‹ Histoire de la médecine [electronic resource]Chapitre 14 sur 57 · Tome Ip^, g · texte numérisé non relu

Tome Ip^, g

i3o Section douzième ^ chapitre premîcf.

Si , après loutes ces recherches exactes , un fana-^'' i tique, tel que Philippe- Jacques Sachs de Lëwen-' heimb (i), employa la comparaison paracelsique du macrocosme avec le microcosme pour expliquer la circulation du sang, cette bizarrerie doit être mise sur le compte des pre'jugés qui re'gnaient encore en Allemagne. Non content de nommer le cœur l'oce'an du corps humain , et d'attribuer au sang le même mouvement de flux et de reflux qu'aux eaux de la mej, il compare les poils dont le cœur est quelquefois he'rissé , avec les racines nombreuses qui garnissent les côtes du Mexique (2), la veine-cave avec le canal qu'Alhanase Rircher admettait traverser la terre du pôle-nord au pôle-sud en passant par son centre , et les valvules des veines avec les ponts d'un fleuve (3). La mer doit son mouvement à la lune et aux vents : le cœur reçoit le sien du cerveau et des esprits vitaux (4).

Le traite qu'un médecin d'Anjou, Jacques Challlou, publia en 1664, ^^t plus exact ) mais on j chercherait en vain de nouvelles observations. Chaillou se borne à exposer la doctrine de la circulation d'après Harvey et Walœus , et commet cependant la faute de faire chasser les vapeurs fuligineuses par le cœur dans l'artère pulmonaire (6).

Henri Meibom (6) décrivit le le'ger repli demicirculaire que la membrane inicrne des artères forme à l'origine des branches qui se détachent sous des

(1) Sachs de Léwenheimb naquit en iGay à Breslau, où il pratiqua la médeciuc , et mourut en 167t.

(2) Sachs de Leivenheimb , Octaniu imcro-mîcrocosm. ïn-S». Vraiish 1664. P. 3i.

(3) Ib. p. 56. 53.

(5) Chaillou , Recherches sur l'origine du mouvement du sang. in-8°. Paris, i664-

(6) Chaillou naquit à Lubect en i636 , fut professeur a Helmstaedt , tt mourut en 1700,

Découverte de la circulation du sang. 1 5 r angles très-aigus , et fit voir qu'on ne peut lui donner le nom de valvule, ainsi que l'avaient pratiqué differens écrivains (i).

Bientôt après, en 1669 , parut sur le cœur l'ouvrage classique de Richard Lower (2), dans lequel on trouve une multitude de découvertes qui pou^ vaient servir à confirmer et k rectifier la doctrine d'Harvey. D'abord Lower de'termine plus pre'cisé-^ ment la situation du cœur : sa face aplatie repose , ainsi que sa pointe mousse et presque bifurquée , sur l'aponévrose du diaphragme (3) Le premier il figura les faisceaux musculaires de l'oreillette droite, qui se croisent en différentes directions , mais qu'il fit représenter trop réguliers (4). 11 admettait ûans cette même oreillette une proéminence ou un tubercule qui depuis a conservé son nom , et qui se trouve entre les orifices des deux veines-caves (5). Il lui donnait pour usage d'opposer un obstacle au sang apporté par la veine-cave supérieure , et d'en diriger le cours : cependant celte proéminence est plus sensible chez les animaux que chez l'homme (Q)* Une opinion tout-à-fait nouvelle de Lower , c est que les deux ventricules du cœur ont une ésale capacite, puisque les poumons ne consomment qu une très-petite partie du sang que l'artère pulmonaire y envoie, et que le restant revient au cœur par les veines du même nom (7). Santorini (8) et Boer-

(-i) Meilom. diss. de motii sanguinis naturali et prœteniahcrali. in-i". Belmst. 1668,

(2) Lowert tractatits de corde. in-So. Amstel. 1669. — LowGr étâit né à Tranmore , dans le comlé de Cornouailles, en i63i. Il devint membre du colle'ge médical et de la société des sciences de Londres , et mourut en . i6qi.

(4) L. c. p. 35, tab. r.Jig. 2. e. 2. (b) L. c. p. 5i.

