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CHAPITRE PREMIER

Découverte de la circulation du sang.

Les grands anatomistes du seizième siècle avaient si heureusement trace' la route qu'on devait suivre, que leurs successeurs ne rencontrèrent presque aucune difficulté' dans les travaux qu'ils consacrèrent aux progrès de la science. Quoique les de'couvertes ne se multipliassent pas d'une manière aussi extraordinaire que dans le court espace de temps dont l'histoire vient d'être tracée , cependant on perfectionna davantage l'anatomie délicate et comparée , et on acquit une connaissance plus exacte, tant des différens organes que de leurs fonctions. Si , depuis l'époque de la renaissance des lettres, on eût porté dans chaque branche des connaissances humaines la même régularité qu'en anatomie , je suis certain qu'on se serait préservé d'une foule d'erreurs pernicieuses , et qu'on n'aurait jamais conçu la passion funeste des spéculations : aussi les théoriciens subtils et les fanatiques ont -ils, dans tous les temps, détesté et méprisé l'étude de la structure du corps humain.

86 Section douzième j cliapitre premier,

La deconverlc de la circulation du sang est la plus brillante et la plus importante qu'on ail jamais faite dans ranaloraie et la physiologie. Elle répandit un jour nouveau sur l'une des principales fonctions du corps, et toutes les anciennes explications, devenues complètement inutiles, tombèrent à jamais dans l'oubli. Depuis lors , les pho'nomènes de l'e'tal de sanle' et de maladie furent envisage's sous un point de vue plus utile, on se forma une idée nouvelle de l'action des medicamens et des opérations chirurgicales, et de cette manière on posa les fondemens d'édifices the'oriques et pratiques dont auparavant on ne soupçonnait même pas la possibilité'. Mais le plus grand avantage que cette découverte assurait aux médecins , et que plusieurs en retirèrent effectivement , c'est de leur faire concevoir une juste méfiance de l'autorité des anciens et des hautes prétentions de la théoi ie , do les engager à prendre l'ex-^ périence et Tobservation pour guides, et de les mettre ainsi sur la voie de l'induction, A la vérité , le nombre fut d'abord très-petit de ceux qui profitèrent de la nouvelle doctrine pour atteindre ce grand but: la plupart, même les partisans de la circulation, demeurèrent fermement attachés aux; chimères théorétiques, ou s'empressèrent d'élever des systèmes qui les éloignèrent encore davantage du point vers lequel devaient tendre leurs efforts; mais après avoir commis une foule d^erreurs, après s'être écarté mille et mille fois de la véritable route, on sut enfin tirer

Îiarii de cette grande découverte pour changer totaemenl la face de la médecine, et lui donner une forme plus avantageuse.

Ce qui ajoute encore à l'intérêt (|ue l'histoire de la d"5couverte de la circulation présente par elle-^ même, et à l'instruction quon peut en tirer, c'est que nulle part ailleurs on ne reconnail d'une ma-

Décolwerte de la circulalîon du sang. 87 nière aussi évidente rinégalité des armes que le raisonnement employait pour combattre celles de l'expérience. Jamais la théorie ne manquait de subterfuges lorsque l'observation lui opposait les faits les plus positifs ; mais tout homme qui se livre sans partialité à la recherche de la vérité , entrevoit de suite le néant de ces moyens évasifs, et ne peut se refuser à l'évidence, même lorsqu'elle est en opposition directe avec les opinions dominantes. C'est pourquoi les iatrosophes fuient toujours l'étude sérieuse et pénible de l'histoire, dans la crainte de voir leurs rêveries amèrement réfutées par des vérités incontestables.

Nous avons déjà dit qu'au seizième siècle diverses découvertes importantes avaient fait naître des idées plus exactes à l'égard du mouvement du sang. Nous avons vu , mais non pas sans surprise , que les valvules des veines, l'imperméabilité de la cloison du cœur, et même la circulation pulmonaire, furent connues long - temps avant qu'on osât en conclure l'existence de la circulation générale. Quoique Césalpin parle le premier en termes assez précis du retour du sang parles veines, cependant, à l'exception de la preuve qu'il tire d'une ligature appliquée sur la veine, on ne trouve dans ses écrits aucun détail ultérieur sur cette importante doctrine (i).Vanderlinden prétend queHériot, apothicaire de Londres , suggéra le premier au grand Harvey l'idée de la circulation (2) ; mais son assertion mérite d'autant moins d'être réfutée, qu'elle repose sur des bruits sans fondement , et que nous trouvons évidemment dans l'éducation d'Harvey les causes qui lui firent découvrir cette grande vérité.

