‹ Histoire de la médecine [electronic resource]Chapitre 16 sur 57 · Tome ÏV · texte numérisé non relu

Tome ÏV

162 Section douzième , chapitre premier. Voici comment il se figurait le mouvement du sang au milieu de ces Taisseaux : au début de la sj'stole il coule très-peu de sang dans les artères coronaires , parce que les valvules sîgmoïdes de l'aorte en couvrent l'orifice, mais ensuite le fluide y passe en plus grande quantité' , et pendant la diastole il est chassé dans les petites branches. Durant le même intervalle les veines se vident, c'est pourquoi le cœur pâlit, mais elles se remplissent de nouveau dans la systole (i). Lancisi de'crivit fort exactement les nerfs du cœur, et il faisait parvenir à cet organe plusieurs rameaux imaginaires fournis par les nerfs re'naux et par le tronc de la paire vague (^). Il croyait pouvoir poursuivre ces nerfs jusque dans la substance musculaire, qu'il en regardait même comme une continuation (3). Les grosses branches nerveuses compriment les vaisseaux coronaires, et de là naît la systole (4).

Quant au mouvement du cœur lui -même , il se divise en trois temps : dans le premier, la fin de la diastole des ventricules se rencontre avec le commencement de la systole des oreillettes ; dans le second , le milieu de la systole de ces dernières est isochrone au commencement de la systole des ventricules, et dans le troisième, la fin de la systole des oreillettes survient au même instant que le milieu de la systole des ventricules. Si donc on divise chaque systole des oreillettes ou des ventricules en trois pe'riodes, les deux derniers tiers de celle des oreillettes correspondent aux deux premiers de celle des ventricules (5). Cette hypothèse a contre elle, qu'alors il

^i^ Lancisi, l. c, p. iSy. i38. i^'].

(jî^ 15. p. i63.

(3) Jè. p. 1G9. 172. Peculiaris quœdam nerpeantm partiitm origo cor tpsum esse videtur. — C'était bien là faire revivre l'opinion des pe'ripatéticiens.

^4) ib. p. 174.^

(5J Ib. p. uji. 19^.

Découutrte de la circulation du sa?ig. iC3 y aurait un inslant où les quatre cavités se contracteraient simultanément , ce qui ne s'accorde nullement avec l'expérience (i). Toutefois elle fut adoptée par plusieurs anatomistes, et Christophe - Philippe Glass, qui admettait aussi presque toutes les autres idées de Lancisi, la défendit sérieusement (2).

Il s'éleva encore à Montpellier une dispute remarquable sur les changemens que la forme du cœur éprouve dans la systole et la diastole. Antoine Ferrein (3), qui jusqu'alors avait rempli la place d'Asiruc pendant son absence, se mit, en lySi, sur les rangs avec Antoine Fizès(4), pour obtenir la chaire de Deidier. Il soutint publiquement une thèse dans laquelle il cherchait à prouver que le cœur se raccourcit pendant la systole , c'est-à-dire ^ que la pointe se rapproche de la base ; et il avança le premier l'opinion qu'en même temps l'extrémité de cet organe se recourbe en devant (5). Son rival Fizès s'éleva contre cette idée , prétendant , d'après des raisons empruntées à la mécanique , que le cœur s'allonge , et que ses parois se rapprochent. La dis-* pute fut des plus vives : on la poussait même avec beaucoup d'animosité lorsque Fizès, que l'Université avait rejeté, fut cependant nommé par la Cour à la place de Deidier. Ferrein , plein de dépit , quitta Montpellier, et vint à Paris, oii Chauvelin, grandchancelier de France, lui offrit d'instituer pour lui une chaire particulière dans la ville qu'il avait aban-

(\) Morgagni . Epist. anat. XV. n. i3.

(a) Glass, Diss. de admirando sanguinis circuîtu. Hall. inZÇt : in HalleT diss. anatom. vol. Ij. p. loi — 3io. ^. ^

j ^^U^^"^^^" naquit à Fresp.ich près d'Agen , en iGgS , fut succeVseur de Winslow , et mourut en 1769.

(4) Fizès naquit à Montpellier , en 1690 , devint professeur en cette ville, et fut pendant quelque temps médecin du duc d'Oile'ans : il mourut a Montpellier en i^G5.

