‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 38 sur 162 · MASOUD BEN EL QASS · texte numérisé non relu

MASOUD BEN EL QASS

Masoud benel Qass el Bagdady était un médecin chrétien de Bag'dad habile dans son art. Le Khalife Mostassem le prit à son service et l'admit dans son intimité. Il lui confia même la santé de ses femmes, de ses enfauts et de ses serviteurs. Lors du sac de Bagdad, Masoud se tint renfermé dans sa maison et y resta jusqu'à sa mort. Il laissa un fila dont le nom suit.

ABOD NASa r'aRSENNAMA.

Abou Nasr était un homme distingué, d'une grande intelligence, mais d'un tempérament maladif, prenant en toute saison de la tisane d'orge et se soumettant à un régime sévère, ce qui le conduisit aux confins de la vieillesse. C'était particulièrement un habile mathématicien i

144 UISTOIBS DE Ul MiOlClXB 4RÀBS. — lAYMM MiXtÈlÊE.

I88A BEN BL QUÀBSIS.

Itfa ben elQoaaûfl apprit la médecine àrécole de son père, qui était un médecin distin^é, dont les leçons étaient soivies/ Il avait nr caractère irascible et AbonUiftrage noos raconte qu'il eut avec lui un démêlé à propos de ce fût que les Syriens dans leur supputation du temps comptent par les nuits au lieu de commencer par les jours. Aboulfiurage raconte une autre anecdote qui prouve, dit-il, la hauteur de son caractère. Dans sa jeunesse il avait tracé de sa main un exemplaire, du Canon, qui plus tard était entré légalemeni^ dans la Bibliothèque de l'école dite Monstanseiya du nom de son fondateur. Sur ses vieux jours il en demanda la comr munication pour quelque temps afin d*en corriger les fautes, ne voalant pas, dit-il, qu'après sa mort on pût lui faire un reproche de ces fautes. Il vécut de longs jours.

KEMAL EDDIN BBN lOUNOUS.

Abou AmraQ Moussa Kemal eddiu ben louuous était d'une famille de savants de Mossoul, où il naquit en 1156, et il devint lui-même un des hommes éminents de son temps. Après avoir étudié la médecine à recelé de son père, il alla compléter ses études à Bagdad.

A la mort de son père, il le remplaça comme professeur. Il succéda pareillement à son frère.

Parmi ses élèves on compte le médecin Théodore, auquel il expliquait Alfaraby, Avicenne, Euclide et Ptolémée. Il mourut à Mossoul en 1242.

Il écrivit des commentaires sur Avicenne, sur le Coran et un livre de logique.

Kazouiuy rapporte qu'au temps de Malek el Kamel; les Francs demandèrent en Syrie la solution de questions de médecine, de philosophie et de mathématiques. La dernière no fut résolue que par Kemal eddin. Il s*agissait de cons-

lltAK. 146

truire un carrô d'une valeur ég-.ile à un .sefjinent de cercle,

(Ed. wust. n, yio:.

Dans son Autobiographie, Abdellatif nou3 donne Komal eddin comme tri'sfortenmBtîkématiques. (V. deSacy, Abdellatif, p. 4U2;.

TIIÈODORK I>'aSTIOCHE.

Théodore était un chrétien jacobite qui apprit ii Aiitiochu le syriaque et le latin, en même temp:^ qu'il se livnit ù l'étude de3 sciences. Une première fois il se rendit h Mossoul, pour suivre les leçons de Kemal eddin ben Younous, puis il revint à Antioche, mais comprenant que ses études étaient incomplètes, il retourna bieutùt à Mossonl. Il se rendit enfin à Bagdad où il compléta ses études médicales. Le sultan Ala eddin l'eut quelque temps à son service, puis le prince Constantin d'Arménie, mais ces deux positions ne le satisfirent pas.

