MOHAMMED BEN KHALED
Il est cité comme auteur d'expériences médicales.
ISRAIL.
Nous le trouvons cité comme médecin de Soleiman ben Abd el Malek et comme auteur d'une formule de pilules.
274 HISTOIRE OB Là MiOBCUfS ARABX. — UYRB DBOXIÉUB.
lOUSEP ETTELMID.
Il est cité comme auteur d*uu Mémorial, et on trouve quelquefois dans la traduction latine son nom sous cette forme: Infuaus discipulm.
TfiRBfEDY.
Parmi ses quelques citations, nous relèverons celle d'une pommade contre la variole confluente. La traduction latine Ta quelquefois rendu par : Tamarindi.
ASLIMON ET MfiISSOUSEN.
Nous avons réservé ces deux noms pour clore la liste des auteurs cités par Razès, afin d'appeler plus particulièrement sur eux Tattention. Du reste ils se distinguent des précédents sous un double rapport. Ils se sont plus spécial^nent occupés des maladies des femmes, le dernier surtout, et puis, vu l'importance de leurs citations, nous sommes étonné de n'avoir pu rencontrer autre part aucun renseignement sur leur compte. Quant à la lecture de leurs noms il y a bien quelques variantes, mais nous ne croyons pas qu'il soit possible de les établir autrement. Il est indifférent de lire Âclilimon ou Achimoun au lieu d'Aslimon. Le d^srnier nom, Meissoussen, a bien quelques variantes fautives dans la traduction latine, mais le texte arabe a pris le soin, à plusieurs reprises, d'en régler la lecture sous la forme que nous avons adoptée: Meissoûsen. La traduction latine donne souvent Misus.
ASLIMON.
Àslimon ou Achlimon nous est donné comme auteur d'un Kounnach ou Compendium.
Il est cité plusieurs fois à propos de la paralysie et du
LES MiOEClKS CirÉB DANS BAZÂS* 375
♦itanos, Il conseille la thériaqite dans Tépilepsie* Contre le cancer il prescrit les purg-atifo, et dans rélépbantiasis il conseille la saignée de la &aphène<
Quant aux maladies des femmes, noua le voyons cité à propos de la surabondance du lait, h propos de TcBdème des pieds qui survient chez les femmes enceintes et chez les douvalescents, etc* Il donne la recette d'une fumigation propre à faire reconnaître la grossesse, il conseille plusieurs moyens pour faciliter Taccouchement, entre autres l'aristoloche et les bains, il indique ce qu'il faut faire aprèâ la sortie de l'arrière-faix.
Pourrait-on voir dans Aslimon une altération de Philu^ menm, qui écrivit aussi sur les accouchements /
MEI3S0USEN (MOSCHION)«
Les cîtatîouflde Meîssousen portent exclusivement sur les organes génito-ur inaires, particulièrement de la femme, et ce n'est sans doute qu'incidemment qu'il s'est occupé des calculs chez l'homme.
Il nous est donné comme auteur d'un livre sur les accou-* chementa ou sur les femmes enceintes, el qouabeL Ce livre est quelquefois cité sans nom d'auteur, comme s'il était inutile de le qualifier davantage.
Les passages cités sont généralement assez longs» et ils portent sur toutes les questions qui Intéressent la femme en dehors ou h l'état de grossesse.
Nous citerons d'abord le traitement qull indique dans la défloration ; un bain d'huile et de vin, puis des ongfuentB et une canule pour empêcher les adhérences.
Il fixe les limites extrêmes des iges propres à la conception à 15 et k 40 ans.
Il indique les divers traitements emménagogues à em^ ployer suivant les divers tempéraments.
Nous citerons textuellefflent le passage suivant: le fœtus urine par le cordon. Si vous voulez vous en assurer, ne l'enlevez pas au nouveau né, et tant qu'il restera, il s'en écmi-
270 HISTOIRE DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE DKUriKME.
lera de Turine. Si vous Tenlevez, Turine reprendra sou cours naturel vers la vessie.
