I. — Les Sabiens
ABOU SAÏD SINAN BEN TSABET.
Sinan se montra digne de son père Tsabet ben Corra. Si dans la liste de ses ouvrages nous ne rencontrons pas d'écrits relatifs k la médecine, ses importantes fonctions annoncent un médecin distingué. Sa biographie est une des plus intéressantes que nous ayons i enregistrer.
Nous ignorons la date de sa naissance, mais nous connais* sons celle de sa mort, qui eut lieu en 331 de l'hégire, 942 de notre ère
Il servit les Khalifes Moctader Billah, Kaher et Radhy. Le premier lui conféra la charge de chef des médecins. Kaher voulut qu'il se fît mulsuman. Sinan résista d'abord, puis céda. Cependant, peu confiant dans le Khalife, il s'enfuit dans le Khorassan, d'où il revint ensuite à Bagdad, qu'il habita jusqu'à sa mort. Son fils Tsabet écrivit des Annales, où il a consigné deux faits de la vie de son père, qui sont des dates dans l'histoire de la médecine. Nous lui céderons la parole, mais en l'abrégeant.
« Monpère était chargé non-seulement de l'hôpital de Bagdad, mais encore des autres hôpitaux. Or, une année d'épidémie, le vizir Ali beu Issa lui écrivit une lettre où il disait: J'ai réfléchi sur la situation des troupes. En raison de leur nombre et de l'éloignement de leurs habitations, il doit y avoir beaucoup de malades manquant du nécessaire. Il faut que des médecins leur soient spécialement affectés, qu'ils les visitent chaque jour pour leur distribuer des médicaments et des boissons, qu'ils aillent dans tous les corps de troupes soigner les malades et se rentre compte de leurs besoins. Mon père se conforma toute sa vie à ces prescriptions. Le vizir lui écrivit une seconde lettre : J'ai pensé que les campagnes devaient aussi avoir des malades et manquer de médecins pour les soigner. Il faut leur en envoyer avec des provisions de médicaments; qu'ils séjournent dans chaque
if\** i'ii.vroriiB ùu la :dJiDECTi:^ arabe. — uvbe moifiiÈaïK.
lo'^nliff'' >. temps nérpsdaire et 'qu'ils ne tranaportent partout. Mon p^re obéit encore.
" liPH mérlecins lui arrivèrent. On lui écrivit au^i des ^ampaian^^"* V^** î*^^^ malailes étaient nombreux, qu'aux environs -ie Nalir el Malek len juife étaient en majorité et réclarliaient au.s.si 'le.-< soins. Afon père en informa le vizir et lui 'lemanoa ^,e qu'il fallait faire, l'informant toutefois que le réîfiement des hrjpitau.x ar^rorfiait des secoura aux JAmmi* fHnjet^ non miwuiuian.^i tout auaai bien qu'aux Croyants. Le vixir répondit : J'ai compri.s ce que tu m'as écrit, et ton ayis est le mien, fl faut traiter les ziramia et même les animaux. T.es homme^i d'abord, pui.s les animaux ; les musulmans les premier.^, pui.^ le.-t zimmi.s. ('e qui reste après les dépenses faites pour les musulmans doit être employé pour les autres malades. Fai.s-le savoir à tes collè^rues: qu'ils se rendent dans les campagnes et dan.s les localités infestées par Tépidémie nutant que îa sécurité deî routes le leur permettra.
^ Leiïdépenses drî l'hôpital étaient a.s.surées par un immeu^ ble fnjfajré par la mère de Moutaouakkel, et une partie de§ revenus de cet immeuble p.ppartenait aux Benî Hachem. LVlministrateur, Aboîi Sahr, favorisait les Béni Hachem au détriment de l'hôpital. Mon pèr^ en informa le viiir Ali br3n Issa, f^t lui ar)')rit qn*t les malades manquaient de charbr)n, de vctem^^nts et d'approvisionnements. Une lettre .<*évf»re fut a/'lressée h Ahou Sahr, et il lui fut enjoint de donner à Thftpital lapartqui lui revenait et d'a.ssurer l'exécution de cfi servir'^.