(5) Quœstiones medicœ duodecim , pro calhedrâ regiâ vacante, ir-i». Monsp. l'jSa. ^

1 64 Section douzième , chapitre premier. donnée ; mais Ferrein se contenta d'invoquer la décision de l'Académie des Sciences sur sa dispute anatomique avec Fizès, et partit pour l'Italie en qualité de chirurgien militaire (i).

L'opinion des membres de l'Acadc'mie des Sciences e'tait divise'e. Winslow (2) et César Verdier (3) se déclarèrent en faveur de Fizès. Ils pensaient que si dans la systole les faisceaux inférieurs du cœur venaient à se contracter, les valvules s'ouvriraient, de sorte que le sang refluerait dans les veines (4) ; mais Pierre Bassuel, autre membre de l'Académie (5), et François Hunauld (6), successeur de Duverney, prirent le parti de Ferrein. Le premier répéta l'expérience de Lower, c'est-à-dire, qu'il remplit le cœur d'eau, et remarqua que pendant la systole et l'expulsion du liquide , la base se rapprochait visiblement de la pointe. Il chercha également à montrer contre Fizès et Verdier, que si les deux extrémités du cœur s'éloignaient, les fibres tendineuses des colonnes charnues se trouveraient tendues , et les valvules ouvertes (7).

Quelques années après , Fizès fit défendre son opinion par un de ses disciples , Jérôme Queye, et l'on doit avouer que cette ibis il fit preuve de la plus grande habileté. A la vérité , l'apologie repose en partie s,ur de simples raisonnemens j mais l'esprit du temps exigeait des expériences et des opérations, et Queye en cita qui sont fort remarquables. Dans le cœur delà tortue, qui ressemble très-peu à celui de l'homme, il remarqua, pendant la systole, un mouvement ondu-

^i) Portai, Histoire de Tanatomie, vol. V. p. 64- 65.

(2) Mem. de l'acad. des sciences , an. lyaS. p. SyS. ^

(3) Verdier naquit à Avignon en i685 , fut professeur à 1 acadc'mie de chirurgie de Paris , et mourut en i/Sg.

(4) Verdier, Abrc'ge' d'anatomie , in-12. Paris, 1789. p. ii5.

(5) Bassuel naquit à Paris en 1706, et mourut en 1757.

(6) Hunauld naquit en 1701, et mourut en 1742. ^ ^

(7) Histoire de lacad. des sciences de Paris, an. 1731. p. o&— jS-

Découverte de la ctrcuhitlon du sang. i65 laiolre et un allongement sensible du viscère (i). Il prétendait aussi avoir observe chez d'autres animaux le rapprochement des deux extrémités (2). Une petite baguette, disait-il, placée à la pointe du cœur, le choque lorsqu'il entre en contraction (3). Il rejeta l'expérience de Bassuel , parce que les changemens que le cœur éprouve après la mort ne peuvent pas servir à déterminer ceux que cet organe subit pendant la vie (4). La tension des colonnes charnues pendant la systole, loin d'ouvrir les valvules, contribue au conti^aire à les fermer (5). On ne peut point non plus supposer dans la diastole d'autre dilatation que d'une paroi à l'autre , ce qui fait que la pointe se rapproche de la base (6).

Enfin , on vit une nouvelle lumière se répandre sur la doctrine de la circulation et du mouvement du cœur, lorsque le plus instruit de tous les médecins, et le plus grand naturaliste du dix-huitièm'e siècle, Albert de Haller (y), fit connaître ses découvertes en 1736, époque oia il obtint une chaire à Gottingue. Les premiers écrits académiques qu'il' publia, renferment déjà d'excellentes remarques sur la structure et les mouvemens du cœur. Il croyait encore que les artères coronaires se remplissent pendant la diastole, et que leur réplétion alterne par conséquent avec celle des autres artères (8). Mais lorsqu'en lyôa il eut examiné de plus près les variations que la couleur du cœur éprouve dans la diastole,

(i) (hieye, Diss. de syncope : in Haller. diss, anatom. vol. fJI, p. 371* 2V4. — Comparez Haller. glem. phjsiol. vol, I. p. 392. '-^ Ib. p. aija.

Jô. p. 269.

0 Ib- p. 292 (5) Ih. p. 288

(0) li. p. 273.