(t) Rolfinh dlss. anatom. îib. jfr. e. tjS. p. ()25. {în-^o^ Je». i(»56. ) -- Nardi, Noct. génial. Iv. p. ( m-40. 'pior. i656. ) — Linden.

Hippocrat de ctrcul. sarig. exerc. XVI. 5.558. (m-A". Leid. 1660.)

(2) Lmden. l. c. exerc. IX. §. 196.

88 Section douzième , cliapifre premier.

Guillaume Harvey, né à Folklon dans le Kent^ shire, e'iudia depuis 1698 jusqu'en 1602, sous le célèbre Fabrice d'Acquapendente, qui lui apprit l'existence des valvules dans louies les veines du corps. Depuis lors il s'efforça de découvrir l'usage de ces valvules , fit à Londres , jusqu'en 1619 , des expe'rienccs qui le conduisirent à des résultats exacts , et enseigna publiquement la circulation du sang dans cette même anne'e 1619, ainsi qu'on peut s'en convaincre par répîlre dédicatoire de son immortel ouvrage. Ensuite il examina encore sa nouvelle doctrine pendant neuf anne'es , et la fit enfin connaître en 1628, pour la soumettre aux recherches et à la sagacité des savans. Ce soin et cette circonspection extraordinaii es parlent déjà beaucoup en faveur d'Harvey ; mais ce qui achève d'enlever tous les suffrages , c'est le ton modeste et libre , c'est la marche assurée des idées qu'on voit régner dans tout le cours de son ouvrage. Il éiait presque impossible de supposer fausse une doctrine exposée sous des auspices aussi favorables, et avec cette assurance modeste. Harvej commence par réfuter, dans sa préface, quelques préjugés fondés sur l'autorité de Galien, relativement à la marche du sang. Une expérience que le médecin de Pergame assure avoir faite, tendait à prouver que la propriété pulsative des artères leur est communiquée par le cœur, et se propage le long de leurs membranes, que par conséquent ces vaisseaux sont remplis, parce qu'ils se distendent comme des soufflets, et non pas parce qu'ils font l'office de tuyaux. Voici comment Galien décrit cette expérience ( i ). Qu'on fasse une incision longitudinale à une artère, après l'avoir mise à découvert : que par cette ouverture on insinue dans le vaisseau, et suivant son axe, une plume à écrire ou un tube creux j alors, si on ferme la plaie, on

(l) An savguis in arteiiis natitrâ contin^aturl p. 2'^2,

Décowerle de la circulation du sang. 89 Voitl'arière entière exécuter des pulsations même audessous de la solution de continuité j mais dès qu'on applique au-dessus une ligature comjDrenant l'artère €t le tube, le pouls cesse à la partie inférieure, parce que la ligature empêche la force pulsative de se propager le long des membranes. Le sang continue toutefois de couler comme auparavant, et devrait produire le pouls, si celui-ci dépendait de son mouvement : le sang n'est donc point la cause du pouls. Jusqu'à Harvey, tous les médecins adoptèrent cette conclusion de Galien, sans que personne songeât à répéter l'expérience qui l'avait fournie. Harvey lui-même ne s'en était point occupé : il doutait qu'elle fût possible , parce qu'en la tentant , le sang sortirait avec trop d'impétuosité par la plaie. Cependant, ajoutei-il , lorsque les artères sont lésées , on voit le sang jaillir pendant la diastole, ce qui prouve qu'il est la cause de la dilatation de ces vaisseaux.

