‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2 (volume 2)Chapitre 31 sur 168 · JEAN FILS DE SÉRAPION, OU SÉRAPION L ANCIEN · texte numérisé non relu

JEAN FILS DE SÉRAPION, OU SÉRAPION L ANCIEN

De même qu'il y a deux Mésué, il y a deux Sérapion, et on les a pareillement disting'ués par les épithètes d'ancien et de jeune. On les a aussi confondus, et c'est ainsi que Freind at-

triboe m Sirmpkm le jeune VmmfiiwJmût ^ ^peitient à rearien. Une des emnses de eelte oonfnioB; c*ett le pende doemneiit» qui doos loteot war leer eoiqte. n en existe eqmideat, et WfisleDfeld s*ert Bunsen dîniit q[M tes hîsICH rieas et biogrephes arabei ne perlent pes de Sénpion l'antien. Nou alknifl pioinrerle c<mtnire.

Sfoepkm randenertcHé dus le Khrist entre Jeea fils de Mésoé et le seccmd Thabsiy. D y estdit qnH écrivit exdnshrement eo syriaqoe, qa*il Tirait aux premiers temps de llslamisme, qn^il composa deux traités ou Pandectes, Vmk le grand eo Xn livres, Fantre lepetit en YII, et que ces onvrages fiunmt traduits en arabe.

Le Fihrist est reproduit par le Kitab el hokama.

On lit à lafin du VUI* UTred*Ebn Abi Ossalbiah, à propos des derniers médecins d'Alexandrie et à la snite d*Ahroun : « Jean fils de Sérapion, n'a écrit qu'en syriaque. Son père Sérapion eut deux enfants, tous deux médecins distingués, à savoir Jean et David (louhanna et Dâoud). Jean est Tauteur d*un grand traité en XII livres et d'un petit en VIL D a été traduit par Haditsy le secrétaire, (1) pour Aboul Hassen ben Nefis, le médecin, en l'année 318 de l'iiégire, et cette traduction vaut mieux que celle de Hassen ben Bahloul. Il a été aussi traduit par Abou Bachar Matta. >

Ces citations soulèvent une difficulté, celle de l'époque où vécut Jean fils de Sérapion. L'historien de la médecine, en le rapprochant d'Ahroun, semble lui assigner le septième siècle, et le Fihrist ne paraît pas abonder en ce sens en disant qu'il a vécu dans les premiers temps de la dynastie (Abbasside) et en le plaçant entre Jean fils de Mésué et le Jeune Thabary, ce qui nous porte au neuvième siècle.

Nous verrons tout à l'heure qu'il faut s'en tenir à cette dernière date, si l'ont tient compte des autorités citées dans les œuvres qui nous sont restées de Sérapion.

Le petit traité, Kounnach ou Pandectes, en VII livres, n'est autre Tchose que ce que nous possédons en traduction latine sous le nom de Sérapion et avec le titre de Practica ou Breviarium.

(1) Lo Fihrist donne ainsi ce nom : Mousa ben Ibrahim el Haditsy*

SitKAPiON LAKCIEK.

Freluil a déjà fait obâerireir que les citations de Jeau lik de Sérapion dans le Cootiuent de l^zès se ret? otivetit mot pour mot dans le Breviarmm. Nous avons constaté la même iden* tité pour les eitâtioûs faites par Ebn Ueithàr,

Nous sommes arrivé deruièi;ement à des preuves plus directes. Il existe à la Bibliothèque de Paris un frag-ment de Jeau iils de Sérapion, que les rédacteurs du catalogrue ont mé- CQEiuu, et que nous avons déterré dans le manuscrit u* 105G, ancien fonds arabe. Le fragment va du folio 155 au folio 170, c'est-a-dire qu'il ne contient qu'une trentaine de pages. C'est dans ce même volume que nous avons aussi fait, entre autres découvertes, celle d*un fragment du Haouy de Razèâ, le seul que l'on possède h Paris,

Le fragment de Jeau fils de Sêrapion, contient la fin du troisième discours, Maqala^ du Kounnach» et le commencement du quatrième. Le dernier chapitre du troisième discours ou traité, est relatif à la colique et porte le numéro d*ordre32, tout comme dans le Breviarium. Il est accompagné de cette indication : fin du troisième discours du Koun-nach d'Iouhanna ben Serafioun le médecin,

Le titre du quatrième discours eât ainsi conçu : Quatrième discours du Kounnach dlouhanua, comprenant trente chapitres, C*est encore le chiffre du Breviarium. Suit Texposé des chapitres et de leur contenu» qui est encore de tout point conforme à ce que nous trouvons dans le Breviarium. L*identitédu Kounnach et du Breviarium ou Practica est donc parfaitement établie.