Citons encore la métrorrhagie, les divers procédés et les divers médicaments à employer pour l'arrâter, riAflammation de la matrice et les polypes utérins.
Il s'est aussi occupé des calculs. Il veut préalablement que l'on fasse usage des eaux thermales avant de recourir à Topération. Les eaux thermales, dit-il, dissolvent les calculs. Là-dessus Razès fait observer que cette proposition est trop absolue. Il parle aussi d'une certaine pince pour l'extraction des calculs. Enfin, il prescrit les injections de lait dans les affections chroniques de la vessie.
Jusqu'à nouvel ordre nous croyons que l'on peut voir dans Meissousseu le nom altéré de Moschio;i.
Les Livres et Recueils.
Il y a daus le Haouy de nombreuses citations d'œuvres anonymes ou collectives dont nous devons parler.
Le Mokhtâr. Jusqu'à présent nous n'avons pu reconnaître la paternité de ce livre.
Le Mabâl. Nous en dirons autant de celui-ci, qui est plus fréquemment cité. Le titre pourrait faire croire qu'il s'agit du livre bien connu et si souvent commenté de Honein, les Questions. Mais nous ne pouvons nous y arrêter, attendu que nous trouvons citées les Questions sous leur titre naturel, Masail. Outre le nom de Mabal, le latin a donné à ce livre ceux de liber problematum, liber de problematibus, etc.
Les Questions naturelles d'Aristote, sont aussi connues sous le nom de MabaL
Formulaires.
Outre les grand et petit formulaires, qui doivent être rapportés à Sabour ben Sahl, bien qu'ils ne soient pas toujours accompagnés de son nom, nous en trouvons aussi sous la forme de Formulaire moyen, et Formulaire ancien.
Oculistes,
Nous rencontrons plusieurs fois la collection des oculistes
LRS LIVRES ET RF.CUEIL8. '^a
et le Iwrc sur Vœil par demandes et par réponses. On trouve pareillement cités dans le Breviarium de Jean fils de Serapion les Oculistes de Bagdad.
Expériences des hôpitaux.
Ce livre est souvent cité surtout pour les faits de chirurgie ; on trouve aussi bien souvent : les chirurgiens, nos collègues des hôpitaux. Enfin Razès cite beaucoup d'observations qui lui sont propres.
El Khouzy et el Faïk.
Voilà deux noms par lesquels nous terminerons, et nous avouerons humblement n'être pas fixé à leur égard. Faudraitil voir dans le premier Mésué le père? Nous inclinerions à voir dans le second Hippocrate, par la raison seule que Galien,dans son commentaire sur les Septénaires, lui donne souvent cette qualification.
Nous avons reles'é une cinquantaine de citations relatives à El Khouz dans la traduction latine du Continent, mais on en rencontre aussi ailleurs. Sérapion l'ancien nous en a donné 3, Sérapion le jeune 20, Mesué 8, Ebn el Beithâr 44, Avicenne 13 et le Tedkira de Soueïdy un assez grand nombre.
Le fait de la citation d'El Khouz par Sérapion l'ancien nous reporte aux premiers temps de la médecine arabe, e'est-àdire au commencement du IX* siècle de notre ère. C'est là ce qu'il y a de plus important et de plus positif. Les citations sont absolument sèches, et en dehors d'elles, nous ne trouvons aucun autre renseignement.
Le nom lui-même a des variantes. Le texte d'Ebn el Beîthar et ce que nous avons parcouru de celui du Continent donnent presque toujours El Khouz, mais parfois El Khouzy. Cette dernière forme compte pour un tiers dans la traduction latine de Razès. Chez Avicenne on lit El Khouzy et El Kanzy, mais ici on ne sait pas si Ton a affaire à un qualificatif ou à un substantif. Chez Soueïdy on trouve toujours El Khouz. La traduction hébraïque des Simples de Sérapion donne toujours El Khouzy. (1) Les traductions latines des deux Sérapion et
(l) N* 1187 du fonds hébreu, méconnu par le catalo^fue.
