III. p
(2) li. p. 233.
(3) Tclras anatom. ept'st. in-12. Bonon. i6G3. p. 4'>6-
Decolwerte de ta circulation du sang. i25 médecin du roi, re'péta cette expérience de concert avec le chirurgien Emmerez, et au lieu que les Anglais avaient jusqu'alors fait pe'rir l'un des animaux en lui soutirant tout son sang, il chercha au contraire à les conserver tous deux. Il lira aussi le fluide de l'artère crurale pour pre'venir les convulsions , et re'ussit parfaitement ( i ). Bientôt il répéta les essais sur des hommes eux-mêmes. Il choisit un jeune homme de seize ans, qu'une fièvre fort longue et des saignées trop copieuses avaient plongé dans une de'bilité extrême : il lui injecta le sang d'un veau , et assura l'avoir gue'ri par ce proce'de' (2). Emmerez le mit aussi en usage sur un porteur de chaise qui ne perdit point la vie. Les deux individus sentirent trèsclairement le sang chaud s'e'couler jusqu'au cœur. Les expérimentateurs anglais crurent remarquer que cette sensation de chaleur e'tait d'un mauvais présage pour le succès de l'opération , et cherchèrent à la prévenir en prolongeant les tubes. En 1667, un certain Arthur Coga s'offrit pour qu'on opérât la transfusion sur lui. Richard Lower et Edmond Ring lui tirèrent d'abord un peu de sang, et firent couler ensuite dans ses veines celui que leur fournissait la carotide d'une brebis : il s'en trouva très-bien (3). Un second essai tenté sur.le même personnage fut rrioins heureux, parce qu'on injecta presque le double du sang qu'il avait perdu, au lieu que la première fois on n'en avait insinué qu'une quantité égale au produit de la saignée (4).
Ces exjDériences furent également répétées en Italie vers la même époque. Guillaume Riva, du Piémont,
(0 Journal des Savans , 1667. p. 87—04, p ^Jjg^^' "'''''''''^^''*'-' c'est- à-diie. Transactions philosophiques , /, c. {/,) V,n-h, History etc., c'esl-à-diic , Histoire de k société rovale ,
vol. IJI, p, 225. ' '
124 Section douzième, chapitre premier. chirurgien à Rome, transfusa le sang dans le corps d'un phthisique (i) , et Paul Manfrerfi, professeur à Rome , fit l'ope'ration avec le succès le plus complet (2).
A Dantzick, le médecin Schmidt essaya de nouveau l'infusion. II injecta des medicamens dans les veines de personnes atteintes de la sipliilis , de la goutte et de l'apoplexie, et parvint à en guérir plusieurs (3).
A Francfort-sur-l'Oder, les chirurgiens Balthasar Kaufmann, etMathieu-Godefroi Purmann guérirent, en i685, un le'preux, en faisant passer le sang d'un agneau dans ses veines (4).
Plusieurs auteurs s'élevèrent alors contre cette ope'ration , dont ils cherchèrent à de'montrer les dangers d'après les principes des écoles alors dominantes. Alain Lamj , de Gaën , fut l'un des premiers. Il pre'tendit qu'un sang e'tranger doit ne'cessairement occasioner les plus grands désordres dans la circulation, parce que chaque corps a son sang particulier, qui est le produit de l'activité des vaisseaux. Les heureux effets de l'opération lui parurent aussi dépendre bien moins du nouveau sang introduit , que de la saignée pratiquée préalablement (5). Bartholomée Santinelli publia de même une réfutation basée sur le simple raisonnement (6), auquel les partisans de la nouvelle méthode opposaient toujours la voix de
(1) Ephem. nat. cnrios. dec. I. ann. ohs. i. 149-
(2) Manfredi , Dé rtofâ et inauditâ chirurg. opérât. {n-^°. Romœ, 1668. P- '4*
(3) Journal des Savans, i668. p. 436. —Ettmiiller, De chinirg. transfiis. p. 86.
(4) Purmann, Chinirgische etc., c'est-à-dire, La couronne de la chirurgie,?. II. p. a84. 285.
(5) Journal des Savans , 1668. p. 3o5. 3 11.
(6) Barthol. Santineli , Coitfasio transfiisi'onis. {n-i°. Romœ y i663. — Il tire entre autres des livres de Moïse diverses raisons contre Topération. C'est en quelque sorte manger du sang , ce que Dieu a dc'fcnda fil la bouche de Moïse.
Dccolwerte de la circulation du sang: isS l'expérience. Mais celle-ci elle-même tourna enfin à leur de'savantage. L'homme qui avait été le sujet des premiers essais de Denjs et d'Emmerez ne tarda pas à devenir fou : on eut une seconde fois recours à la tranfusion, mais au lieu du succès qu'on espérait, il se déclara une hématurie violente, le malade tomba dans un état comateux, et mourut d'une gangrène inte'rieure. Cependant ce dernier accident doit être moins attribue à la transfusion qu'à l'arsenic qui lui fut donné par une femme. Maigre' la rumeur causée par cet événement, et quoique les parens du défunt eussent cité le chirurgien en justice, on répéta encore l'expérience sur un Grand qui était malade (i), et qui bientôt après vint aussi à mourir. Alors la Faculté de médecine , dont les transfuseurs ne. faisaient point partie, sollicita en 1676 un arrêt du parlement portant défense , sous des peines trèssévères , d'entreprendre la transfusion chez les hommes (2).
