‹ Histoire de la médecine arabeChapitre 27 sur 199 · IL — LES TRADUCTIONS ET LES MÉDECINS SOUS LES OMMIADES · texte numérisé non relu

IL — LES TRADUCTIONS ET LES MÉDECINS SOUS LES OMMIADES

Nous avons déjà vu que des ouvrages de médecine figurèrent dans le nombre des traductions commandées par KhalecI ben Yézid. Nous savons encore que ces traductions durent être connues de Géber et embrasser un large ensemble de connaissances. Seulement, nous ignorons sur quels auteurs en particulier elles ont porté. Il n’en est pas moins acquis qu’un travail d’infiltration scientifique se faisait à travers les Arabes.

Nous allons enfin mettre le doigt sur la traduction d’un livre dont l’auteur nous est connu, et même nous remarquerons que la traduction de ce livre en langue arabe se fit sous la recommandation d’un Khalife.

En même temps nous constaterons la présence d’un certain nombre de médecins parmi les Arabes. Il est vrai que ce ne sont encore que des étrangers à leur service. Ce n’en est pas moins une préparation au grand évènement de l’initiation des Arabes à la science, qui marqua la fin du VIID siècle et remplit le IXL

Ce chapitre se divisera donc naturellement eu deux paragraphes ; les traductions et les médecins.

AHB.OUN, DJASIOUS ET MASSERDJOUIH.

De ces 'trois noms de médecins, le premier est l’auteur d’un livre que les deux autres ont successivement traduit du grec en syriaque et du syriaque en arabe.

Ahroun el quass ou le Prêtre, dit aussi Aliroun fils d Ayan, est vulgairement connu sous le nom d’Aaroii. Nos histo-

riens, Mohammed ben Ishaq en tête, nous apprennent qu’il vivait au commencement de l’islamisme.

Il composa un compendium de médecine, en syriaque, disent-ils et Masserdjouih le traduisit eu arabe. Il y a là un mot à rectifier. Nous lisons dans Assemani qu’Aaron n’était pas syrien, et que Gosius d’Alexandrie fit passer son traité de médecine du grec en syriaque.

Aboulfarage a, suivant son habitude, reproduit ce passage. Dans l’édition qu’en a donné Pococke, on lit que la traduction et la continuation en fut faite par Sergius, erreur que nous aurons tout à l’heure à redresser, et qui a été adoptée par Sprengel et par Wüstenfeld.

Ahroun ne nous est connu personnellement que par les quelques renseignements donnés par les médecins arabes.

Son livre ne nous est pas parvenu, et nous ne le connaissons que par les nombreux emprunts que lui a faits Razès dans le Continent. On peut lire dans Sprengel un choix de ces citations.

Nous trouvons dans le Maleky d’Ali ben el Abbas un jugement porté sur le livre d’ Ahroun. C’est à propos des motifs qui l’ont engagé à composer le Maleky. Ali met en avant l’insuffisance et les défauts des écrits de ses devanciers. Ce passage n’est pas identique dans la traduction latine et dans les Mss. de Paris et de l’Escurial que nous avons consultés.

« Quant aux modernes, dit Ali, Ahroun a fait Un livre oii il traite de toutes lés maladies, de leurs causes, de leurs symptômes et dé leur traitement. Mais il est trop Concis. D’ailleurs la traduction en est mauvaise et peut égarer le lecteur, surtout celui qui ne .possède pas k traduction de Honein. » La traduction latine ajoute à ces reproches d’avoir été trop bref sur les choses naturelles et non naturelles et de ne pas s’être occupé de l’hygiène et de la chirurgie.

Relevons en passant une erreur de la traduction latine qui dans Honein a vu Jean, ce qui l’a fait tomber dans un contre-sens.

Quelle que soit la valeur de ces reproches» on peut dire cependant que c’est déjà un honneur pour Ahroun, d’avoir figuré parmi les grands médecins, passés en revue par Ali,

AHROUN, DJASIOÜS ET MASSERDJOUIH. 79

dont les écrits pêchent soit pour n’avoir pas embrassé la totalité de la médecine, soit pour en avoir négligé certaines parties.

Le compendium ou Pandectes d’Ahroun, était primitivement divisé en trente livres.

Il fut, comme nous l’avons déjà dit, traduit du grec en syriaque par Gosius.

Nous ne croyons pas qu’il soit possible de voir dans Gosius un autre personnage que Djasious qui nous est déjà connu comme un des derniers médecins d’Alexandrie, qui concourut à la rédaction des seize livres extraits des œuvres de Galien, qui en fit d’excellents commentaires, et qui fut nécessairement contemporain d’AbroUn.

On ne saurait le confondre avec ce Gésius, dont parle Suidas, qui fut antérieur d’un siècle, attendu qu’il vivait sous Zénon. Gésius, dit Suidas, était originaire de Pétra. Il s’acquit un grand renom, tant par son habileté dans la pratique médicale, que par l’ensemble de ses connaissances.

En somme tout concourt pour nous faire voir un seul et même personnage dans Djasious, le rédacteur des seize livres et dans Gosius le traducteur des Pandectes d’Ahroun.

Honein écrivit un livre dont tel est le titre : Solution des doutes élevés par Djasious d’ Alexandrie sur le livre des Organes souffrants de Galien.

