‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 140 sur 162 · LES TRADUCTIONS DANS L'EUROPE CENTRALE · texte numérisé non relu

LES TRADUCTIONS DANS L'EUROPE CENTRALE

Les études arabes, après avoir brillé d'un vif éclat sous le souffle d'Alphonse, ne tardèrent pas à s'éteindre en Espagne. Ce fut ensuite le règne du fanatisme, entretenu par des guerres de nationalités. La prise de Grenade fut aussi fatale aux livres que Tavait été la prise de Bagdad.

Sans un heureux hasard, qui mit entre ses mains une riche cargaison de livres arabes, l'Espagne aurait à peu près perdu le souvenir de cette race à laquelle sa langue, ses institutions et son caractère ont tant emprunté. Le catalogue de ces livres rédigé par le maronite Casiri fut un événement dans les annales de la littérature orientale.

D'autres foyers cependant s'allumèrent au-delà des Pyrénées.

Le Midi de la France était alors constellé de colonies j uives, qui consacraient à l'étude les loisirs que leur laissaient les persécutions.

L'arabe avait été pendant longtemps la langue savante des Juifs, llne fois dans un milieu chrétien, ils revinrent à leur langue maternelle et firent passer en hébreu les meilleurs produits de la science arabe, et particulièrement de la médecine et de la philosophie.

Le moyen âge profita de ces travaux. Bon nombre de traductions hébraïquespasâèrentensuite on latin, et Ton renouvela aussi pour ces opérations le procédé employé par l'archevêque de Tolède, la collaboration. Quand l'étude de l'arabe s'allanguit, il était toujours facile d'avoir un juif sous

iSfi HISTOiaS DB LA UâDKCINl AJUBS. — UVRS HUiriÈIU.

la maiD, et les traductions de l'hébreu succédèreDtà celles l'arabe.

S'il n'entre pas dans notre sujet de faire l'hiMoire de ces traductions, noua devons cependant signaler leur extension et leur importance, car c'est encore làune des voies par lesquelles la science arabe pénétrait en Occident.

La médecine s'enrichit des traductions de l'hébreu. La philosophie, par les nombreuses traductions d'Averroès, entra dans une connaissance plus intima d'.\ristote. On vit quelques traductions en latin opérées d'emblée par des Jai&, de même que l'on en vit aussi d'opérées en hébreu d'après le Utin.

L'Allemagne et l'Italie eurent leur Alphonse dans Frédéric n, esprit supérieur, qui devait se heurtercontre la théocratie et ne put donner la mesure de son génie. On lira dans Averroèa et l'Averroïsme le remarquable portrait qu'en a donné M. Renan. Frédéric s'adressa particulièrement à la philosophie. En même temps qu'il faisait traduire par les chrétiens et les juifs, il entretenait une correspondance avec les savants musulmans. Michel Scot fut le plus émiuentde ses traducteurs.

Manfred marcha dans la vole qu'avait ouverts ion Olostn père. Un traducteur de l'arabe, Bermann l'Allunand, lai était attaché. Etienne de Messine lui adressait tme tradaetloD. Manfred lui-même traduisit un livre attribut kAristote, le livre intitulé De Porno.

L'impulsion communiquée par Frédéric et Hanfired entraîna sans doute l'homme qui fut fatal h la maison de Son»be, Charles d'Anjou. C'est h lui que fut adressée la traduction du Continent de Razès, faite par le juif Ferrasputh.

Depuis, les traductions devinrent de plus en plus rares. Les besoins qui les avaient provoquées n'étaient plus les mft' mes, et Ton puisait à d'autres sources. On vit encore quelques hommes tels que Guillaume Poatel, Alpago, Plempius se passionner pour la science arabe et revenir sur des travaux antérieurs et défectueux.

Quant aux traductions qui se sont faites par les orienta' listes contemporains et qui se prolongent de nos jours, nom

MICHEL ZCOT. 451

n'uvons il noua en occuper autrement qu'à propus duj ui-iyîiiaux qu'elles concernent. Nous ne ferons exception que pour une traduction du pera:in, celle qui porte le nom du Pèro Ange de St-Joaeph.

MICHEL SCÙT.

Ainsi qu'il est arrivé pour un certain uumbre de grands esprits de cette époque, le nom de Michel Scot nou3 est parvenu b, travers les lég-endea et les fables. On en a fait un astrolog-ue, un prophète, un mag'icien, un alchimiste, et on nous a laissé peu de documents sur son existence, dont noua ne connaissons que les principaux traits.