Ayant rencontré un envoyé, sans doute de Frédéric II fie texte dit l'empereur roi des Francs), il se rendit auprès de ce prince qui le combla de bienfaits et lui aa-signa en propre la ville de Camahya. La fortune lui ayant souri quelque temps, il fut pris du désir de revoir les siens et prit la mer à l'insu et malgré la volonté de son protecteur. Les hasards de la navig-ation l'ayant jeté dans un port où il apprit qu'il devait le rencontrer, il s'empoisonna dans la crainte d'un mauvais accueil qui ne lui était aans doute pas réservé, dit l'historien des Dynasties,

KK.VLIF.V DEX .VBIL JIAHASSF.X.

Il ne nous est connu que par le a' 1013 du supplément arabe qui contient de lui un traité d'oculistique, d'envirou 250 feuilles in-octavo, intitulé Kitab d Kafy (il Kohli, le livre suffisant en ocnli^tique. La copie est exécutée par'un médecin chrétien de Mos^oul, Abd et Aziz bcii Abi Saïd, ou l'année 070 de l'hégire (l"J77). qui est dite correspondre ti

l'Ië UISTOiaS DE UL lliOlOINS A&ABI. — UVEB ttZlAiaB.

Tannée d'Alexandre (lisez des Seleucides) 1286, ee qui fldt une discordance d'une ou deux années. Elle ftit à peu prèa contemporaine de l'auteur, qui cite parfois Ebn el Beithâr, mort en Tannée 1248. L'auteur vivait donc dans la seconde moitié du XUI* siècle.

Dans l'introduction du livre nous voyons citées les autorités en matière d'oculistlque. Il est un nom firéquemment cité dans le corps du livre et qui ne nous est pas autrement connu, c'est celui de Mansour auteur d'un Tedkira. Les divers auteurs représentent chacun une partie de la science, et le but du présent ouvrage est d'en donner le résumé sous forme de compilation synoptique. Les pages sont généralement disposées en deux colonnes verticales où deux textes mai^ chent parallèlement.

Les citations les plus fréquentes sont empruntées aux Traitements hippocratiquea de Thabary.

Çà et là se présentent des tableaux synoptiques. Les plus remarquables de ces tableaux sont les deux qui représentent les instruments. Chacun en contient dix-huit. Au-dessus de chaque instrument est son nom et au-dessous son emploi ; les instruments sont coloriés arbitrairement, mais parfaitement dessinés. Plus loin nous rencontrons d'autres tableaux. Ainsi Tun d'eux pour les formes diverses de la cataracte, et un autre pour les affections oculaires qui ne tombent pas sous les sens.

L'ouvrage se divise en deux parties: Anatomie et hygiène, thérapeutique. Nous rencontrons un chapitre particulier pour les affections dont le traitement est du ressort de la médecine opératoire.

Telle est la forme habituelle des chapitres consacrés aux maladies : définition, description, variétés, causes, signes, traitement, indication des simples employées.

Quelques chapitres méritent d'être signalés. Tels sont ceux où Tauteur parle des qualités que doit posséder Toculiste, celui où il décrit les instruments, mais par-dessus tout celui où il traite de la cataracte. Le procédé opératoire est très minutieusement décrit. L'auteur fait aussi intervenir sa pratique privée.

Irak. Î-17

Il est assez loiig'ueiiient question de l'opération ]>nr buccÎuu su moyen d'une aiguille creuse, iostrumeiit et procédé. HauBOur, l'auteur d'uo Tedkira dont nous avoua déjà parlé, dit qu'il y a des praticiens quiemploientune aiguille creuse en verre.

Au chapitre de la cataracte se trouve un p&ssa^ d'Ebn

Ousfed (Ebeu Guéâth], désigne par son surnom de Dhoul

Ouaxaratein, l'homme aux deux vizirats, ou il est dit que

l'opération de la cataracte se fait de trois manières, par

, l'aiguille à trois angles, par l'aiguille arrondie et par l'aiguille

[ creuse.

Le Tedkira cite encore un procédé applicable dans les caa de cataracte molle, et qui de prime abord semblerait un procédé par extraction tel qu'il est usité de nos jours. Mais l'expression deponciion nous fait croire qu'il s'agit de l'hypopion plutôt que de la cataracte.