278 HltTOIBB DB Lk ICÉDIOIIIB ABABS. — UVRB DBUXIÉIU,
de Mesué donnent consiamm&atlEl Kanzi, d*où Ton pourrait conclure qu'elles ont été faites sur l'hébreu.
Autre chose. La traduction latine de Razès présente quelquefois dixerunt au lieu de diœit £1 Khuz, et le texte arabe légitime cette traduction. On lit pareillement chez Ebn el Beithar, et cela assez souvent, qualet, au lieu de quaU ce qui concorde avec la traduction de Razès. Ce fait, la forme dominante El Khouz, l'absence d'indications caractéristiques d'un personnage sembleraient autoriser avoir dans El Khouz les doctrines de l'école de Djondisabour» située dansleKhou* zistan.
Les citations portent partout sur la matière médicale. On voit apparaître quelques substances nouvelles, ainsi le BouU, Œgle marmelos; le Thabachir^ concrétion du bambou, le Dioudar, le Guilandina bonduc, etc.
Traductions du Persan, du Chaldéen et de l'Indien.
Les Arabes ne s'adressèrent pas seulement à la littérature grecque, mais encore aux littératures de l'Orieut. Si la moisson fut moins riche sur ce nouveau terrain, elle eut cependant son importance et mérite d'être signalée. Toutes les sciences profitèrent de ces emprunts, et particulièrement la médecine, les mathématiques et l'astronomie. Les relations rares jusqu'alors et peu connues de l'Orient avec l'Occident, prirent enfin de la consistance et, grâce aux Arabes, enrichirent le domaine de la science. L'Inde et la Perse fournirent un contingent considérable à la médecine, aux mathématiques et à l'astronomie, et la Chaldée livra de curieux documents sur l'histoire naturelle et l'agriculture des époques les plus reculées. Tous ces documents devaient bientôt passer des mains des Arabes aux nations de l'Occident qui, jusqu'alors, n'avaient guère connu de l'Orient que ses produits naturels.
Nous ignorons si les traductions du chaldéen furent provoquées ou spontanées.
Quant à celles du persan et de l'indien on ne saurait dou-
tit qu'elles n'aient été encoumgéee. L09 Barmécides ne pou- Talent oubliar leur littérature natioûale^ et nous BiVOES qulahya ben Kbaled envoya des émissaireB dans Tlnde pour étudier les produits du pajB et goa hUtûire.
Nous trouvons dans le Continent de Razès bien des citations d'ouvragres persans: rien ne nous force k admettre que RazèB les ait lus dans la langue originale et les ait traduits en arabe pour leur donner place dans le Continent: il y a donc présomption qu'ils avaient passé eu arabe*
TRADUCTIONS DC PEaSAN,
Les notions scientiâques de la Perse lui vinrent de deux sources, l'Orient et l'Occident , l'Inde et la Grèce,
Nous n'avons pas à revenir sur la fondation de Técole de Djondisabour, sur la protection accordée h la science et aux savants grecs par Chosroës dit le Grand, sur les traductions qu'il fit opérer par Sergius, sur la connaissance qu'il avait lui-même de la philosophie grecque, au point qu'il possédait Aristote et que le Timéede Platon n'avait pas de secrets pour lui, Chosroës provoqua donc sous de plus petites proportions le travail entrepris plus tard par les Âbbaasides* (1)
Quant aux Indiens, nous rappellerons Bôursîouih et son voyage dans Tlnde, d'où il rapporta le célèbre roman de Ca» lilaet Dimna; nous dirons aussî que ChosroSsavait àsacour des médecins de divers pays parmi lesquels on cite un Indien,
La science persane, alors qu'elle attira les regards des Arabes manquait donc d'originalité, car rien ne noua fait voir que les greffes étrangères aient pris en Perse le merveilleux et prompt développement ^lu'elles prirent chez les Arabes.
Puisant aux mêmes sources que les Persans et plus largement, les Arabes ne leur firent nécessairement que de faibles emprunts.