On le dit né en Angleterre vers l'année 1190, ce qui ctit vraisemblable, un de ses écrits portant la date de 1217. Ce qui l'est moins c'est qu'il ait vécu jusqu'en l'année 1290. Pits va même jusqu'à dire : Fioruit anno 1200. Jourdain pense qu'il ne dut pas survivre longtemps il Frédéric II. Noua verrons plus tard une traduction datf^e de 12C0, qui semblerait pouvoir lui être attribuée.

Pits nous raconte qu'il étudia d'abord h O.tford puis à Paris, qu'il se passionna pour les mathématiques, la philosophie et l'astrolog-ie, qu'il fut heureux dans bien des prédictions ce qui, du reste, est conforme b. d'autres témoignages, mais ce qu'il faut, dit-il, attribuer ii sa pénétration.

Nous savons positivement que Michel Scot habita Tolède, où il traduisit de l'arabe eu latin, et peut-être de l'hébreu, et que cette counaîssauce de» langues orientales lui valut l'amitié de Frédéric II, auquel certaines de ses traductions sont adressées. Pits lui attribue la connaissance du grec, de l'hébreu, de l'arabe et du chaldéen.

Deux de ses contemporains, Albert et Roger Bacon, portent sur Michel Scot un jugement sévère. Roger Bacon l'accuse d'avoir ignoré les mots et les choses, et d'être redevable de presque tout ce qu'il a produit k un juif du nom d'André, Que ces critiques soient exagérées, nous le pensons, mais l'inspection des ouvrages de Michel Scot prouve qu'il

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était un médioen tradnetaar. Cepeadant l'étendue de ses tniTatix,bffniid«, Uen ^iie parfoù étrange reDommée qu'il aUlnéa téiBOigiw&tqii'U fat un des grands esprits du moyeu

La notica biUiogn^hiqtu de Michel Scot, bien que le.-; Alteienti on tofe&t |diu copieux que ceux de sa biographie n'en rwts pu moini à fUre, aprèâ l'Histoire littéraire, Jourdain, HBorèu, Reuut, etc.* pour ne parler que des modei^ no, qui ont [oiade rontm d^Michel Scot une counaissaDce pins éteodae et pins eomcte que leurs devanciers. Nous n'avoua pas la pritaotion de combler cette lacune, mais Mtilement de mettre nn pea d'ordre dans les documenta à notre diepoeition et d'en «Jouter quelques uouveaux.

Noiuprendiona,eonunB Jourdain, pour base la liste doonée par Ptts, afin de fUre foix le chemin que l'on a parcouru dèpois» déclarant par avance qu'elle est très inexacte. La Toid:

1* Saper antorem ^hvne. Sicat dicH philox^Ua te |k1»cfpio.

» In Aristotelii Uetheora. Ilbî, St^haae, rkgroM» fcM optu.

3* Deconstattonemanâi.MaxtmaeognitîoastunBetscian- Uœ.

4* De anima. Intenditpersubtititatem demoDstrare. 5^ De cœlo et mundo.

6* De generatione et corraptione.

7* De Bubstaatia orbis.

8' De sumac etTÎgilia.

V De sensu etsensato.

10" De memoria et remînisceiitia.

11° Contra Averroem in Metheord.

12* Imagines astronomicte.

13° Astrolog'orum dogmata.

14* In ethica Aristotelis.

15" De signis plauetarum.

16' Dechiromaatia.

17° De pliyaiogoomia.

18* Abbreviationes Aviceua;.

MICHEL 8C0T. iSÏ

10* De Animalibiis ad Cfesarem.

1° Snper autorem sphterre. Jourdain le donne comme un commentaire deSacrobosco, contemporain deMicliplScot, et M. Hanréau pense qu'il s'ag-it plutôt d'Alpetrag-ins.

Nous placerons ici nne traduction passée souh silence par Pits, et qui portp pr^cia^nient sur un ouvraorc de ce même Alpetraghiîi, forme latinisée t\'k\ Bitromljy, On lit dans Ips Mélanfces de Munk la citation d'un juif qui (écrivait v.u 1247 et qui avance qu'Ai Bitroudjy vivait trente ans auparavant. Ainsi que nous allons le voir, la traduction fut i peu de chose près contemporaine de l'auteur.