' Kn Tann/'e .';f)OYnon pèro ourrait l'hôpital dit Essûydà pour jp juel on dépf:i.;îiit cliaque mois iîix cents pièces d'or. * lia mrrne ann^'e il eng'a;,''eait le Khalife Moctader à fondeif nn liôpital qui jiorterait «on nom. Le Khalife Moctader y d^'pens?)it chnque mois, de ses revenus, deux cents pièces d'or - Kn Viinuvi* 'M'.) (O.'H deTère chrétienne) il arriva qu'un }iOînrn»î mourut par la faute d'un médecin. Il fut dès lors ir»t'!rdit ^i tout médecin d'exercer, avant d'avoir été examiné f>/»r mon père et d'en avoir reçu un diplôme. Il s'en présenta d'» lî^ijrdud et des environs plus de huit cents (le Kitab el MokMina dit huit cent soixante) sans compter ceux que lent
notoriété datiâ Fart de STuérir dispeasaii de cet eiamf^Q» et ceux qui élaieût attacha au ^lervice du sultan. *
Nous n*avoiid rien rencontré qui nous autorise k admettre que ces examens officiels se continuèrent par la suite et que Sinan ait eu des &uccÊsseur3« dans ce3 fonctions d*examinateur.
Dans le nombre des examens faits par Sinan, il y en eut un que sa sinirulartté afait relerôT par les écrivains étrang'ers à la médecine. Un vieillard ie présenta h Sioan, bien^mlsert d^an tyspect imposant. Il fut reçu avec tous ïês égarda que semblait commander un extérieur aussi recommandable J© désirerais, lui lit Sinan, entendre qtielques propos du docteur* afin d*êu faire nif'o profit. Le vénérable caudldat Ura atoTS de sa manche un papier contenant des pièces d'or, et les offrit h Sinan, en lui disant: Je ne sais ni lire ni écrire, mais j'ai une famille k nourrir, et je te pricï de ne pas m'en-* lever ce qui nous fait vivre» Sinan fiourit, et lui répondît : A uneconditfon, c'est que tu n'entreprendras jamais le traitement d*uu malade que tu ne connaisses parfaitement sa ma* ladie, et que tu n'emploies jamais la saignée ni iefl purgatifs que dans des cas bien midents. C*est ce que j'ai fait jusqu'alors* répondit ie vieillard, et je n*ai jamais administré que de l'ozymel et des julepe. Sînac le congédia.
Sinan composa priosieurs ouvrages d'hiatoîre, de matiie* matiques et d'astronomie. Il fbt aussi traducteur*
Dans la première catégt)rie, nous citerons les annales des rtis de Syrie» les annales de sa fatnflle, la religion des Sn^ biens, une traduction arabe de leurs rites et de leurs prières.
Dans la seconde, des commentaires sur des éléments de géométrie ; des lignes tracées dans un cerclet dédié à Adiiad eddoula; des commentaires sur les ouvragées d*El Kouhy, des commentaires sur le livre des trîauglesd'Arcbimèdedont une traduction du syriaque en arabe avait été faite par le prêtre Youaef, traduction qui fut revue par Sinan.
Enfin dans la troisième nous citerons un traité de réquinoxe» de la division des jours de la semaine suivant les planète» des sciences astronomiques.
Il traduisit aussi le traité des lois d'Hermès.
3b& uiSTomt: de l^ méobcine arabe. — livae troisième.
Un catalogue de ses ouvrages avait été établi par un de ses anciens coreligionnaires, le sabien Ibrahim ben Hilal.
ABOU L HASSAN TSABET BEN SINAN.
Ainsi que son père, il fut médecin des Khalifes, et il servit Mottaquy, Mostacfy et Mouty. En Tannée 313 il fut chargé du service d'un hôpital, où il enseignait la médeoine, prenant pour base de ses leçons Hippocrate et Galien.
Il n'a pas laissé d'écrits sur la médecine, et ce qui le recommande à notre attention, c'est qu'il fut chargé de soigner le malheureux Ebn Mocla. On sait que ce célèbre calligraphe, qui passe pour avoir donné aux caractères arabes leur forme définitive, devint aussi vizir, et qu'ayant encouru, pour divers motifs, plusieurs disgrâces succcessives, il fut condamné à avoir la main, et plus tard la langue coupée. Tsabet fut chargé d'aller le panser. Je le trouvai, raconte-t-il, dans ses annales, livide comme du plomb, affaibli et agité par la souffrance. A ma vue il se mit à pleurer. Son bras était gonflé. Sur le lieu de l'amputation était de la fiente maintenue par un linge grossier. Sur l'extrémité du membre était une ligature qui entrait dans les chairs. Je l'enlevai et fis remplacer la fiente par du camphre. Un autre jour il se mit à pleurer en disant : cette main qui a servi trois Khalifes et qui a copié deux fois le Coran, on Ta coupée comme on fait pour un voleur. Quand plus tard on lui coupa la langue, il tomba dans un tel abandon, que n'ayant plus personne pour le servir, il puisait de l'eau lui-même, s'aidant de sa main gauche et tenant la corde entre ses dents.