{6) Funtoni, Anat. corp. hum. in-^°, Turin. ». ogt,

(7^ L. c. p. 36. ' (H) Oèserf. anatom. in-!^°. FeneU 1724»

iSa Section douzième y chapitre premier. haave (i) étaient de cet avis; mais Senac les réfutasolidement, en de'montrant que le ventricule droit est beaucoup plus spacieux que le gauche (2). Lower part du principe que le cœur est forme de fibres musculaires, pour e'tudier avec plus de soin la direction et la structure des faisceaux charnus : cependant il se laissa induire en erreur par la zootomie , en pensant que les fibres du plan extérieur se rendent en lii!;ne droite de la base à la pointe du cœur; car cette disposition ne s'observe que chez le bœuf et la brebis (3). En outre, il de'crivit exactement les .diverses circonvolutions des fibres obliques et spirales. Les enfoncemens de la cloison servent à faciliter la contraction du cœur ; aussi sont-elles plus sensibles du côté du ventricule aortique (4). Il réfute de la manière la plus complète l'opinion de Desçartes , que l'eiTervescence est la cause du mouvement du sang, et dérive la force du cœur de l'influence des nerfs. La section et la ligature de la paire vague rendent les mouvemens de l'organe faibles et tremblans ; mais ils ne tardent pas à cesser entièrement : ils disparaîtraient donc à l'instant même, si la paire vague ne s'unissait pas au nerf intercostal pour donner naissance au plexus cardiaque (5). La vitesse avec laquelle le sang circule dans le corps est si considérable , que la même parcelle de ce fluide traverse le cœur jusqu'à treize fois par heure (6). La couleur vermeille du sang artériel tient à ce qu'il est pénétré d'air nitreux dans son passage par le poumon. Lower rapporte plusieurs expériences re-

(.1) Prœhct. academ.,^. iSS. p. ia4. vol. II.

(2) De la structure du cœur, tom. I. p> /gt. 346.

(3) Lower, De corde, p, 28,

(5) J3. p. 64. go.

(6) p. itij.

Découverte de la circulation du sâhg. i55 uiarquables qui confirment cette vérité' , et qu'il entreprit suivant les conseils de Robert Hook (i). Il décrit aussi , d'après Eustache et Fabrice d'Acquapendente, la crosse que l'aorte forme à sa sortie du çœur.

. Jean-Baptiste Denys profita de toutes ces de'couvertes dans les Conférences sur les sciences , pré-sentées à Monseigneur le Dauphin j qui parurent en 1675 (:2) , et où l'on remarque en outre quelques ide'es particulières à l'auteur. La veine pulmonaire n'a qu'une valvule bicuspide, parce que son ouverture est ovale , et non pas ronde comme celle des autres vaisseaux, de sorte qu'elle peut être fermée plus facilement (5). L'opinion de la structure musçuleuse du cœur se trouve déjà dans les ouvrages les plus anciens , et comme tout muscle est composé de fibres nerveuses, il s'ensuit que le cœur doit sa force vitale au cerveau. Vient ensuite une longue réfutation de la théorie deX)escartes , mais Denjs em- < prunte presque tous ses argumens à Lower.

Vers la même époque, Guillaume Cole, médecin à Bristol , fit une découverte à laquelle il fut conduit par le simple raisonnement, mais qui répandit un grand jour sur la théorie des sécrétions. Jusqu'alors on avait, sans plus de réflexion, considéré le système artériel comme un cône dont le sommet se trouve à la pe'riphérie du corps, et dont la base repose sur le cœur. Cole montra le premier que le contraire a lieu; car le sang, pour opérer la nutrition, doit couler d'autant plus lentement , qu'il s'éloigne davantage du cœur, et afin que cet effet puisse avoir lieu , il faut que les artères acquièrent plus d'amplitude : d'ailleurs, le diamètre de toutes

Î\ \ Zoiver, l. c. p. 1^7.

"i) Journal des Savans , année iGyij.

ï54 Section douzième , chapitre premier.

les branchcs,.prises ensemble surpasse de beaucoup"

celui du vaisseau qui les a fournies (i).

