‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 45 sur 162 · RACHID EDDIN BEN E9S0UBY · texte numérisé non relu

RACHID EDDIN BEN E9S0UBY

Rachid eddin Mansour ben Abil Fadhl ebn Essoury, le plus original de tous les botanistes arabes, naquit à Souren. 573 (1177). Une fois sorti de l'enfance, il se rendit è. Damas où il apprit la médecine k l'école de Mouaffeq eddiu Abd el Aziz Essalray et d'Abd Ellatif. Il habita aussi Jérusalem et fut attaché k l'hôpital de cette ville. Un de ses amis, Aboul Abbas el Hayany, homme savant et homme de bien, versé dans la connaissance des simples, lui inspira peut-être le goût de la botanique. En l'année 1215, il quitta Jérusalem et suivit en Egypte Malek el Mouaddhem qu'il accompagna dans plusieurs rencontres avec les Francs débarqués sur le rivage de Damiette. A la mort de Mouaddhem, il servit

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Ennacer qui lui conféra la dignité de chef des médecins. Ennacer étant allé à Karak, Rachid eddin alla se fixer à Damas, oii il s'occupa d'enseigrner la médecine, de préparer la thériaque, en môme temps qu*il se livrait à l'étude des plantes. Ebn Abi Ossaïbiali le fait vivre jusqu'en 030 (1241) et Hadji Khalfa jusqu'en 041 (1343).

Rachid eddin est une ûgute h part entre tous les botanistes arabes. Sa passion pour la botanique doit le faire placer à côté des deux g^rands botanistes Aboul Abbas Ennabaty et Ebn el Beithâr, ses contemporains. Malheureusement, ses travaux ne nous ont pas été conservés, mais ce qui nous en est rapporté suffit pour nous en faire apprécier l'importance et en regretter la perte.

Rachid eddin fut non-seulement un amateur passionné de la botanique, mais un novateur ; il fit plus que décrire les plantes dans son ouvragée, il les peignit. Il voyagea partout ob il espérait les trouver et parcourut notamment les montagnes du Liban, se faisant accompagner d'un peintre et faisant représenter les plantes avec leurs couleurs et tous leurs organes, feuilles, branches et racines, les représentant mâme dans leurs divers états de développement, à leur état complet et au moment de la fructification. Il fit plus encore, il les représenta à leur état de dessication, au moment où elles sont aptes aux emplois médicaux.

C'est la première fois que nous rencontrons chez les Arabes un cas de livre illustré, comme nous disons aujourd'hui, car ceci est autre chose que la simple représentation des instruments de chirurgie que l'on rencontre dans Abulcasis et dans plusieurs autres écrivains de l'école espagnole. Nous n'en connaissons, en fait de botanique, qu'un autre exemple, un fragment de Dioscorides avec figures qui se trouve à la Bibliothèque de Paris, n* 008, ancien fonds, et que l'on a pris à tort pour le travail d'un certain Abou Zaher qui aurait vécu au VHP siècle de notre ère.

Il existe aussi un Dioscorides illustré à. la Bibliothèque bodléienne. Mais il y a ici une diflfërence. L'illustration du livre entrait essentiellement dans la conception de Rachid

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erldin, tandis que l'illustratioc do Dioscorîdes eat le fait capricÏRUx d'un copiste.

Son ouvrage parait avoir eu ausai une grande valeur, indépendamment des fiffiires. Hadji Khalfa dit qu'il traita complètement la matière et ajouta dea plante» inconnues des anciens. Vit-il le livre, on ne fiWl que rpproduire ce qu'il avait lu dans Ebn Abi Ossaïbiah ? Quoi qu'il en soit, ce dernier ajoute que Ractiid eddin le commença sous le règne de Malek el Mouaddliem et qu'il le lui dédia.

Nous avons vainement cherché dans Ebn Beithâr la mention de Rachid eddin Essoury, et ce silence nous a étonné. Nous savons qu'Ebn Beithflr mourut k Damas.

Noua savons même parle Mor'ny, qu'il s'y trouvait en l'année 034, c'est-à-dire cinq ou six ans avant la mort de Rachid eddin qui y finit aussi ses jours. Le livre de Rachid eddin eût-il été simplement un travail descriptif, sans indications thérapeutiques, cela ne nous semblerait pas encore suffisant pour expliquer le silence d'Ebu Deithâr sur un homme de cette valeur, qui fnl non-seulement son contemporain, mais en quelque sorte son concitoyen.

Il n'en est pas non plus question dans Ahoulfarag:o.