Tsabet a laissé des annales oii il raconte les événements survenus depuis l'année 295 jusqu'à l'époque de sa mort, dont nous ignorons la date.
Tsabet eut un frère du nom dUhrahim qui cultiva l'astronomie» et laissa un fils du nom (ïlshaq qui s'adonna à la médecine.
L*iRAJC. 369
Autres Médecins Sabiens.
À côté de la famille de Tsabet, nous trouvons encore quelques Sabiens qui se firent un nom dans la médecine.
Le plus marquant est Aboul Hassan Tsabet ben Ibrahim ben Zahroun. Son père Ibrahim était aussi médecin, et habitait Harran, l'ancienne Garrhes. Âboul Hassan était un médecin expérimenté, judicieux, n'acceptant la tradition que BOUS bénéfice d'inventaire. Ebn Bothlan le cite dans son livre où il parle du traitement récemment institué contre certaines maladies telles que la paralysie, que l'on avait antérieurement l'habitude de combattre au moyen de médicaments excitants. Un jour l'émir Abou Daher fut frappé d'apoplexie, et tous les médecins le croyaient mort. S'il en est ainsi, dit Aboul Hassan, une saignée ne saurait lui faire de tort. On lui permit de la faire, et le malade revint à la santé. Aboul Hassan expliqua la maladie par la suppression de pertes hémorrhoïdaires, et sa cure par leur remplacement par la saignée.
Obéid Allah ben Djabril cite encore ées faits de la pratique d' Aboul Hassan, qui témoignent de son expérience médicale. On en trouve dans Aboulfarage qui annoncent plutôt de la hardiesse que de l'instinct médical.
Aboul Hassan commenta le compendium de Jean fils de Sérapion et mourut en 365 de l'hégire, 975 de notre ère.
Il eut un frère, Hilal ben Ibrahim, qui pratiqua la médecine à Bagdad avec succès et distinction. Il fut attaché h la personne de Touzoun, Émir el Omra, qui, pour une médecine active le récompensa si généreusement que Hilal en fut soucieux. Si cet ignorant, dit-il à son fils Ibrahim, me récompense de la sorte pour un purgatif dont j'ai dû combattre l'intensité, pour une cause futile je puis encourir sa disgrftce.
EBN OUACIF ESSABY OU LE SABIEN.
Il vivait au milieu du X« siècle, et jouissait à Bagdad d'une grande réputation comme oculiste. Ben Younes rap-
370 HlgTOlBB Dl LA MÉDBCINS ASLÂBE. — UVRl TROUZil».
porte qu'un jour qu'il allait le voir, il vit à sa porte sept malades attendant leur tour d'opération (de la cataracte). L'un deux lui offHt 80 drachmes, lui affirmant que c'était là toute sa fortune. Mais un geste le trahit et fit voir une ceinture pleine de dinars. Ebn Ouacif le renvoya comme menteur et ne voulut pas l'opérer.
n. — La Famille des Bakhtichou.
Nous sommes restés au livre précédent sur Bakhtichou ben Djabril, médecin de Moutaouakkel, mort en 870, laissant un fils du nom d'Obéid Allah.
Pendant un siècle et demi nous rencontrons encore des médecins issus de cette famille.
Meyer, dans son histoire de la botanique, a dressé un tableau de la race, d'après ce qu'il a trouvé dans WOsten^ feld. Cet arbre généalogique ne nous parait pas irréprocharble, certaines filiations n'étant pas bien établies.
Nous allons voir bientôt que certaines filiations admises par Wûstenfeld reposent sur des hypothèses.
lAHYÀ BEN BAKHTICHOU
Jean, fila de Bakhtichou
Nous ne le connaissons que par quelques mots d'Ebnr Abi Ossaïbiah, qui le donne comme ayant traduit plusieurs ouvrages en syriaque, sans qu'il sache s'il en a traduit en arabe* Wûstenfeld a supposé que cet lahya ou Jean était le fils de ce Bakhtichou ben Djabrll ; mais nous avons vu que Bakhtichou n'avait laissé en fait de postérité mâle, qu'un fils du nom d'Obéid Allah, et puis l'époque de notre traducteur ne nous est pas donnée. D'ailleurs il faut bien admettre que cette famille fut nombreuse et que nous n'en connaissons pas tous les membres. Nous verrons tout & l'heure, à propos d'un Djabril ben Obéid Allah, qu'il avait des oncles à Bagdad, dont l'historien de la médecine a tu les noms.