Les cent dernières feuilles traitent des médicaments simples et composés et des aliments.

A la fin nous trouvons une citation du Noiir el Ouïoun, ce qui semblerait invalider les dates données par chacun de ces ouvrages, mais ce passage est une intercallation d'une écri- L tore différente.

■ En somme le Kafy est un bon ouvrage. Il est représenté I par un exemplaire dans les Bibliothèques de l'Orient.

Aboulfaradj Grégoire, fila d'Abroun, vulgairement dit Aboulfarage Bar Hébrreus, naquit h Matatia ou Mélitèue en 1228. Pococke l'a confondu avec un autre Aboulfarage dit

»Ebn Thayeb, dout nous avons déjà parlé, et qui appartenait comme lui à la religion chrétienne.

Son père était médecin et fut son premier professeur. Lui-même nous apprend qu'il alla continuer ses études médicales à Damas, à l'époque des deux fils de Rakaby. Il y re.'îta sans doute quelque temps, car il ajoute qu'il fut

ABOULFARADJ GRKOOIRE.

■ il y rcjia sans (i

118 IIISTOIRB DK LA MÉDECINE AKAB£. — LIVRE SIXIEME.

chargée d'un service de malades à rtiôpital Ëunoury en même temps que Tuu d'eux, Diemal eddin.

Cependant il ne se borna pas à l'étude de la profession paternelle, mais il apprit, outre le s^Tiaque, les langrues grecque et arabe, et s'occupa surtout d'histoire, ainsi que de théologie, de philosophie et de grammaire.

Lors (le l'invasion tartare il se retira à Ântioche avec sa famille. Nous le voyons ensuite évèque de Gouba, deLacaba, d'Âlep et en 1204 élevé à la dignité de Mafrian ou Métropolitain des Jacobites. Son intcfrvention atténua les souffrances que les populations chrétiennes eurent à souffrir desTartares. Il mourut à Méraga en 1280.

Les connaissances et le caractère d'Âboulfaradj lui attirèrent la considération même des musulmans. Pococke en donne pour preuve, entre autres, quelques lignes qui terminent un exemplaire de son livre des Dynasties, et qu*il croit de lamaind'Ëbn Khallican, son contemporain: « L'auteur de ce livre, Aboulfaradj, était un homme qui avait beaucoup lu, qui s'était appliqué avec fruit à l'étude de sciences variées, qui avait acquis dans la médecine une si rare habileté que l'on venait des pays de l'Occident pour le consulter: bien qu'il fût chrétien, il compta parmi ses élèves un grand nombre d*hommes distingués parmi les musulmans. » On lit encore qu'il passait pour s'être fait musulman dans ses derniers jours ; ce qui de la part d'un écrivain musulman semble vouloir dire qu'il ne lui manquait, pour être parfait, que d'avoir embrassé l'Islamisme.

Aboulfaradj est surtout connu comme historien : cependant nous avons déjà vu qu'il a aussi des titres comme médecin. Nous allons en produire de nouveaux, l'exposé de ses œuvres. Elles comprennent des écrits origiuaux, dos traductions et des commentaires.

Nous ne connaissons qu'un ouvra^^'c de la prenûcre caté- ^'orie et encore ce n'est probablement qu'une comi)ilatioii dans le genre du Continent de Razès. C'était un recueil où il avait largement reproduit les opinions diverses des mé^decins.

Il réduisit en abrégé le Livre de Dioscorides, les Questions

IRAK, l'I'j

de Honeiii et l'ouvrage d'Errafequy (aaus doute sur le^ raédïcaments simples).

Il commenta les AphorismeH d'Hippocrate, le Traité de Galien sur les Éléments et les Tempéraments, les Signes et les Pronostics d'Avicenne,

Il entreprit enfin une traduction du Canon d'Avicenne qu'il ne paraît pas avoir achevée. Cette traduction était en syriaque, et c'e.st là une circonstance sur laquelle nous devons nous arrêter un instant. Ajoutons que l'autre travail sur Avicenne et deux travaux sur les Questions de Honoîn furent également exécutés en syriaque.