Ensuite il combat l'opinion des anciens , que l'esprit aérien , parvenu du poumon dans le ventricule postérieur du cœur, passe de là dans tout le corps par l'aorte , et que les parties les plus grossières de cet air retournent aux poumons par les veines pulmonaires (i). Il cherche à réfuter cette doctrine par la circulation du sang chez le fœtus , et par l'analogie qui existe entre les valvules des veines pulmonaires et celles de la veine cave. D'ailleurs, après la mort , on trouve toujours les veines pulmonaires pleines d'un sang épais et coagulé , mais jamais remplies d'air : de plus , il est très- invraisemblable que le même vaisseau porte l'air au cœur, et ramène en- ^suite les parties les plus grossières de ce fluide. Tels sont les principaux argumens qu'Harve^ oppose aux opinions adoptées jusqu'alors.

(i) Le maître d^Harvey avait es;posé cette théorie avec encore plus de détails. ( l'abnc, Ai^napend. de hsu respirât, o. 12. p. i83. ).

Qù Section douzième, chapitré premier.

Dans le corps même de l'ouvrage il commence par examiner le me'canisme du mouvement du sang. Il s'attache à prouver, d'après les ouvertures d'animaux vivans , que le cœur se dilate réellement dans la systole , quoique la pointe de l'organe se rapproche de sa base mais pendant ce rapprochement le cœur décrit une courbe qui donne l'explication de la plus grande capacité qu'acquièrent ses cavités. La systole des deux ventricules a lieu simultanément, et elle alterne avec celle des deux oreillettes , qui, à leur tour, se contractent en même temps que tout le système artériel. Jusqu'alors , en effet , on avait admis un tout autre mode de mouvement des oreillettes et des ventricules (2), et Harvey démontra, par ses ouvertures d'animaux vivans, l'inexactitude complète de cette opinion (3). Le mouvemènt commence d'une manière bien sensible dans les oreillettes, et se transmet ensuite aux ventricules, mais il en reste encore une petite portion dans les oreillettes, lors même que les ventricules ont déjà cessé de se contracter, et chez les animaux mourans l'oreillette droite est, de toutes les parties du cœur, celle oii Von remarque les dernières traces du mouvement. Le sang, dont l'oscillation indique la vitalité, est la cause première qui excite le cœur à entrer en contraction (4). Presque tous les animaux ont un cœur, les testacés eux-mêmes n'en sont pas dépourvus, bien qu'ils n'aient point de sang , et lorsqu'il y a un cœur, on trouve aussi des oreillettes ou un organe qui leur ressemble. Ensuite Harvey cite toutes les raisons déjà employées au seizième siècle par Michel Servet et par d'autres anatomistes , en faveur de la circula-

' (t) Harvœi exercit. de motu cordt's , p. 26. (éd. Albin, in-^°. Litgd.

Bat. 1737. ) -n • c/ ^

(2) Rwlan. antJiropol. lih. nj. c. 11. p. 341. ( m-jol Paris. ifc»49- J ., (■'.y HarP. c. 3. p. 9.8. c. 4. p. 3l. (4) Uari', c. 4- P' 34.

Bécowerte de la clrciihtion du sang. Ç)i tion pulmonaire ; mais il en ajoule une nouvelle , celle qu'en poussant de l'air par la trachée ariere , ce fluide ne pénètre en aucune manière dans le cœur. Les hémorragies mortelles, causées par les plaies des aarières, lui servent aussi à prouver que le sang est réellement chassé du cœur dans leur intérieur (i). : ; Les hases elles-mêmes sur lesquelles Harvey établit £Bi nouvelle doctrine, sont déduites d'abord de l'analogie des vaisseaux pulmonaires avec les autres vaisseaux du corps, puis de l'application delà petite circulation à la grande, et enfin de l'évaluation de la quantité de sang expulsée à chaque contraction du cœur. De cette quantité du sang, et du nombre des systoles de l'organe , il conclut que tout le fluide sanguin contenu dans le corps traverse en fort peu de temps le cœur, que par conséquent la perte ne pourrait être en aucune manière réparée, si le même sang n'y revenait pas. Supposé, en effet, que le ventricule aortique renferme deux onces de sang, chaque systole en poussera au moins une dans l'aorte; or, comme le cœur exécute deux mille contractions par heure, la quantité de sang qui s'en- écoule pendant ce laps de temps s'élève à quatre-vingt - trois livres «t quatre onces. Si on évalue à quinze livres la totalité du sang qui se trouve dans les vaisseaux de l'adulte, abstraction faite de celui qui sert à la nutrition, il s'eïisuit que le cœur chasse, par heure, plus de sang que le foie n'en peut fournir, ou qu'il n'y en. a dans le corps entier. Ainsi, toute la masse du sang parait passer en six ou huit minutes par le cœur(a). Outre ce calcul célèbre, que les antagonistesd'Har-

ITey attaquèrent avec véhémence, que ses partisans modifièrent à l'infini, et qui est réellement un peu arbitraire , le grand anatomiste anglais tira de la li-

Ti) Hccrv. p. 6a.