Ce qui noua étonne encore c'est que Wtiateufeld se borne t dire qnc Rachid eddin fut un habile médecin syrien ; puis en note, et d'après Hadji Khalfa, qu'il mentionna dans son livre des médicaments que les anciens n'avaient pas connus. Nous avons déjà sigrnalé quelques lacunes dans Wlistenfeld, pour n'avoir pas lu jusqu'au bout la notice, nous eu signalerons une nouvelle tout ti l'heure à propos de Sedid eddin ben Refiqua.

Rachid eddin compo.sa aussi une Réponse à Tadj eddin el Bulgrarysur les médicaments simples.

TADJ EDDIX El. BOULOART.

Tadj eddin el Bulgary fut un des amis d'Ebn Beithâr, qui en parle deux ou trois fois dans son Traité des simples, comme ayant une grande connaissance de.^ plantes.

174 U18T0IEB DE LA MÉDROIMS AEADK. — LIVHB SIXIÈMB.

Hadji Khalfa, sons le n* 13,624» cite un Traité des simples d*El Bulgary. — Aboul Al)bas Ennabaty fut un de ses omis, d'après ce que nous lisons dans Ebn el Beithftr.

SEDID EDDIN BEN REFIQDA.

Sedid eddin Mahmoud ben Amr ben Mohammed Echcheibany, dit Ebn Errefiqua, naquit à Hiny en 1168.

11 apprit les sciences et la médecine à l'école de Fakhr eddin el Mardiny. Le prince de Hiny» Nour eddin ben Djemal eddin, se trouvant pris d'ophthalmie, Fakhr eddin le soigna d'abord puis le confia à son élève, qui le gruérit promptement et prit dès lors rang parmi les médecins du prince ; il n'avait pas encore vingt ans. Sedid eddin servit ensuite Mansour, f^ince de Hama, et fut attaché àThôpital de Khalat jusqu'en

De là il passa au service de Malek el Achraf, resta longtemps à Meyafarikin, puis se rendit à Damas, où Malek el Achraf le combla de bienfaits, et lui assigna le service des établissements royaux, de la citadelle et du grand hôpital. Ebn Abi Ossaïbiah se trouvait en même temps attaché à cet établissement. Il nous fait Téloge de Sedid eddin et vante sa connaissance des maladies et son habileté dans la thérapeutique. C'était, dît-il, un esprit éminent et un caractère généreux. Il connaissait les travaux des anciens et surpassait les modernes.

A côté de ces éloges, peut-être exagérés, il est un fait qui nous rend très-intéressante la pratique de Sedid eddin.

Il était bon chirurgien et surtout oculiste^ et il nous est donné comme ayant inventé une aiguille creuse pour opérer la cataracte par succion.

Ce procédé a été renouvelé de nos jours par M* Laugier» qui se sera peut-être inspiré des Arabes. Il est en effet indiqué dans Abulcasis, qui dit simplement que Ton a imaginé dans rirak une aiguille creuse, à ce qu'on lui a rapporté.

Le procédé n'est donc pas de l'invention de Sedid eddin. Nous en avons déjà parlé plus d'une fois et nous allons en->

core y revenir à propos du Nour el Ouïoun de Salah addiD, et du Kafy fil Kohly d'Ebn Abil Mahassen.

Sedid eddin était un habile vei-siâcateur, et maniait uvoc habileté surtout le mètre redjez, qui est aussi celui du Cantique d'Avicenne. 11 rendait en vers, avec beaucoup debonbeur et d'exactitude, les sujet» de médecine.

Il s'occupa aussi de grammaire, d'astronomie et de traditions. Il mourut eu 635 (1337) laissant plusieurs écrits. Nous citerons ceux relatifs k la médecine :

Généralités du Canon d'Avicenne, eu vers.

Traités des aphrodisiaques.

Du régime des aliments et des boissons.

Réponse à des questions sur les fièvres.

Traité de la saignée, en vers.

SADAKA ESSAMIRÏ.

Sadaka ben Mendja Essamiry, médecin juif, était un homme actif, intelligent, instruit, s'occupant aus.si de philosophie et de poésie. Il servit longtemps Malek el Achraf, qui le combla d'honneur.q etdeprésent3,aînsîqiieson entourage. En même temps il enseignait la médecine. Il mourut à Uarran, laissant quelques écrits, en l'année 1223.

Commentaires sur les Aphorismes d'Hippocrate.

Traité des noms des simples.

liéponse à des questions de médecine adressées par El Mahily l'Israélite.

MOUHADDEB EDDIN ESSAMIKY.