Le malade de Riva, à Rome, n'ayant pas survécu très-long-temps, la cour de Rome interdit l'opération sur les hommes (3). Dès-lors elle tomba tout-à-faii; dans l'oubli, et on n'eut plus recours à l'infusion que pour porter des médicamens dans le corps , lorsque l'état des malades était désespéré (4).
Cependant la circulation harvéyenne manquait d'une des preuves les plus concluantes en sa faveur, je veux parler des observations microscopiques. Gauthier Charleton (5), ardent défenseur de cette doctrine, soutenait encore, en i658, qu'on ne peut dé-
(i^ Journal des Savans , 1668. p. 3o8.
(ri) Bartholin. in act. Hqfmens. vol. III, ois. 53. p. 86.
f 3) Merklin. de tramfus. sang. p. aS. 8:1.
(4) Haller ( E/em. phjsiol. lom. 1. p. 236— 236 ) et Hemmann ont liacc tous deux l'hisloiie de l'infusion el «le la iranslusion.
(5) Cliarlcloi) naquit^en 1619, à Sht'pluumalel dans le Somersclshire , devint membre du collège médical de Loodres , et mourut dans l'ile de Jersey en i6g6 ou 1697.
120 Section douzième y chapitré premier. montrer le passage du sang des artères dans les veines, et que très-probablement ce fluide s'épanche au milieu du parenchyme intermédiaire (i). Du reste, il s'efforçait de prouver que les veines se meuvent avec la même rapidité que les artères, et que la marche du sang y est suspendue par le re'trëcissement de vaisseaux (2). Le mouvement du cœur et des artères forme entre la systole et la diastole une petite pause qu'il appelle périsystole. Cet intervalle n'est ordinairement pas perceptible , mais on le discerne trèsclairement chez les moribonds (5). Charleton fait la remarque fort juste que la veine cave e'prouve des pulsations au voisinage du cœur, et que, dans la systole , la paroi interne des ventricules se gonfle davantage que les fibres extérieures (4). Il réfute trèsbien aussi l'opinion de Descartes (5).
• Jean Walaeus s'empressa trop d'appliquer le système d'Harvey à la the'orie et à la pratique. En 1660 parurent ses Institutions j dans lesquelles il s'attache à concilier de la manière la plus bizarre et la plus infructueuse la pathologie de Galien avec la circulation du sang. L'ouvrage entier ne renferme rien de nouveau (6).
Marcel Malpi^hi , professeur à Bologne , rendit les plus grands services à la doctrine d'Harvey , lorsqu'en 166 1 il démontra pour la première fois la circulation du sang dans les petits vaisseaux à l'aide du microscope. Il annonça , dans les deux lettres qu'il e'crività Alphonse Borelli sur la structure des poumons, la grande de'cou verte qu'un microscope de force médiocre lui avait fait faire à l'égard de la cir-
(1) Charleton, (Econom, animal, in-ii. Hag. Com, i68r, p. gS. (•2) Ib. p. 107.
(3j Ih. p. iiO.
A Ib. p. il'j.
6) fp^alcet medica omni-a , edidit Irvinus. in-SP . Lond, 1660. ?
Bécolwerte de la circulation du sang. 1 27 tulalion dans les poumons et le mésentère des grenouilles. Ce fut lui aussi qui, le premier, constata la réalité de la communication qui existe entre les artères et les veines, et qui fit bien connaître l'anastomose des dernières ramifications de ces deux ordres de vaisseaux (i).
L'insufflation réussit également d'une manière si heureuse à Olaûs Borrich , qui se trouvait alors à ' Lejde, qu'en 1662 il put démontrer la communication du tronc cœliaque avec la veine porte. Il mande aussi à Bartholin qu'il a reconnu très-clairement les anastomoses multipliées des veines coronaires du cœur (2).
La véritable structure du cœur fut indiquée pour la première fois en i663 par Nicolas Sténon (3), qui parvint ainsi à estimer bien plus exactement la force par laquelle le sang est chassé dans les artères. A la vérité, Borelli assure avoir déjà vu la structure du cœur à Pise, en 1667, avec Malpighi; mais son ouvrage ne parut qu'en 1680 (4). Tous les anciens croyaient cet organe d'une texture parenchjmateuse , à l'exception d'un écrivain d'Alexandrie , l'auteur du livre du Cœur, inséré parmi les œuvres d'Hippocrate , lequel donne expressément au cœur le nom de Jbrt muscle (5). Sténon fit voir le premier que cet organe est composé de fibres muscu-
(1) Malplghi , Ep. de pulmonih. p. i36. ï^j. (.Opp. in-fol. Lond. 1686. — H naquit , en 1628, à Crevalcuore près de Bologne, fut professeur à Bologne , puis à Messine , devint enfin médecin du Pape , et mourut à Rome en i6g:j.
