‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2 (volume 2)Chapitre 13 sur 168 · L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE ET LES ARABES · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE ET LES ARABES

Do inSnaeifirn^ment de la Médeoina à l'École d'Alexandrie avant rinvasion arabe, ou les XVI Livres de Qalien.

Au commencement du VII* siècle de notre ère la médecine était encore de toutes les sciences la plus dignement représentée à Técole d'Alexandrie. Au milieu de noms plus ou moins connus se détache celui de Paul d'Ég^ine, le plus gfrand chirurgpien de l'antiquité. Nous en citerons tout h rheure d'autres moins éminents, au milieu desquels on peut s'étonner de ne pas rencontrer le sien, car il s'agit d'une institution médicale dont il dut être le témoin.

Quelques médecins conçurent et exécutèrent le projet d'organiser l'enseignement de la médecine. Ils fondèrent une école, instituèrent des cours et prirent pour base de renseignement un recueil de XVI livres choisis à travers les œuvres de Galien.

Ce fait important de l'histoire de la médecine n'en est pas moins resté dans l'ombre jusqu'à présent. Cette institution, bientôt troublée par l'invasion musulmane, ne put être que do courte durée, et c'est là sans doute la raison pour laquelle on n'en trouve aucune mention chez les écrivains grecs et latins.

Les Arabes seuls nous en ont conservé le souvenir. Ils firent plus, et ce qui prouve que ce mode d'enseignement, nonobstant sa courte existence, ne fut pas sans éclat, et dut attirer leur attention lors de^eur entrée dans Alexandrie, ils l'adoptèrent plus tard, une fois qu'ils se furent institués les héritiers de la Grèce. Les XVI livres de Galien devinrent encore chez eux la base de l'enseignement médical et furent l'objet de nouveaux travaux. Il en est souvent question dans leurs écrits.

L*ÉCOLS DaLEX&KDEIE RT LES ARABIH. 30

Malg'ré des témoignages multiples et répétés sous tout*l les formes, les XVI Hvrea sont restés lettre close pour les orientalistes les plus éminents, mânie pour ceux qui étaient les moins excusables de les iernorer, qui avaient en main les éléments de la question. Le plus illustra de tous, M. de Saoy* eu essaya vainement la détermination* M. Munk reconnut leur destination seulement. Il en fut de même de Freind qui reçut des communications tirées des sources orientales. Tout récemment le catalogfue des Mss. hébreux do la biblîotlièquo nationale a reconnu vaguement les XVI livreSf mais il en a méconnu deux.

Il nous a semblé intéressant de recueillir et de mettra en ordre tous les documents relatifs a cette institution qui Bur* vécut à récole d'Alexandrie et s'acclimata chez les Arabes, et même de signaler les méprises auxquelles elle a donné lieu.

Pour être méthodique et aussi complet qu*il convient, BOUS diviserons ce travail eu IV sections.

I. Choix et rédactiou des XVI livresp médecins qui pri* rent part à cette opération.

n. Ce qu'étaient les XVI livres.

III • Les XVI livres chez les Arabes.

IV* Les XVI livres chez les écrivains modernes.

L ~ Choix et Rédaction des XVI Livres. Médecins qui prirent part à cette opération*

Le fait de l'enseig^nement de la médecine à Alexandrie, fondé sur un recueil de XVI livres de Gatlen, nous est rapporté plus ou moins explicitement par les trois grands ouvrages consacrés spécialement à Thistoire de la médecine et des sciences* Nous voulons parler du Fihrist de Mohammed ben Isliaq Ënnedim, du Kitab d hokama de Djemal Eddin el Kofthy, et d« la Vie des Médecins d'Ebn Abi Ussaïtiiah*

Ainsi que nous Ta vous déjà dit sommairement, au commencement du VU* siècle de notre ère. quelques médecins d'Alexandrie se préoccupèrent d'organiser renseignement

40 HISTOIRE DE LA MÉDECINE AHAnE. — LIVRE PREMIER.

de la médeciue. A cet eflFet, ils instituèrent une école et des cours. Comme base de renseignement, ils adoptèrent un choix de XVI livres fait à travers les œuvres de Galien. Pour mieux les adapter à l'instruction des élèves, ces livres furent remaniés, abrégés, paraphrasés, accompagnés de commentaires. On dit que leur réduction sous un plus petit volume les rendit plus propres à être transportés en voyage. On dit aussi que leur concision nécessita souvent des commentaires. On ajoute encore qu'ils furent mis par demandes et réponses, ce qui n'est pas leur forme habituelle.

Si Ton s'accorde, sur le fait en lui-même, il y a divergence quant au nombre des savants et à la part que chacun d'eux prit à l'opération commune.

Le plus ancien de nos trois monuments, le Fihrist, est assez bref. Use borne h citer les noms d'Astephan (Etienne), Djasious, Ankilaous et Marinons, puis il ajoute que ce sont eux qui choisirent XVI livres de Galien, en firent des sommaires, des abrégés, des paraphrases, et que ce recueil est connu sous le nom des XVI livres de Galien.