MouhaddeO eddin Yousef ben Abi Saïd Essamiry était au^si Un Israélite. Il apprit la médecine sous Ibrahim Essamiry, dit aussi Chems el hokama ou le soleil des savants, médecin de Saladin, et sous Mohaddeb eddin ben Naqqach.

Tadj eddin el Kendy lui enseigna les humanités.

Il servit d'abord Azz eddin, puis h sa mort en 1182 son

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fils Malek el Amdjadt qui l'admit dans son intimité, le combla de faveurs, lui conféra la dignité de vizir et lui confia la direction des affaires. Au commencement du XIII* siècle il se retira à Damas où il vécut jusqu'en 1220. C'était un bon médecin, un homme de bien et un esprit cultivé.

BEDR RDDIN EL BALBEKT.

Bedf eddin bcn el Gadhy el Balbeky était un excellent médecin et un praticien ingénieux. 11 composa un opuscule intitulé Moufarreh ennefs^ ou la Réjouissance de l'âme, contenant tout ce qui peut réjouir les sens, ainsi que les médicaments cordiaux tant simples que composés, pouvant convenir pour toutes les positions sociales. Dans ce livre, il fait un reproche à Avicenne d'avoir considéré la coriandre comme un réjouissant. Il écrivit aussi des commentaires sur les Pronostics d'Hippocrate qui existent à la Bibliothèque Bodléienne, et un ouvrage intitulé le Sel de la médecine^ mentionné par Hadji Klialfa, qui le fait mourir en 1252, tandis que Wûstenfeld donne la date de 1271.

M0UA7FEQ EDDIN IAKOUB ESSAMIRY,

MouafFcq eddin Iakoub Eddimachky Essamiry était un juif, si Ton en juge par son surnom et par ses actes.

C'était un médecin très habile et très heureux dans sa pratique, mais se prêtant difficilement h, l'enseignement. Quand on venait lui proposer d'apprendre la médecine à son école, il faisait préalablement ses conditions et n'acceptait que contre une somme convenue, quelque fut le livre h étudier qu'on lui proposât, dit Aboulfarage. Ceci nous rappelle comment renseignement de la médecine se faisait ordinairement en Orient : il reposait sur l'explication d'un livre faite par le maître. Aboulfarage fait une autre réflexion, c'est que la conduite d'Iakoub Essamiry n'est pas celle d'un galant homme. Le nom de ce médecin ne se rencontre pas dans le Ms. de Paris. Wiï.stenfeld le fait mourir en 1284.

AllOUL HASSAN TKN r.xr/.M. KlIN AlU SAllI i:SSAMlKY.

Aboul IlaMsau Esaiimiiy citait lu neveu tlo Slouhuddeb ettdin Essamiry. S'étaiit fait musulman, il servit d'abord comme médecin Mnlck el Amdjad. A la mort d'El Amdjad, il continua ses fonctions auiirès de Miilek Kssalcli Ismaïl, Hultaii de Damas, qui lui confiera onsitite le titre de vizir, avec le surnom de Kenial edJin Cherf cl Mella Amiueddoiiia. Ebn Abi OsHaïbiali fait le plus ^raud élog-e du vizir, dit qu'il protégea les savauta et fit rég-ncr la prospérité dans le royaume. C'est Ji iui qu'il dédia son histoire des médecins. 11 n'en dit pas davantaj^e, mais nous savons d'autre part l'histoire d' Aboul Hassan Ks:iamtry. Malek Essaleh Aïoub ayant conquis Damas sur Ismaïl, Essamiry s'en fut avec ses trésors, mais il futiiris et envoyé au Onire où il resta prisonnier jusqu'en 1*219. Dans les révolutions qui entraînèrent la chute des Aïoubitcs on lifjypte, etdont fut témoin Louis IX, chef de la septième croisade, il prit le parti de Malek Enua- «er Yousef contre Ibcl;, et fut de nouveau pris et étrans:lé en l'année 1251. M. Quatremère nous apprend qu'il laissa une bibliothèque contenant 10,000 volumes de choix.

Il écrivît un Traité complet de médecine en cinq parties.

MOlIADDEli ICUIHN' EU.N EDDAKIIOUAR.

Abou Mohammed Abderrahim ben Ali ben Ahmed Mohaddcb eddin ebn Eddakliouar naquit en 1109 a Damas, où son père Ali était un oculiste en renom.

