Tome IV
178 Section douzième ^ chapitre second.
des veines pulmonaires se charge seulement des parties composantes qui peuvent servir à entretenir la flamme de la vie (i). Les poumons ne sont pas non plus passifs ; ils se meuvent en vertu d'une force qui leur est propre, ce dont Charleton pre'tend s'être assure par la dissection de plusieurs animaux vivans (2), En i66i , Marcel Malpighi fit connaître ses de'couvertes sur la structure des poumons. Elles contrariaient entièrement l'idée de la texture parenchymateuse qu'on avait admise jusqu'alors. Suivant Malpighi , l'inte'rieur des poumons est composé de lobules dans l'intervalle desquels se trouvent des vésicules qui communiquent entre elles et avec les branches de la trachée artère (5). Ces ve'sicules, toujours entoure'es de réseaux vasculaires, servent à mêler plus intimement, par la pression de l'air, les particules du san^ contenu dans les vaisseaux, oii le fluide atr^iospherique ne paraît point s'introduire (4). Dès que Bartholin apprit cette découverte') il disséqua plusieurs espèces d'animaux pour en reconnaître l'exactitude, et ses travaux la lui confirmèrent parfaitement (5). Olaiis Borrich, qui se trouvait alors à Leyde, lui écrivit, en 1 663 , qu'il n'avait pu reconnaître la structure vésiculeuse des poumons, malgré tous les soins qu'il avait consacrés à celte recherche (6) ; et Nicolas Sténon, dans une lettre adressée au même Bartholin , avoue bien avoir aperçu les vésicules pulmonaires, mais ne peut cependant se résoudre à croire que l'organe en soit entièrement composé (7), parce que cette disposition ne s'y remarque pas dans
(i) Charhiov, (Ecovom. am'm. exsrc, 8. p. i^^' ('"-la- Hag. Cam. 1G81.) (■i) Ih. p. 167. 170.
(3) Malpighi, Depulmon. p. i35.
(4) Ib. p. i36.
(5) Bartholin. epist. lih. III. p. 35 r. Aj) Ib. lib. ir. ep. 5r. p. 3^9.
{7) I(>. ep. 5^. p. 349.
Reclierches sur la structure des poumons. 1 79 son état de siccitë. Jean de Hoorne partageait la même opinion (1).
Jean Swammerdam (2) publia, en 1667 , une the'orie très-subtile de la respiration, car il attribuait la pe'nélralion de l'air dans les poumons à 1 épaissis* sèment que l'atmosphère qui entoure la poitrine éprouve par l'effet de la dilatation de cette cavitë, et à la pression qu'il exerce sur les couches d'air les plus voisines de la bouche (5). Celte théorie, connue sous le nom de cercle cartésien, avait été exposée pour la première fois par Descartes (4) ; mais Corneille de Hoghelande (5) et Swammerdam l'appuyèrent d'argumens spécieux. On avait objecté contre la pénétration mécanique des couches les plus voisines de l'air dans les poumons, qu'on peut très-bien respirer à l'aide d'un tuyau qui traverse un mur pour se rendre dans une chambre voisine, et qu'alors l'air qui entoure la poitrine n'est point en état de pénétrer par la bouche et de distendre les poumons. Swamjnerdam répondit que la partie subtile de l'air s'insinue au travers de la cloison, et entre dans le tube par lequel on respire (6). Du reste il prouva, par des expériences très-intéressantes, que l'air ne pénètre pas dans les poumons par l'effet de l'attraction , mais qu'il y est poussé (7). Ce fluide sert à modérer la chaleur du cœur et l'effervescence des parties constituantes du sang (8). Une partie traverse la surface des poumons , et s'accumule entre eux et la plèvre: or, comme cet air est très-ténu, lorsqu'on ouvre la cavité thorachique, l'atmosphère extérieure plus dense
f Bartholin. epist. lih. Ijr. ep. >;8. p. 458.
(2) Swammerdam naquit à Amsterdam en iGBy , et mourut eo 1680.
n ) Swammerdam , De respiratione. zn-Ho. Lugd. Bat. 1679. p
^4) Cartes, de homine. in-l^°. Franco^. 1692. p. 4j.
