LES AUTEURS TRADUITS
Nous avons vu que le nombre des traducteur.s, à nous connus, s’élève à une centaine. Ce chiffre élevé témoiguie de l’intensité et de l’étendue du mouvement intellectuel qui se produisit à Bagdad. L’énumération des ouvrages traduits nous renseignera sur la nature de ce mouvement. Il fut essentiellement scientifique.
Les Arabes ne demandèrent rien aux poètes de la Grèce ! le génie et la religion des deux peuples étaient trop différents pour qu’ils pussent se rencontrer sur le terrain de la poésie. D’une part, il n’y avait pas de place pour la mythologie grecque dans la langue du Coran ; de l’autre les Arabes étaient déjà assez riches de leur propre fonds.
Il en fut à peu près de même pour l’histoire, du moins
I9:i HISTOIRE DE LA. MÉDECINE ARABE. — LIVRE DEUXIÈME.
dans les premiers temps, et nous n’avons pu rencontrer le nom d’un traducteur qui s’en fut occupé.
Les Arabes cependant ne restèrent pas étrangers aux événements historiques de la Grèce, non plus qu’aux faits qui intéressent plus particulièrement l’histoire des sciences, mais ils paraissent avoir puisé bien rarement aux sources originales. Ils sont assez abondamment, sinon toujours exactement, renseignés sur tout ce qui intéresse la science et les savants.
Un seul hi.storien de l’Occident paraît avoir passé dams la langue arabe, et ce qui est étrange c’est qu’il s’agit non pas d’un grec mais d’un latin ; c’est presque le seul contact connu des deux littératures. Cette traduction paraît devoir être admise. Prose est cité par Ebn Abi Ossaïbiah, dans la notice d’Esculape, de manière à faire croire qu’il le cite de première main. D’ailleurs il figure dans Hadji Khalfa, n» 10,626.
Nous trouvons une citation d’Eusèbe dans la vie de Galien, par Ebn Abi Ossaïbiah. Est-elle directe, cela est possible.
On peut voir, dans les Prairies d’Or, que les Arabes avaient quelques notions sur l’histoire de l’Occident. On en découvrirait davantage encore dans les ouvrages perdus de Maçoudy. Comment ces notions arrivèrent-elles aux Arabes, ce n’est pas le lieu de le rechercher. Nous dirons seulement que les Nestoriens durent composer des écrits historiques en arabe, et que les astronomes grecs livrèrent aux Arabes un certain fonds de chronologie.
Quant aux faits qui intéressent l’histoire des sciences et des savants, nous avons des renseignements plus précis.
Les écrits de Jean le Grammairien sont souvent invoqués eu pareille matière. Ensuite les chrétiens, initiateurs des Arabes, écrivirent aussi sur les annales des sciences. Le Fihrist est riche en renseignements sur les savants delà Grèce. Les autorités les plus fréquemment invoquées, tant par Mohammed ben Ishaq que par Djemaleddin et Ebn Abi Ossaïbiah, sont Hoiiein et son fils, Ishaq ben Ali Errohaouy, Obéid Allah ben Djabril et Ebn Bothlan.