(2) Harf. c. 9. p. 58. Sfl,

92 Section douzième , chapitre premier. ^alure des vaisseaux sanguins plusieurs argumens en iaveur de ses idées sur la circulation. En effet, si on lie une veine, on voit survenir entre la ligature et la périphe'rie du corps, un gonflement qui se manifeste au contraire entre la ligature et le cœur, lorsque l'on re'pète la même expe'rience sur une artère. Geç deux phe'nomènes prouvent incontestablement que le sang veineux se porte des branches dans les troncs , et de ceux-ci vers le cœur, tandis que le sang artériel passe, au contraire, du cœur dans les troncs et leurs subdivisions. Le mouvement se propage jusqu'aux plus petites artérioles , car partout oii il y a du sang, toujours aussi sa marche demeure la même, soit dans les veines, soit dans les artères. Des arlérioles le fluide passe dans les veinules du parenchyme, et la force du cœur suffit pour opérer cette transition. Enfin , Harvey cherche à démontrer que les valvules des veines découvertes par son maître Fabrice d'Acquapendente, ne sauraient avoir d'autre but que de faciliter le retour du sang vers le cœur, et ne servent par conséquent point , comme Fabrice l'avait prétendu , à modérer l'afflux du liquide des troncs veineux dans leurs ramifications.

"" Telles sont les principales idées déduites de l'expérience et du raisonnement, que renferme l'important ouvrage de l'immortel Harvej. Tant de principes tout-à-fait nouveaux , et si complètement opposés aux préjugés dominans, durent nécessairement causer une fermentation générale , et trouver une multitude de contradicteurs. Quelques-uns des antagonistes de la nouvelle doctrine la combattirent avec des armes trop inégales , et commirent dans cette dispute des erreurs trop grossières pour ne pas se rendre dignes du plus pi'ofond mépris. Ils se contentèrent du simple raisonnement , s'appuyèrent de îa seule autorité de Galien et d'Avicennes, ou même

Découverte de la circulation du sang. 9^ ^5 s'oublièrent jusqu'au point de croire re'futer Harvey si par de mise'rables jeux de mois (^circulator) y des 'f« plaisanteries sans esprit y et même des expressions 'î' injurieuses.

D'autres ne purent se refuser de croire à une ve'rite' qui leur était démontrée d'une manière aussi évidente. Ils adoptèrent la nouvelle doctrine , mais les uns la concilièrent, par le plus bizarre assemblage , avec quelques-unes des anciennes idées, et les autres, rs trouvant qu'elle eiait trop simple, la he'rissèrent d'uu U si grand nombre de sublilile's, qu'ils lui firent perdre entièrement sa véritable forme.

Quelques physiciens embrassèrent le système d'Harvej , mais soutinrent que son opinion était déjà connue depuis long-temps, et qu'elle avait été émise 1, par les anciens, entre lesquels ils firent choix tantôt ;s d'Hippocrate ou de Platon, tantôt d'Aristoie ou de i'évêque Némcsius. Chez les uns la haine nationale, et chez les autres la vanité d'étaler un grand luxe d'érudition, firent que lous perdirent le souvenir de la reconnaissance qu'ils devaient au grand anatomiste anglais.

