CHAPITRE SECOND
Recherches sur la structure et les fonctions des poumons.
Pendant le cours du période qui nous occupe maintenant, l'anatomie s'enrichit d'un grand nombre de notions nouvelles sur la structure des poumons. L'habitude de la méthode expe'rimentale , et les de'couveries faites en histoire naturelle, contribuèrent singulièrement à perfectionner la connaissance de cette partie importante de l'e'conomie animale. La doctrine de la circulation du sang renversa l'ancienne opinion que le poumon a pour usage de porter l'air au cœur par l'intermède des veines pulmonaires, et de mode'rer ainsi la chaleur inte'grante; mais bientôt on vit reparaître cette doctrine, après toutefois qu'elle eut subi des modifications particulières.
Quatre ans avant la publication de l'ouvrage de Harvej, c'est-à-dire en 1624, Jean Faber, me'decin italien, occupé à la dissection d'un veau monstrueux, e'tudia les rapports qui existent entre les ramifications de la trache'e artère et celles des veines pulmonaires, et trouva qu'il ne passe pas dans le cœur la plus petite parcelle de l'air qu'on souffle dans les poumons. Il ne tarda pas à répe'ter l'expérience sur d'autres animaux , et même sur des cadavres humains : le résultat fut toujours le même (i). Ainsi, sans connaître la circulatidn du sang, Faber réfuta un préjugé dont Harvej d'émontra bientôt l'entière inexactitude. j
(i) Faher ad Hernandez remm medfcamm noP.Hispan. thesaur. p. 60 1.
{in-^ol. Rom.
Recherches sur la structure des poumons. 1 7 5 Andrien Spigel (i)ne pouvait pas encore profiter des importantes recherches de Faber. C'est pourquoi il imita les anciens, et donna pour usage aux poumons d'entretenir la chaleur du cœur (2). Mais il pre'tendit, contre l'opinion de Galien, que les muscles intercostaux externes dilatent la poitrine, tandis que les internes la resserrent, et que ces muscles sont, avec le diaphragme , les seuls organes destines nu mouvement du thorax (5). Jean Vesling soutint la même théorie, et dans le même temps il continua, comme les anciens, d'accorder aux poumons une texture parenchjmateuse , et une enveloppe extérieure poreuse (4).
Jean-Baptiste Vanhelmont, sur la vie et les opinions duquel nous reviendrons par la suite, tenta de renverser les idées des anciens à l'égard du mouvement des poumons dans l'acte respiratoire, en assurant que la structure de ces organes empêche d'admettre
2u'ils soient doués d'une force motrice quelconque. Ihez les oiseaux, les poumons adhèrent visiblement aux côtes. Pendant l'acte respiratoire , l'air ne pénètre en aucune manière dans les vaisseaux, mais il traverse les poumons comme un crible : il s'accumule dans la cavité pectorale sans que l'organe lui-même éprouve le moindre dérangement (5), et les muscles du basventre sont les seules parties qui entrent en action. Les pores de la surface du poumon sont ouverts tant que l'homme jouit d'une bonne santé: leur obstruction donne naissance aux maladies, et ils se ferment après la mort. Dans les plaies de la poitrine , on voit
(1) Spigel naquit à Bnixelles en 1S78, fut professeur à PaJoue,et mourut en iGan; Son ouvrage parut en 1627.
Spigel de corp. hum. Fabric. zn-i°. Franco/. i632. lii. IX. p. 365.
(3) ///. lib. ir.p. i32.
(4) Vesling, Syniagm. anatom. in-^o. Patai>. iG.'jt. p. log. 129..
(5) Helment. catarrh. deliram.p. 355. SS^. {0pp. omnia.' in-l^°. Amsi.
