IV. — LE MA GRE B
De tous l63 états musulmans, le Magreb fut le seul où la science ne prit paa déâultiTemeut racine et ne brilla que fl*un éclat pasaag^er. Kt encore Tapôtre de la médecine dans cette contrée en fut le martyr.
Dès le commencement du X* siècle, Ishaq ben Amran quittait rOrient pour se rendre dans le Magreb sur l'invitation de Zyadet Allab« prince aglabite de Gaïrouan. Nous dirons bientôt sa fin déplorable.
lôhaq ben Amran eut pour disciple Ishaq ben Soleiman risraélitet qui lui-même fut le maître d'Ebn Djezzâr* Nous devons en passant faire remarquer cette preuve de la tolérance arabe, cette transmission de la science qui ne fait paa acception de religion, dont nous verrons partout de consolants exemples.
Aprèa ces trois médecins éminents, recommandables tous les trois» le premier pour son malheureux apostolat, les deux autres pour avoir fourni des éléments d'instruction k notre moyen âge, nous n^aurons plus guère i parler de cette terre inhospitalière qu*à propos de Constantin rAfricain, dont elle fut la patrie.
C'est à peine si, plus tard, on recueille sous les Hafeides quelque nom de savant.
Quant au reste du Magreb nous en parlerons sommaire-^ ment plus tard pour constater une fois de plus que de toutes les contrées envabies par Tlslamisme, le Magreb fut la plus stérile.
408 HISTOIRH DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE TROISIÈllB.
ISHAQ BEN AMRAN.
Ishaq ben Âmran appartient plutôt au IX* siècle, mais nous l'avons réservé pour le X% afin de ne pas le distraire des deux médecins qui continuèrent son œuvre dans le Magreb. Il y apporta la science et y périt misérablement, victime de la brutalité du prince imbécile qui Tavait appelé dans ses états.
Ce prince nous est donné sous le nom de Zyadet Allah ben Aglab. La dynastie des Aglabites en compta trois de ce nom. Il ne saurait être question que du dernier. En l'année 003 de l'ère chrétienne, il se frayait le chemin du trône en faisant assassiner son père par ses eunuques, puis aussitôt il fiaisait crucifier ces eunuques et déporter une trentaine de ses parents qui ne tardèrent pas à être mis à mort. En 909, obligé de fuir devant le Mohdy victorieux, il se retira en Egypte, puis h Jérusalem, où il périt dans la misère et la débauche.
Tel est le prince qui fit venir de l'Orient Ishaq ben Amran origrinaire de Bagdad, s'engageant à le laisser repartir quand il lui conviendrait. Ishaq fixa sa résidence à Gaïrouan, où Soleiman el Israïly vint le rejoindre et se constitua son disciple.
Cependant Ishaq ne put s'accorder avec Zyadet Allah, tant par le fait du caractère de ce prince que par l'arrivée d'un médecin juif d'Espagne. Ishaq était chargé de vérifier les aliments de Zyadet Allah, mais quand il en admettait un, le juif le refusait, et quand il en repoussait, le juif en autorisait l'usage. Ishaq voulait s'en retourner, mais Zyadet Allah ne le voulut pas et décida la mort d'Ishaq. Il ordonna qu'on lui ouvrît les veines des bras et qu'on laissât le sang couler jusqu'à ce qu'il mourut. Telle fut la fin de l'apôtre de la médecine dans le Magreb ! Le corps d'Ishaq fut ensuite mis en croix et laissé en pâture aux oiseaux !
Ishaq ben Amran a laissé plusieurs ouvrages. Il les écrivit probablement sition tous, en partie du moins, avant son arri-
vée dans le Magreb, où il ne résida qu'un petit nombre d'années.
Deâ médicaments simples.
Lettre à Saïd ben Noufel sur les médicaments réputés cura tifs.
Recueil de passages d'Hippocrate et de Galien sur le Tin,
Le principe et le complément de la médecine.
De la saignée.
De la mélancolie (1).
De rhydropisie*
De la blancheur du pus, des dépôts de Turi ne et du sperme*
Du pouls.
Des causes de la colique et de son traitement*
Le plaisir de Tesprit.
Aucun de ces écrits ne nous est parvenu, que nous sachions, mais nous trouvons Tauteur fréquemment cité par les écrî- Tains postérieurs. C'est ainsi que Ishaq ben Amran est cité plus de cent cinquante fois dans Ebn el Beithar. Parmi ces citations, il en est une relative au scbœnanthe récolté k Cafsa, ce qui prouve qu'Ishaq avait déjà étudié le pays ; mais Ishaq est bien plus pénétré de la matière médicale de l'Orient.