(7) Haller naquit à Berne en 1708 , fut professeur à Goltingne tiepuis i7Jb jusquen 1753, et devint ensuite Landamman du canton de Berne. /^^^^^''yf <=^"«'.aig"'té jusqu'à sa mort, survenue en 1777. {fi) Jialier. Diss. de vasis cordis propriis : in Ùpp. min. vol. 1. p. 10,

1 66 Section douzième , chapitre premier, et la systole , et lés eut trouve'es si considérables qu'il TIC pouvait plus admettre lapâlcur de l'organe pendant le dernier de ces deux mouvemens, alors il embrassa l'opinion contraire ( i ). Il découvrit et décrivit en même temps une veine coronaire nouvelle, laquelle est antérieure, inférieure, et ne s'observe pas toujours (2), réfuta l'opinion de ceux qui donnaient une structure réticulaire à la valvule d'Eustache (5), parla le premier de l'anneau veineux qui soutient la valvule de l'oreillette droite (4), décida parfaitement la dispute relative au raccourcissement ou à l'allongement du cœur pendant la systole (5), et fit enfin connaître le véritable mécanisme du mouvement de l'organe , ce qui détruisit la doctrine de Lancisi , alors presque généralement adoptée ( 6 ). Tout cela fut l'ouvrage d'une année, dans le cours de laquelle cet homme, d'une activité inconcevable, publia plusieurs excellens ouvrages de botanique, et remplit les devoirs de sa place avec une exactitude des plus rares.

Cependant Etienne Haies (7) s'était donné beaucoup de peine pour appliquer les lois de la statique à la force du cœur, dont il était réservé au grand Haller de trouver la véritable explication. Son ouvrage sur la statique du sang renferme bien diverses découvertes utiles, mais il repose sur des principes entièrement faux. Haies calcule la force du cœur d'après la colonne du sang que l'organe est en état de chasser, de sorte que son évaluation est encoi'e bien moins

(1) Haller. serin, de motu sanguinis : in 0pp. min. vol, 1. p. 327. 228.

(2) Ib. p. i3. ,

(3) Id. Diss. de valt>ûlâ Éiistachii : in 0pp. min. voL I. p. 28. Id. Diss. de motu sanguinis per cor : ib. p. ^^•],

(5) Ih. p. 54. 55.

(6) Ib. p. 58.

(7) Haies naquit en 1678, devint membre de la Socie'lédcs sciences de Londres , et mourut eu 1761,

Découverte de la circulation du sang. 1 67 exacte que celle de Borelli (i). Il fait éprouver au sang un retard e'tonnant dans les artères capillaires : ce fluide coule six cent quarante-six fois plus lentement dans les vaisseaux de la grenouille que dans l'aorte de l'homme (2). Haies établit les calculs les plus errone's sur la vélocité avec laquelle le sang circule dans le bas-ventre, parce qu'il l'apprécie d'après la quantité d'eau qu'on trouve dans la cavité abdominale des cadavres (3). Sans pouvoir réussir comme Leeuwenhoek à injecter les veines par les artères, il parvint cependant à reconnaître plusieurs autres anastomoses de ces deux ordres de vaisseaux, et fit des recherches intéressantes à l'égard de l'angle sous lequel les branches des artères se détachent de leurs troncs (4). Suivant son opinion , c'est le cœur qui chasse le sang dans les veines, oui son mouvement est accéléré par la systole (5). Des calculs semblables furent établis dans la suite par Abraham Ens, qui regardait le poids du sang comme la seule cause du mouvement du cœur (6), et par Daniel Passavant , ui suivit la méthode de Daniel Bernoulli. Cepenant ce dernier donna déjà pour cause de la force du cœur , la structure organique de ce viscère , et Tirritabililé qui en dépend , mais qu'il ne désignait pas sous cette dénomination (7).

La dispute à l'égard du mouvement du sang dans le cœur du fœtus, à laquelle Haller avait mis fin par ses observations sur la valvule d'Eustache , fut renouvelée en 1739 par Louis Lémery , fils du célèbre chimiste , qui la décida d'une manière toute

(0 Haies, Haemastattks , p. 4o. Zond. n33. 1

(2) li.p.es. »r 1 V. /V

(3) li. p. 54. laa.

(4) Jb. p. i5o. i5i.

