IV. Liste générale des Traducteurs de second ordre
Nous rangerons la foule de ces traducteurs eu trois périodes: Période antérieure au IX' siècle, ou période de début; période du IX' siècle, ou période de ferveur ; période postérieure au IX' siècle, ou période de déclin. Parmi ces traducteurs il en est quelques-uns qui devront figurer plus tard parmi les médecins, quand leur importance médicale l’exigera.
Scrgius.
Le premier traducteur qui intéresse l’iiistoire de la médecine est Sergius de Ras el Aïn. Il traduisit, dit Ebn Abi Ossaïbiab, beaucoup de livres, mais ses traductions sont médiocres, à part celles qui ont été revues par Honein. Sergius, dit Aboulfarage, était un chrétien jacobite, qui traduisit en syriaque les livres des Grecs. C’est à tort que dans l’édition d’ Aboulfarage donnée par Pococke, on attribue la traduction des Pandectes d’Ahroun à Sergius. Au lieu de Sergis, il faudrait mettre dans le texte Masserdjis, variante du nom deMasserdjouïh. D’ailleurs Sergius, contemporain de Justinien, ne put traduire les pandectes de Haroun. Nous ne connaissons guère les ouvrages sur lesquels portèrent les traductions de Sergius. (1) Elles lui firent toutefois une grande réputation. Gabriel, fils de Georges prédit à Honein qu’il serait un autre Sergius.
Étienne l’ancien.
Nous ne reviendrons pas sur tout ce que nous avons dit précédemment des traductions d’Étienne, commandées
(1) M. Renan cite parmi ces traductions les livres VI, VII et VIII des simples de Galien et le livre des jours critiques. Il se trompe quand il avance, d’après Aboulfarage, que Sergius ajouta deux livres aux Pandectes d’Aaron. Cette addition est du fait do Mas.serdjouih, dit aussi Masserdjis. (De pbilosophia apud Syros, p. 26 et 27).
par Khaled ben Yézid. qui furent, dit le Fihrist, les premières traductions opérées dans l’Islam.
Étienne eut des collaborateurs, et les traductions du grec et du copte en arabe portèrent sur des ouvrages de médecine, d’astronomie et d’alchimie.
Elles durent se répandre chez les Arabes, et c’est là probablement que Géber puisa ses connaissances encyclopédiques.
Dans le courant du V’II' siècle, Djasious ou Gosius traduisit, du grec en syriaque, les Pandectes d’Ahroun.,
Masserdjouih ou autrement Masserdjis fit passer en arabe la traduction de Gosius, vers le commencement du VIII' siècle.
Issa fils de Masserdjis, est compté parmi les traducteurs, mais nous ignorons ce qu’il a traduit.
Jacob d’Edesse, mort en 710, traduisit en syriaque plusieurs ouvrages d’Aristote. (Assemani).
Sadjious.
Nous placerons ici le traducteur d’Apollonius de Tyane, le prêtre Sadjious, dont l’époque est inconnue.
Il semblerait qu’outre le livre des Secrets de la création, qui existe sous son nom à la Bibliothèque de Paris, n” 959, il traduisit d’autres ouvrages d’Apollonius. On lit en effet dans ce manuscrit : C’est moi, Sadjious le commentateur, qui ai traduit le Livre des causes de Balinous.
M. de Sacy pense que Sadjious était chrétien, attendu qu il réfute Bardesane, Marclon et Porphyre dans l’introduction qui précède la traduction proprement dite. Il ajoute que cette traduction dut être faite en syriaque avant de passer en arabe. (1) On peut tirer une induction sur l’époque de Sadjious, de ce fait qu’Apollonius de Tyane est cité par Géber.
Georges ou Djordjis fils de Bakhtichou.
Ce chef de l’école et de l’hôpital de Djondisahour, dont l’arrivée à Bagdad fut la cause occasionnelle de l’initiation des Arabes à la science grecque, fit des traductions pour
(1) Notices des Manuscrits, tome IV, p 107 .
El Mâmoun, ainsi que nous l’avons dit précédemment, mais nous ignorons sur quels écrits elles ont porté.
Parmi les traducteurs à la solde de Moliammed ben Abd el Malek Ezzeyât, nous en trouvons quelques-uns qui ne nous sont pas signalés d’autre part.
Djebraïl ben Bakhtichoii.
Bakhtichou ben Djebraïl.
Daoud ben Sérapion.
Salmouïh ben Baïan.
Elisà.
Israïl ben Zakarya Ettipboury.
Nous ignorons absolument ce qu’ils ont traduit.
Il est encore un traducteur qui ne nous est connu que par un Ms. de la Bibliothèque de Paris, sup. n» 876. Il contient le livre des pierres d’Aristote, qui aurait été traduit par Luca fils de Sérapion.
