‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2 (volume 2)Chapitre 2 sur 168 · AVANT-PROPOS. S · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. S

semblaient étrangères à la race, qu'il les eut bientôt dépassés. Pendant cinq ou six siècles il tint le sceptre des lumières et de la civilisation. Troublé par les assauts deux fois séculaires d'un autre fanatisme venu de l'Occident, il rendit à ses antagonistes barbares les services qu'il avait reçus des chrétiens de l'Orient ; il leur transmit les sciences dont ils avaient laissé tarir la source. Pendant la seconde moitié du moyen-âge, la science arabe défraya l'Occident. Quand vint la Renaissance, l'admiration fit place à l'ingratitude et au dénigrement.

Depuis deux siècles surtout on s'est remis k l'étude de l'Orient et particulièrement de la littérature arabe, de beaucoup la plus riche. Mais ces études ont porté de préférence sur l'histoire, la géographie, la poésie, les religions, et les sciences n'ont provoqué qu'un petit nombre de travaux.

Quant à des travaux d'ensemble rien encore n'a été fait, du moins en France, où nous sommes sous ce rapport d'une inglorieuse pauvreté. Quelques ouvrages de seconde main ne sauraient entrer en ligne de compte. L'histoire des sciences en Orient par Cuvier est un travail sans portée. Celle des sciences au moyen-âge de M. Pouchet, bien que de beaucoup supérieure à celle de Cuvier, n'est cependant qu'une ébauche, comme en peut faire un auteur complètement étranger aux langues de l'Orient, c'est-à-dire aux sources.

Un éminent orientaliste, M. Sédillot, a vaillamment défendu la valeur scientifique des Arabes et jeté de vives lumières sur leur astronomie. Il est à regretter qu'il n'ait pas songé à écrire l'histoire sommaire et méthodique de la science arabe.

Si nous abordons le terrain de la médecine, nous constaterons la même pénurie.

Freind n'a bien traité que les pnncipaux médecins. Il en laisse un grand nombre dans une obscurité qu'ils ne méritaient pas. Nous ajouterons qu'il se méprend sur le caractère d'une œuvre importante, l'histoire des médecins arabes par Ebn Abi Oeyaïbiah, qu'il ne connaissait que très imparfaitement, et k laquelle il ne reconnaît d'autre mérite

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que celui de nous apprendre combien la médecine était en honneur et richement récompensée par les souverains de l'Orient.

Sprengrel vaut mieux, d'autant plus qu'il avait une certaine connaissance de l'arabe, mais son cadre, bien que plus élargi, n'en est pas moins par trop restreint.

La France ne peut citer qu'un seul ouvrage, dont elle n'a pas droit d'être fière, c'est VEssai historique et littéraire sur la Médecine des Arabes^ par Amoreux, ouvrage au-dessous du médiocre. Avec tes documents qu'il avait à sa disposition, l'auteur avec un peu de méthode pouvait encore faire un ouvrage passable, tandis qu'il n'a fait qu'une mauvaise compilation, sans jugement, sans ordre, farcie de répétitions oiseuses et de réflexions sans esprit.

Jusqu'à présent c'est à l'Allemagne qu'il faut s'adresser pour avoir des idées correctes sur l'histoire de la médecine arabe.

Deux ouvrages ont trait à cette matière.

Le premier est l'histoire des médecins et des naturalistes arabes, par Wtistenfeld. (1) Ce n'est pas à proprement parler une histoire de la médecine arabe, mais une série de notices au nombre de 300. Ces notices, extrêmement sobres de renseignements biographiques, sont assez souvent complètes au point de vue bibliographique. C'est une révélation nouvelle des richesses de la littérature médicale arabe; mais les questions de doctrines générales ou particulières n'y sont aucunement touchées : la bibliographie n'est qu'une nomenclature. C'est à peine si de très courts aperçus insérés en tète des six divisions de l'ouvrage, indiquent les progrès sucessîfs de la médecine arabe, et donnent la liste des principaux médecins de chaque période. L'ouvrage d'ailleurs ne contient que 160 pages.

La principale autorité de Wûstenfeld est la biographie des médecins d'Ebn Abi Ossaïbiah. Ce sont ensuite Ebn Khallikan, Hadji Khalfa et les catalogues des diverses biblio-

(1) Geschichte der arabischen Aerzte und Naturforscher, vod F. WûsteDfeld, Goettingen, 1840.

