’eux est le traité des convulsions, ikhifladj, d’après lesquelles on devine l’avenir. Il est fréquemment cité dans un ouvrag-e de ce g-eure de la bibliothèque de Paris, n“ 1008, ancien fonds.

D’autres ont trait aux songes, à l’emploi magique des lettres, à la géomancie.

Le plus connu est celui qui porte le nom de Djefr, ou de petite Djefr, car la grande Djefr est l’œuvre d’Ali, qui la reçut par révélation. Elle fut écrite sur une peau de chameau, d’où lui vint son nom, La petite n’en est qu’un abrégé fait par Djafar. La Djefr contient les destinées de l’islamisme.

D’Herbelot rapporte qu’Abou Hanifa, quand il se présentait devant Djafar était saisi d’un plus grand respect que quand il se présentait devant le Khalife Almansour. Djafar mourut en 765. En résumé, s’il nous intéresse par sa haute position et ses écrits, il nous intéresse surtout ici pour avoir été le maître de Géber.

Ajoutons qu’Ebn Khallican lui attribue cinq cents opuscules et lui donne pour disciple Géber.

OÉBER.

Si le nom de Géber est bien connu, son existence l’est beaucoup moins.

^ Tels sont les noms qu’il porte dans le Fihrist, le plus ancien document dans lequel nous l’ayons trouvé mentionné, en même^ temps que le plus explicite : Abou Abd Allah Djaber ben Hayân ben Abdallah el Koufy, surnommé Essoufy. (1)

Nous lui trouvons ailleurs, notamment dansHadji Khalfa, les surnoms de Thoussy, Tharsoussy et même Magrerby, ce qui impliquerait, sinon l’origine, du moins le séjour ù Ihous, à Tarse, dans le Magreb. Le dernier surnom se trouve deux fois dans Hadji Khalfa, mais il nous paraît suspect.

D’après le Fihrist l’opinion commune est qu’il était originom d’un autre fils.

3i Abou Moussa, du

GÉBEE.

naire de Koufa, et qu’il y pasaala plus grande partie de son existence. Toutefois le Filirist n’ignore pas qu’on le fait naître à Thous et il rapporte un propos de Razès favorable à cette opinion. Le Kitab el hokama ne lui donne que les deux surnoms de Koufy et de Soufy. Ebn Kballican, dans la vie de Djafar ajoute Tharsoussy. Le surnom de Soufy a trait à la doctrine du Soufisme, dont il était un adepte.

Nous ignorons la date de sa naissance, mais ses relations avec l’imam Djafar nous prouvent qu’il dut naître vers le commencement du VIID siècle. Hadji Khalfa le fait mourir eu l’année 776, date que nous avons en vain cherchée ailleurs, mais qui nous paraît vraisemblable. Nous avons déjà dit que dans Djafar d’aucuns avaient voulu voir Djafar le Barmécide, et que cette hypothèse était infirmée par ce que . nous lisons dans les écrits de Géber. Nous ajouterons que cette hypothèse est aussi rappelée mais combattue par Tauteur du Fihrist, et que le Kitab el hokama, dans la notice de Djafar Essadiq, lui donne pour élève Géber. Il est vrai que l’on trouve dans la liste bibliographique donnée par le Fihrist un livre dédié à Djafar ben Jahya le Barmécide, qui mourut en 802 à l’âge de 38 ans. Au cas où cette dédicace serait authentique et non une interpolation, il faudrait peutêtre reculer de quelques années la mort de Géber.

Léon l’Africain a consacré quelques lignes à Géber, à propos de la ville de Fez, où de son temps florissait encore l’alchimie ; Habent autem ejus artis multa opuscula à doctis viris conscripta, inter quos potiorem locum habet Geber, qui centum annis post Mahumetem vixit, quem natione grœcum aiunt fldem abjurasse. » (1)

On est allé souvent prendre des renseignements sur Géber dans ce passagq de Léon l’Africain : c’est la seule raison qui nous l’ait fait reproduire.

On a dit que Géber passait sa vie en voyages, craignant pour ses jours. L’auteur du Fihrist dit qu’if tient d un adepte de confiance, que Géber résidait surtout à Koufa et

J, Leonis Afrioani descriptionis Afrieæ, liber III, folio 136, >, Romæ, Anno restitutæ salut's M.D.XXYI. V. Idus Mavt.

que du temps d’Azzeddoula on trouva dans cette ville, à 1 endroit où se trouvait la maison de Géber un mortier contenant deux cents livres d’or. Il rapporte aussi que les écrivains de son temps étaient en désaccord au sujet de Géber et de son orig-ine, et que d’aucuns affirmaient que le seul authentique de ses livres était le livre de la Miséricorde. Mohammed ben Ishaq n’ajoute pas foi à ces dires. Il voit dans Géber un homme laborieux et qui a couvert deux mille pag-es de ses écrits. Il rapporte aussi que les Sabiens le considéraient comme un des leurs, et d’Herbelot croit qu’il professait le Sabisme.