ISHAQ BEN SOLEIMAN EL ISEAILY.
Abou Iakoub Ishaq ben Soleiman était israélite, ainsi que rindique le surnom dlsraïly qui lui est plus particulièrement affecté qu'à ses coreligionnaires et sous lequel il est cité.
Il naquit en Egypte, probablement vers le milieu du X* siècle, et vécut dilr-on plus d'un siècle. Nous aurons plus tard à discuter l'époque de sa mort.
Il exerçait la profession d*oculiste quand il fut invité à se rendre dans le Magreb par le prince Aglabite Zyadet Allah, qui lui envoya cinq cents pièces d'or. Il accepta et se rendit
{1} Le texte arabe se trouve à Municli; e° 805^ en 30 feuilles.
410 BISTOIRB DB Lk MÊDKCUCB ABABB. — UVBB TBOOIÊMB.
à Galrouan, où il trouva Ishaq ben Amran qa*il adopti comme son maître. (1)
 la chute des Âglabites, bhaq ben Soleimau paasa an service du Fathmide el Mohdy. Témimy» dans le Morched, nous a conservé une anecdote que nous allons rapporter, c Un jour, le docteur Zeyad ben Khalfoun entra chei le Mohdy qui lui demanda ce qu'était le Djouxdjoundoum. — C'est, lui répondit Zeyad, une drogue qui noua vient de l'Inde. Peu après entra Ishaq, et le Mohdy lui demanda son avis sur le Djouzdjoundoum. — Âs-tu denuuidé celai do Zeyad, répliqua Ishaq? — Oui. — Et qu'a-t-il dit?— Que c'était une drogue de l'Inde. Ishaq se mit à rire et dit: Il s'est trompé.— Qu'est-ce donc ? — C'estla terre de Barca.^)
Ishaq vécut dans le célibat. Gomme on lui demandait un Jour s'il ne serait pas heureux de laisser après lui des enfants. Mais, répondiMI, je laisse mon traité des Fièvres. — D'autres disent qu'il énuméra quatre de ses ouvrages.
Ishaq fut encore attaché à la personne d'El Mansour, deuxième successeur du Mohdy. Les relations et la mort d'El Mansour nous sont racontées avec plus ou moins de détail par Ebn Khaldoun, Ebn Khallican et l'historien des Hafsides, El Keirouany. Ces renseignements, tout en nous faisant connaître la position d'Ishaq, nous serviront à établir la date controversée de sa mort.
Tel est le récit d'Ebn Khallican, que nous abrégeons: c Abou Dhaher Ismaïl ben Mansour, après avoir été assailli
(1) M. de Sacj, dans son Abdellatif, a donné la biographie dlshaq ben Soleiman, d'après Ebn Abi Ossaïbiah. On peut la lire pour y trouver quelques détails insignifiants et un échantillon dâ la manière un peu décousue du biographe arabe. Il est dit que la rencontre d'Ishaq avec Zjadet Allah se fit au camp d'el Ordut, ce que M. de Sacj a rendu vicieusement par AlarU. On y voit aussi que le nouveau venu ne tarda pas à juger le mauvais esprit de la cour Aglabite.
(2) Témimy ajoute: «La terre de Barcaest la terre d'Andalousie, dont les Espagnols font dans l'espace d'un jour du vin qu'ils boivent et qui les enivre. Ishaq parle de cette terre dans son livre des AU* tnents à l'article vin. •
Pour nous, le Djouzdjoundoum est une hecanora.