(51 CEconom. anim. in -17.. Hag. rbj6. p. lae.
^6) Swammmerdam , /, c. p. aè. ■
(7) Ib- P- 4o'
i8o Section douzième f chapitre second.
le refoule, et les poumons s'affaissent (i). Swammerdara prouva que l'air se mêle re'ellementau sang, en rapportant une expérience dans laquelle, suivant la méthode de Hook, il insufflait les veines pulmonaires par la trache'e artère , et parvenait de celte manière à remplir d'air le ventricule aortique lui-même (2). Olaiis Borrich te'moigne l'exactitude de ces résultats , comme ayant assisté en personne à l'expérience (5).
Jean - Baptiste de Lamzweerde, médecin de Cologne, publia contre la théorie delà respiration, exposée par Swammerdam, un écrit polémique dans lequel il s'attache à démontrer la nullité du cercle cartésien , en disant que si on entoure la poitrine d'une veste de parchemin impénétrable de tous côtés à l'air, cette espèce de cuirasse ne se meut point pendant la respiration, comme elle devrait cependant le faire , si les couches extérieures de l'air, devenues plus denses , se rapprochaient les unes des autres (4). H prétend aussi, avec raison, que dans l'expérience de Sw^ammerdam , regardée comme une preuve du mélange de l'air avec le sang, on déchire toujours les vésicules aériennes ainsi que les vaisseaux capillaires, et qu'un des principes de l'air se mêle au fluide sanguin (5).
La même opinion fut défendue par Gauthier Néedham qui , dans sa théorie de la respiration , mit à profit les découvertes de Henshaw et celles de Malpighi (6). La pénétration de l'air au milieu des poumons est accélérée par la marche du sang, dont elle
(iS Swammerdam, 1. c, p, 36.
fal Jè. p- gS.
(3) Bartholin , Epîst. lil. JV. 76. p. ^'J'
(4) Lamzweerde , Respiration^ Stvammerdamianœ erspiratio. in - 8"- Amst. 1674. p. 5o. . .
(5) Ih. p. 170.
(6) Needham , De formata Joetu. in-^°. Lond, 166'?. c. 6. p. i^i-
Recherches sur la structure des poumons. iSi mêle les parties d'une manière plus intime (i) Du reste, il n'y a ni flamme vitale, ni principe fermen* tescible dans le cœur (2).
En 1668 parut le traite de Jean Mayow (3) sur la ..respiration, ouvrage oii l'on trouve le germe des opinions modernes à l'égard de cette fonction. L'oxigène almosphe'rique , dont Bathurst et Henshaw avaient déjà reconnu l'influence sur l'acte respiratoire , lui parut avoir la même action dans cette ope'ration, que dans la combustion des corps, avec laquelle il la compara (4). H montra que l'oxigène n'est point l'air lui - même , mais forme cependant une partie constituante de l'atmosphère (5), qu'il contribue principalement à l'e'lasticitë de l'air (6), qu'il paraît même n'être autre chose que ce qu'on appelle esprits vitaux (7), et qu'il n'existe pas d'autre flamme de la vie (8). C'est cet oxigène qui se mêle avec le sang dans les poumons, et le ve'ritable air ne se rend jamais au cœur (9). En se combinant avec les parties salino-sulfureuses du sang, il donne naissance à la fermentation vitale, mais perd son élasticité, et colore le sang en rouge (10). La séparation de ce principe pendant l'acte respiratoire, est la raison pour laquelle l'air inspiré perd son élasticité (11). Dans un grand nombre de fièvres, il se mêle en trop grande abondance au sangj aussi la sueur exhale-t-elle alors une odeur acide (12). Mayow rejetait le cercle cartésien,
(i) Ne'edham, î, c. p. i65. c. 5. p. lao. (a) Ib. c. 6. p. i3o.
(3) Mayow naquit en i645 , fui membre de la Société de Londres , Cl mourut en 1679.
