ABOUL KHEIR HASSAN BEN SAOCAR BEN EL KHAMMAH
AboulKheir el Hassan ben Saouar ben Baba ben Bahnam, dit aussi Ebn el Khamtnar, naquit en l'année 331 de Thégire, 942 de notre ère. C'est par erreur que le texte arabe d'Ebn Abi Ossaïbiah donne l'année 381, comme le fait remarquer Wtistenfeld, qui en prouve la fausseté tïar des synchronismes. Mais Wtistenfeld aurait pu voir que la date do 331 est donnée par le Kitab el hokama et le Fihrist^ Celle de 381 serait probablement celle de sa mort, qui ne nous est pas donnée.
Aboul Kheir était chrétien. C'était aussi un homme intelligent, versé dans les sciences antiques et médecin consommé. L'exercice de son art l'éleva au plus haut degré de considération, et son mérite lui fit pardonner sa liauteur. Etaitil appelé par des gens modestes et honnêtes, il s'y rendait à pied en disant: Je fais cette course en expiation de celles que j'ai faites pour des gens malhonnêtes et puissants. Étalt-H appelé par un prince, il s'y rendait h cheval, en grand appareil, escorté parfois d'une troupe de trois cents cavaliers.
PEESE,
C'est aiosî, dit Ebii Rodhouan» qui nous a conservé eesfait^, qu'agissaient Eippocrate et Gai ieii et d'autres savants méde-
AbouliKheîr avait eu pour maître eu plulosopliie le savant traducteur laliya ben Adi.
U fut lui-même traducteur et traduisit plusieurii ouvrages du syriaque en arabe*
Teli^ sont d'autre part les ouvragresde son crft :
De Texamen des médecins.
De la constitution de l'homme et de son orf^anisatiou*
Du rég^ime des vieillards. Nouî4 pensons que c'est ainsi qu'il f»ut traduire ce queWilstenfeld a rendu par Dcin^itutionc prœceptorum.
De la maladie sacrée ou épilepsie
Des femmes enceintes.
Des phénomènes qui sont produits dans Tatmosplièrc par les vapeurs» tels que le halo, rarc-en-ckl, etc.
Des concordances entre les npinîonii des philos j plies et celles des chrétiens.
De la vie des philosophes. Le Fihrist donne cet ouvragée comme lui appartenant, et le Klinh el hokama comme une traduction.
De la prospérité.
Des amis et de l'amitié.
Abrégé de risago^e de Porphyre,
Commentaire de llsaji^og^e*
De la discussion survenue entre labyaOen Adi et Ibrahim ben Raks sur la nature du feu.
Telles sont ses traductions, qui îiontuGttemeut distinguées parle Fihrist et le Kitab el hokaraa :
Des météores, d'Aristote.
De l'éthique» du même.
Questions de Théophraste.
Noua &voiitf déjà parlé de la vie de^ philosophes.
L'antre traduction est diversement indiquée. On lit dans Ebn Abi Ossaïbiah: Division de llsajïogti et des Catégorie.^ d'Elien d'Alexandrie-
3rV.» lilSiOIUL: DE LA MÊOKCINS AUAUt:. — LIVKE TKOISILMlù.
Lp Fihrist et le Kitab el hokama diseut: Traduction des quatre livres qui se trouvent sur la io/rioue.
Mais ils ne s*accordent pas sur le nom de Fauteur, du moins leurs manuscrits. Le premier donne Lakia et le deuxième Lcbes.
Nous ne savons de quel auteur il peut être question.
Wenrich n'a parlé ni de ce dernier ouvrage ni rie la vie des philosophes.
ABOU SAIIL EL MESSIHY.
Abou Sahl Issa ben lahya el Messihy el Djordjany était orie:inaire du Djordjan et chrétien de religion, comme Tindiqucut ses surnoms. On dit aussi qu'il habita le Khorassan et qu'il fut en faveur auprès des souverains.
On nous vante ses connaissances théoriques et pratiques, son éloquence, son habileté dans la composition et Tesprit excellent de ses écrits. Ce qui le recommande encore c*est d'avoir compté parmi ses disciples Avicenne et d'avoir influé sur sa vocation médicale. Avicenne lui dédia quelques-uns de ses ouvrages.
Abou Sahl el Messihy mourut en l'année 1000 de notre ère h rage de 40 ans.
Le plus important de ses écrits nous est parvenu. Il porte le titre de Kitab el Meya, (1) ce qui ne veut pas dire les cent livres, comme çn l'a traduit abusivement et en particulier Pococke dans sa traduction des Dynasties d'Aboulfaragfe, p. 233, mais le livre en cent chapitres. Telle est en eflfet sa distribution.