LIRAJC BAKHTICHOU BEN lAHYJL
Bûkhtichou fils de Jean,
Caluî-eî pourrait être fils du précédent. Le Kîtab el HQkama, et après lui Aboulfarage, nous donnent ce Backhtîcbou comme étant attaché à la personne du Khalife Hoctader, qui régna de 908 à 932^ et jouissant auprès de lui, en même tempa que Sinan hen Tsabet, d'une grande considération.
OBÉID ALLAH BES DJÀBRIL BEN BAKHTICHOU.
Wufltenfeld a supposé qu'il étaitun petit-flls du Bakhtlchou, médecin de Moutaouakkel : cela estpossiblef mais ce que Wûstenfeld affirme à tort, c'est qu'il est l'auteur du Parterre de médecine, Raoudhat Etthobb, que nous dirons bientôt être Tceuvre d'un homonyme^ son petit-fils» Tout ce que nous savons de cet Obéid Allah, p'est qu'il laissa un fils du nom de Djabril» dont nous allons parler.
njABRIL BËK OfiÊlD ALLAH
Gabriel fils d'Obéid Allah,
Laiî^sé orphelin par son père* il s'en vint pauvre à Bagdad et se mit à étudier la médecine sous différents maîtres, notamment sous El Ouassithy.
En même temps il suivait les hôpitaux. Ses oncles l'avaient recnelUi» mais ils le traitaient un peu rudement, lui trouvant Tesprit lourd et paresseux. Cependant un envoyé du Bouïde Moëz Eddoula était venu à Bagdad, apportant au Khalife des présents, parmi lesquels on nous cite des nains et un âne rayê^ probablement un zèbre. Il avait avec lui une femme affectée d'hémorrhagîe que les médecins du Kerman, de la ^erse et de Tlrak avaient Inutilement traitée. Djabril la guérit et fut comblé de présents. Dès lors ses oncles le tin-
372 HISTOIRE DB L\ MÉDECINS JLRAJIE. — UVRB TBOISIÉME.
rent en honneur. L'ambassadeur, à son retour, raconta le fait, et Djabril fut mandé auprès d*Âdhad eddoula, dont on connaît le goût pour les choses et les gens d'esprit. Gabriel composa, à son intention, un traité sur les nerfs ou les muscles de l'œil. Gabriel fut encore envoyé soigner un autre prince malade. Ceci se passait en 357 de l'hégire» 007 de notre ère.
Cependant Âdhad eddoula entrait dans Bagdad et avec lui Gabriel, qui fut attaché au çrand hôpital fondé par Témir. Il touchait, à ce titre, une pension mensuelle de trois cents drachmes, et autant comme médecin particulier du prince. Il passait deux jours par semaine au palais.
Saheb ben Âbad se trouvant affecté à Rey d'une maladie de l'estomac, Âdhad eddoula lui envoya Gabriel, qui composa pour ce personnage un compendium de médecine, où il traitait de toutes les maladies, de la tète aux pieds.
Gabriel était depuis plus de trois ans de retour à Bagdad quand un prince du Dilem, Khosrouchah se trouvant malade, Gabriel lui fut envoyé. Là, sur l'invitation de Khosrouchah, il composa deux traités, l'un sur la céphalalgie sympathique d'une affection du diaphragme, et l'autre sur cette question que le sang est l'élément le plus précieux du corps.
A son retour à Bagdad il se mit à composer un grand traité de médecine dédié à Saheb ben Abad et intitulé El Kafy^ ou le suffisant. Il composa de plus un livre sur les concordances entre les prophètes et les philosophes, un livre contre les Juifs, et un autre sur l'emploi du vin dans le sacrifice.
Après un voyage à Jérusalem il fut encore demandé à Rey, puis à Mossoul, enfin à Meyafarikin où il mourut en 1005 à l'âge de 85 ans.
Pour compléter l'histoire de la famille, nous allons donner la biographie du dernier membre connu, Obéid Allah ben Djabril, bien qu'il appartienne au XP siècle.
Il habitait Meyafarikin où nous avons vu que son père était mort, et passait pour un éminent médecin et versé dans toutes les sciences cultivée3 par les chrétiens. Ebn Botlan fut un de ses amis. Il cessa de vivre en 1058. Il composa plusieurs ouvrages. Des différentes sortes de lait. —
LtRKK.