En 1676, Etienne Blancard, de Middelbourg, médecin à Amsterdam , prouva l'anastomose des dernières artérioles avec les premières veinules, au moyen de l'injection, qui, ainsi que nous le verrons dans la suite , avait été singulièrement perfectionnée par Jean de Hoorne , à l'occasion de sa dispute avec Louis de Bits. Etienne Blancard s'en servit pour constater que le sang passe immédiatement des artères dans les veines , et ne s'épanche pas d'abord dans le tissu cellulaire, parce qu'alors il en résulterait des congestions, des inflammations et des abcès (2). Les valvules favorisent le retour du sang par les petites branches des veines. Au reste, Blancard, partisan du système de Descartes , défend la théorie de l'effervescence et de la fermentation du fluide circulatoire.

Dans la même année, Jean-Nicolas Pechlin (3) détermina la position du cœur avec plus d'exactitude , en démontrant que le ventricule pulmonaire est plutôt antérieur que droit, et l'aortique plutôt postérieur que gauche. Il découvrit aussi les fibres musculaires obliques de l'oreillette droite, et avança le premier l'opinion que la diastole du cœur n'est point un véritable état de relâchement , mais que cette action doit être attribuée, aussi-bien que la systole , à la fibre musculaire et à l'influence des esprits vitaux. (4).

(1) Cole , De sécrétion, anim. m-12. Hag. Com. i6St. c. 7. p. 56.

(2) Blancard, De circulatione sangtunis per fibras. in-ti. yimst. 166'- — Jléimprimé dans son Anatomia practica. in-ti. Amsteï. iG68. p. 3o3.

(3) Pechlin naquit à Lcyde en 1646 , fut professeur ^ Kiel , et ensuite médecin du duc de Holslein-Goltorp. Il mourut en 1706 à Stockholm.

(/|) Fechlin, Diss. de motu cprdi's , 1676, Kiion, — Réimprimée daci Jlaller. Diss. anatam. vol. IJ.p. 3 17.

Décolwerte de la circulation du sang. 1 55 Les excellentes observations que Jean-Jacques Wepfer (i) publia en 1679 sur les effets de la ciguë et de plusieurs autres poisons , contribuèrent puissamment à eclaircir la doctrine de la force vitale du cœur. Elles apprirent que le sang est la cause occasionelle et non prochaine des mouvemens de l'organe, et que par conse'quent on doit chercher cette cause dans. l'organisation particulière du yIscère. Le sang des animaux qu'on a fait périr avec la noix vomique ou d'autres poisons, ne porte pas la moindre trace d'alte'ration ; mais les fibres du cœur sont flétries, et la structure du viscère e'prouve un changement (2). Quelle importante remarque ! Combien de re'sultats utiles les contemporains de Wepfer en auraient pu tirer, si l'esprit de. l'école n'eût point fasciné leurs yeux ! Après un siècle seulement, Fontana et autres parvinrent à la découverte de la vérité que Wepfer avait déjà exposée si clairement dans son immortel ouvrage. Ce grand naturaliste démontra aussi que le cœur vide de sang peut être mis en jeu quelques instans encore après la mort, par l'action de certaines substances.

L'idée de soumettre la marche du sang aux lois de la staticjue et de l'hydraulique, et de la calculer sans avoir égard à la force vitale , fut conçue par un homme doué de la plus grande sagacité , par Jean- Alphonse Borelli (3) , fondateur de l'école iatromaihématique, dont l'histoire nous occupera plus tard. Borelli exécuta ce projet avec une habileté étonnante , et fit preuve en même temps de connaissances si profondes dans la structure du corps, que son tra-

(1) Wepfer naquit en 167,0 à SchafFhouse , occupa la place de me'decin du duc de Wurtemberg, et mourut en i6o5.