(5) Ib. p. 69.

(6; Ens , De caussâ vices cortiïs alternas pnclucenU : in Ralhr dits, anat, vol. II. p. ly).Q, (7) Haller. diss, analom. vol. vu. p. 336. 3;j,,

ï 68 Section clouzlème j cliopilre premier. pariiculiôre (i). 11 lira ses argumens contre Mery du " developpcmem des organes de l'embryon qui, d'après ses idées, doit s'opérer graduellement et peu à peu. Tout le sang se rassemble e'videmment dans l'oreillette et le ventricule pulmonaires ; ces parties sont forme'es les premières, et lorsque le ventricule aortique se développe , c'est que le sang y pe'nètre par les poumons ou par le trou ovale (p.). La première disposition est difficile à admettre , parce que les poumons eux-mêmes sont encore trop petits pour recevoir tout le sang du corps. Le fluide doit donc passer par le trou ovale; c'est aussi ce qui a lieu chez la plupart des embryons (3). Ce raisonnement ne suffisait pas pour réfuter l'opinion de Mëry, déjà presque entièrement tombe'e dans l'oubli, car elle repose sur la supposition arbitraire du de'veloppement successif des parties.

Une hypothèse que Haller avança quelques années plus tard sur la cause de l'accélération et du ralentissement de la circulation au travers des anneaux que les nerfs forment autour des vaisseaux, n'était point nouvelle , et ne pouvait être prouvée par des observations exactes ; mais il sut la développer avec une sagacité étonnante, et avec une profonde connaissance de la structure du corps humain (4). H y renonça onze ans plus tard, lorsque de nombreuses expériences lui eurent appris que les nerfs ne se meuvent jamais, môme au milieu de» contractions les plus violentes des muscles (5).

■ On admettait déjà presque généralement dans la

(t) Lémery naquit en 1677 à Paris, fut nommé médecin de l'Hôtel- Dieu , devint professeur au Jardin du Roi , et mourut en i '•^'i. — Haller le nomme à tort Nicolas. ; Elément, phjsiol, vol. VJII.p. 38i. )

(2) Mém. de Tacad. des sciences de Paris, an. 1739. p. 40. lag. l3o.

(4) Haller. opp, min. vol, J. p. 5i3,

(5) Jb. p. 365.

Décolwerte de la circulation du sang. i Ht) première moitié du dix-huitième siècle, que la doniinalion du cœur ne s étend pas jusque sur les vaisseaux capillaires, que ceux-ci se meuvent en vertu d'une force qui leur est propre, et dont l'existence est indispensable pour favoriser les secre'tions. Haller seul , dont l'autorité valait bien , il est vrai , celle de la majeure partie des médecins, paraissait ne pas pouvoir se convaincre de cette vérité , parce qu'il avait toujours observé la simultanéité des pulsations dans les vaisseaux capillaires , les grosses artères et le cœur (i). Mais le premier qui parla de la force vitale dont sont douées les dernières ramifications des artères, fiit Josias Weilbrecht, professeur à Saint- Pétersbourg. Guidé par des expériences très-intéressantes, il fit voir que la force du cœur ne suffit pas pour expliquer le mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires,; que la conlractilité particulière de ces dernières est un moyen auxiliaire auquel on ne doit point négliger de faire attention (2) , mais que leur action ne saurait en aucune manière être comparée à celle des tubes capillaires, car si les veines étaient de la nature de ces tubes, elles ne pourraient point attirer le sang, par la raison qu'elles sont toujours pleines (3). Il lui parut aussi , d'après quelques observations , que le sang se meut diversement dans les différentes artères , car chez un individu , cas extrêmement rare, il ne sentit pas en même temps le pouls de la carotide et celui de la radiale (4). Son opinion, que pendant la pulsation les parois de l'artère ne se dilatent pas , mais que le vaisseau entier subit un véritable déplacement , devait trouver peu de partisans. Il croyait en .effet avoir observé que

M Haller. p. 88.

(2) Comment, acad. PetropoUl, vol. VI. js. 276, Vil. p. SîO. VIIIf. 309.

, (3)" Ib. vol. VII. p. 33o.

170 Section douzième y chapitre premier. dans U diastole le diamètre de l'artère s'accroît à peine d'un cinquième de ligne, et cependant, en explorant le pouls , on sent fort souvent une e'ie'vation d'une ligne entière (i).