Le Meya est un traité sommaire et complot de médecine, divisé en cent chapitres et contenant de cinq à six centspacres. C'est le premier ouvrage en ce genre que nous ayons rencontré jusqu'à présent, c'est le premier essai d'encyclopédie
(1) Le Meya se trouve à Oxtord sous le n* 582. La bibliothèque Je Paris CD poiiacdo deux Rxeinplaircs. sou» les n^* lono ot 1010 de 1 ancien fonds. Le premier ne contient que les trente premiers chapitres.
PKllSE. 3."»?
mc'Mlicale tenté par l'école arabe, et en qnelqnes sorte le programme du Canon (l'Avicenne.
On pourrait dire que le premier tiers de cet ouvrage est consacré aux généralités qui servent d'inti*oduction h la médecine proprement dite, à Thygiène, aux aliments, aux médicaments; le deuxième à la médecine générale, «t le troisième à la médecine spéciale et pratique.
C'est dans son cadre un ouvrage bien conçu et bien exécuté. Amin eddoula en fit l'objet d'annotations et le recommandait comme un excellent et substantiel résumé. Il le fut aussi de la part de Noman ben Abirrdha el Israïly, qui avait pris cet ouvrage à cœur sur les recommandations de ses maîtres. La bibliothèque de Paris possède cet ouvrage sous le u" 1024 du supplément.
Tels Ront les autres écrits d'Abou Sahl el Messihy :
Exposition de la sagesse dont Dieu a fait preuve dans la création de l'homme. Ce livre faisait l'admiration d'Ebn Abi Ossaïbiah.
De la science de la nature.
Traité de médecine çrénérale on deux parties.
Traité de la variole.
Traité de la peste, dédié au roi Malek cl Adt^l Khguaresmciiah Deu Màmoun.
Extrait de l'Almagestc.
De l'interprétation des songes.
On cite encore un traité du pouls.
ABOU SOLEIMAN ESSEDJESTANV.
Abou Soleiman Mohammed ben Dhaher ben Bahram fut surnommé Essedjestany du Sedjestan, sa i)atrie. On le nomme encore El Mantaky, ou le Dialecticien.
Ami et élève d'Iahya ben Ady, il cultiva aussi la philosophie et la littérature. Il écrivit un traité sur l'organisation des facultés humaines ; un traité sur la dialectique ; des réponses à des demandes qui lui étaient adressées ; des notes sur la Philosophie et les curiosités; que les corps
céledtas ont un^ nature spéciale et sont doués d'une âme raisonnable.
Ebn Abi Ossaïbiab, dans sou livre I'% fait deux citations de Sed^Astany* Telle est la première : « Ebn Âdy m'a assuré que lea Indien» possèdent des sciencet^ sublimes touchant la philosophie, et il pensait que la science avait été par eux transmise aux Grecs Je ne sais d'où lui est venue cette opinion, > La seconde a trait k Esculape et contient des erreurs historiques.
ABÔUL HASSAN AHMED ETTHABARY.
Aboul Hassan Ahmed ben Mohammed, natif du Thabariatan, reçut le surnom d'Etthabary.
Il était au service de l'émir Rokn eddoula ben Bouïh, et mourut en l'année 970.
Il écrivit un compendium de luédeciiie, connu sous le titre de Traitements hippocratiques, dont il existe trois exeuiplaires h Oxford. Il semblerait que cet ouvragée ait traité d'une façon toute particulière de l'œil et de sa thérapeutique. Un autre Ms. à Munich, n* 810.
Il est bien souvent cité sous ce même titre dans un Traité d'oculistique de Khalifa ben Abil Mahassen, qui existe à Paris sous le n* 1043 du supplément.
Quelques-unes de ces citations semblent avoir été intercalées après coup.
EL COMRY.
Abou Mansour el Hassen ben Nouh cl Comri nous est donné par Ebn Abi Ossaïbiah comme le médecin le plus distingué de son temps pour son excellence dans la pratique de la médecine, son excellente méthode, sa connaissance desprincipes de la médecine, et son habileté dans la pratique de l'art. Il étaît en faveur auprès des «ouverains.
Chems eddîn Abd el Hamid ben Issn rapporte qu'Avîcenne assistait avec profit aux leçons d'EI Comry, déjà avancé en
âge. Les relations d'El Goniry avec le jeune Aviceiine, établissent qu*il prolongea i*a carrière jusque vers la fin du X* siècle.
El Comry composa sous le titre R'any ou Many un compendium de médecine, où il traite parfaitement de toutes les maladies et de leur traitement, et passe en revue les opinions des anciens et des modernes et particulièrement celles de Raxès. Cet ouvragée se trouve à la Bibliothèque Bodléienne, sous le n* 042, Il se divise en trois parties ; des maladies internes, des maladies externes et des fièrrea. B. de Florence^ n« 247.
Il écrivit aussi un traité des causes des maladies.