(2) PV epfer, Historia cicutœ aquaticcB. in-io, Basil. iniG. c. i3. p. 217. aJ8. ' '

(3) Borelli naquit à Naples en 1608, fut professeur à Pise, puis à Florence , cl mourut à Rome daus un couvent , eu 167g.

i 36 Section douzième , chapitre premier. Vail né pouvait manquer d'exciier une surprise ge'-ne'rale, et d'obtenir une approbation unanime. Nous ■ avons déjà vu que de concert avec Sténon il dëinontra le premier la texture musculeuse du cœur. C'est là-dessus qu'il établit sa the'orie du mouvement . de 1 organe en l'assimilant à celui des autres muscles du corps , et l'expliquant par le gonflement et le raccourcissement des fibres. Les parties voisines de îa cloison se contractent plus fortement cjue le reste du cœur , parce qu'en cet endroit la tuméfaction des fibres éprouve moins d'obstacles que partout ailleurs. La contraction est peu considérable à la surface et à la pointe de l'organe (i). Le fluide nerveux envoyé par le cerveau dans les fibres musculaires est là cause de leur gonflement et du mouvement du cœur (2).

L e'valuatiôn de la force du viscère repose sur des suppositions purement arbitraires , et l'édifice brillant que Borelli avait établi sur des bases mathématiaues en apparence inébranlables, s'écroule sans efforts, parce que ces bases elles-mêmes n'ont pas d'appui solide. Borelli calcule la force d'un muscle d'après la résistance qu'il oppose à un poids qu'on y suspend , c'est-à-dire , d'après la cohésion de ses fibres. Pour pouvoir appliquer cette théorie au cœur, il compare la masse du viscère avec le volume du masséter et du crotaphyte, et conclut que le cœurpouvantsoutenir un poids de trois mille livres, a par conséquent une force égale à trois mille livres. Mais cette force absolue doit vaincre dans les artérioles une résistance soixante fois au moins plus considérable ; donc la force relative avec laquelle le cœur surmonte la résistance du système artériel, est égale à cent quatrevingt mille livres, et le viscère doit soulever par

(i) Borelli, De inotu animal, c. 4- p''op- 5o. p. 35. (aj Ih.prop. 79. p. II 3.

Décowerte de la circulation du sang. 1 5/ jour un poids de plus de trois mille millions de livres (i). Cependant, maigre' cette force immense, Borelli refuse au cœur le pouvoir de chasser le sang dans les veines : ces vaisseaux n'ont pas de connexion immédiate avec les artères , et on ne peut pas non plus admettre qu'elles exercent une attraction à distance sur le sang. Il ne reste donc plus qu'une seule manière d'expliquer le phénomène , c'est de comparer les veines avec des tubes capillaires, dans l'inte'rieur desquels les fluides montent parce qu'ils adhèrent plus fortement à leurs parois, que les parties dont ils se composent ne sont unies ensemble (2). On adopta cette théorie jusqu'à l'époque oîi Haller appliqua sa doctrine de l'irritabilité à la circulation. Borelli fut aussi le premier qui soupçonna le but que la nature avait eu en refusant les valvules à certaines veines. Il dit que le sang , pour ne jamais subir d'altération , est obligé d'être sans cesse en mouvement, et que ce mouvement, pour r£mplir le but auquel il est destiné dans les veines du bas-ventre , doit continuellement s'exécuter en haut et en bas , et non pas seulement avoir lieu des branches dans les troncs (3). Il rendit encore un grand service à la science , en refusant le premier de croire à l'existence, généralement adoptée jusqu'alors, des fibres dans le sang. La masse fibreuse que ce fluide forme hors du corps, paraît au microscope trop épaisse pour qu'elle puisse pénétrer les petits vaisseaux : elle n'existe donc point dans le sang des animaux vivans (4).

JeanBohn, professeur à Léipsick, établit sa phy-

(1) B<,rem, l. c. prop. 66. p. gS. prop. 72. p. io3. e S^Joi ''.q?' 57;- Vomp. Id.de motion, natur. a granit, pendent.

(3) Ib. prop. 34. p. 61.

(4) li. prop. 1^2. p. iq3.