Les auteurs cités dans Sérapion seront pour nous Tindice de répoque où il vécut.

De même que dans toutes traductions latines» les seules autorités que nous puissions invoquer à défaut d'un manuscrit complet, parmi les noms cités dans le Breviarium, il en est d'indéchiffrables. Mais il en est de parfaitement reconnaissablés et cesontceuxd'Ahroun {dit aussi El Kessed, pour El qass, le prêtre), des fils de Mésué, de Humain (Honein), (1) de Zacliarya et d'Israël, {sans doute les deux Thifoury), de

(1) Désigné aussi sous le nom d'Abou Zeïd.

110 HJSTOIRE DE LA UÉbECIKE ARJOiK. — LIVUK DEUXIL3JE.

Salmouïli, enfin de Gabriel et de ses écrits dédiés à El Màmoun. Nous passons sur les autres tant ils sont altérés dans la traduction latine.

Jean fils de Sérapion, vécut donc jusque vers la seconde moitié du neuvième siècle de Tère chrétienne.

A propos des citations faites dans Sérapion, il n'est p&s sans intérêt de relever les noms des auteurs anciens : c'est peut-être une preuve que beaucoup de traductions syriaques circulaient déjà de son temps. A côté des noms d'Hippocrate et de Galien, on lit ceux de Rufus, d'Asclépiade, de Paul d'Éffine, de Magnus, de Philagrius, d'Archigrène. Il parait même que Sérapion aurait fait plusieurs emprunts textuels à Alexandre de Tralles, bien qu'il ne le cite pas nominativement. Ajoutons à ces noms ceux de Jean le Grammairien, et du Persan Bourzouïh.

D'autre part, parmi les médecins arabes qui ont parlé de Sérapion et qui lui sont ainsi postérieurs, nous citerons Razès et Ali Abbas.

Nous croyons devoir transcrire sommairement ce qu'en dit ce dernier. Dans les prolégomènes du Maleky^ Ali Abbas expose les motifs qui l'ont engagé à écrire, a savoir les défectuosités ou lacunes des ouvrages composés par ses devanciers, et parmi ces devanciers il compte Jean fils de Sérapion.

« Quant à louhanna ben Serafioun, dit Ali, son livre ne contient que le traitement par le régime et les médicaments, et il ne s'occupe aucunement des moyens chirurgicaux. De plus il a oublié de mentionner beaucoup de maladies, et sa méthode est vicieuse. Il traite des maladies par régions, mais sans les rattacher aux organes. Ainsi les maladies de la bouche, de la matrice, etc., sont rangées parmi celles de la surface cutanée. Enfin il a oublié de parler des poisons et deq médicaments toxiques. » Ali fait une longue énumération des maladies oubliées par Jean fils de Sérapion. Nous reproduirons le passage entier à propos d'Ali ben Abbas.

Outre le fragment de Paris, il en existe aussi un h TEscurial, sous le n*814, et la Bibliothèque bodléienne paraît avoir un manuscrit complet de Sérapion sous le n* 398.

sf;R\piON l'antikn'. 117

Le Kounuach fat traduit eu latlu par Gérard de Crémone 30U.S le titre de Brcviarium, et plus tard par Alpapro, sous le titre de Practica.

Il comprend deux parties. La première, qui se compose des six premiers livres, est un traité de médecine où les maladies sont exposées dans Tordre que nous avons vu critiqué par Ali Abbas. La deuxième partie, ou le septième livre, est un formulaire eu trente-sept chapitres, contenant les uns des fipénéralités sur la thérapeutique, les autres, en bien plus j[^rand nombre, un exposé de la préparation des diflFérentes classes de médicaments composés.

L'antidotaire de Sérapion est fréquemment cité par Mésué.

On a aussi donné à Sérapion l'Ancien, le nom de Janus Dixmascenus et une édition en a été faite sous ce titre par Albanus Torinus.

Nous avons aussi des Aphorismes sous le nom de Janus Damascenus, que nous avons rapportés à Mésué l'Ancien.