(I) Yojas Agftthiii. Noue rappelleroaa tout k Vheurt e#i traductioas en parlAnt d'Ëbn el Mocaflk.
Nous avons bien les noms d*un certain nombre de traducteurs du persan en arabe, mais nous n*avons que des renseiornements très bornés sur les ouvrages qu'ils firent passer d'une langue dans une autre.
Traducteurs.
ABDALLAH BEN MOGAFFA.
Le plus célèbre est Abdallah ben Mocaffa, qui vivait du temps d'El Mansour. Persan d'origine et de religion, il se convertit à l'Islamisme. On lit dans le Fihrist qu'anciennement les Persans avaient traduit des ouvrages de logique et de médecine, et que ces ouvrages furent traduits en arabe par Ebn el Mocaffa. Nous ignorons si ces traductions portèrent en partie sur les écrits qu'Ebn el Mocaffa fit passer du persan en arabe et qui sont : les Catégories d'Âristote, les Analytiques, l'Interprétation, l'Introduction ou Isagoge de Porphyre. On sait qu'il traduisit aussi Calila et Dimna. Il composa aussi des écrits qui ne rentrent pas dans notre sujet.
Ce qui nous paraît attester la traduction d'ouvrages de médecine du persan en arabe, c'est le grand nombre de mots persans, surtout de matière médicale , qui sont restés dans la langue arabe, les uns conservés intégralement, les autres légèrement modifiés. Nous ne croyons pas que la part prise par les Arabes au commerce des drogues venues de rOrient puisse rendre suffisamment compte de ces faits.
Tels sont les autres noms de traducteurs donnés par le Fihrist.
Les fils de Noubakht, Moussa et Yousef, qui traduisaient pour Daoud ben Abdallah ben Hamid.
Ali ben Zeyad Ettemimy. II traduisit de l'astronomie.
ElHassen ben Sahl.
Ahmed ben lahya ben Djaber El Beladory.
Ben Salem el Kateb.
Ishaq ben lézid. Il traduisit Vlkhtiar Naméh.
TE^DtJOTtONS DE L'iKDIKK ET DU CHAtDÉEK,
Mohammed ben Eddjahem el Barmeky,
Hecham ben Cassem.
MouBsa ben Issa el Kourdy.
Dadouïh ben Chahrya dlspahan*
Mohammed ben Bahram ben Mathiar d'Ispahan.
Babram ben Mordanchah.
Omar benel Farhan*
Nous trouvons plusieurs fois cité chez les écrivains arabes un médecin de Herât» Kbn Ha^ardar el Haraou3%
Le Continent de Razèg parle aussi quelquefois d*uii compendium persan, ou d'un auteur persan ^ Kounnach el faray.
TRADUCTIONS DE l/iNDIEN.
Ces traductions furent beaucoup plus importantes que celles du persan, aussi avons-nous cru devoir consacrer un article spécial h la médecine des Indiens, autant qu'elle se trouve représentée chez les Arabes.
Nous connaissons les nomade deux traducteurs de rindien en arabe, Manka, médecin de Haroun Erracbid, et Ebn Dehban attaché à Thôpital des Barmécidas.
Les Indiens paraissent avoir fourni aux Arabes un contingent considérable de connaissances astronomiques. Le livre connu sous le nom de Send hend fut traduit dès Tannée T73 par Mohammed ben Ibrahim el Fazary, et plus tard sous le règTie de Mâmoun abrégé par Mohammed ben Moussa el Khouarezmy. On a prétendu que les Arabes devaient aux Indiens la connaissance de I^algèbre, opinion qui n'est pas celle de M, Sédillot.
Dans la notice de Kanka, le Kitab el bokama parle aussi de traités de musique et d'arithmétique qui seraient parvenus des Indiens aux Arabes,
TRADUCTIONS DU CHALDERN.
Ebn Ouahcbya traduisit du Nabathéen en arabe plusieurs ouvrages» parmi lesquels le célèbre traité d'Agriculture Na^ bathéenne dont nous parlerons plus loin.