ï58 Section douzième ^ chapitre premier. slologîe sur les principes de Borelli (i). 11 admit comme avérée l'ide'e que le mouvement du cœur peut se comparer à celui d'une machine hydraulique, mais blâma l'opinion de Borelli, que, pendant la diastole des ventricules, les oreillettes se contractent et se ferment complètement : ce mécanisme n'est prouvé par aucun fait, et l'abaissement des valvules suffît pour empêcher le sang de refluer dans les oreil-' lottes (2). Plusieurs écrivains avaient douté de la nature musculeuse du cœur, parce qu'il n'est pas soumis à l'empire de la volonté : Bohn détruisit cette objection en admettant que l'influence des esprits vitaux ou de la force nerveuse est la cause du mouvement de tous les muscles du corps, mais ajoutant que la volonté et le sang peuvent aussi agir sur plusieurs en particulier. Il répéta l'expérience de Lower pour supprimer les mouvemens du cœur par la seclion ou la ligature des nerfs de la huitième paire : elle lui réussit encore mieux, car l'animal périt à l'instant même , comme s'il eût été frappé de la foudre (3). Quoique , d'après son opinion , les membranes des artères perdent leur épaisseur en raison de la diminution de leur diamètre, cependant Bohn regardait la force dont ces vaisseaux sont doués, comme la cause unique du passage du sang dans les veines. L'anastomose immédiate de ces dernières avec les artères contredit la théorie et les expériences qu'il avait faites, car il est très- peu vraisemblable que la séparation des parties destinées à la nutrition puisse s'accorder avec cette connexion intime (4). Le sang ne passe donc des artères dans les veines qu'après avoir traversé un parenchyme intermédiaire. Bohn prouva

()) Bohnii circulus anatomico - phjsiolog. progjmn. 6. ( m-4°. i6h6. ) — Jean Bohn était né à Leipsick en 16 40 ; il mourut, en 1718. (3) L. c, p. loi.

(Vj L. c. p. io3.

Découverte de la circulation du sang, \ 5g aussi la vérité de la circulation harvéyenne par une expérience qui fut faite à Venise avec la machine pneumatique dcBoyle, dans l'académie de Sarrotti(i).

Un des disciples de Bohn, Jean-Chrétien Lange, qui par la suite devint également professeur à Léipsick (2), fit connaître dans l'année 1680 les résultats intéressans de ses injections , qui non -seulement confirmaient la doctrine d'Harvej sur la circulation, mais encore découvraient plusieurs vérités utiles. Ainsi, par exemple, il injecta les vésicules aériennes du poumon par l'artère pulmonaire, et le placenta par les arleres utérines (3).

Les expériences de Charles Drelincourt (4), qui furent faites de même en 1680, constatèrent bien la théorie d'Harvey , mais ne fournirent aucun argument nouveau (5).

Jean-Conrad Pejer (6) et Jean- Jacques Harder (7) publièrent, en 1681, des remarques très-curieuses sur la force vitale du cœur et sur son indépendance de l'âme. La célèbre expérience de Wepfer leur suggéra l'idée de rendre le mouvement au cœur des animaux morts , et même des hommes strangulés, en poussant de l'air par le tronc commun des vaisseaux lymphatiques et de la veine-cave, et ils virent que l'organe irrité de cette manière, ou de toute autre, continuait souvent de se mouvoir pendant plusieurs heures. L'heureux effet de cette imporig^nte découverte fut

(ï) Bohn, 1. c. p. 109. *"

(1) Lanse naquit k Pégan en Saxe, en i655, et mourut en 1701.

(3) Langii Diss. de circiilaiione sangnims. in-!\0. Ljps. 1G80.

(4) Dielincourt naauit à Paris , en i633, el fui professeur à Lej de, ou il succJda à Vanderlinden. Il fut le maître du grand Boerhaave , et mourut en 1697.

ncourin expérimenta anatomica ex viforum seclionibus petita m-T}. Lugd. Bat. i68\. ' r •

(6) Peyer naquit à Schaffhouse en i653 , pratiqua la rae'decine dans cette ville, et mourut en 1712.

(7) Harder naquit en iG56 . devint professeur à Bâle , et mourut en

i4o Section douzième , chapitre premier. de faire abandonner entièrement la théorie de Descartes ; mais elle eut surtout le grand avantage d'ouvrir la voie à ceux qui devaient trouver la force particulière dont jouissent les muscles (i).