Tadj eddin el Kendy lui enseigna le.* humanités. Il eut pour maîtres en médecine Itady eddin Errahaby, Mouaffeq eddin heu Matliran, puis El Mardiny, qui se trouvait ii Damas en 1181 et lui enseig"ua le Canon d'Avicenne. Il profita sans doute aussi des lei;ons de sou père, car il fat attaché de bonne heure au grand hôpital comme oculiste. .\ la mort de Mouaffeq eddin ben Abd el Aziz, le Saheb Sali eddin lui

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transféra sa peDsioD, qui se montait h cent dinars par mois.

Malek el Adel le prit ensuite à son service, et l'admit dans ses conseils. Étant tombé malade à trois reprises différentes, Ebn Ëddakhouar lui rendit la eanté et fut comblé de présents. Une seule de ces cures lui valut sept mille dinars. EnËn Malek el Adel l'institua chef des médecins d'Ëg'ypte et de Syrie. A la même époque, le père d'Ebn Abi Ossai'biah était nommé inspecteur des oculistes.

A la mort de Malek el Adel, son successeur Mouaddhem conserva la plupart des médecins de son père, ainsi Rachid eddin Essoury et le père d'Ebn Abi Oss^'biah. Quant à Ebn Kddakhouar il lui confia le grand hCpital de Damas. Dès lors Ebn Eddakhouar se livra surtout à l'enseignement de la médecine. Non-seulement des étudiants, mais des médecins éminents venaient suivre ses cours. Ce fut pour en pnofiter que l'historien de la médecine fixa sa résidence b. Damas. C'est lui-même qui nous raconte ces faits, et maintenantnous allons lui accorder la parole :

■ Je le suivais aussi au moment oii il traitait les malades à l'hôpital. 11 y avait en même temps à l'hôpital le grand médecin Omran el Israïly. Élèves et malades gagnaient k ce concours les uns par les conférences, les autres par le traitement. Ce qui résulta de cette rencontre est merveilleux. J'ai été témoin de plusieurs faits de sa pratique, c'est ainsi que je lui vis guérir un caa de manie par l'opium il haute dose. Il y avait aussi le vieux Radhy eddin Errahaby qui donnait ses consultations à domicile, et faisait prendre les médicaments à l'hôpital. Jamais on ne vit dans cet hôpital la réunion de trois médecins auâsi éminents.

Ebn Eddakhouar, après avoir fait son service à l'hôpital et visité les grands personnages de la cour, se rendait à aa maison, où il se livrait h la lecture, b, la composition et à l'enseignement. Il recevait des médecins et des élèves, leur faisant des cours et répondant à leurs questions. 11 avait tonjours à la main le livre qu'étudiait l'élève, d'une exécution irréprochable et souvent de sa main, rectifiant les fautes qui pouvaient se trouver dans la copie de l'élève. Il avait aussi sous la main le Sihah de Djouhary et d'autres livres

(le liixicoluyio, iioui' écltiircir les expressions obscure,-;. Lu. rùuiiiou tormiiiùt;, il prônait un peu du uoiirriliire puis rotournait k l'étude et y consacrait une partie de la nuit.

Il était en relations avec Seif eddin el Amidy, traitant avce lui des question» de philosophie. Il s'occupait aussi d'astronomie et je lui ai entendu dire qu'il possédait seize traités sur l'astrolabe. Le nu.l'nMalek el Acliraf, qui était dans l'Est, le fît venir eu (1^5) Gti. Los préparatifs du voyage lui valurent 20.000 drachmes, et quand il eut rejoint le sultan il lui fut fait un traitement annuel de 1,500 dinars. Il resta lit quelque temps, puissa langue s'étant embarrassée, il revint ii Damas en C26. Mais sa maladie empiruetsa parole devint il peu près inîutellig'ible. Jl mourut en 028 (1230). »

Avant d'aller rejoindre Malek el Achraf, Ëbn ËddakboQftT avait donné sa maison pour y établir une école de médecine, aveu des immeubles affectés Iv son entretien. L'enseignement y commença l'année de su mort.

Ebn Eddakliouar écrivait beaucoup. Ebu Abi Ossaïbiah dit avoir vu plus de cent ouvrag-es de sa main.

Nous on connaissons quelques-uns seulement :

Abrégé du Contineutde Razès.

Traité des évacuants.

Notes sur la métiecine.

Réponse sur des questions obscures de médecine.

Itéponso aux observations d'Ebu Abi Sadek sur lus Questions de Honein.

Réponse à AboulHedjadjIousef sur le rég'ime des aliments lourds et légers.

Il fît aussi un extrait du Kitab el Ar'any.

Wiiatenfeld ne lui a consacré que quatre lignes.

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