De la Médecine et des Médecins de llnde,
Après les Grecs, ce sont les Indiens qui apportèrent le plus fort contingrent de connaissances médicales aux Arabes. On peut même dire que leur apport, après celui des Grecs, est le seul sur lequel nous ayons des renseignements étendus et précis.
La supériorité des Grecs n'empêcha pas les Arabes de s'adresser aux Indiens, et le cas qu'ils en firent est attesté par les nombreux emprunts consignés dans le Continent de Razès, dans Thabary, dans Ebn el Beithar, dans Sérapion, etc., mais surtout dans le Continent. Ces fragments réunis pourraient déjà nous donner une idée suffisante de la méde^cine indienne.
Les Arabes ne pouvaient rester étrangers à la médecine des Indiens. Dès la plus haute antiquité , bon nombre d'aromates et de médicaments arrivaient de l'Inde b, l'Occident. Les Arabes comptaient parmi les agents de leur transport, et le bénéfice que leur rapportait ce commerce leur fit une réputation de richesse exagérée, en même temps qu'ils passèrent souvent pour producteurs tandis qu'ils n'étaient que courtiers.
On dit que Harets ben Kaladah poussa jusque dans l'Inde ses excursions.
Plus tard lahya ben Khaled le Barmécide envoya dans l'Inde un émissaire chargé d'en étudier les médicaments. Ce fut peut être à la suite de cette mission que des médecins indiens vinrent se fixer à la cour de Bagdad.
Les relations entre les Arabes et les Indiens devaient bientôt devenir plus intimes et plus fréquentes à la faveur des événements politiques. Nous verrons plus tard Abourrihan el Birouny faire de l'Inde l'objet de ses explorations.
Quant à la médecine indienne, ses origines sont encore
peu connues. Ce qui nous importe ici c'eet de constater qu'a« vaut rédueation scientifique des Arabes, les Indiens possédaieQt sur la médecine de nombreux ouvrages que les Arabes ne crurent pas devoir négliger alors même qu'ils étaient an possession de ceux des Grecs,
Déjà quelques savants m sont occupés de la médecine indienne. On peut lire, dans les Analecta de Diets, le dépouil" lement d'une centaine d'ouvrages de médecine dont l'en semble accuse déjà une science constituée. Malheureusement répoque de ces monuments est incertaine. Il «^st cependant permis de croire que la médecine des Indiens, auBsi bien que leur littérature, remonte à une haute antiquité. Les tradi-^ tions médicales, chez les Indiens aussi bien que chez les Grecs, se rattachentaux plus anciens souvenirs mythologiques.
En France les origines delà médecine indienne n'ont encore été étudiées que par MM. Brian et Liétard. 11 nous a semblé que rexhibition des fragments de médecine indienne que nous trouvons chez les Arabes pourrait être un utile complément à ces études. Ces fragmente seront encore une date et auront ainsi leur utilité, car il paraît que les documants sanscrits ont pour cachet une absence complète de données chronologiques.
A côté des questions de fait, les origines de la médecine indienne soulèvent des questions de doctrines auxquelles les Arabes ont touché et que nous devons relater.
L'ancienneté de la médecine indienne, ses analogies avec la médecine grecque et certaines traditions autorisent à poser cette question : quelle est la plus ancienne de la science grecque ou de la science indienne» et Tune d'elles procèdet-elle de l'autre ?
Sans avoir la prétention de résoudre cette question, nous ne pouvons la passer sous silence. Les Arabes s'en étant déjà préoccupés, ce sera notre excuse de l'avoir posée.
A propos des origines de la médecine, Ebn Abi Ossaïbiah rapporte ce qui suit: < Abou Soleiman rapporte quUl tient d'Ebn Ady que les Indiens possèdent des sciences sublimes touchant la philosophie et il pensait que la science avait été transmise par eux aux Grecs. >
284 HISTOIRE DE LA MÉOECIXfi AR.VDE. — LIVRE DEUXIKME.
Une anecdote curieuse nous a été conservée. Ibrahim ben Mahdy tomba en léthargie. Le nestorien Djabril le crut mort. L'Indien Saleh ben Bahia le rappela à la vie par un Btemutatoire, disent les uns, par Timplantation d'une aiguille sous l'ongle, disent les autres. Haroun Errachid était présent. Prince des Croyants, lui dit Djafar, Djabril suit la médecine des Grecs^ et Saleh celle des Indiens.