En i683 , Guillaume Moljneux , professeur à Dublin, de'montra pour la première fois la circulalion sur des reptiles à l'aide du microscope. Il l'aperçut chez un lézard aussi clairement qu'on peut voir le cours d'un fleuve, et remarqua que la vitesse du mouvement paraissait être plus grande que celle des eaux d'une rivière ordinaire (2).

La quantité du sang qui circtde dans le corps avait été évaluée arbitrairement par Harvey et par ses partisans. Un médecin de Trim en Irlande , Allen Moulin, entreprit pour la première fois , en 1687, de la soumettre à des calculs exacts; mais ceux au'il établit reposaient toutefois sur des suppositions dont on peut contester la certitude. Il laissait couler le sang par les artères jusqu'à ce que l'animal mourût, et croyait avoir obtenu ainsi toute la masse de celui qui circule dans le corps. Il trouva que le poids de cette masse s'élève au vingtième de celui au corps entier. De là il conclut que le même rapport existe chez l'homme , que par conséquent une personne qui pèse cent cinquante livres , n'a pas plus de huit livres de sang, et que si à chaque diastole le cœur reçoit quatre onces du liquide , tout celui qui se trouve dans le corps doit traverser l'organe cent quarante fois par heure (5). Moulin ne réfléchit pas que presque toujours il reste une certaine quantité de sang, et que le rapport admis comme base de son calcul varie beaucoup suivant les différens animaux.

^i) Peyeri parerga analom. in-S°. Geneo. i68t. p. 198.

(2) Philosophical etc. , c'ast-à-dire , Transactions philosophicpic», voL m. p. aSo.

(3) Ibid. ' I

Décowerle de la circulation du sang, L'anatomie de Pierre Dionis (i), publiée en 1690, renferme une théorie du mouvement du cœur et de la circulation du sang , qui s'accorde parfaitement avec les calculs de Borelli. Dionis comparait même cette principale fonction du corps avec la machine de Marlj qui porte l'eau de la Seine à une grande hauteur, et la ramène ensuite par des canaux particuliers pour la faire tomber de nouveau sur la grande roue (2). Dans la description des fibres musculaires du cœur , il s'éloigna de ses prédécesseurs : celles du plan extérieur se contournent en forme de çpirale de droite à gauche , pour revenir ensuite à çiroite j mais le plan intérieur est composé de fibres droites (3). La contraction du cœur s'opère en forme de vis, et non point directement de haut en bas (4). Il ne faut ni forces, ni qualités occultes pour expliquer les fonctions du corps, dont on doit chercher la cause dans l'organisation elle-même (5). On ne saurait supposer une anastomose entre les artérioles et les veinules, mais il est nécessaire d'admettre un parenchyme intermédiaire (6).

L'impossibilité que la nutrition puisse avoir lieu, s'il existe réellement une connexion intime et directe entre les artères et les veines, fut un des argumens dont Omobon Pison (7) , l'un des derniers et des plus ardens antagonistes de la circulation , se servit pour combattre cette doctrine. Toutes les autres raisons qu'il allégua sont de peu de valeur : il les lirait de la petite quantité du sang , qui ne saurait

(i) Dionis était professeur de chirurgie au Jardin royal de Paris et mourut en 1718.

fî) Dionis j Anatom, corp. hum. in-S°. Genep. p, 479.

(3) Jb. p. 267.

(4) Jl>. p- 270.

(à) Jb. p.v^\, f61 Ib. p. 484.

h) Pison nacjuit à Crémone, fut professeur à Padoue , et mourut eu

t/p Section douzième, chapitre premier.

par conséquent circuler avec la vélocité qu'Har- vey suppose. D'ailleurs, l'état du fluide tiré d'une seule et même veine varie suivant les vases dans lesquels on le reçoit ; ce fluide paraît donc provenir de plusieurs veines diffc'rentes. On remarque quelquefois un pouls grand dans la syncope (i).

