XXI. Livre des Pierres et livre des Minéraux
Ces deux livres sont considérés par les Arabes comme étant d’Aristote, et plusieurs savants du moyen-âge ont adopté cette opinion. Dans le livre des Pierres, dit Hadji Khalfa, n" 9773, Aristote en décrit six cents. Kazouiny, dans sa description des minéraux, ne marche qu’appuyé sur Aristote. Il existe à la Bibliothèque de Paris un Traité des Pierres d’Aristote traduit par Luca fils de Sérapion. C’est la seule citation à nous connue de ce traducteur.
XXII. La Théologie. El Kendy en fit un commentaire, et Abou ütsman eddimachky une traduction.
XXIII. Les Arabes eurent en main plusieurs autres écrits d’Aristote sur lesquels nous ne pouvons nous étendre, d’autant plus que nous n’avons plus de nom de traducteur à recueillir, et puis un certain nombre de ces écrits sont douteux. (3)
On traduisit en arabe les petits traités connus sous le no de parva naturalia, mais le nom des traducteurs ne nous est pas connu.
Aboulfarage ben Thaïeb nous est donné comme ayant encore traduit xAristote, du grec en arabe, au XP siècle de notre ère.
On peut lire dans Casiri et dans Wenrich la longue liste
(2) Nicolaï Damasceni, de Plantis, L. II, Lipsiæ 1841,
(3) xVinsi le livre des Propriétés des éléments, qui fut traduit en latin, le livre des Causes, des Lettres à Alexandre et à sa mère, etc.
210 HISTOIRE DIS L.V MÉDECINE ARADE. — IIVllE DEUXIÈME.
(les écrits attribués à Aristote par les Arabes. Nous dirous seulement un mot des ouvragées de médecine.
Plusieurs ouvrages d’anatomie et deux de médecine sont compris dans la liste de Diogène Laerce.
Les Arabes en comptent plusieurs dans leurs listes. Aiinsi: du régime des aliments, du vin, du coït, du pouls, de la sauté et de la maladie, de l’hémorrliagie, le livre dit latricous, généralités sur la médecine, les questions médicales, les questions naturelles. (1)
Ces traités se rencontrent ailleurs que dans les catalogues. ' Le Continent de Razès fait des emprunts au Traité des Questions médicales, aux questions naturelles, aux questions sur le coït, à l’anatomie d’Aristote.
On ne traduisit pas seulement Aristote, mais encore ses commentateurs parmi lesquels nous rencontrerons bientôt Nicolas de Damas, Alexandre d’Aplirodisias, Jean le Grammairien, Tliémistius, etc.
Quant aux commentaires faits par les Arabes, ils sont par trop nombreux et d’ailleurs nous n’avons pas à en faire l’histoire. Nous citerons seulement les noms les plus éminents parmi les commentateurs; El Kendy, Tsabet ben Corra, Costa ben Luca, Isliaq ben Honein, Alfaraby, Razès, Avicenne, Alimed ben Tliaïeb, Ebn Badja vulgairement Avenpace, enfin le plus illustre de tous, qui partagea pendant le moyen-âge la gloire d’Aristote, le commentateur par excellence, Echcharih, en un mot Averroës.
Cet ensemble considérable de travaux, traductions et commentaires, nous semble prouver que les Ar.abes entrèrent en pleine possession de l’œuvre d’Aristote, et directementdu grec en arabe. Si les traductions latines du moyen-âge furent si défectueuses, c’est peut-être que les traducteurs ne purent faire un choix parmi les monuments à traduire.
Un coup d’œii jeté sur l’ensemble des traductions d’Aristote nous paraît de nature à combattre les préjug’és qui rè--
(1) On lit dans Ebn A.bi Ossaïbiah, qui donne du reste une bibliographie assez confuse d’Aristote, que ce livre portait au.ssi le nom de Mahah Razè.s l’a fréquemment cité sous ce nom.
PHILOSOPHES
g'iient à leur ég'ard, préjug-és qui se sont do là étendus à toutes les traductions arabes en général.
On a fait remonter jusqu’aux traductions primitives opérées en arabe les défectuosités des traductions latines du moyen-àge.