Nous l'avons rencontrée ausn"' 7399 et 16,654 de la Bibliothèque nationale (ancien 1860), eH"i6 de l'Arsenal.

Le n" 7399 donne pour titre : Opiis Alpetragii de motii cnrporum cœlcstium. Jourdain en a reproduit l'introduction i DeteffLira tibt secretum pectoria mei, etc.

Nou.q noua arrêterons un instant sur quelques Hg-nes de ce passage, où l'auteur parle de ses devanciera :

• Prosecutua sum dicta antiquorum, secundum quod posuit Tholomeus qui fuit fundamentum hujua scientiie, et aecuti aunt eum sequentea sapientes, et non diversificati aunt aliqui ab eo, prœter Abu laac, Abrahim, Enewah, Winolus, et Zarques in motu spliter» stellanim fixarum et Abu Miiliomethî Jeber autem oll'ay Ispalensis, etc.

D'Abou Ishaq et d'Abraham nous ne faisons qu'un seul personnag-e, Abou lahaq Ibrahim ben Helal ben Zahroun, astronome Sabien qui mourut en 384 de l'hégire, 994 de notre ère. Dans Enewah on pourrait voir El Anoua. Dans Winolus, on pourrait voir peut-être Ouidjan, astronome contemporain et collaborateur d'Abou Ishaq Ibrahim ben Helal.

Quant à Zarque-s, que certains Ms. donnent Zarquel (n' 7300) noua le connais.sons. Il en est de même du suivant, qui n'est autre que Abou Mohammed Djeber ben Aflah, dont Maîmonide corrig'ea le traité do la sphère. Du reste, nous lisons plus correctement .son nom dans le n" 96 de l'Araenal ; Abu Mahoraetbi lebrisaven Afla, et même dans les Msr, de la H. Nationale le nom de cet astronome, cité plusieurs fois, est t'-crit plus correctement.

4TA niTTOiRR ni! la mAdrcine arabe. — litbb huitifur.

L'explicit de cette traduction présente deTintérèt. Omnia lies Mbs. 7399 et 10,654 ie donue différemment. Jourdain les a reproduits tous deux. Nou^ allons en faire autant, et ajouter une troisième forme, celle du u" 96 de l'Arsenal.

N" 16,65-1 (ancien 1820). Perfectus est liber Aven Alpetrand. Translalus est à Mag'istro Michaele Scoto Tholeti, in anno decîmo octavo die veneris Augiisti, liora tertia cum abuteoleucîe, anno incarnationis Jesu Christi, 1217.

N"7399, In decimo octave die Augusti, in die veneris, hora tertîa, cum abuteolente, era MOC quinquagesima quinta.

N' 96, Translatus a Mag'istro Michaele Scoto Toi leti, in decïmo VIII die veneris Augusti, hora tertia cum abuteolente, anno incarnationis Jesu-Christi 1000 simo 200 simo 21 timo. Comme l'a fait observer Jourdain, les deux premières dates concordent en ce que l'une part de l'ère chrétienne et l'autre de l'ère d'Espag-ne. Il y a probablement une faute de copiste dans la troisième.

Quant à ce mot abuteolente, nous en ignorons le sens. Les n"' 2 et 3 do Pits, ainsi que l'a déjà fait observer Jourdain, représentent, non par l'exactitude du titre, mais par le début, le Livre du ciel et du monde, La ligne du n* 2 est le début du prologue du traducteur, et celle du n" 3 celle do la traduction. Tel est le prologue de Michel Scot :

Tibi, Stéphane de Pruvino, hoc opus quod ego Michael Scotua dedi latinitati ex scriptis Aristotelis specialiter corn* mendo, et si aliquid Aristoteles in completum demisit de constitutione mundaua in hoc libro, recipies ejus supplementum ex libro Alpetradji quem similiter dedi latinati, et es in eo exercitatus (n" 10,156, ancien 924). Nous Usons dans M. Renan que M. Eourquetot a retrouvé le nom d'Etienne de Provins dans plusieurs chartes de 1212 & 1221.

On lit au n" 14,385: Incipîl prologua commenti super librum celi et mundi quem commentatus est Averois phylosophus in greco (sic) et Michael Scotus transtulit in latinum. Dans ce Mb. se trouve aussi le commentaire d'Averroès sur le Traité de l'âme traduit par Michel Scot, et on y remarque la m^me erreur de copiste à propos d'Averroès : '" greco

MtCBliL sroT. 4ÎG

Trtité de l'Ame, ii' 4 de Pits. Nous en counaisson» déjà riiici])it. L'explicit donne également Michel Scot comme traducteur. La lig-ne donnée par Pits est le- commencement du commentaire. Au a." 10,151, ancien 032, on trouve, avant le même commentaire, une traduction double.