Mais le temps était enfin arrivé oii l'on devait se convaincre de la vérité de la doctrine d'Harvej mieux que n'avait pu le faire Malpighi lui-même. Un grand naturaliste de Delft, Antoine de Leeuwenhoek (2) , parvint, en 1690 , avec son microscope perfectionné, à voir la circulation jusque dans les plus petits vaisseaux, et rendit plusieurs personnages importans témoins de ses observations. Quelques années auparavant, en 1686, il avait combattu le passage immédiat du sang des artères dans les veines (3); mais à cette époque il reconnut si évidemment la circulation dans des vaisseaux même oîi un seul globule sanguin pouvait h peine s'insinuer , et décrivit avec tant d'exactitude l'appareil nécessaire pour l'expérience, qu'il ne fut plus permis à personne de révoquer cette vérité en doute (4). Ce fut en ï688 que les têtards de grenouille lui offrirent, pour la première fois , cet imposant spectacle : il le vit ensuite dans les pâtes des grenouilles, dans l'anguille, et chez différens autres

Î)oissons (5). Dès-lors l'anastomose des veines avec es artères fut si claire et si évidente à ses yeux , que dans ses Lettres physiologiques il refusa d'admettre une distinction entre ces deux ordres de vaisseaux , parce qu'on ne peut déterminer oii finit l'artère et

(i) Uldo antiquitdtis in sanguinis circulationem , 1690. Réimpritu. dans pison, Disquisitio de circuitu sanguinis. in-\°. Palau. 1726- (a) Leeuwenhoek naquit en itMï , et mouiut en 1723.

(3) Leeuwenhoek , Arcan. nat. delect. p. i5. (Opp. T. JII, 1/1-4". Lugd. Bat. 1722. )

(4) Ib. ep. 65 p. i58. ep. 66. p. 180.

(5) Ji. ep.65.p. i63. ep. 66. p. i7'|.

Découverte de la circulation du sang. 145 ?oix commence la veine (r). Le dessin qu'un peintre lui fit de ces anastomoses présente le plus grand intérêt (2). La connexion intime des veines et des artères étant si bien prouvée, il faut nécessairement, pour expliquer les sécrétions , admettre la transsudation des humeurs séreuses les plus ténues au travers des parois délicates des artères (5) ; mais Leeuwenhoek poussa les choses un peu trop loin. Non-seulement il croyait que le sang, ayant un mouvement plus rapide, se fraye des canaux particuliers, et ne reste pas renfermé dans les vaisseaux , mais encore il pensait que les dernières artérioles , qui ne contiennent plus de sang rouge et ne charrient que des globules isolés, ne doivent pas être considérées comme appartenant proprement au système vasculaire, et que par conséquent les humeurs peuvent se mouvoir en tous sens hors de ce système (4).

Le sang se meut quelquefois avec plus de lenteur dans les vaisseaux capillaires, mais l'impulsion donnée par le cœur imprime constamment une nouvelle vitesse à la marche. Fort souvent aussi Leeuwenhoek remarqua un mouvement inverse dans ces petits vaisseaux (5). Mais la découverte de la force vitale ^ies réseaux capillaires lui manquait pour expliquer le phénomène. Il reconnut et décrivit fort exactement la forme, le volume et les rapports des globules du sang que Malpighi avait aperçus le premier, mais sans les juger dignes d'attention (6). Ils sont ovalaires , aplatis, et composés de six petits cônes, qui , isolément, produisent le sérum , mais qui donnent nais-

(t) Ej. epist. phjsiol. 29. p. 285. ep. ^. p. 336. ( Opp. T. ZI, ) —, Ej. arcan. nat. delect. ep. 65. p. i58. i6o. ep. 67. p. 200. (•2) B). contin. arcan. natur. ep. 112. p. 54. ( Opp. T IV ) (3) Ej. epist. phy.nol. 34. 336.

^4) -E/. arcan. nat. detect. ep. 66. p. 1%.

(5) Ib. ep. 65. p. 162. i65. ep. ^. p.

(6) Malpighi, De oTnento,p. 4a.

i44 Section douzième y chapitre premier. sance au sang rouge dès qu'ils se trouvent réunis tous les six(i). La découverte de ces globules servit par la suite de base à l'hypothèse de la lenteur de la circulation dans les vaisseaux capillaires , hypothèse sur 'laquelle on e'iablit aussi de lausses théories à l'égard de plusieurs maladies.