par une pluie violente et uû vent froid se rendit à Mansoulya, où il mourut en Tannée S41, et voici comment. Ea entrant dans la villes des frîâsons le prirent et 11 voulut aller au bain. Ighaq le lui défendit, mais le sultan n^eo ât rien. De rinaomnie survint, et Mansoiir demanda s'il n'y avait paa à Kaïrouan un médecin qui pût le soulager* On lui amena un jeune homme du nom d'Ibrahim, qui lui administra des narcotiques et le sultan s^assoupit, Ishaq vint alors et voulut entrer, mais on lui objecta que le sultan dormait. Si ce sommeil est Teffet de médicaments, dit Ishaq, ce sommelt est mortel, Mansour en effet succomba et on voulait mettre à mort Ibrahim. Il n*y a pas de sa faute, dit lâhaq. Il a fait ce que prescrivent les médecins, mais vous ne l'avez pas renseigné sur la nature de la maladie. On a donné au prince des remèdes qui éteignent la ckaleur naturelle, et il eât mort. 1»
Ebn Abi Ossaïbiah fixe la mort dlshaq ben Soleiman à Tannée 330 de Thégire, date adoptée par Hadji Rhalfa. Nous ne saurions souscrire à cette date, en présence des témoignages unanimes des historiens arabes sur Tintervention dlshaq ben Soleiman lors du décès d'El Mansour, Nous croyons donc qulshaq ben Soleiman vivait encore en Tannée 341 de Thégire, 953 de notre ère, ce qui du reste s'accorde avec ce que Ton nous raconte de sa longévité,
lahaq laissa plusieurs écrits, dont nous allons donner la liste d'après Ebn Abi Ossaïbiah :
« Le traité des Fièvres, ouvrage qui n'est inférieur à rien de ce qui a été composé sur cette matière. J'ai vu le témoignage suivant écrit de la main d'Ali ben Rodhouan : Je déclare, moi Ali ben Rodhouan, que ce livre est très-utile, et que c'est Touvrage d'un homme d*un rare mérite. J'ai mis en pratique la plus grande partie des choses prescrites dans ce livre et je n'ai rien trouvé à y ajouter. > (1)
Traité des médicaments simples et des aliments.
Traité des urines, abrégé d'un plus grand,
(1) Le texte exista à Constantinople* V. Hadji Khilfa, VIL B. Koprit Z&deh
412 HUTOIBI Dl LA ICÉDEOINB ARABI. — > UYRB TBOISIÈMB.
Traité des éléments.
Traité des définitions et des prescriptions.
Jardin de la philosophie, où se trouvent aussi traitées des questions de théologie.
Introduction à la logique.
Introduction à la médecine.
Traité du pouls.
Traité de la thériaque.
Traité de philosophie.
Très-peu de ces ouvrages nous sont parvenus en texte arabe et Ton peut s'en étonner quand on pense aux traductions latines qui en ont été faites.
Le livre de l'urine existe à Oxford, celui des fièvres à Leyde et celui des aliments à Munich. Ces trois ouvrages, le Traité des éléments et celui de Thydropisie, non mentionné par Ebn Âbi Ossaïbiah, se trouvent à Paris en traduction hébraïque. D'autres Mss. hébreux se trouvent aussi dans diverses collections.
On a traduit en latin et imprimé les ouvrages suivants, sous le titre: Opéra omnia Isaac, israelitœ — Salomonis Arabiœ régis filii adoptivi :
Liber de definitionibus.
— de démentis.
— dietarum universalium.
— — particularium.
— de urinis.
— de febribus.
Liber Pantegni Isaac ysraelitœ filii adoptivi Salomonis régis Arabise, quem Gonstantinus aphricanus monacus montis Gassinensis sibi vindicavit. — Nous savons que le Pantegni n'est pas d'Isaac.
Ici nous ferons une réflexion.
Le titre du livre des aliments et des médicaments a été mal rendu par Dietœ générales et D. particulares. Il valait mieux dire : Generaliter et particulariter.
En effet, il est question d'abord des aliments et de quelques médicaments en général dans la première partie, et en particulier dans la seconde.
LE MAGRBB. 413
ESN EDBJËZS^ARi
Abou Djafar Ahmed ben Ibrahim ben AU ben Abî Khaled, dit Ebn Eddjezzâr {le fila du boucher), naquit à Caïrouan au commencement du X* siècle de Fère chrétienne. Il eut pour maître Ishaq ben Soleiman el laraïly.
Ebn Eddjezîîâr était un homme sobre, austère^ méthodique» tout entier à l'étude de la médecine et de aa pratique, qu'il exerçait généreusement. Indépendant de caractère, il ne voulut pas, comme âes prédécesseurs dans le Maghreb, être atta^ ché à la personne des princes. Il dépassa Tâge de quatrevingt ans* Hadji Klialfa place la date de sa mort vers l'année 400 de rhégire, autrement en Tannée 1009 de notre ère.