Un fait non moins curieux se lit dans l'ouvrage d'Abou Mansour Mouaffeq ben Âli, édité par M. Séligmann. La théorie des éléments se produit chez les Indiens aussi bien que chez les Grecs, avec de légères différences. Comparant les doctrines des uns avec celles des autres, Abou Mansour s'exprime ainsi : « L'humide et le sec procèdent du chaud et du froid. Or, comme l'effet ne saurait être supérieur à sa cause, les médecins grecs se trompent en admettant qu'un médicament peut être chaud au premier degré et sec au second. Les Indiens pensent autrementet je suis de leur avis. »
Si les Grecs eurent quelques notions sur la médecine des Indiens, ainsi que nous le voyons dans Strabon, les Indiens aussi connurent les Grecs, et nous verrons bientôt à l'article Sandjahal qu'un livre indien fut écrit sur les différences qui existent entre la médecine des Indiens et celle des Grecs.
Entre tous les médecins de l'Inde, il en est quatre que nous trouvons particulièrement cités par Razès, Ebn Beithar et Sérapion le jeune, et il est à remarquer que l'on en trouve rarement la trace ailleurs. Ce sontSendahchar, Quolhoman, Charak et Athra.
Nous trouvons de plus chez Razès des citations fréquentes d'ouvrages anonymes. En dehors de ces citations, quelques autres noms nous ont été conservés par les historiens.
Nous commencerons par les premiers.
SENDAHCHAR.
Que ce nom soit celui d'un livre ou d'un homme, c'est ainsi que nous avons cru devoir le lire d*après Tensemble des documents que nous avons eus à notre disposition. Dietz
DB Lk MtoBCINE &T DBS UÉDICIKS DK L INOB. 285
et Wiistenfeld ont adopté la lecture SendAtcAdn^ d'après Ebu » Abi Ossaïbiah seulement.
Razès lui fait de fréquents emprunts. Nous en citerons quelques-uns.
L*aloës est l'évacuant de Tatrabile.
La preuve d'un vomissement salutaire est quand il se termine par une émission de bile.
Les vomitifs sont avantageux dans l'incontinence d'urine.
Contre les angines, administrer l'eau chaude et contre le hoquet l'eau salée.
Les vers intestinaux sont annoncés par des accès de fièvres erratiques, de la pâleur, des palpitations et quelquefois de la céphalalgie.
L'usage du coco est salutaire dans les affections de la vessie.
Dans Ebn Beithar on trouve cités le Riz, le Lycium, le Mungo, la Banane, l'Acore, etc.
CHARAK.
C'est l'auteur indien le plus fréquemment cité par Razès. Nous reproduirons quelques citations.
Si les aliments se digèrent mal, si l'estomac est lourd, sachez qu'il y a là un afflux de pituite : faites vomir avec une décoction de noix vomique, de moutarde et de poivre long.
Contre le tic facial, employer les sternutatoires.
Contre le hoquet, faire des affusions froides sur l'estomac.
Contre les calculs, administrer une préparation composée de graines de melon, de carthame, de safran et de lithospermon.
Charak donne le mode de préparation du suc de Lycium.
Il dit la noix métel tonique & la dose d'un mitsqual ; et la traduction latine s'est trompée en rendant par hermodactyle.
Le nom de Charak est parfois écrit de manière à pouvoir se lire Susrud, mais dans la majorité des cas son nom est parfaitement lisible.
Dietz a mentionné dans ses Ânalecta plusieurs ouvrages de Charaka. Il cite entre autres un livre intitulé: Charaka
286 HISTOIRE Dfi hk MÉDECINE ABABE. — LIVRE DEUXIÈME.
sanhita,, qui n'a pas moins de 480 feuilles, etqui contiendrait l'œuvre entière de Charaka. (1)
Nous pensons qu'il faut distingfucr Gliarak de Chanak, dont nous parlerons tout à l'heure.