Des écrits de cette nature nous paraissent prouver que la langue syriaque se parlait encore h l'époque d'.\boulfaradj . Ils ont une autre signification que des poésies, un Traitù d'astronomie, une Grammaire et d'autres ouvrages qni nous sont restés, et dont quelques-uns existent à Pari», également composés en syriaque.

On lit dans l'histoire des langues sémitiques : « Au XIII» siècle, un homme vraiment supérieur, Grégoire Barllehnens rendit un éclat momentané à la littérature de son pays. Bar Hebrœus semble aussi parfois laisser croire que la langue syriaque est parlée de son t«mps, mais on peut supposer que le passage dont il s'agit (Histoire des Dynasties, page Ifi dutextej implique seulement l'usage que les savants faisaient de l'ancienne langue, soit dans leurs écrits, soit dans leur^ relations les uns avec les autres. »

Que le passage en question ne comporte pas d'autres conclusions, nous l'admettons, mais nous croyons que K-s ouvrages de médecine en syriaque et notamment la traduction d'Avicenne en comportent d'autres. Si le syriaque eu désuétude avait déjà fait place à. l'arabe, les écrits d'Aboulfaradj n'auraient pas eu de raison d'être. Si ces écrits ne iproHvent pas absolument que le syriaque s'était conservé ïomme langue vulgaire, ils prouvent tout au moins qu'il y

rait des médecins syriens qui le comprenaient mieux que ^nbc.

* Ce qui a fait la réputation d'AhoulfaracIj parmi non^, c'ivit ion Histoire des Dynasties, publiée et traduite i! y a deux

150 niaTome de l\ hKcbcihk arabe. — livre bïxiè.ue.

Biècles par Pococke. Dans cette hUtoire universelle poiiraui- Tie jusque vers U an du XIII* siècle, il rapporte les faits avec assez d'impartialité pour avoir à peu près satisfait lea juifs et les musulmans, ainsi que le fait observer son éditeur.

Nous avons des raisons particulières pour nous occuper de l'Histoire des Dynasties. C'est Ik que, jusqu'à ces derniers temps, les historiens de la médecine ont puisé les plus amples renseignements sur les médecins arabes. On sait que la généralité des historiens, tant anciens que modernes, ont matérialisé l'hifitoire, la restreignant au récit des faits politiques et militaires sans s'inquiéter des faits de l'ordre moral. Aboulfaradj a compris qu'il y avait dans l'histoire autre chose que des faits brutaux, et que les destinées humaines avaient subi des influences d'une autre nature et d'un ordre supérieur aux faits politiques. De temps en temps il s'arrête pour passer en revue les philosophes et les médecins appartenant à la période qu'il vient de parcourir.

Comme nous l'avons déjà dit, son livre a été la source la plus abondante où aient puisé les hiâtoriens de la médecine arabe. Il y a trente ans que WUetenfeld en citait encore la richesse et le mettait au second rang de ses autorités, ne se doutant pas que les notices d' Aboulfaradj sont empruntées généralement ii un autre ouvrage aujourd'hui bien connu. Cet ouvrage n'est autre que le Kitab el bokama, tant exploité sous le nom de Bibliotheca philosophorum par Casiri, qui n'a pas su en découvrir l'auteur, Djemal eddin El Kofty, mentionné cependant par Aboulfaradj lui-même.

Il est vrai qu'Aboulfaradj, tout en citant l'auteur et le titre de son livre, ne signale pas les emprunta qu'il lui a faitË, soit qu'il l'ait cru inutile, soit que cela fCtt dans les usages de l'époque. Il suffit de rapprocher les deux ouvrages pour voir que la majorité des notices d'Aboulfaradj ne sont pas autre chose que celles de Djemal eddîn, soit es totalité, soit en partie.

Panni ces emprunts, il en est un que non» signalerons, bien que nous l'ayons déjà fait ailleurs, parce qu'il a quelque peu contribué à populariser le nom d'Aboulfaradj. Il s'agit de l'incendie dti la Bibliothèque d'Alexandrie parles

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