Géber écrivit beaucoup. Il y avait deux catalogues de ses écrits, le grand contenant toutes ses œuvres, et le petit ne contenant que les écrits relatifs à l’alchimie. J’en ferai le recensement, dit 1 auteur du Fihrist, tant d’après ce que j’ai vu que d’après le témoignage de personnes qui ont vu les autres. Cette liste se monte à plus de deux cents titres d’ouvrages. A la fin, nous trouvons cité Géber lui-même qui dit avoir produit des quantités fabuleuses d’écrits sur la philosophie, les arts, la médecine, l’astronomie, etc.

Nous nous en tiendrons aux livres dont nous avons les titrès. Ils ont trait non-seulement à l’alchimie, mais encore à la divination, à l’interprétation des songes, à la prestidigitation, à l’astronomie, à l’histoire naturelle, à la philosophie, à l’anatomie, à la médecine.

Il est une série de Corrections de Pythagore, de Socrate, de Platon, d’Aristote, de Démocrite, etc. On y remarque dix livres suivant les doctrines de Balinas, l’homme aux talisnrans, dont nous avons établi l’identité avec Apollonius de Tyane. On y voit cités des commentaires sur Euclides et l’Almageste.

^ Sans doute, ces écrits sont d’une authenticité douteuse. Cependant il ne faut pas les nier formellement. D’une part, nous savons que Khaledflt traduire, outre les ouvrages hermétiques, des ouvrages d’astronomie et de médecine. D’autre part, dans les écrits qui nous sont restés, on trouve un traité de l’astrolabe attribué à Géber. Il n’est pas admissi- .ble que ce dernier écrit fût l’œuvre d’un astronome espa-

gnol, Djaber ben Aflah, l’existence de cet écrit ayant été constatée à Alexandrie, d’après le Kitab el hokama, comme étant de Djaber ben Hayan.

Ce qui est incontestable, c’est que des livres d’astronomie et de médecine furent traduits antérieurement à Géber par ordre de Khaled bèn Yézid. Il y a plus. Quand même le fait de ces traductions ne nous serait acquis, nous n’en devrions pas moins admettre que Géber eut à sa disposition des traductions du grec, quelle qu’en fut la provenance. En effet, rien ne nous autorise à supposer que Géber ait pu lire les savants grecs dans leur langue originale.

Il y eut nécessairement avant Géber des traductions du grec en circulation ; seulement nous ignorons sur quel auteur en particulier elles ont porté. Le peu de manuscrits arabes qui nous reste de Géber n’a pas encore été complètement étudié ; peut-être que l’avenir nous réserve là-dessus de nouvelles lumières.

Nous n’avons jamais eu l’intention de faire une étude complète et critique sur Géber, nous n’en avons ni le temps ni les moyens. Nous avons voulu seulement tirer des documents jusqu’alors inexplorés une somme de renseignements suffisants pour donner de la consistance à la biographie de Géber, qui, jusqu’à présent, du moins dans les écrits que nous avons pu consulter, était vraiment dérisoire.

On a droit de s’étonner en lisant ces mots dans l’Histoire de la chimie : «■ Yeber ou Géber. Son père s’appelait Moussa et il avait un fils nommé Haygan. (1) ïj On doit aussi considérer comme du roman ce qui est dit de Géber dans l’Histoire des savants du moyen-âge de M. Figuier. Ce qui est surtout inexact, c’est que Géber ait professé à Édesse.

A l’époque de Géber, l’école d’Édesse n’existait plus depuis longtemps. (2)

Nous dirons quelques mots des écrits de Géber qui nous sont restés.

Et d’abord jetons un coup-d’ceil sur ceux dont parle Hadji

(1) Deuxième édition, page S2C>. ••

(2) Voyez Asscmnni.

Khalfa, qu’on peut espérer retrouver quelque jour, s’il est vrai, comine le pense M. Mohl, que Hadji Khalfa n’ait consigné que les ouvrages existants.

Il en cite une vingtaine, dont la majeure partie est consacrée à l’alchimie, considérée dans son ensemble ou dans ses détails.

Le Kitah el Khalis, inscrit sous le n“ 1083, nous paraît être l’original du Summa perfectionis, dont nous parlerons tout à l’heure.

Le livre de la Miséricorde (qui se trouve en arabe à Paris) est inscrit sous le n” 10,133.

A propos du livre des Cinq Cents nous lisons ; Ordinairement les médecins résument l’esprit de leurs publications dans un écrit particulier qui sert comme d’introduction à leur doctrine : c’est ainsi que Géber recommande le livre intitulé les Cinq Cents.

Nous trouvons aussi des écrits sur les minéraux, les pierres, un livre des Propriétés, un appendice à un traité de l’astrolabe ; enfin dans un autre il est question de la métaphysique de Géber.