Jourdain et M. Renan pensent que les ouvragea iuscrita auï n" suivants peuvent être considérés comme traduits par Michel Scot, par la raison qu'on les rencontre généralement, après les derniers cités, dims les manuscrits. M. Hauréau reste dana le doute.

On s'accorde encore ii attribuer b. Michel Scot la trauuction du traité d'Averroèsconnu sous le nom de Substantia orbis, de Orbe, de Compositione corporis celeslis. On le trouve au n" 16,151, sous ces deux derniers titres.

M, Renan incline aussi à croire que l'on peut accorder à Michel Scot la traduction des commentaires but la Physique et la Métaphysique.

A propos du livre des Météores, Jourdain pense que Michel Scot n'en aurait traduit que le IV' livre, M. Renan croit, au contraire, qu'il a traduit les quatre, qui se trouvent dans un Ms. de Venise. N'aurious-nous pas cette traduction dans le n° 10,197, ancien 954, qui la dit faite à Tolède en 1260 ?

Jourdain n'a pas de renseig-nements sur les n" de 12 à 10,

Nous en avons trouvés quelques-uns et M. Hauréau nous en fournira d'autres.

Le Ms. 14,070 contient deux de ces écrits.

Tractatus Michaclis Scoti de notitîa conjunctionis mundî terrestris cum cœlesti. Il peut répondre au n" 13.

Tractatus Michaelis Scoti de presag-iis stellarum. On peut y voir le n* 15.

Quant au traité De Chiromantia, M. Hauréau nous apprend qu'il a été imprimé plusieurs fois.

Daunou aurait compté 18 éditions du Traité de la physionomie, dit aussi De Secretis naturœ.

Pour clore cette catégorie, nous citerons trois ouvrages mentionnés dans Lenglet-Dufresnoy, comme de Michel Scot.

Mensa philosophicft.

46 HBioaai bb 1.4 MfaKTOE âiêWii CMat Homtei»

De aoitt et loua.

On 7 troinre uni nmttoii dn De aaeietli satwm.

Nous «RiTODs maintoDuit ma Livre des enimeinry Pm» dee tredadioiie dcmt «m e*est te plus oeeapé.

Et d*Uioid cette teadnetioii eetdoable. Mieliel Seet B!^efiB eeulramit traduit rouTiage d* Ariatote» mia aiiaei l^liMgé qu'en a bit Avieeime.

Ou aait que les Arabes ii*(mt fonué qa*Qii aeul gioapedai dcrits d'Aristoto sur les animaux, qu*ilsfout auivre THiatcto des Parties et de la Génération, ce qui leur coaatitae «n ea» semble de XIX livres. CTestcet enamUe qu*a tiadutt Ifiehil Scot

Camus a fidt de cette traductiim Tolget d*u]i méoMiirs t|K séré dans le tome YI des Notices et extnits. Ce travail» Usa que Tauteur ign<»ftt les langues orientales» n'en est yst moins remarquable et accuse de la sagacité : on pent a'élOB» nerqu'U n*ait pas été cité à l'article Ificbel Scot de la Biographie Didot

Rappelons d'abord quelques réflezicms de Camus tsn^sar les traductions du grec en arabe que sur celles de l'aiabeca latin.

c II 8*est conservé peu de manuscrits syriaques relativement aux manuscrits arabes, ce qui fait douter que ces traductions aient été aussi fréquentes que d'autres l'assurent, et que beaucoup de traductions arabes aient été faites d'après le syriaque. »

Arrivant à notre époque il dit : c Si l'on n'y manquait pas absolument de manuscrits grecs, au moins fallait-il qu'ils y aient été moins connus, ou enfin que l'on trouvât plus facilement des hommes versés dans Thébreu que dans le grec. Il paraît même que l'on donnait quelque préférence aux traductions faites d'après les traductions orientales. »

Camus incline à croire que la traduction des Animaux d'Aristoto a été faite d'après l'hébreu. Il y a bien, dit-il, des vestigfes arabes, mais ils n'excluent pas le passage par l'hébreu.

Camus cite à l'appui de son opinion un passage du !•' livre où il c«t question de l'anatomie du membre inférieur. On

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