Le Kitab el hokama de Djemal Eddin el Kofthy, chez qui Ton trouve les renseignements que nous avons donnés cidessus, tout en produisant les mêmes quatre noms, s'attache particulièrement à ce fait que l'initiative et la plus large l)art du travail revient à Ankilaous, au point que certaines personnes rattachent son nom au recueil des XVI livres. Ce ronseignement est donné d'après Honein, qui l'aurait consigné dans sa traduction syriaque du recueil. On lit encore dans le Kitab el hokama : « Cet arrangement et cet emploi des livres de Galien se sont conservés jusqu'à nos jours (XIIP siècle). »

Nous trouvons dans Ebn Abi Ossaïbiah des renseignements plus copieux dont nous signalerons le plus important. Aux quatre noms déjà cités, il ajoute sur l'autorité d'Ebn Hotlan (1), les noms de trois autres collaborateurs, à savoir

(l) Aboul Hassan elMokhtur, dit aussi Ebn Botlan, est Tauteur du livre intitulé : Takouhn li'isahha, dont la traduction latine a été

C'HOIX ET ïlÈÛACrrON DES XVÎ LIVIlEâ.

Théodûse, Palladium* et Jpan le i^raminairien.-Il dit auasn comme Ebti el Kofthy, que le chef de ces médecins fat Ankilaons et que ce fut lui qui provoqua la collection des XVI livreâ» Il ajoute encore ceci: « De tous les commentaire:^ des XVI livres, le meilleur que j'aie rencontré est celui da Djasious.

Au lien de quatre médecins nous en aurions donc sept: Etienne, Djastouâ, Ankilaous, Marinons, Théodore, Palladius et Jean le grammairien.

De ce double témoignage quel est le meilleur ï Ne pour^ rait-on pas admettre que le travail primitif opéré par quatre médecins fut postérieurement continué on remanié. Ce qui est positif c*est que le recueil des XVI livres fut Tobjet de travaux de diverse nature pendant tout le temps que dura le culte de la médecine chez les Arabes, c'est-îi-clire jusques Bt y compris le XI IP siècle de notre ère.

Nous allons maintenant nous arrêter sur chacun de ces médecins et produire tous les reasei^j^nements qu'il nous a été donné de recueillir,

!• Ankiluous. Nous n*avons rien k ajouter sur son compte aux renseignements que nous avons déjà donnés, Jusqu^à présent nou5 avons e.>sayé iiuitllement de rapprocher son nom de ceux qui nous ont été conservés par les monuments classiques. Quelquejonr peut-être serons-nous plus heureux.

2* Etienne, ou Astefan, Le nom d*É tienne est bien connu dans les derniers temp^ de Fécolo d'Alexandrie* D'une part nous connaissons Etienne d'Athènes ou Etienne d'Alexandrie et Etienne le philosophe ou le chimiste, dont les écrits sont parvenus jusqu'à nous : de l'autre Etienne V Ancien des Arabes, qui traduisit du grec en arabe, pour Khaled beu Yezid, des ouvrages d*alchimie et d'autres sciences.

Les trois Etienne ne sont-ils qu'un seul et unique personnage, ou bien sont-ils trois personnages distincts î

Lldentité du deuxième et du troisième nous paraît établie par l'identité des travaux.

imprimée sous ce tttri déformé: Tacuini sanitatis Elluchftsero Elimitlmr medicî de Baidnth. Àr^entorati, 153L

42 HISTOIRB DE LA IIÉDSCIXB ARADE* — LIVfiE PREMIER.

Quant au premier, nous devons observer que son nom n'est pas accompagfné ici de Tépithète V Ancien, que les Arabes joigrnenttoujours au nom du maître de Khaled ben Yezid, pour le distingruerd*Étienne, fils de Basile, traducteur comme lui. Nous savons aussi qu'on le distinerue g'énéralement du second. Mais n'est-il pas naturel qu'un médecin d'Alexandrie ait aussi cultivé l'alchimie, qui s'est complue depuis si long-temps dans la vallée du Nil ?

Nous croyons devoir admettre l'identité de cet Etienne avec le collecteur des XVI livres et voici pourquoi. Etienne d'Athènes est l'auteur du commentaire sur le livre de la thérapeutique à Glaucon, qui nous est parvenu et qui a été imprimé en traduction latine. Or ce livre à Glaucon fait précisément partie du recueil des XVI livres. En somme, nous ne verrions dans ces trois Etienne qu'un seul personnage.

Freind a connu cet Etienne, la part qu'il prit à la rédaction des XVI livres et leur destination.