Nous ignorons si ce Sérapion est de la famille de Sérapion l’ancien.
Deuxième Période ou IXe Siècle.
Le 1X= fut le siècle de ferveur pour les traductions et c’est ce qui fait son cachet et sa grandeur. Les Arabes étaient arrivés au faîte de la puissance. Ils régnaient du Gange à l'Atlantique. Un élément de grandeur, la science, leur manquait encore et ils étaient en voie de l’acquérir,
Leur éducation scientifique, déjàcommencée dans le siècle précédent, prit dans celni-ci nn merveilleux essor. Provoqué par les souverains, il fut secondé par leurs sujets, saisis d’un véritable enthousiasme. Le siècle ne s’était pas éconlé, qu’ils pouvaient compter chez eux de nombreux et habiles astronomes, un philosophe El Kendy et revendiquer une partie de la gloire de leurs collaborateurs, lesMésué, Honéin et sa famille, Tsabet ben Corra, Costa ben Luca, etc.
A côté de ces grands noms, s’élevaient une foule de travailleurs plus modestes dont nous allons énumérer les travaux.
Il en est quelques-uns sur lesquels nous n’avons pas de renseignements bien positifs et que nous avons cru devoir placer dans cette période. Il en est d’autres sur lesquels nous aurons à revenir à titre de médecins. Ne pouvant les classer chronologiquement avec exactitude, nous avons pris le parti de les ranger suivant l’ordre alphabétique.
Ahd Ichou ben Bahr. (Habib ben Bahriz du Fihrist ?)
Fils du métropolitain de Mossoul, il était ami de Gabriel fils de Bakhtichou, pour lequel il fit des traductions. Il en fit aussi beaucoup sur l’invitation d’El Mâmoun (s’il est identique avec Habib).
Ahou Amrou Youhanna ben Yousef. Il est dit aussi El Kateb, ou l’écrivain, et c’est probablement le même que celui qui est cité dans le Continent de Razès sous les noms d’Abou Amrou et d’El Kateb. Le Fihrist lui attribue la traduction d’un livre de Pédagogie de Platon. Wenrich propose au lieu de Platon, de lire Plutarque.
Abou Bjafar Mohammed ben Moussa. C’est à tort que Wenrich lui attribue la traduction des commentaires de Galien sur le livre des Epidémies.
Rien n’autorise à considérer Mohammed ben Moussa comme traducteur. Il n’en fut pas moins un savant, cultivant les sciences, en même temps qu’il les encourageait, j comme M. de Luynes, et il écrivit surtout sur les mathématiques et l’astronomie. Ce qui semblerait indiquer qu’il con- I nut une autre langue que l’arabe, ce sont ses commentaires sur les coniques d’Apollonius.
Abou Hassan et Salma furent chargés par lahya ben Khaled le Barmécide de revoir une traduction de l’Almageste que ce vizir avait déjà fait exécuter précédemment, mais dont nous ignorons l’auteur. (On lit aussi: Abou Hayan, Aioub et Chemâoun).
Abou Nouh ben Essalt est cité par le Fihrist dans la foule des traducteurs.
Abou Otsman Saïd ben lakoub de Damas, nous est donné comme un excellent traducteur. Il traduisit en arabe, peutêtre d’après le grec, bien que son nom ait une physionomie
t-ffiusulmane, divers ouvragées d’Aristote, d’Euclide, d’Alexandre d’Aplirodisias, de Porphyre et de Pappus. (1)
Aboii Rouh’Essahy, c’est-à-dire le Sabien. Il traduisit en arabe, sans doute d’après le grec, dont la connaissance était répandue parmi ses coreligionnaires, des commentaires d’Alexandre d’Aplirodisias, sur la physique d’Aristote, traduction qui fut revisée par lahya ben Adi.
Abou Yousef el Kateh ou l’écrivain. C’était un traducteur de force moyenne qui traduisit plusieurs ouvrages d’Hippocrate.
Abou Zéïd ben Nokia.
Il traduisit du grec en arabe les sphériques de Théodose.
Aïoub Errohaouy, ou Job d’Edesse.
C’était un bon traducteur, connaissant bien les langues, mais plus encore le syriaque que l’arabe.
Mouh el Abrach, ou Job le lépreux.