L'ide'e de Weitbrecht sur la force particulière des vaisseaux qui opère le mouvement du sang, fut amplement de'veloppe'e par Jean de Gorter , professeur à Harderwjk (2). Après des tentatives infructaeuses pour expliquer le mouvement du cœur par d'autres causes,Gorter eu t aussi recours à l'organisation elle-même, de laquelle de'pend la force non-seulement du viscère, mais encore de tous les autres muscles. Cependant il se trompa dans l'application de ce principe , par lui-même fort exact. En effet , il admit un me'lange si intime des nerfs avec les fibres musculaires, que lorsque celles-ci viennent à se gonfler , les autres e'prouvent une pression qui suspend la marche des esprits vitaux contenus dans leur intérieur , et devient ainsi la cause du relâchement du rauscle , e'tat pendant lequel les esprits vitaux reprenant librement leur cours dans les nerfs , provoquent une seconde fois la contraction des fibres musculaires (5).

En 1749 parut l'immortel ouvrage de Se'nac sur lés mouvemens du coeur (4) , et si son livre n'a point fait une nouvelle e'poque dans l'histoire de ce point important de doctrine, c'est que les travaux d'Haller éclipsaient toutes les recherches des autres physiologistes. Se'nac s'attacha surtout à étudier exactement la structure et la direction des fibres du cœur. Suivant lui , il n'existe point de plan commun aux deux ventricules, mais chacun a ses fibres particulières. Les

(r) Ih. p. 283.

(2) Gorter naquit ea 1688 , et mourut en 176-!. r.i) Gorter , Exercit. V. de actione viventium particulari. in-^'>. 174». (4) Sénac nacjuil, en 1693, à Lombez eu Gascogne , devint médecin du roi, et mourut en 1770.

Découverte de la circulation du sang. 1 7 1 plus externes sont obliques, et les internes, contournées en spirale, tirent leur origine des colonnes charnues du ventricule aortique (i). Quand le cœur se contracte, les oreillettes se redressent et poussent l'organe en avant, effet auquel contribue aussi le déplacement de l'aorte et de l'artère pulmonaire (2). A chaque sjstole, il reste presque toujours une once de sang dans le cœur, qui ne se vide jamais complètement (3). Sénac rejette tous les calculs fournis par la statique sur la force de l'organe ; mais comme un ' poids de cinquante livres attaché au pied est soulevé par l'artère, il pense qu'on peut évaluer la force du cœur approximativement à quatre cents livres (4). Du reste, l'action des artères contribue au mouvehient circulatoire du sang, qui reflue jusqu'au cœur lorsque cette action est trop considérable (5). Les esprits vitaux sont encore aux yeux de Sénac la cause première du mouvement du cœur, quoiqu'il ne méconnaisse cependant pas l'influence de l'irritation (6). 11 fait des objections très-fondées contre les idées de Leeuwenhoek sur les globules du sang, et incontestablement il a le premier réfuté cette théorie, dont on faisait alors une application générale à la pathologie (7).

Enfin, le temps était venu oii l'on devait pénétrer un peu plus avant dans un des grands mystères de l'économie animale , le mouvement du cœur. Ce fut Haller qui fit connaître, en 1761 , la doctrine de l'irritabilité, et qui s'en servit pour expliquer les fonctions vitales. Des expériences très-nombreuses , faites avec le plus grand soin, le conduisirent à la déter-

['? fl°'*' '35''^*^''^ ^" cœur, vol. I. p. igS. a4o. à) Ib. p. 348!

U) Ib. p. 4G8— 484. vol. II.

(5^ Ib. vol. II. p. ,66. 200. 224.

rs) Ih. vol. I. p. 33tj. 453.

(7) Ib. vol. II. p. <^i. (jG. 653- G6G.

i']2. Section douzième j chapitre premier. minalion des lois de cette irritabilité, à l'aide de la- ' quelle il expliqua de la manière la plus lumineuse les mouvemens du cœur et des vaisseaux (i). Il trouva que le cœur est la partie la plus irritable de tout le corps, et que le sang ne fait que fournir la cause occasionellc, l'irritation intérieure, qui met en jeu l'irritabilité du cœur. Il rendit cette force indépendante de l'âme et de l'influence des esprits vitaux, qui devenaient par-là des êtres inutiles, et la fit provenir de l'organisation de la fibre musculaire et du mélange de ses parties constituantes, le gluten et la terré.

