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elle de iiïivüir pas le droit d’ètre aussi traucliaut. Reprenant la question pour ainsi dire ah ovo, Casiri expose les efforts inouïs des Abbassides pour se procurer les ouvrages des Grecs et les faire passer dans leur langue, leurs libéralités ouvers les savants et leur enthousiasme pour la science. Il conclut que les traductions arabes ne reposent pas sur les traductions syriaques, ainsi que l’insinue Renaudot, mais qu’elles découlent des sources grecques et sont l’œuvre de savants, connaissant parfaitement les deux langues. On no saurait nier, dit-il, que ces traductions ont été faites alors que le grec était en quelque sorte une langue vulgaire pour les savants qui possédaient encore d’anciens manuscrits datant d’une époque voisine de celle des originaux. Quant à Honein, dont Renaudot lui-même reconnaît le rare mérite, il réunit, au dire de tous, toutes les qualités d’un éminent traducteur. Dans son introduction aux Aphorismes, il dit s’être abstenu de toute témérité, de tout changement, de toute addition. Pour les passages obscurs, il a consulté plusieurs manuscrits grecs et plusieurs savants. Certainement, conclut Casiri, Renaudot aurait triomphé, il aurait imposé son opinion sur les Arabes au monde des lettres, si dans les traductions d’Hippocrate et des autres médecins, collationnant avec les originaux, il avait reconnu et corrigé des fautes. C’est là ce qu’il aurait dû faire. I. 230.
Il est un ouvrage que nous ne saurions passer sous silence, qui est une sorte de traité ex professa sur la matière, et qui pourrait en imposer en raison du grand nom qu’il porte. Nous voulons parler du Traité De Interpretatione de Huet.
Les documents arabes, entrés dans le domaine public, n’étaient pas alors bien nombreux ; d’autre part, Huet n’avait qu’une connaissance très-bornée de la littérature arabe. Il l’avoue lui-même, afin, dit-il, que l’on n’attende pas trop de lui, ce qui ne l’empêche pas de trancher des questions dont les éléments lui faisaient défaut.
Huet ignore combien le grec était familier aux Nestoriens. Il croit que les Arabes eux-mêmes furent traducteurs. Il dit leurs traductions lâches, diffuses, infidèles. Il accuse ces étrangers d’avoir enlevé, ajouté, bouleversé. Il ajoute
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qu’ils ne furent pas plus heureux pour la litté rature latine ! 11 cite quelques auteurs, tels que Galien, Aristote et autres, qui ne leur seraient pas venus des Grecs, mais altérés en passant par les Latins ! On souffre à reproduire de telles assertions.
Mêmes erreurs dans les détails.
Déjà M. Renan *a sig-nalé les erreurs dont fourmille le traité de Huet sur le chapitre des versions orientales.
Dédoublant Constantin et le Viatique, il fait de l’un deux personnages, et de l’autre deux livres, dont il attribue l’un au juif Isaac et l’autre à Ebn Eddjezzar.
Il cite une foule d’ouvrages que nous avons en traductions latines et dont il dit les originaux arabes perdus!
Il juge aussi sévèrement et souvent avec raison les traductions latines, qui se produisirent en des circonstances moins favorables, et sur lesquelles nous aurons à revenir.
En somme, à l’époque où fut écrit le traité de l’Interprétation, les éléments de la question n’étaient pas suffisants, j et l’auteur manquait de compétence pour la traiter.
« La Bibliothèque du Roi, à Paris, dit Schmolders, possède ■ des traductions d’Aristote, comparables en fidélité et en correction aux meilleures traductions latines, et tellement distinguées par la critique circonspecte qu’on y remarque, qu’elles vont presque de pair avec les travaux modernes. »' Ecoles philosophiques des Arabes, 02.
Nous lisons enfin dans les Mélanges de philosophie de Munk : s Les ouvrages d’Aristote furent traduits en grande ' partie sur des traductions syriaques. On voit, du reste, par les nombreuses notes interlinéaires et marginales que porte le Ms. n” 882 (de la Bibliothèque de Paris) qu’il existait dès le X'’ siècle plusieurs traductions de difl’érents ouvrages d’Aristote, et que les travaux faits à la hâte sous les Khalifes ElMàmoun et Moutaouakkel furent revus plus tard, corri-gés sur le texte syriaque ou grec, ou même entièrement refaits.
« Le livre des Réfutations des Sophistes se présente dans notre Ms. dans quatre traductions différentes. La seule vue i
iES TEADUCTEÜRS.
de l’appareil critique que présente ce précieux Ms. peut nous coirvaincre que les Arabes possédèrent des traductions faites avec la plus scrupuleuse exactitude, et que les auteurs, qui, sans les connaître, les ont traitées de barbares et d’absurdes, étaient dans une profonde erreur.^ Ces auteurs ont basé leur jugement sur de mauvaises versions latines, dérivées non de l’arabe mais de versions hébraïques. »
Nous ne saurions donc admettre d’une façon générale ce qu’on lit dans l’Averroës de M. Renan ; « Quant à la barbarie, du langage d’Averroës, peut-on s’en étonner quand on songe queles éditions imprimées de ses œuvres n’ofifrent qii’ wne traduction latine d’une traduction h&hraïc[ue d’un commenUare fait sur une traduction arabe d’une traduction syriaque d’un texte grec » p. 52. Du reste, nous reviendrons là-dessus à propos d’Aristote, et nous verrons ce que l’assertion de M. Miink a de trop absolu.