Le nombre fut très-petit de ceux qui suivirent la même marche qu'Harvey , multiplièrent comme lui les essais et les expériences, et furent en état, par conséquent, de consolider la nouvelle doctrine et delà développer .de plus en plus. Harvej lui-mêtne ne fit point attention à toutes ces disputes. RixDlan fut le seul qu'il jugea digne d'une réfutation , et dans le voyage qu'il entreprit plus tard en Allemagne, il essaya, mais sans succès, de démontrer la vérité de ses opinions à Gaspard Hoffmann, l'un de ses antagonistes les plus opiniâtres. Cette conduite calme et remplie de dignité fut récompensée par le plus beau triomphe que puisse désirer le fondateur d'un nouveau système. Harvey survécut à la vicloira

94 Section douzième , chapitre premier.

que la vérité remporta sur l'erreur. Il vit la majeure

Ï)artie des me'decins adopter la doctrine établie par* ui, et consolidée par Walœus.

Nous ne pouvons nous dispenser d'examiner pluî particulièrement le sort qu'éprouva la théorie d'Harvej, parce que cette histoire offre au médecin , au naturaliste, en un mot, à tous les savans , une riche moisson des vérités les plus utiles et les plus importantes.

Le premier antagoniste de l'immortel Anglais fut" Jacques Primirose, de Saini-Jean-d'Angély en Saintonge, qui avaitfaitseséludes à Montpellier, etqui pratiquait la médecine à Hull , dans le Yorkshire. Doux ans après la publication de l'ouvrage d'Harvey , il fit paraître sa réfutation (i), dans 1 epître dédicaloire de' laquelle il s'annonce pour le défenseur des anciens, et dit regarder l'anatomie de Riolan comme presque' infaillible. Il débute par reprocher à Harvej de n'avoir pas bien compris les anciens. Ces derniers n'ont jamais pensé que le pouls et la respiration fussent des fonctions complètement similaires, mais ils ont prétendu que les poumons servent à conduire" l'air au cœur , lequel est destiné à faire passer dans tput le corps le sang nutritif et l'esprit aérien vivi-' fiant (2). Harvey avait profité de la circulation du' fœtus pour prouver que les artères ne sont point chargées de distribuer l'esprit aérien. Primirose, voulant détruire cet argument , prétendit que le , sang de la mère arrive à l'embryon après avoir été déjà rafraîchi et spiritualisé pat là respiration et la transpi^ration (5). Il convint bien que la sjstole des

(1) Elle fut Touvrage Je quinze jours, comme nous rapprenons de Primirose lui-même dans ses Annotations à l'écrit de Walneus. Lé lirre d'Harvey avait coûté viugt-sis années de travail à son auteur !

(2) Primiros. exercit. in Haro, Uhr. de mota cordis : recuf. in Hccentior^ disceptat. de motii cordis. in-^°, Lugd, Bat, 1647- I0«

(3j /il. p, i5.

Découverte de la circulation du sang. 9^ artères n'est point isochrone à la contraction des ventricules , mais il refusa d'admetire que le sang est la cause du mouvement, et soutint que la marche du fluide dépend d'une force particulière inhérente ^\x±. d tuniques artérielles, parce que les artères se contrac-/ tent simultanément dans tout le corps , et que pendantla dilatation elles sont réellement actives, et non point seulement dans un état passif (i). Ce dernier principe est vrai , et ne pouvait être concilié avec les idées d'Harvej qu'en établissant une distinction entre la cause éloignée et la cause prochaine. Primirose rappelle avec raison que l'Anglais aurait dû répéter l'expérience de Galien , ainsi que l'avait déjà fait Vésale (2).

Ces objections , qui ne portaient pas sur la nouvelle doctrine elle-même, méritaient effectivement d'être prises en considération. Mais Primirose continue de réfuter Harvej par des raisonnemens fondés sur une logique dont personne ne sera tente d'être jaloux. Si les ventricules du cœur, dit-il, ont tous deux le même usage, c'est-à-dire, sont destinés à recevoir et à chasser le sang, il n'en fallait pas plus d'un seul pour remplir cet office (3). La cloison du cœur est réellement poreuse, comme l'ont trouvée plusieurs anatomistes , et si on ne la rencontre pas ainsi après la mort, c'est qu'on ne doit pas juger de l'état des parties vivantes par celui qu'elles présentent après la cessation de l'existence. Le passage du sang des arterioles dans les veinules du parenchyme est encore bien plus obscur et plus difficile à prouver, parce que la force qui pourrait favoriser cette transition est infiniment plus éloignée que celle qui l'opère

(1) Primiros. l, c. p. ao — 24.