Voici la première traduction arabe sur laquelle nous ayons des renseignements précis»

Elle fut l’œuvre d’un juif de Bassora, généralement connu sous le nom de Masserdjouib , mais qui porte aussi celui de Masserdjis, et c’est même sous ce nom qu’il est inscrit dans le Fihrist» Il traduisit, dit le Fibrlst, du syriaquê en arabe, et il composa deux écrits, sur les aliments et sur les médicaments, leur utilité et leurs inconvénients. Sous la rubrique Ahroün, le Fihrist dit que son livre, divisé en trente chapitres, fut traduit par Masserdjis, qui en ajouta deux nouveaux.

Cette dualité de noms a fait tomber dans une confusion que nous allons éclaircir. On eût pu l’éviter en recourant au Kitab el hokama, qui inscrit ce médecin sous le nom de

SO HlSïùlllU DE LA MÉDECINE AUABE. — LIVRE FREMIEli.

Masserdjoiiih, mais ajoute qu’on l’appelle aussi Masserdjis. Malheureusement le Kitab elhokama n’a été connu que tout récemment et Wüstenfeld lui-même l’a complètement laissé de côté, pour; recourir suivant l’usag-e aux Dynasties d’Aboulfarage.

On lit dans Aboulfarag-e, à l’article Ahroun, que ses Pandectes se rencontrent en syriaque, divisés en trente chapitres et que Sergius en ajouta deux nouveaux.

D’autre part, on lit à l’article Masserdjouih que ce médecin juif connaissait le syriaque et traduisit les Pandectes d’ Ahroun en arabe, sous le règne de Mérouan, et cela sous l’autorité d’Ebn Djoldjol. (1)

Ces deux passages ont mis Wüstenfeld dans l’embarras. Il comprenait bien qu’il était difficile d’attribuer la traduction des Pandectes à Sergius de Ras el aïn, contemporain de Justinien, (outre qu’une traduction en langue arabe ne saurait être raisonnablement admise à cette époque). Voici comme il lève la difficulté. Il admet d’un côté qu’Ahroun pourrait bien avoir été contemporain de Sergius, et de l’autre il attribue les deux chapitres surnuméraires h Sergius et la traduction à Masserdjouih.

Cette confusion tient donc à la double forme du nom de notre traducteur. Elle eut été évitée si l’on eût lu dans Aboulfarage Masserdjis, au lieu de Serdjis, et nous croyons pour notre part que c’est une restitution de texte à faire.

Une autre difficulté se présente, celle de l’époque où cette traduction fut opérée. Cette difficulté provient d’une divergence dans les témoignages de Djemaleddin, l’auteur du Kitab el hokama, et de l’historien espagnol Ebn Djoldjol, cités par Djemaleddin, par Ebn Abi Ossaïbiah, et par Aboulfarage.

Djemaleddin dit d’abord que Masserdjouih vivait du temps d’ümar ben Abdelaziz. Il rapporte ensuite le témoignage d’Ebn Djoldjol, suivant lequel Masserdjouih fut chargé du temps de Mérouan de traduire en arabe' le livre d’Ahroun.

(1) Relevons en passant l’erreur de Sprengel qui ne fait qu’un seul personnage du juif Masserdjouih et d’Ebn Djoldjol, de Bassora. II.

MASSEKDJOUIH.

La première assertion est personnelle à Djemaleddiii. Quant à la seconde, il ne la donne que comme l’opinion d’Ebn Djoldjol. Nous croyons devoir nous en tenir à la première, qui nous paraît plus en rapport avec le caractère d’Omar ben Abdel Aziz qu’avec celuide Mérouan. Ainsi la traduction, au lieu d’avoir été faite dans les dernières années du VII' siècle, serait reportée au commencement du VHP. (1)

Nous avons vu précédemment dans le passage cité d’AIi ben el Abbas que Honein avait fait une traduction du même ouvrage.

Ebn Abi Ossaïbiah ne s’accorde pas complètement sur les écrits de Masserdjouih avec le Fihrist. Il lui attribue un compendium de médecine, un traité sur les aliments et un traité sur l’œil. Il fait remarquer de plus que c’est lui qui est désigné dans le Coirtinent de Razès sous le nom de juif, Ellhoudy. Ces citations du Continent sont souvent défigurées dans la traduction latine. Masserdjouih est encore cité un grand nombre de fois dans Ebn el Beithâr, ce qui atteste une certaine valeur.

Nous ne reviendrons pas ici sur un fait qui donne de l’importance à Haroun, la première mention de la variole, ayant déjà parlé précédemment de la première invasion de cette épidémie.

Masserdjouih eut un fils appelé généralement Issa ben Masserdjis, qui fut aussi médecin et écrivit deux ouvrages, l’un sur les couleurs et l’autre sur les odeurs et les saveurs. Son nom figure parmi les traducteurs et on . nous dit qu’il marcha sur les traces de son père ; mais nous ignorons quels ouvrages il a traduits.

(1) On peut invoquer aussi à l’appui de notre manière de voir, la place occupée par Masserdjouih dans les listes d’Ebn Abi Ossaïbiah, après Sabour ben Sahl.

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