QUOLHOMAN.
C'est après Charak, l'indieù le plus fréquemment cité par nos auteurs arabes. Nous avons en vain cherché le nom de Quolhoman dans les Ânalecta de Dietz.
Il conseille l'ammî comme digestif, et le doronic comme carminatif.
Dans rhydropisie il donne l'urine de chameau et l'emblic.
Pour accélérer l'accouchement il prescrit des fumigations avec le Costus.
Ebn Beithar le cite à propos du Guilandina bonducella, du Basilic, du Costus, du Musc, de la Banane.
ATHRA.
C'est l'auteur le plus rarement cité.
Il conseille l'usage du lait dans la dysurie.
Il décrit la manière dont il faut s'y prendre pour administrer les lavements.
Nous pensons que cet auteur, qui est généralement cité avec l'épithète d'Indien, n'est pas différent de l'Athreyas, dont nous lisons la merveilleuse histoire dans les Analecta de Dietz. Athreyas aurait reçu d'Indra lui-même VAyurveda, ou la science de la vie, puis il aurait institué des écoles et formé des élèves qui recueillirent ses leçons. Elles furent rédigées par Charaka, lequel vivait h l'époque où Vichnou existait sous la forme de poisson.
Ces récits fabuleux attestent au moins la haute antiquité
(1) Ebn Beithar ne donne que trora citations de Charak, A propos de remblic, Charak rappelle le roi des médicaments.
DE LA MÉDECINE ET DES M&DECIKB DE l'jKDE. 28?
de la médecine chez les Indiens, et rappellent T Apollon et rEaculape des Grecs.
Noua mentionnerons aussi quelques emprunts faits à des ouvrages anonymes,
A propos du Cadi (Pandanus odaratissîmus) nous trouvons cité un livre des noms indiens, sans doute des noms techniques particuliers à la médecine. On sait, d* après Razès, que le Cadi était, chez les Indiens, le spécifique réputé infaillible de la variole.
Contre le hoquet nous voyons recommandées les onctions sur l'épiff astre avec le Castoreum,
Contre Thémorrhagie on applique la poudre d'os de sèche*
Contre les calculs administrer la myrrhe.
Contre la diarrhée, chez les enfants, donner de la présure de lièvre t ^ ceux qui pissent au lit donner de Textrait de feuilles de cyprès.
Pour compléter nos renseignements sur la médecine des Indiens nous allons maintenant céder la parole k Ebn Ahi OBsaïbiah*
KÀTKA 00 KANKA.
Il compte au premier rang parmi les plus anciens et leê plus éminents médecins de Tlnde, 11 connaissait la méde^ cine et les médicaments tant indigènes qu'exotiques. C'était un des hommes qui connaiSËaient le mieux Tunivers, la disposition des sphères et les mouvements des astres. Abou Machar le dit un des plus grands astronomes de Tlnde. Tels sont ses écrits : Le Nemouzar, traité sur les âges; le Secret des naissances ; le grand et le petit Livre des conjonctions; Corapendium de médecine; Livre du jugement; Livre des origines du monde. — (On trouve aussi dans le Kitab el hokama une notice sur Kanka, reproduite par M. SédiUot.)
BaNdjaual.
Ce fut ull des médecins de Tlnde les plus savants et les plus habiles, et en mêmt? temps un grand astronome. Il a
2o8 Ul^iTOlIlK DE LA MÉDECINE ARABE. — LIVRE DkUXlKyE.