La Bibliothèque de Paris possède quelques manuscrits de Géber. Nous avons examiné l’un d’eux, inscrit sous le n° 1080, supplément.

Ce volume, de 160 feuilles, contient vingt-et-un opuscules, parmi lesquels le livre de la Miséricorde, Kitah errahma, qui commence à la feuille 138.

La plupart de ces opuscules traitent des différents métaux, l’or, l’argent, le cuivre, le fer, le plomb, etc.

A propos de l’étain, ff 44, nous lisons ; On rapporte ce métal à Jupiter, appelé chez les Grecs et les Romains Zetcs et chez les Persans Bardjis.

L’imam Djafar est souvent invoqué ou cité comme son maître et même quelques chapitres sont donnés comme tirés de ses écrits.

A propos de livre du Serment ou du Testament, Kitàbel Ahed, nous lisons : Quand Djafar eut composé ce livre il me dit : O Djeber, j’ai découverte secret de Dieu.

GÉBEB.

Ce qui nous intéresse surtout dans ce livre ce sont des passages relatifs à la médecine.

Cette médecine est celle de Galien, qui est cité une fois, pour l’influence du physique sur le moral.

Toute chose, dit Géher, a son opposé, qui est son antagoniste. Ainsi le chaud est l’opposé du froid, et le sec de l’humide. Ainsi la bile est l’opposé de la pituite et le sang de l’atrahile.

Il y a de même opposition entre les éléments du remède et ceux de la maladie. Ainsi contre les affections biliaires on opposera les courges, le petit lait, le mucilage de psyllium ; contre les maladies du sang les substances froides et sèches telles que la Thabachir (concrétions du bambou), le vinaigre, les grenades ; contre les affections atrabilaires l’ognon, la roquette, l’eau miellée ; contre les affections pituitaires, le castoreum, l’opopanax, l’asa fætida, etc.

Géber donne de longs détails sur les diverses variétés do céphalalgie, parmi lesquelles il compte celle qui provient de l’abus du vin.

. La cadmie et la tuthie sont indiquées comme employées en collyres.

A côté de Galien, nous voyons cités Socrate, Platon, Aristote, Porphyre, Andromaque, Osthanes, etc. Nous relèverons la citation de Mahraris l’Indien, qui accuse, des relations avec l’Inde.

Des ouvrages traduits et imprimés, le plus connu et le plus important est la Somme de perfection du Magistère, qui est un traité général de la matière. (1) Tel est son début : Toute notre science de la transmutation des métaux que nous avons extraite des livres des anciens philosophes et répandue dans nos divers écrits, nous en donnons ici l’abrégé.

La Somme de perfection ,çst en quelque sorte la philosophie de la science hermétique. Géber commence par établir la réalité de la science et réfute ses détracteurs. Si Ton nous objecte, dit-il, que l’espèce ne se transforme pas en une autre

(1) Gebri Arabis Chimia, sive Traditio summæ perfeetionis..., à Caspare Hornio, Lugduiu Batavonim 1668, petit in-12.

espèce, nous répondrons que c’est un mensonge. INe voit-on pas un ver se transformer en mouche et le froment en ivraie ? Ce n’est pas nous qui agissons, mais la nature dont nous sommes les serviteurs. Ce n’est donc pas nous qui transformons les métaux, mais la nature, à laquelle, par un art ingénieux, nous aidons, préparant la matière et les moyens, car c’est toujours elle qui agit et nous ne faisons que la seconder. (1)

Il exige des adeptes des qualités et des res.sources et il les met en garde contre de vaines espérances. Cette science, ditil, ne convient pas aux pauvres ; elle leur est plutôt contraire.

Ces conseils furent rarement écoutés. Hadji Klialfa cite cette imprécation, sous forme de jeu de mots, d’un adepte qui, sans doute, ne put réussir à faire de l’or : Voilà l’homme qui a trompé les anciens et les modernes. O Géber, tu n’es qu’un casseur et non un réducteur (Djabir.) »

La Somme de perfection est ordinairement suivie du petit traité de V Investigation du Magistère. La Somme a été traduite en français par Salmon.

Il n’est pas dans notre sujet d’entrer dans le détail des œuvres de Géher.

Pour leur ensemble et leurs éditions on peut consulter 1 histoire de la philosophie hermétique. Ils font naturellement partie de tous les recueils d’alchimie.

On peut en lire des extraits dans l’histoire de la chimie par M. Hoefer. Le caractère de Géher et de ses écrits y est bien apprécié et nous sommes de son avis quand il dit que Géber est pour 1 histoire de la chimie, ce qu’Hippocrate est pour l’histoire de la médecine.

En somme Géber est une des plus grandes figures du moyen-âge. Nul homme de son temps n’embra.ssa un aussi vaste horizon, mais il concentra son regard sur un domaine dont il est resté le souverain. Ce qui le frappa, ce sont les tran.sformations que subissent les corps par leur action réciproque. S’il se trompa dans l’interpi'étation de ces faits, il eut

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