Le Kounnach de Sérapion fut commenté par Aboul Hassan el Harran y.

Nous avons pu prendre connaissance du Ms. de l'Escurial. C'est un frag-meat de six feuillets seulement, qui pourtant ne manque pas d'intérêt: il contient le début de l'ouvrag'e, avec cet entête: Kounnach d'Iouhanna ben Serafioun, traduit par Moussa ben Ibrahim el Hadechy, avec des additions d'Ebn el Bahloul. Ce dernier est qualifié plus loin d'Essarhany.

Nous trouvons d'abord la table du premier livre, qui contient trente-deux chapitres dont la nomenclature est donnée:

1» Des nodosités, de l'ophiasis et de l'alopécie ;

2» De la chute des cils ;

3* De la teigne molle, qui ressemble au favus;

4» Des furfures de la tète et de tout le corps;

.V Des poux de la tète et du corps ;

0* De la céphalalg-ic causée par la chaleur du soleil, etc.

Nous trouvons ensuite le premier chapitre.

On voit que nous possédons bien 1.^ des frajorment- du Kounnach d'Inhya ben Sérapion.

118 HrSTOIRR DR IJi MÂOEGINE ARABE. — LIVRE DEUXIÈME.

SALMOUIII BEN BAYAN.

Honein rapporte que son père le considérait comme le médecin le plus instruit de son temps. Le Khalife Motassem» à son avènement à l'empire, en 833 de notre ère, Tatta^ cha à sa personne et le tint en grande considération. 11 l'appelait : mon pire. On rapporte qu'il dit un jour : Je considère mon médecin Salmouïh plus que le cadhi des cadhis, car celui-ci ne gère que mes biens et Salmouïh est chargé de ma personne qui m'est plus chère que ma fortune et mon empire. Il le chargea même de sa correspondance. Salmouïh n'avait pas une grande estime de la pratique de Jean fils de Mésué, et quand il se sentit près de mourir, il recommanda à Motassem de ne pas s'abandonner entièrement à Jean. La première chose en médecine, disaitil, c'est d'apprécier l'intensité de la maladie, et c'est ce que ne fait pas Jean, malgré son érudition.

A la mort de Salmouïh, Motassem s'abstint de manger, se fit présenter la bière, et y pria avec accompagnement de cierges et de parfums, à la manière des chrétiens, car Salmouïh était chrétien. Il passait pour fidèle à sa religion et pour un homme de bien.

Motassem ne survécut que vingt mois à la mort de Salmouïh, et l'on attribua Tissue fatale de sa maladie au traitement institué par Jean, contradictoirement aux habitudes de Salmouïh.

On lit dans la vie d'Issa beu Hakam par Ebn Abi Ossaïbiah que Salmouïh partageait les opinions des moines, au sujet des aphrodisiaques et de leur influence funeste sur la santé.

Salmouïh composa des ouvrages, mais nous n'en avons pu trouver le titre, le Ms. du Fihrist de la Bibliothèque de Paris, les laissant en blanc. (1)

n est cité quelquefois par Sérapion, Razès et Ebn Beithâr, chez ce dernier à propos du cresson alénois et du canard.

(1) n en est de même dans l'édition donnée par Fluegel,

lîFaURÎ. àBDALLAB ETTBIFOUEV* ZAKARYA* llîï

Motassem étant mort le 21 octobre 841 (Elmaciii), et n'ayant survécu que vin^t mois k Salmouïh, celui-ci serait mort sur la fin de 839 ou au commencement de 840.

LES TîtlFOURY,

Les Thîfoury étaient une famille de médecins chrétiens, et jouirent de quelque faveur auprèsdes Khalifes. S*ils n'ont pas laissé d'écrits, leurs noms âe trouvent mêlés h certains faits qui offrent un véritable intérêt pour l'histoire de la médecine. L*un d'eux a le mérite d'avoir favorisé les traductions de Honein.

ABDALLAH ETTHÎFOURYi

C'était un homme intelligent et disert, un des favoris d*El Hady le Khalife. Il était attaché en qualité de médecin a Thifour, frère de Khizràna, femme d'El Mohdy, et l'on dît même qu'il était affranchi de cette favorite.