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thèqufft, notamment de celles de lE^seuHal, delaBûdléienne, de Paris, etc.

Ne connaissant pas encore le Kitab el hokama, WûBtenfeld s*adresse fréquemment à son plagriaire, Aboulfaragre» l'auteur des Dynasties. Il ne fait non plus aucun usage du Fihrist de Mohammed ben Isliaq,

En somme, l'ouvrage de Wilstenfeld» le premier ouvrage sérieux sur la matière, n'est qu'une esquisse recommandable surtout par la bibliographie» On peut regretter qu'il ait passé parfois trop légèrement sur Ebn Abi OBsaïbiah, qu*ll se Boit trop fié à Casirl, ce qui Ta entraîné dans quelques erreurs et quelques répétitions, enfin qu'il ait tu le nom de quelques médecins dignes d'être mis en lumière.

Le second ouvrage est une e?Lposition des livres grecs traduits en sjTiaque, en arabe, en arménien et eu persan, (l) La catégorie des traductions arabes est de beaucoup la plus nombreuse, C'eat ici une œuvre plus achevée, dans laquelle on ne peut que signaler quelques oublis ou încor' rections de détail.

Cet ouvrage de Wenrich se divise en deux parties^ Dans la première, il expose l'extension progressive de la littérature grecque en Orient, puis l'histoire générale des traductions du grec dans les divers idiomes orientaux- Dans la seconde» il fait Thistoire des traductions de chaque auteur grec en particulier, en suivant un ordre chronologique; exposant aussi les commentaires des écrivains de rUrient. On peut regretter, à notre avis du moins, que Tuuteur i/ait pas adopté une autre méthode, k savoir la classification des auteurs grecs par ordre de matière.

L*ouvrage de Wenrich, bien que venu deux années seulement après celui de Wùsteufeld, accuse une extension très remarquable dans T exploitation des sources^ Il s'adresse surtout au Fihrist de Mohammed ben Ishaq et au Kîtab el hokama de Djemal Eddin. Nous aurions pu nous

(1) Be ûiietorum groecorum Vi^rsionibus et comraentiiriis sjnaeis, trabicifi, armeniacis, persicisque couimentutio* Bcripsit J. (L Wen-

confiera ce travail; mais nous avons préféré le contrôler par les origfinaux, et nous aurons occasion, dans le courant de notre travail sur les traductions arabes, de signaler les quelques lacunes ou incorrections de Wenrich.

Nous allons maintenant indiquer les sources auxquelles nous avons puisé, nous réservant de revenir en son temps sur leurs auteurs, dont le plus important compte aussi parmi les médecins.

Le premier ouvrage en date est le Fihriat ou catalogue de Mohammed ben Ishaq Ennedim. L'auteur nous indique lui-même, au début de son livre, son but et son contenu, à savoir le recensement des ouvrages de sciences qui se rencontrent en langue arabe, tant des écrivains arabes que des écrivains étrangers, avec des renseignements sur leurs auteurs, depuis l'origine des sciences jusqu'à l'année 377 (987). Le Fihrist se divise en dix traités consacrés chacun à une catégorie d'écrivains. Le septième nous intéresse particulièrement, n se divise en trois chapitres.

Le premier traite des philosophes, de leurs œuvres, des tratraductions et des commentaires qui en ont été faits; le deuxième des mathématiciens et des astronomes et le troisième des médecins.

Le Fihrist existe à la bibliothèque de Paris, n* 874 de l'ancien fonds, et 1400 du supplément. M. Fluegel vient d'en donner une édition. Un pareil ouvrage est assurément de nature à étonner les personnes étrangères aux richesses de la littérature arabe. Il a été mis à contribution par les écrivains dont nous allons parler.

Vers la fin du XIII* siècle, Djemal Eddin el Kofthy, dit aussi El Kady cl Akram ou le cadi généreux, publiait le Kitab Tarikh el hokama ou livre de l'histoire des savants, qui ne contient pas moins de trois cents notices relatives à la vie et aux écrits des savants tant anciens que modernes. Les Grecs y sont largement représentés et nous sommes informés non seulement de leurs écrits, mais de ceux qui ont été traduits en arabe et en syriaque.. Djemal Eddin a puisé dans le Fihrist, mais il était riche aussi de son propre fonds, attendu que ce fut le plus grand bibliophile des

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