On a dit que le travail primitif était défectueux par la raison surtout que les traductions arabes avaient généralement été faites d’après le syriaque, ce qui impliquait l’ignorance du grec cliez les traducteurs au service des Abbassides. Ou oubliait que les Arabes avaient non-seulement recueilli sur place ce qu’ils avaient pu des monuments de la Grèce, mais qu’ils l’avaient fait explorer par des émissaires ; (1) que la plupart des traducteurs auxquels on s’adressa savaient le grec, condition qui dut nécessairement préoccuper les Abbassides, et qui ne fut pas difficile à remplir, soit chez les Nestoriens, soit chez les Sabions de Harran ; que certaines, les plus difficiles, celles qui fructifièrent particulièrement chez les Arabes, les traductions de mathématiques, ne procédaient pas des Syriens, ne s’adressaient pas à eux, incompétents et inhabiles à les féconder, traductions dont la plupart sont le fait de Tsabet ben Corra; on oubliait enfin l’appareil imposant de critique apporté dans les plus importantes, notamment dans celles d’Aristote, et lejpeu de traductions syriaques préexistantes.
Nous venons de voir les traductions d’une vingtaine d’écrits d’Aristote et de nombreux commentaires. Nous avons rencontré un nombre égal de traducteurs. A part deux ou trois cas, plusieurs traducteurs sont intervenus pour chacune de ces versions, la plupart multiples, et au nombre de 88, ce qui fait une moyenne de 4 pour chaque écrit. Il en est où nous voyons figurer les noms de 6, 7 et même 10 traducteurs. Cela prouve combien les Arabes ont dépensé d’ef-
(1) On lit dans la biographie de Honein par Ebn Abi Ossaïbiah : « Je n’ai pu, dit Honein, me procurer au complet l’original grec de la DimonstraUon de Galien. Déjà Gabriel s’était mis à sa rBcherehe. Moi-même je le i-echerchai dans l’Irak, la Syrie, la Palestine et l'Égypte, et ce n’est qu’à Damas que je pus en trouver la moitié. »
212 HliTOIRE DE LA MÉDECINE AEABE. — HVllE DEUXEÉME.
foi-fe pour avoir une connaissance pleine et sûre du texte d’Aristote.
Il ne faut pas croire cependant que les premières traductions ont été les plus mauvaises, la plupart ayant été faites par des maîtres. Nous avons vu les noms do Honein et d’Isliaq figurer une douzaine de fois. Nous avons aussi vu ceux de Costa etdeTsabet qui ne leur étaient pas inférieurs. Des 23 personnages qui traduisirent Aristote plus de la moitié .savaient le grec. Ce sont Basile, Costa, Ebn Naëma, Eustatlie, Honein, Ibrahim ben Bathriq, Ibrahim ben Es.salt, Abou Bachar Mattaï, Théophile, Tsabet, auxquels on peut ajouter Abou Saïd Eddimachky, et Hedjadj ben Mather, qui traduisirent des mathématiciens. Si la plupart d’entre eux ont fait des traductions en syriaque, cela prouve d’abord qu’on avait les originaux grecs, et cela peut s’expliquer. bans doute les Syriens étaient désireux d’avoir de nouvelles traductions dans leur langue, et les Arabes ne pouvaient qu’avec le temps se passer d’eux. Quant aux traductions déjà faites en syriaque, on les utilisa probablement pour répondre plus vite aux désirs des Abbassides. Nous avons dépouillé ces traductions d’originaux et de commentaires. Elles se classent à peu près ainsi : présumées du g'rec en arabe, les auteurs connaissant le grec, 30 ; données comme du syriaque, 22 ; du grec en syriaque, 10 ; douteuses, 15. Ainsi, plus de la moitié des traductions arabes d’Aristote procéderaient directement du grec, 43 sur 72 (les syriaques déduites).
Il existe à Paris un manuscrit qui parle hautement en faveur des traductions arabes, c’est le n“ 882 de l’ancien fonds, qui contient l’Organon. Pour certaines parties il n’y a pas moins de quatre traductions en regard. Pour toutes on nous donne leur filiation qui remonte à deux ou trois degrés jusqu’à l’autographe. Çà et là, nous trouvons des variantes tirées des traductions syriaques. Déjà M. Munk avait relevé une partie de ces faits, et nous avons cité ses paroles. La Renaissance a-t-elle fait mieux? Voyez encore ce que nous disons plus loin des traductions de Galien . Les neuf dixièmes en ont été laites par des hommes sachant pertinemment le grec!
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