(2) Bartlwlin. cent. IV. ep. 38. p. 4i8. — Olaûs Borrich naquit, en 1626, à Borchen dans leDauemarck, devint professeur à Copenhague,
;et mourut en 1690 des suites de l'opération de la taille.
^ (3) Sténon naquit en i638 à Copenhague , fut médecin du Grand-Duc de Toscane, puis professeur à Copenhague, ensuite évêque deTiiiopel dans le Hanovre, de Muuster et de Hambourg. Il mourut à Schwérin en 1G86.
(4) Borelli., De motii animal. in-\°. Lugd. Bat. i685. P. II prop. 3^ p. 65. r r j-
1 28 Section douzième , chapitre premier. laires, charnues dans leur milieu, et tendineuses à leurs extre'mile's. Il prétendit que la posilion de ces fibres offre une différence telle que les unes sont circulaires , les autres droites , et d'autres encore obliques, de sorte qu'elles représentent une figure assez semblable à celle d'un 8. Suivant lui, la plupart se re'unisscnt dans le ventricule gauche, quelques-unes se prolongent dans l'intc'j ieur même des cavités du cœur, mais les autres se réfle'chissent vers la pointe pour reparaître ensuite à la surface (i). Lorsque Ste'non fit part de cette découverte à son maître Bartholin, cet homme véritablement grand en manifesta une telle satisfaction , qu'on voit sans peine combien il l'estimait importante. 11 se contenta d'objecter à Sténon, que le mouvement du cœur ne saurait être comparé avec celui des autres muscles (a). Mais il s'en fallait beaucoup que Sténon eût encore une idée complètement exacte de la véritable structure du viscère. Ses recherches donnèrent lieu à celles de Richard Lower , qui parvint à des résultats plus précis , ainsi que nous le verrons bientôt.
En 1664, Alexandre Maurocordatus (5) fit des expériences intéressantes sur le mouvement du sang à travers les poumons. Il vit que l'expiration a lieu pendant la sjstole du cœur, et qu'alors les poumons deviennent rouges, parce qu'étant resserrés sur eux-mêmes, ils contiennent davantage de sang; mais il observa, pendant la diastole, que le diaphragme s'abaisse, et que les poumons se dilatent
(1) De musculîs et gîandulîs. in-^o. Hafn. iG64-^' 22. — Sténon écrivit cet ouvrage étant encore à Leyde.
(2) BarlhoUn. cent. IV. ep. ■jo. 91. p. 4i7- 4-3.
(3) Maurocordatus naquit en 1 687 à Conslantinoplc , d'une famille grecque. Il fit ses éludes à Padoiie , et se rendit de là dans sa patrie pour y
Îxercer. Paria suite il devint premier drogman de la Porte, çl ambasadeur auprès de la cour de Vienne , où il mourul en 1710.
Découverte de la circulation du sang. 129 et pâlissent, parce que l'air 3/ afflue en plus grande quantité (i). Ce sont donc les poumons qui, faisant foffice d'une presse, refoulent le sang dans la veine cave, laquelle ne réagit point sur le fluide, ainsi que J'a prétendu Waleeus (2). Il cherche encore à réfuteir la force attractive des artères, et l'idée de Pecquet
3ui regardait la pesanteur du sang comme la cause eson mouvement. Personne, avant Maurocordatus, n'avait prouvé la circulation pulmonaire d'une manière aussi démonstrative. Aux vingt- six raisons qu'il allègue en sa faveur, il ajoute encore une observation faite par lui-même sur le cadavre d'un de ses maîtres. Cet homme était mort d'un asthme suffocatoire : on trouva les poumons singulièrement distendus , l'oreillette pulmonaire cartilagineuse , le ventricule gauche vide , mais les veines pulmonaires gorgées de sang ; Maurocordatus en conclut que ces dernières ramènent le fluide du poumon ( 3 ). Le foetus ne respire pas , mais outre le sang qu'il reçoit des vaisseaux ombilicaux , il est encore nourri par les eaux del'amnios , ce que l'auteur cherche à prouver par plusieurs argumens (4). Il attribue le mouvement des artères , non pas à la force pulsative , Svvaixiç (r(p\iyixiK7i, comme les galénistes, mais à l'afflux; du sang, à l'oyxwo-jf, comme Aristote et Harvey. Ce dernier fait fut prouvé à Naples , dans la même an-
puisa ti
de la ligature qu'on a placée sur elle et sur le tuyau renfermé dans son intérieur (5).
(1) Maurocordat. pneumatic. instrument, circiûandi sane 1/1-16. Francof. i665. c. 6. p. 36. o ^
(JÛ 9' P- 66.
(à) Jb. c. 10. p. 81. 88.
' f4) II. p. 100.
5) Cornelii progjmnculica phjsiea. in-ii. Francof. i665. c. 8. p. a5o.