Dans la même année, Robert Whjtt (2) publia , sur les fonctions animales et vitales, un ouvrage remarquable , où il exposa une opinion directement opposée à celle de Haller. On était dégoûté des tentatives inutiles faites dans la vue de calculer les mouvemens du corps d'après les lois de la statique : on avait reconnu qu'elles ne servent qu'à prouver la sagacité de celui qui les entreprend, mais qu'elles n'en laissent pas moins tous les mouvemens du corps animal sans explication. On crut dès-lors avoir trouvé un excellent moyen en ayant recours aux causes physiques. Depuis long-temps Stahl avait fait connaître chez les Allemands cette théorie, qui, à l'époque dont nous parlons, trouva aussi plusieurs défenseurs en Ecosse. Robert Whytt, le plus célèbre de tous, part du principe qu'il est impossible d'éviter un cercle vicieux dans l'explication des mouvemens du cœur, lorsqu'on n'en cherche pas la cause hors de la matière, et dans un être spirituel, dans l'àme (5). D'ailleurs, d'après le calcul de Haies, le sang perd à

(t) Haller. de motic cordes a stinmlo nalo : in 0pp. min. vol. I. p. 6i — 6a. — Bj. de partib. sensil. et irritai, ih. p. j^G.

fa) Whytl était professeur à Edimbourg, et mourut en lyfîS.

(?.) TVÏiytl's theoretiiche etc. , c'est-à-airc , Ecrits théoriques. iu-S". Btrlm, 1790. p. 260.

Décolwerte de la circulation du sang. 175 chaque circulation les iieuf-clixièmes du mouvement qui lui est imprimé par le ventricule aorlique, et pour couvrir cette perte, il a besoin d'une force qui ne réside p( int dans le mécanisme de l'organisation, dans l'irritabilité: or, cette force n'est autre chose que l'dme (i). Ensuite Whjtt cherche à développer l'opinion de Weitbrecht et de Gorlersur la nécessité que la circulation du sang soit favorisée par l'action des petits vaisseaux : ces derniers, dit-il, oscillent sans cesse, et leur mouvement est indépendant du cœur (2). C'était là une application de la doctrine de la tonicité , exposée par Stahl.

Dans son traité classique sur le mouyementdu sang, Haller opposa des argumens très-importans, fournis par ses recherches et par ses expériences. Cependant on doit avouer qu'il ne parvint pas à détruire complètement ceux de Whytt en faveur de la force vitale des vaisseaux capillaires (3).

L'année suivante, il fit connaître ses remarques sur la simultanéité des mouvemens du cerveau et de la respiration, ainsi que sur le pouls veineux. A peu près dans le même temps que François de Lamare, professeur à Montpellier, il expliqua aussi l'élévation du cerveau par le gonflement des veines et des sinus d€ la dure-mère, pendant l'inspiration, et l'abaissement du viscère par l'affaissement de ces mêmes sinus, pendant l'expiration (4).

0 ib. p. 249.

2) ib. p. 97,

(3) Haller. de motu sangumts : m 0pp. min. vol. I, p. 88. 98.

(4) Haller. in Comment, soc. Gotting. vol. Ji. p. 12^. — Joh. Dielr, Wahlorf, Experiment. circa molum cerebri. in-l^°. Gott. t^SS. — Haller.' Opp. min. vol. I.p. 202. 211. iqa. — Lamare, Sur la cause des mouvemens du cerveau : dans les Mcm de l'acad. des sciences de Paris, anue'e 'y^Q- P- 7*^5. — Ej. Lettre à M. Daumont, dans laquelle il fait voir qu'on

ne peut pas le soup ;onuer d'avoir copié M. Haller. in-12. Lyon , lySG.

Haller et Lamure se contestèrent l'honneur de la dccoiiverte de cette cause; mais Haller avait tous les droits de son côte', car Lamure codnnissait si peu la chose, qu'il pre'iendait avoir observe les mouYemens du cerveau au travers de la dure-mèrei

174 Section douzième ^ chapitre second.

Page 1