M. de Slane, d'après Eddeheby, la fixe en Tannée 350 de Thégire, 961 de Tère chrétienne, Ebn Khallican ayant sans doute oublié de la donner. Pour notre part nous repoussons cette date et voici pourquoi. Nous avons déjà vu, dans la notice dlshaq ben Soleiman, qu*il vivait encore en 341 de Thégire, 052 de J.-C„ date de la mort de son client, le prince Fathmide El Mansour, et qu'il vécut, à ce que Ton dit, plus d*un siècle. Quoi qu'il en soit de cette longévité nous pouvons très bien admettre qu Ishaq ben Soleiman survécut de quelques années au Khalife El Mansour et qu*il atteignit au moins Tannée 961 (350 de Thégire). D'autre part il noua semble raisonnable d'admettre qu*Ebn Eddjezzâr, disciple dlshaq, dut survivre à son maître environ la valeur d'une génération» Il nous semble donc qu'il vaut mieux s'en tenir a la date donnée par Hadji Khalfa.
Wûstenfeld a donné la date 1004, nous ne savons d'après quelle autorité,
Ebn Eddjezzâr laissa, à sa mort, une collection d'ouvrages de médecine qui fut trouvée du poîdsde vingt-cinq quintaux.
Il écrivît plusieurs ouvrages, dont le plus célèbre est le Zdd el Moçafir^ Provision du voyageur, qui fut traduit par Constantin BOUS le titre de Viaticum, et plus tard en grec, sous celui d'^phodes. Il a été récemment l'objet d'un double travail de la
part de MM. Daremberg et Dugat, où ces deux savants ont apporté chacun leur contingent de connaissances pour élucider la question du Viatique. (1)
M. Daremberg s'est attaché surtout à démontrer que le moine Constantin, cru longi;emps l'auteur du Viatique, n*en est que le traducteur de mauvaise foi, un plagiaire, attendu qu*il en a tu Torigine, et que cette traduction a été faite sur Tarabe et non sur le grec. M. Dugat a donné la biographie d'Ebn Eddjezzftr d'après Ebn Abi Ossaïbiah, deux chapitres, texte et traduction, la table des matières et des notes sur les médecins grecs et arabes cités «par l'auteur. Ces deux études nous dispensent d'entrer dans de nouveaux détails.
Nous parlerons seulement d'un Ms. de l'Escurial, dont Casiri a fait un compte-rendu inexact, le n^ 857. Tel est le titre que lui a donné Casiri: Peregrinantium commeatus, autore Ahmed ben Ibrahim^ medico hispano, vulgo Ebnel Hozar el Caruni. Wûstenfeld a pris ce Ms. pour un exemplaire du Viatique. Voici les réflexions que nous a inspirées sa lecture* Ce n'est pas une reproduction fidèle du Viatique, c'en est tout au plus une refonte ou une copie de fantaisie. Quelques chapitres se trouvent avec des titres identiques, mais ils sont au nombre de 70, au lieu de 155. Les quelques lignes arabes qui se trouvent en tête indiquent du reste un abrégé. Quant au nom de l'auteur, il a été mal lu par Casiri^
Nous croyons que dans ces caractères incorrects on peut très bien lire Ebn Eddjezzâr el Quirouany au lieu de Ebn el hozai* el Carouny. Enfin la qualité d'Espagnol, medico hispanoy est tout à fait de l'invention de Casiri. Cela ne doit pas surprendre quand on a comparé les Mss. de l'Escurial au catalogue. Casiri en a fait tout autant pour le n*892, ancien 887. Son lahya ben Mohammed ben el Maudy, Espagnol^ n'est autre que lahya ben Mohammed ben EUoboudy, syrien et non pas espagnol, qui vivait au VII* siècle de l'hégire, et non pas ati IV«
Il est généralement connu sous le nom de Sahib Nedjem
(i) Dugat, /. aêiatique, 1853, Daremberg, Archives des MUsions^ 1X« cahier.
^ — LE MAGR8B.
eddin ebn EUobaudy. La BibLiothèque de Paris possède de lui, sous le n* 1056, aacien fonda, un abrégé du Cauoa d Avicenne.
Tels sont les autres ouvrages d'Eba Eddjezzâr:
Ï/Itimad, ou des médicamenta simples.
Le Bourya, ou des médicameiits composéSp
Des moyens de prolonger l'existence.
Un livra d'histoire dont le titre répond à celui bien connu de r Art de vérifier les dates
De rame, suivant les diverses opinions dea anciens.
De Testomac, ses maladies et leurs traitementâ.
De la médecine des pauvres.
Des succédanés. (1)
Des maladies qui proviennent de causes identiquef^ avec des symptômes difiFéreots,
Du danger de saigner sans nécessité.
Du coryza et de son traitement.
Du sommeil et de la veille.
Observations ou expériences de médecine. (2)
De la lèpre tuberculeuse, ses causes et son traitements