176 Section douzième , chapitre second. l'air qui entoure l'organe se de'gager par la solution de continuité des tegumens, et l'inspiration en introduit constamment une quantité supérieure à la masse entière des poumons (1);
Thomas Bartholin n'e'tait pas moins fermement persuadé de la porosité de la superficie des poumons : il assure que Walœus , en disséquant des animaux vivans, a souvent trouvé ces pores de la grosseur d'un pois (2). Contre l'opinion de Spigel, il prétend que . les muscles intercostaux externes rapprochent les côtes, resserrent la poitrine et déterminent la respilion, au lieu que les internes écartent les os, dilatent la cavité ihorachique, et servent à l'inspiration (5).
En i654, quelques médeci^is anglais examinèrent pour la première fois avec plus d'attention les parties constituantes de l'atmosphère découvertes par Vanhelmont, et firent connaître l'usage qu'elles ont dans la respiration. Radulph Bathurst (4) et Nathanaël Henshaw (5) trouvèrent que l'oxigène est le principe de la vie, et firent des expériences intéressantes pour prouver que la soustracti^on de ce principe enlève à l'atmosphère sa respirabilité. Peu de temps après, Robert Hook, par des expériences d'une haute importance, répétées en présence de la société de Londres, fit voir que les animaux ne périssent dans l'air altéré que parce que ce fluide a perdu son oxigène (6). Les excellentes recherches sur l'élasticité
(i) Helmont. î. c. p. 356.
i-i) Bartholin. anat. reform, p. 280.
4) Life and literarjr re/rjains of Rad. Bathurst , hy Thom. Warton. in-H"' Lond. 1761. p. 70.
(5) Sprat, Historj etc. , c'est-à-dire , Histoire de la socie'té royale de Londres, p. 2(>4- — Henshaw, A'érochalinos or ttc. , c'est-à-dire , Traite de l'air. 'in-i2. Londres, 1677. . , , o . . 1
(6) Birch, History etc. , c'est-h-dire , Histoire de la Société royale, vol. III. p- 454- — Hook , Èxperiments etc. , c'est-à-dire , Expériences et Observations. iu-S". Loadres , 1726.
Recherches sur la structure des poumôns. Ï77 du fluide atmosphérique , que Robert Bojle entreprit à rinstigalion de Bacon, préparèrent aussi les esprits à adopter une meilleure théorie do la respiration (i). En effet, Bojle observa que l'air contenu dans les humeurs du corps diffère totalement de celui de l'atmosphère, et que le mouvement du cœur ne peut être ni excité parla présence de ce fluide^ ni interrompu par sa soustraction (2). Cette idée est en quelque sorte contradictoire avec le résultat de l'expérience de Hook, qui, ayant insinué de l'air dans les poumons par une plaie de la poitrine, vit l'action du cœur être stimulée par le fluide, et même le sang de la veine pulmonaire prendre une teinte vermeille (5). Robert Hook, depuis l'année r664> i"^"* péta fort souvent chez les animaux morts, et toujours avec un égal succès. Quelle que fût l'étendue de la plaie faite au thorax, et bien que les côtes > les muscles intercostaux, le diaphragme et tous les organes respiratoires fussent détruits , cependant le cœur continuait encore de palpiter pendant long-* temps, et le sang de la veine pulmonaire rougis- $ait (4). La cause pour laquelle cette expérience ne réussit pas constamment, paraît être la résistance difrente qu'on éprouve en soufflant de l'air dans les poumons.
Gauthier Charleton profita de quelques-'-unès de ces découvertes dans son ouvrage sur l'économie ani* maie. D'après l'opinion qu'il professe, l'air atmos-^phérique ne passe pas pur dans le cœur, mais le sang
(1) Bnyle, Noca expérimenta de vi aerts elastica , p. i5. l6. {Opp.yaricu in-^o. GencD. i68qO — Ej. pneumatic. experiinent. t dabs les Transactions philosophi(|ues , vol. III. p. 2i5.
(2) Philosophical etc. , c'est-à-dire , Transactions philoscJphiqnes , /. c.
(3) Bircb, c. vol. I. p. 43i. voj. IH. p. 4o6. Low^r , De corde . c. 3. p. 177. — Sprai, l, c. p. 23a.
(.'i) Sprat , l. c.