Quand le Khalife El Mansour envoya Mohdy contre Sengrar, il emmena Khizràna qui était enceinte de Moussa El Hâdy. Thifour était de l'expédition, et Thifoury raccompag^nait. L*urlne de Khizràna fut montrée à tous les médecins de l'armée. Abou Quoreich crut découvrir qu'elle était enceinte d'un garçon. Quant à Thifoury, nonobstant les instances de Thifour, il ne voulut pas se prononcer sur le sexe de Tenfant II devint plus tard le médecin d'El Hady.

Ce qui recommande surtout le nom de Thifoury, c'est qu'il fit faire k Honein un certain nombre de traductions. Thifoury, d'après ces faits, vivait sur la fin du VIII» siècle de notre ère et au commencement du IX".

ZAKARYA FILS DE THIFOURY.

Zakarya ne nous est connu que par une anecdote que noufî croyons devoir raconter. Il accompagnait AfchiUt gé-

120 IIISTOinC DS LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE DEUXIÈME.

néralissime de l'expédition contre Babek. Afchin voulut faire inspecter les commerçants de l'armée, et quand vint le tour des droguistes ou pharmaciens, il chargea Zakarya de cette inspection. Zakarya voulut préalablement lui raconter rhistoire du chymiste Joseph. El Mâmoun lui contestant la valeur de la Chymie, Joseph lui répondit que la chymie n'était pas une chimère, mais que les droguistes en étaient la plaie. Gomment cela, dit Mâmoun. Si tu leur demandes quelque chose, répliqua Joseph, qu'ils l'aient ou non, ils n'en déli\Tent pas moins. Que le Kalife essaye, et il verra. Mâmoun se mit à écrire le nom d'une localité voisine de Bagdad, et en envoya demander à tous les droguistes, et tous en délivrèrent, donnant les uns une poudre, d'autres des fragments de pierre, d'autres de la bourre. Afchin en fit autant, prit une liste de friandises, écrivit vingt noms et envoya demander ces objets chez les droguistes. Les uns dirent qu'ils n'en possédaient pas, et les autres en donnèrent. Afchin fit sortir du camp tous ces derniers et écrivit à Motassem pour lui demander des droguistes et des médecins auxquels on put se confier, ce que le Kkalife s'empressa de faire.

Nous voyons que Zakarya vivait dans la première moitié du IX* siècle de notre ère.

ISRAIL FILS DE ZAKARYA.

Il nous est donné comme un médecin éminent. Il était attaché à la personne du vizir Fateh ben Khakan, et fut en crédit auprès des Khalifes et des grands personnages.

Telle était sa position auprès de Moutaouakkel que le Khalife s'étaut fait ventouser sans l'en avoir prévenu, lui fit donner, pour le calmer, trois mille dinars et une ferme d'un revenu annuel de cinquante mille drachmes.

Israïl vivait donc au milieu du IX* siècle.

ABOD QUOREICH ISSA E-SIDLANY. 121

ABOU QUOREICH ISSA ESSIDLANY (lE DROGUISTE

OU LE pharmacien).

Abou Quoreicli était un droguiste ou pliarmacieiï de Bagdad, qui dut au hasard une importance et une célébrité de mauvais aloi.

C'est à titre de renseis-nement historique seulement que nous donnons sa biographie.

Khizouran, favorite du Khalife El Mahdi chargea un jour une de ses suivantes de porter son urine à un médecin. La suivante la porta à un pharmacien, Âbou Quoreich, qui habitait au voisinage du palais, la lui donnant comme celle d'une pauvre femme. Ce n'est pas d'une pauvre femme, dit Abou Quoreich, mais d'une sultane qui doit accoucher d'un prince. Khizouran, joyeuse de cette nouvelle, ordonna de remarquer l'otficine. Quelque temps après elle se reconnut enceinte, et envoya des présents à Abou Quoreich, puis elle accoucha de Moussa. L'aventure fit du bruit, et Georges, fils de Gabriel, contesta la légitimité de la prédiction et demanda une contre-épreuve. Cependant, Khizouran devint enceinte de Haroun. On porta de nouveau l'urine au pharmacien, qui annonça encore la naissance d'un fils. Abou Quoreich fut dès lors en faveur auprès d'El Mohdy, nonobstant son ignorance en médecine, et devint un de ses médecins. On le vit plus tard appelé en consultation, et n'apporter dans les discussions que l'entêtement de l'ignorance. Il accompagnait aussi le Khalife.

Abou Quoreich vivait donc sur la fin du VIII* siècle de l'ère chrétienne.

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