ALFARAUV*
Abûu Nasr Mohammed hen Mohammed ben Tarkhan, que les Musulmaus considèrent comme le prince de leurs philosophes» reçut le surnom d*A!furaby du nom de sa ville natale, Farab dans le Turkestan, ou suivant d'autres, Fariab dans le Khorassau. Il se rendit à Bagdad, où il étudiad'abord lalang^ne arabe, puis la philosophie.
Il eut pour maîtres Abou Bachar Matta et lahya ou Jean fils de Djilân {dit Djelabad par Casirî et Pococke)* Ses débuts furent laborieux, car il était pauvre» et il lui arriva parfois de se retirer le soir dans les corps de garde pour y profiter de leur lumière. Bientôt il professa lui-même h Bagdad et compta de nombreux et éminents élèves. Il se retira plus tard à la cour de Seif eddoula, prince d'Alep, qui le rerut avec distinction.
Ayant accompagné ce prince à Damas, il y mourut en Tannée 950 de Tère chrétienne*
Alfaraby compte plutôt parmi les philosophes que parmi les médecins. Il se passionna pour Aristote, dont ses écrits reproduisent les doctrines. Il rapporte lui-même avoir lu deux cents fois le traité de Famei et cinquante fois la physique d'Aristote- Avicenne déclare qu'il a puisé toute sa science dans les ouvrages d'Elfaraln% et Munk pense que
rusagfc fait par Avicennc des écrits d'Alfaraby, est peutêtre lacaiise de leur grande rareté. On lit aussi, dans les Mélanges de philosophie juive et arabe, que Ebn Tophaîl ne faisait pas un très-grand cas de la philosophie d'Alfaraby, que sa doctrine n'était pas orthodoxe, qu'il ne paraissait pas admettre l'immortalité de l'àme, et que d'autre part Maiinonide estimait beaucoup son livre de la politique.
Les autres sciences ne lui étaient pas étrangrères, et parmi une centaine d'ouvrag-es que lui attribue Ebn Abi Ossalbiah, on remarque des commentaires sur Porphyre, Alexandre d'Aphrodisée, Euclide et Ptolémée.
Le même biographe nous a conservé un curieux fragpment d'Alfaraby sur l'école d'Alexandrie. On y lit, entre autres choses, qu'Auguste fit traduire les œuvres d'Aristote, qu'il chargea Andronicus de les prendre pour base de son enseignement à Alexandrie, et qu'il en fit porter des copies à Rome. Quand le chritianisme domina dans Alexandrie, les évêques se concertèrent pour faire dans les œuvres d'Aristote, un choix de ce qui pouvait être enseigné. A l'avènement de l'islamisme, l'enseignement finit à Alexandrie et fut transporté à Antioche.
Nous ne pouvons entrer dans le détail des œuvres d'Alfaraby. Nous dirons seulement qu'outre la philosophie, il cultiva aussi l'astronomie, les mathématiques et même la musique.
Cependant nous devons parler de son ouvrage intitulé : Ihça el Oiiloum, sorte d'encyclopédie où il traite sommairement de la classification des sciences et de leur objet. Munk pense que nous avons un abrégé de cet ouvrage dans la traduction latine imprimée sous le titre Compcndium omnium scientiarum, dont il existerait à Paris une meilleure traduction manuscrite.
Quant aux ouvrages de médecine nous trouvons une médecine théorique et pratique traduite en hébreu et existante la Bibliothèque de Paris, des objections à Galien, des objections à Razès, des traités sur les organes des animaux, sur les concordances entre Hippocrate et Platon, ainsi que entre Aristote et (nilien, sur la physique et sur les météores.
PkRSE. «361
Enfin nous devons citer un traité sur la certitude de Talcliimie.
Malg'ré Tiissertion de Munck, il existe cependant un nombre assez considérable de manuscrits d'Âlfaraby dans nos bibliothèques, ainsi qu'on peut s'en assurer.
La Bibliothèque de Paris en contieat plusi^^ure tant en hébreu qu'en arabe. V. le cat. des Mss. hébreux rédigfé par M. Zotenbergf. Plusieurs ouvrages nous sont restés en traduction latine.
ABOU MANSOUIi MOUAFFEQ BEN ALI.
Abou Mansour vivait dans le courant du X* siècle de notre ère. Il habitait Hérat, et porta le surnom de Haraouy.
Il écrivit en langue persane, (1) sous forme alphabétique, un traité de matière médicale, dédié au prince Nouh bon Mansour, le Samanide, qui nous est connu comme ayant protégé les savants', et mourut en 987.
L'auteur et son livre ne nous sont connus que par un travail de M. Seligman, exécuté d'après un manuscrit unique.
D'après ce qu'en dit l'éditeur, l'ouvrage ne paraît pas d'une grande importance. Au milieu d'emprunts faits h ses devanciers, l'auteur a cependant quelques parties originales. Son intérêt est surtout historique, ainsi que nous l'avons déjà fait observer précédemment.