écrit un gfrand livre sur les naissances. Quelques-uns prétendent que le nom de Sandjahal est un nom collectif qui représenterait différents auteurs ayant écrit sur la médecine et sur d'autres sujets, tels que Bakhar, Daker, Djabhar, Rahak, Ânkar, Andi, Sakah, Djari. C'étaient des savants qui cultivaient en même temps la philosophie, la médecine et l'astronomie. Les Indiens recueillirent leurs écrits et on en a traduit beaucoup en arabe. C'est ainsi que j'ai trouvé dans le Haouy de Razès et dans d'autres ouvrages, des emprunts faits aux auteurs indiens, notamment au livre de Chirak (Charak), qui fut traduit du persan en arabe par Abdallah ben Ali, après avoir été traduit de l'indien. J'en ai trouvé d'autres faits au livre de Susrud, qui traite des maladies et de leurs remèdes, livre qui fut traduit par ordre d'Iahya ben Khaled. (1) Parmi les œuvres de Sandjahal sont: Le livre de l'Idan ou Nidan, qui expose les caractères de 404 maladies sans indication de traitement; le livre de Sendhichan et son commentaire; le livre du pronostic?; le livre des divergences entre les médecins de l'Inde et ceux de la Grèce, sur la chaleur et le froid, les propriétés des médicaments et les saisons de l'année; un commentaire sur les médicaments les plus usités ; le livre du traitement des femmes enceintes suivant les Indiens ; le livre de Roussa l'Indienne sur les maladies des femmes ; le livre du sucre suivant les Indiens; le livre de Ray l'Indien, sur les serpents et leurs venins ; le livre du diagnostic des maladies par Abou Kahil ; le livre de Noufassal, comprenant cent maladies avec leurs remèdes.
CHANAK.
C'était un médecin habile et expérimenté. Il entendait également les sciences et la philosophie et avait du renom comme astronome. Les grâces de sa parole le faisaient rechercher par les souverains de l'Inde. Il composa plusieurs ouvrages: Traité des poisons en cinq parties, traduit de l'in-
(I) D*après le Fihrist, Manka fut l'auteur de cette traduction.
DE LA UA DEC 1KB ET O&S KlâDSCINS DS LÏKQS. 280
dien en persan par Manka, sous la direction d'Abou Hatsem pour labya ben Khaled le Barmécide, et plus tard pour Mâmouo âous la direction d'Abbas ben Saïd ecldjouhary^ qui fut chargé de le lire au Khalife (traduction mentionnée aussi par Hadji Kbalfa) ; le livre de Tart vétérinaire (tradaction citée aussi par Hadji Khalfa); traité d^astronomie ; le choix des perles, ouvrag-e composé pour un roi de Tlnde.
mOODEE.
Il occupait une place distinguée parmi les savants et les médecins-indiens* Il excellait non-seulement dans la médeçine» mais aussi dans la connaissance des ouvrages de philosophie. Il composa un livre sur les naissances, qui fut traduit en arabe.
Tel est le récit d'Ebn Abi Ossaïbiah,
On trouve de plus dans le Fihrist la mention de deux traductions opérées par Ebn Dehhan, d'ouvrages dont les titres ne nous apprennent rien sur leur contenu.
Nous en finirons avec les médecins indiens par la notice de deux médecins contemporains de Tépoque des traductions et qui contribuèrent chacun de son côté à propager la médecine indienoe chez les\^rabes*
SALEÏT BEN BâHLA.
Il était venu de l'Inde, versé dans la médecine de son pays, et passait pour habile dans le pronostic. Il vivait dans rirak à l'époque de Haroun Errachid, et ce qui le mit en réputation ce fut la cure d'Ibrahim, oncle du Khalife. Ibrahim était tombé dans un© léthargie telle qu*on le croyait mort. Saleh fut aussi appelé en consultation* Ayant fait pénétrer une aiguille sous Tongle d'un doigt de la main gauche, Ibrahim retira aussitôt la main. Crois-tu, Prince des Croyants, dit Saleh à Haroun qui était présent, qu*un mort sente ainsi? Ibrahim sortit aussitôt de sa léthargie, disant avoir rêvé qu'un chien lui mordait le doigt. Ce fait a été raconté autrement et on a dit que le moyen employé par Saleh était un Bternutatoire,
290 BISTOIBB DB Ul uAùECtSE ARAB«* ^ UTRB DEUXIÈME.