Il traduisit du grec eu syriaque et en arabe et ses traductions étaient médiocres. Cependant les dernières approchaient de celles de Honein. Il traduisit une partie du commentaire de Galien sur les épidémies d’Hippocrate d’abord en syriaque, puis en arabe pour Mohammed ben Moussa. Nous avons ei^ déjà l’occasion de relever l’erreur de Casiri, qui attribue la I traduction en arabe à Mohammed ben Moussa, erreur qu’a - partagée Wenrich. Aïoub traduisit aussi une partie du livre de la démonstration de Galien pour Djebraïl ben Bakhtichoii. Il s’occupait aussi de médecine, dit Ebn Abi Ossaïbiah ; et nous le trouvons cité dans le Continent de Razès. C’est lui que la traduction latine désigne sous le nom de Job lentiginosus. Ce dernier mot est la traduction d’El Abrach.
Aïoub ben el Cassem Erroqquy, Job de Roqqa.
Il est auteur d’une traduction de l’Isagoge de Porphyre. .Au dire du Fihrist il traduisait du syriaque en arabe.
(l)Les traductions d Euelide et de Pappus semblent indiquer chez Abou Otsman la connaissance du grec , les Syriens n’ayant pas cultivé les mathématiques.
Nous le croyons auteur d’un traité d’algèbre, qui fut traduit enlatin, (n“ 7266 et 9335 de Paris) sous le nom de Saïd Abou Otsman, queM. Chasles a visé, comptes-rendus de l’Ac. des Se., Année 1841.
178 HtSTOIRK DE LA. MÉDECINE ARABE. — • LIVRE DEUXIÈME.
Ahou Hafs Omar ben el Farkhan Ettliabary.
Il ne paraît avoir traduit que d’après le persan, aussi estce dans cette catégorie de traducteurs, qu’il est rangé par le Fihrist. On sait qu’il est compté parmi les quatre grands traducteurs.
El Bathriq (Aboii Yaliya).
Il vivait sous le Khalife El Mansour, pour lequel il fit des traductions, excellentes dit Ebn Abi Ossaïbiali, mais inférieures à celles de Honein. Sérapion le jeune parle des traductions de Galien par El Bathriq; 85, 194, 197, 309 et 374. Il traduisit aussi en arabe le Tetrabiblon de Ptolémée.
Basile, dit l’interprète.
Basile traduisit les quatre premiers livres des commentaires de Porphyre sur la physique d’Aristote. Nous lisons dans Cazouïny (1) qii’il accompagnait Haroun Errachid au siège d’ Angora et qu’il y lut en présence du Khalife une inscription lapidaire en grec. Basile est sans doute le père d’Étienne dit Étienne fils de Basile.
Chahdy, de Karkh, faubourg’ de Bagdad, traduisit du syriaque en arabe le traité de l’embryon d’Hippocrate, dit Wenrich. Cette version est aussi attribuée à son fils.
Ebn Chahdy,
C’est le fils du précédent. Il se livra comme son père aux traductions. Il finit par le surpasser, mais toutefois sans, s’élever au-dessus de la médiocrité. Il traduisait du syriaque en arabe. Wenrich lui attribue la traduction d’un livre du Repos d’Hippocrate, mentionné par Ebn Abi Ossaïbiah, Cette mention nous a échappé. Le livre du Repos ne se trouve pas non plus dans les listes bibliographiques d’Hippocrate. Nous pensons que Wenrich aura confondu avec le livre de l’embryon.
Chemly,
Il est cité dans la liste du Fihrist. Il traduisit Concurremment avec Tsabet et Hobéïch, le livre du Chyme d’Hip-
(1) Wüstsnfeld, II, 341. On lit aussi dans le Fihrist que Basile était au service de Doulietnînin.
TRiDUCÏEURS DE SECOND ORDHE. 17Ü
pocrate. Il traduisit aussi le commentaire de Tliémistius sur la lettre L de la métaphysique d’Aristote.
Bar Ichou.
Il est donné par le Filirist comme ayant traduit pour Isliaq ben Soleiman ben Ali el Hachemy, du syriaque en arabe.
Ebn Naëma.
Abd el Messih Ebn Naëma el Homsy ou d’Edesse, traduisit en syriaque les commentaires d’Alexandre sur les Sophismes d’Aristote, et en arabe la deuxième partie des commentaires du même sur la physique, suivant le Kitab el hokama. Wenrich pense qu’il faut lire, au lieu d’Alexandre d’Aphrodisias, Jean le Grammairien d’Alexandrie, d’après le Filirist.
EhnRabetha (et Djiroun).
Il est simplement cité dans la liste du Filirist. Il l’est aussi dans certaines copies d’Ebn Abi Ossaïbiah, ainsi dans celle du musée britannique et dans celles données par Wüstenfeld et Reiske. Ces mômes listes le donnent sous cette forme ; Djiroun ben Rabetha. Serait-ce une erreur, c’est-à-dire un dédoublement? Le fait est que le Ms. du Filirist de Paris donne Étienne fils de Basile entre Djiroun et Ebn Rabetha. Il en est de même dans l’édition de Flueg-el.