Si les fonctions des poumons et leurs rapports avec le cœur avaient encore eu besoin d'être conlfirmées par de nouvelles preuves, ces dernières eussent été fournies par la description exacte de l'artère bronchiale , que Frédéric Ruysch (2) donna d'abord en 1691 (3), et détailla beaucoup plus ensuite dans ses Lettres anatomiques (4). Cette artère n'était point entièrement inconnue aux anciens : Galien en parle (5), mais en termes obscurs, et Philippe Vernéjen la décrit encore très -superficiellement (6). Frédéric Ruysch la découvrit sur un veau dès l'année .1666, et trouva que presque toujours elle naît de l'intercostale supérieure, qu'elle a de fréquentes anastomoses avec l'artère pulmonaire, et que c'est à proprement parler le vaisseau nutritif des poumons.

Il porta aussi l'art d'injecter à un tel point de perfection , qu'il démontra non-seulement la structure vasculaire de toutes les parties du corps , mais encore la circulation du sang dans les vaisseaux capillaires.

Le calcul du rapport existant entre le diamètre des branches d'une artère et celui de l'artère ellemême, que Guillaume Cole avait établi le premier,

' (i) Ijeeuwenhoek , Arcan. nat, det.p. S, epist, physiol. p. ii. continuât, arcan. nat. ep. 128. p. 218.

(2) Ruyscti naquit à la Haye en i638 , fut professeur à Amsterdam, et mourut en l'j^i.

(3) Ritysch, ohserc. anatom. i5. p. 19. ( iVi-4°. Amst. 1720.) l4; Ritysch. epist, anât. P^I.

f 5) Galen. de dissect, arter. et venar. p. 198.

(6) Verhejen, Corp, human. anat. tr. Jll, c. g. p. aSi. ( rn-'j*'. Lifs, l'jo5.)

Découverte de la cîrciilation du sang. i45 fut appliqué avec encore plus de soin à la théorie de la circulation et des se'creiions par Arcliibald Pitcarn, l'un des principaux disciples de l'e'cole ialromalhématique (i). Pitcarn représenta le système vasculaire comme un cône dont la base repose sur la périphérie du corps, et dont le sommet aboutit au cœur. Ensuite il tenta d'expliquer par cette disposition les sécrétions, et particulièrement la nutrition. Les branches d'une artère ayant plus de diamètre que le vaisseau n'en a lui-même, le sang y coule plus lentement que dans les troncs, et le cœur est la seule cause accélératrice de son mouvement. C'est pour cette raison que le sang veineux marche d'autant plus vite qu'il se rapproche davantage du cœur (2). Pitcarn se servit de l'anastomose des artères et des veines, découverte par Leeuwenhoek, pour en dériver une meilleure théorie des sécrétions. La différence du nombre et du diamètre des vaisseaux sécrétoires suffit pour expliquer celle des sécrétions, sans qu'on ait besoin d'avoir égard à la figure de l'orifice des vaisseaux, qui, d'ailleurs, est toujours circulaire , ni à la présence d'un ferment (3). Dans un autre ouvrage, Pitcarn cherche à expliquer la différence du sang artériel et veineux par la pression que le cœur , pendant son passage au travers des poumons, éprouve de la part des vésicules aériennes dilatées, et défend l'opinion de ceux qui attribuent la couleur rouge du sang à son mélange avec l'air atmosphérique, ou avec les parties constituantes de ce fluide (4).

(i) Pitcarn naquit, en i65a, dans l'Ecosse, fut quelque temps professeur a Leyde, où il eut Boerhaave pour auditeur, et mourut dans sa patrie en 1713.

(a) Pitcarn , Diss. de moiit quo cibi in ventriculo redi'gimttir p. 33 et Dtss.de circulât, sangtunis , p. 5o. {Opitsciila, in'.]o, Neap. 1721.) '

(3) Ej. diss. de circiil. sang, per vasa minimn ,| p. 1 5.

(4) Ej diss. de caxusis dipersœ moUt, quâ^utt sangiiis per puîmonem. ,

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