3* Djasious. Nous le considérons comme identique avec ce Gosius qui nous est donné comme ayant traduit du grec en syriaque les Pandectea d'Aaron. (V. la Bibl. or. d'Assemani). Ou ne saurait le confondre avec ce Gésius dont parle Suidas, qui lui fut antérieur d'un siècle, attendu qu'il vivait du temps de Zenon. Nous avons déjà parlé du cas que Ton faisait de ses commentaires. Nous ajouterons que parmi les écrits de Honein il en est un qui porte ce titre : Solution des doutes élevés par Djasious d'Alexandrie sur le livre des organes souffrants de Galien. (1)

4* Marinons. Nous le croyons identique avec ce Marinons ou Marlanous dont il est question plus d'une fois dans Hadji Khalfa, et qui fut avec Etienne le maître de Khaled ben Yezid dans le grand art. C'est le Morienus des Alchimistes, dont les opuscules se rencontrent dans tous les recueils hermétiques.

5» Théodose. Nous ne connaissons qu'un seul nom que

(1) Djasious et Marinoua sont quelquefois cités dans le Tedkira fie Souidv. Ainsi n"» 1024 et 1C34, f. 48 et 50 de l'A. F. de Paris,

CHOIX l£T RêaVCTlON DES XVI LlVEEfî*

Ali*

Ton pourrait rapproelier de celui-ci ; c'est Tliéoflose le Patriarche, cité par Aasemani parmi les plus célèbres médecins ftyrienâ, après SiméoiiditTaibontlia et Tévèque Grégoire. (Voyez Bibliot, Orient, IL 315),

6* Palladius. Dans la forme arabe Afladiou^ noua croyoïiï* quUl est impassible de voir autre chose que Palladium* Les Arabe» le connurent» et il est asse^ fréquemment cité dans le Continent de Razès.

7» Jean le g^rammairien* Jean Philoponus est assez connu pour que nouà n*ayons pas h nous étendre sur sou compte. Nous dirons seulement que les sommaires ou paraphrases qu'il fit des XVI livres de Galien sont mentionnés nominativement par Ebu Abi Ossaïbiah. Mais il y a plus : ses écrits nous sont parvenus en traduction arabe, souîi forme de recueil, et nous aurons bientôt l'occasion d'en reparler.

De Tensemble des noms que nous avons cités, il résulta que le travail des XVI livres se fit au commencement du VII' siècle de notre ère.

Nous ig^norous combien de temps a pu durer renseignement dont ces livres étaient la base ; mais ce qui nous paraît incontestable, c'est qu'il dut jeter un certain éclat, et qu'il prospérait encore lors de Finvasion musulmane. Nous en avons pour preuve le souvenir qu*en ont conservé les conquérants et les traces multiples et profondes qu'il a laissées ilans lliistoire de la médecine arabe.

Nous aurons bientôt h continuer, chez les Arabes, Thistoire des XVI livres. Nous verrons qu'ils leur accordent toujours une place à part dans leur énumération des écrits de Galien, qu'ils les adoptèrent aussi pour renseignement de la médecine et que plusieurs médecins en firent Tobjet de leurs études et de leurs écrits, tant que dura chez eux le culte de la science. Ce sera toujours, bien que sur un autre théâtre, rhistoire de Tinstitution fondée par les médecins d'Alexandrie. Le développement qu'elle acquit en passant k d'autres mains, nous donnera une idée de ce qu'elle dut être entre les mains de ses fondateurs.

Avant d*aborder ce côté de la question, nous dresserons d'abord IVtat des XVI livres.

44 HISTOIRE DE LA MÉOECCCE ARABE. — UTRE PSEVIER.

n. — Ce qu'étaient les XVI Lhres.

La liste du Fihrist étant la plus ancienne, nous la prendrons pour type. Elle figure en tète de la liste des écrits de Galien avec cette indication : État des XVI livres de Galien qui sont lus par les étudiants. Après le XYI* on lit : En dehors des XVI livres.

Il en est de même pour le Kitab el hokama.

Chez Ebn Abi Ossaîbiab, les XVI livres ne viennent qu*en troisième lieu ; mais au livre VI* de son histoire il nousdonne les renseignements les plus détaillés sur les XVI livres et les autres ouvrages*de Cralien qui leur servent de complé-ment.

On trouve encore des listes complètes des XVI livres dans les biographies de Jean le grammairien et dWboulfaradj ben Thaïeb ; dans le Pantegui de Constantin, dans le n* 444 du British Muséum. Le fonds hébreu de Vienne en possède la collection complète.

Le n* 1117 du fonds hébreu de Paris en contient XIV et le n* 1118 en contient X. Le n* 335 de Florence en contient XIII. Le n* ISjO du Muséum a les VIII premiers.

Quelques livres n'occupent pas constamment la même place dans la série. Le n* 444 du Briti::;h Muséum oflfre cette particularité que les XVI livres y sont classés par catégories, que Ton retrouve chez Ebn Abi Ossaïbiah.

Dans le Ms. de Florence, dans celui de Vienne, et dans le n" 1118 du fonds hébreu, les livres de Turine et du marasme se trouvent intercalés.

Telle est la liste du Fihrist :

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