(2) F' esal. de corp. hum. Fabric. ed. Basil. în-fol. i553. li». VU' 19p. 819.

(3) Primiros, î. c. p, a8.^

9^ Seciion âouztëme, cliapltre premier.

dans le cœur (i). Primirose fait preuve d'inattentiôn ou de méchanceté, quand de ce qu'Harvey regarde le canal arte'riel du fœtus comme une continuation de l'artère pulmonaire, et e'tablit ainsi une communication entre celle-ci et la veine cave , il s'empresse de conclure que l'Anglais donne à cette artère les fonctions d'une veine, et tombe ainsi en contradiction avec lui-même (2). Il de'cèle son peu de jugement en pre'tendant qu'Harvej n'a pas fait lui-même ses observations sur le mouvement du cœur dans l'œuf couve, mais les a copie'es d'Aristote (3). A l'assertion que les artères conduisent le sang, du cœur vers la pe'riphe'rie du corps, il objecte , q\, je pense, avec raison, ^ que la pâleur générale , suite de la frayeur ou de l'impression subite du froid , de'montre le contraire , puisque cet efîfet ne pourrait avoir lieu avec autant de promptitude si les veines seules e'taient chargées de ramener le sang (4).

Après cette discussion , Primirose passe à l'exameii du calcul e'tabli par Harvej sur la quantité' de sang qui est chasse'e par le cœur dans un temps donné. Cette évaluation est évidemment exagérée de beaucoup, car les valvules sygmoïdes de l'aorte opposent un grand obstacle , et d'ailleurs Harvej porte trop haut le nombre des pulsations. On pourrait admettre, en toute sûreté , que par heure il ne passe pas plus d'une once de sang dans le cœur, et alors, on conçoit sans peine comment les pertes du fluide sont réparées par les organes de la chjlification , pendant ce laps de temps (5). Si le sang contenu dans tous les vaisseaux du corps revient au cœur, comment peut-

Primhvs. l. c. p. 87. — Comparez Platner. quœst. phjsiolog.p. i58. (ai Ib. p. 5o.

(3) Fesal. Z. c. p. 53. , > j-

(4) Ip. p. 60. — Comparez K. Sprengel , Hamhuch etc. , c est-a-airc , Manuel de pathologie , P, I. 43o.

(5) Ib. p. 63.

Dccolwerté de la circulation du sang. 97 on croire que les substances nuisibles qui y sont mêlées dans plusieurs maladies, traversent le cœur librement et sans nuire à la vie (i) ? Cet argument était excellent , et pour en de'lruire la valeur , il fallait, ce qui n'a eu lieu que dans des temps trèsmodernes , prouver que le sang ne subit jamais la moindre altération (2). Si les valvules des veines ont pour usage de favoriser le retour du sang vers le cœur, Primirose demande pourquoi tant de veines qui se rendent au tronc de la veine porte en sont dépourvues. Ces valvules lui paraissent, comme le

f)ensait déjà Fabricius, servir bien plutôt à mode'rer e trop grand afflux du sang , et le gonflement se manifeste au-dessous de la ligature, parce que l'irri-^ talion de celle-ci attire le fluide (3).

Primirose cherche à prouver que le sang coule du tronc des veines dans les branches , parce que de deux plaies faites à une seule et même veine, celle qui est la plus voisine du cœur donne plus de sang (jfue l'autre (4)- Mais certainement cette remarque était le fruit de son imagination. C'est aussi un sim-

f)le subterfuge quand il soutient que , pendant une ongue abstinence, le sang peut passer des artères dans les veines.

Toutes ces objections n'e'taient certainement pas de nature à détruire les faits sur lesquels reposait la doctrine de la circulation. Quelques-unes cependant méritaient qu'on y eût égard, mais Harvey les dédaigna, et n'y fit pas la moindre attention.

Le second antagoniste qui publia trois ans plus tard sa réfutation du système d'Harvcy, est Emile Parisanus, médecin praticien à Venise, disciple de

(i) Vesal. l. c. p.

(5) K. Sprengel, Handbuch etc., c'est-à-dire , Manuel de pathologie, p. I. §. ioi. 464.

Primiros. l. c. p. 76.

Ib. p. r-o.

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