Les citations portent sur des médecins grecs, syriens, arabes et indiens. La position de l'auteur le mettait en quelque sorte au confluent de ces divers courants scientifiques.
Les médecins grecs figurent au nombre d'une dizaine, parmi lesquels Dieuchès, et Philotimus que nous n'avons lias vu cité autre part. Ont-ils été traduits ou bien les citations sont-elles empruntées à d'autres écrivains ?
Les médecins syro-arabes sont un peu plus nombreux.
Les Indiens sont au nombre de quatre ou cinq.
Ces dernières citations sont particulièrement intéressan-
(1^ r.o^ tratlitions persanes se réveillaient à inesuro que le Khaliiat d^clidtiii, et notre auteur paraît avoir un faible pour le par.-:i.srae.
:Wi HISTOIRE DE LA MÉDECIKE ARABE. — LlVafc TROÎSIÉUB.
tes. A proi)os de la théorie des éléments, l'auteur met en (!Oinijaruisoii les doctrines des Crrecs et celles des Indiens et il 8e prononce pour ces dernières.
Nous en avons déjà parlé a propos de la médecine des Indiens. Abou Mansour avait voyagé dans l'Inde et y avait étudié la médecine du pays.
n, — L'IRAK.
Le travail des traductions opéré» Bagfdad perdit nécessairement mi peu de Bon importance comme ceutre do lumitV rea. Tomes les fractions du vaste empire musulman citaient venues faire leura provisions de science, et de nouveaux foyera s* étaient partout allumés, bien qu'elle en restât 1« principal. D*antre part le Khalifat était en pleine décadence, et démembré : le mouvement scientifique procédait surtout de rimpulsion primitive.
C'est à rémir Adhad eddonla que les lettres et lès sciences furent le plus redevables au X* siècle, et c'est à peine si nous rencontrons quelquefois la main des Elialifes subal* ternlsés. Adhad eddoula, sur la fin du X" sièclef fit revivre un instant les beaux jours des premiers Khalifes Abbassides* Ami des arts et des sciences, il protég-ea ceux qui les cultivaient. Il fit construire des mosquéei*, des écoles, djSd hôpitaux, des bibliothèques» L^hôpital, qui de son nom porta celui d'El Adhedy, fut construit avec grandeur, et immédiatement pourvu de vingt-quatre médecins traitants* Les services y étaient distingués par catégories de malades. li y avait des fiévreux» des blessés, des ophtîialraique?, et les médecins y étaient répartis suivant leurs aptitudes. Nous entrerons dans plus de détails sur cet établissement, quand nous ferons Thiatoire des hôpitaux, et nous nous bornerons maintenant a ajouter que la fondation de cet hôpital parut un assez grand événement pour que son anniversaire fut pins tard ctMéhrp par tWs fètos* annuelles.
^Jï
:VM HISTOiRE DE L\ MÊDKOlSIfi ARADE. — LIVRE TROI8IKME.
C'est à rémir Adhad eddoula qu'Ali ben Abbas dédia le Maleky.
Nous avons déjà vu la digfnité de chef des médecins conférée notamment à Houein. Mais chez Sinan ben Tsabet, ce ne fut pas seulement un titre honorifique. Nous raconterons dans sa biogfraphie comment il procéda à l'examen de tous les individus exerçant la profession médicale.
Pendant ce siècle se prolongea le travail des traductions.
La médecine fut surtout représentée dans l'Irak par deux familles de médecins avec lesquelles nous avons déjà fait connaissance, celle de Tsàbet et celle des Bakhtichou qui conserva des représentants notables au-delà des limites du X* siècle.
Cependant nous comptons déjà quelques noms parmi les Arabes, et dans ce g'roupe de médecins attachés à l'hôpital fondé par Adhad eddoula, parmi ceux qui nous ont été conservés, presque tous sont des noms arabes. Toutefois» à Bagrdad, nous verrons longtemps encore le nombre des médecins chrétiens balancer celui des musulmans.
Ce fut surtout dans la culture des sciences mathémati-ques que le génie arabe se donna carrière.
Ajoutons que le X« siècle fut celui du polygraphe Massoudy.
En somme l'Irak, au X® siècle, se maintint digne de la hauteur où il s'était élevé pendant le siècle précédent, autant pur les institutions que par les hommes. Si peu d'hommes réellement supérieurs fleurirent à Bagdad, ce fut encore là surtout que l'Asie vint s'instruire, et ce fut à Bagdad que se forma le plus grand médecin de l'écolo arabe, l'illustre itazès, puis Ali ben A-bbas, dont le Maleky est le premier corps complet et méthodique de médecino composé par un Arabe, livre dont la vogue ne céda qu'au Canon d'Avicenne.