Etienne fils de Basile.
Ebn Abi Ossaïbiah dit que ses traductions approchent de celles de Honein pour la perfection. Toutefois celles qui nous sont connues sont ou revues ou faites en collaboration. Il traduisit surtout les écrits de Galien, ainsi ;
Des mouvements de la poitrine, traduction revue par Honein.
Des causes de la. respiration, idem.
Des mouvements des muscles, idem.
Du rôle de la respiration, idem.
De la pléthore.
De Tatrabile.
De la saignée, en collabofation. avec Issa.
Des sortes de raisonnement) avec Ishaq.
Une traduction d’Étienne qui nous estparvenue et qui existe
à Paris, à l’Escurial, à Oxford, est celle de Dioscorides. Elle fut aussi revue par Honein.
Il traduisit aussi le Traité des médicaments usuels d’Oribase.
Nous croyons devoir signaler deux graves erreurs de Casiri.
Au lieu de voir la respiration dans le mot Nefs, il y a vu Pâme, et a traduit en conséquence, I. 254.
Fadhl heti Hatem Ennaîrizy.
C’était un persan. Il nous est donné, d’une part, comme ayant commenté l’Almageste, Euclide, le Tétrabiblon, etc. ; d’autre part, comme ayant fait une traduction de l’Almageste, traduction qui fut revue par Tsabet. Nous ignorons s’il traduisit d’après le syriaque ou le persan. Sa notice dans ' le Kitab el hokama parle seulement de commentaires.
Habib ben Bahr ben Mathran (ou ben Babriz).
Il était de Mossoul et traduisit plusieurs ouvrages pour El Màmoun. Tel est le récit du Fihrist.
Ce Habib serait-il identique avec l’Abd Icliou d’Ebn Abi Ossaïbiab, ou serait-il son frère? (1)
El Hassan beii Sahl.
Tout ce que nous en savons c’est qu’il était de la société d’iahya ben Batliriq. N’était-ce qu’un protecteur ?
El Hedjadj ben Yousef ben Mather.
Il travailla pour El Màmoun, dit le Fihrist, et tradui.sit les Éléments d’Euclide et l’Almageste. I
D’après le Fihrist et le Kitab el hokama, Hedjadj aurait fait des traductions des Éléments, l’une dédiée à Haroun Errachid et l’autre à El Màmoun. I
La traduction de l’Almageste est pareillement relatée.
Les deux autorités que nous venons de citer, en parlant 1 des écrits d’Aristote, font traduire par Hedjadj un Traité du miroir. C’est à tort que Casiri, I, 306, a vu là un commen- 1 taire, ce qui a entraîné Wenrich dans la même faute, ou plutôt à une contradiction, 101, 174. j
(1) D’après le Ms. 1028 du fonds hébreu de Paris, Habib ben ' Babriz aurait traduit du syriaque en arabe, l’Arithmétique de Nicomaque. ’ *
ÏRiDÜCTEURS DE
Hélai d’Émesse.
Il traduisit les quatre premiers livres des sections coniques d’Apollonius de Perge. Wenrich s’est encore fourvoyé ici à la suite de Casiri, qui donne ces livres comme révisés par Alimed ben Moussa ; quos emendavit Ahmed hen Musa. Le texte dit simplement que la traduction se fit sous les auspices d’ Alimed. Nous aurons aussi plus d’une fois à, constater des erreurs de Casiri, adoptées par Wüstenfeld de confiance. Les assertions de Casiri ne doivent jamais être acceptées que sous bénéfice d’inventaire.
lahya hen Bakhtichou.
Il fit plusieurs traductions en syriaque.
lahyahen elBaihriq (Abou Zakarya).
Jean fils d’El Bathriq, dont nous avons parlé précédemment, n’était pas considéré comme très versé dans la connaissance du g-rec et de l’arabe. C’était un affranchi de Màmoun. Il traduisit en syriaque et en arabe. On cite de lui les traductions suivantes :
Hippocrate : des Sig-nes de la mort; qui se trouve à Paris, n» 1022.
Platon : le Timée. On trom'e dans le recensement des livres de Platon deux livres sous ce nom, l’un traduit par lahya ben Ady et l’autre par lahya ben el Bathriq. Nous pensons avec Wenrich que l’un de ces livres pourrait être le traité de Timée de Locres, de l’âme et des mondes, considéré comme un abrég-é du livre de Platon.
Aristote : des Animaux. Casiri dit à tort que la traduction se fit en syriaque. (1) Le texte du Kitab el hokama porte que la traduction se fît par lahya, et qu’on en trouve aussi une traduction syriaque.
Du ciel.