Ci) Mayow, Opéra omnia, in-^°. Hag. Com. xÇAi.p. gS, (51 /*. p. io5. (6) Ih, p. 100.
M Ib. p. 3j8.
(8) Ib. p. i38.
• (a) Ib. p. g/,. 362. 236.
(10^ Ib. p. 129.
iilS Ib. p. 93. ' ■
(is) Ib, p. ï^<U
iSa Section douzième , chapitre second. parce que l'expérience apprend qu'on peut très-bien respirer dans une bouteille à long cou , au travers de i laquelle ne pénètre pas l'air qui entoure lapoitrine(i). Les muscles intercostaux servent e'ealement à l'inspi- î ration et à l'expiration , car tantôt ils relèvent les côtes et dilatent la poitrine , et tantôt ils la re'trécissent en abaissant les arceaux osseux quijja constituent (2).
Lower adopta cette idëe cie l'influence de l'oxigène sur le mélange du sang , influence qu'il com-
f>are à celle du nitre et du sel marin sur les boissons, orsqu'on y a trempé le vase qui les renferme ( 3 ). Il dérive la couleur rouge du sang de l'addition seule de ce principe , et refuse d'admettre la division du fluide sanguin , parce que la structure des poumons est trop lâche (4).
Malachias Thruston tenta de concilier les théories de Majow et de Malpighi. L'oxigène de l'air passe réellement dans le sang, car les ramifications de la trachée artère communiquent avec les vaisseaux , et il contribue par sou élasticité à rendre le mélange du sang plus intime (5). Les poumans eux-mêmes ne se meuvent point, mais ils reçoivent le mouvement du diaphragme (6). Le sang les traverse avec la même vélocité que tous les autres organes ; l'étroitesse des vaisseaux est compensée par la brièveté du chemin (7). On ne peut pas admettre plutôt une fermentation 'qu'une chaleur inhérente au coeur, ni penser que cette chaleur est modérée ou entretenue par l'air (8).
(1) Mayavi) , l. c. p. 236-
(2) Ib. p. 2^3.
Lower , De corde , c, 3. p. 159-
(4) li. p. 178. ... • j
(5) Thruston, De respirationis usu primario. in-S°. Zi/ga, Bat. i')o9. p-
(6) Ib. p. 35.
(8) Ib. p. 42.
Recherches sur la structure des poumons. i85
Le mémoire que Georges Ent publia contre l'ouyrage de Thruston ne renferme rien de bien instructif. Ent cherche à prouver que le sang ne peut pas éprouver de contrition dans l'organe pulmonaire , et que le diaphragme est purement passif pendant l'acte respiratoire (i).
On n'était point encore persuadé, en 1671, de la vérité des découvertes de Malpighi à l'égard de la structure des poumons, car Jean Templer se contenta de dire que ces organes ont uno'texture vasculaire, et il pensait qj^e les vésicules proviennent tant de la dessiccation des parties, que delà violence avec laquelle on pousse l'air (2).
Cependant on admettait généralement le passage de l'oxigène dans le sang , idée que Thomas Willis (5) réunit avec son système chimique pour donner plus de poids à la théorie de la fermentation vitale (4). Du reste, il décrivit la structure du poumon absolument comme Malpighi, et prétendit que les vésicules de l'organe adhèrent aux dernières ramifications de la trachée artère (5) , que les branches du canal aérien sont pourvues de fibres musculaires, et par conséquent très- actives (6), que les muscles intercostaux internes servent à resserrer la poitrine ( 7 ) , et que la surface du poumon laisse échapper l'air par les pores dont elle est garnie (8). Celle dernière opinion fut encore confirmée vers la
(i) Entii opéra. m-8°. Lugi. Bat. 1686. p. 5oo. 5o3. (a) Fhiïosophical etc. , c'est-à-dire , Transactions philosophiques , m. 1700. vol. III. p. 64. 66.
(3) Willis naquit à Greal-Bedwin dans le 'Wiltshire, en 1622 , fut professeur à Oxford , et membre de la Socie'le de Londres. Il mourut en 1G75.
(4) Wilîif j Pharmaceiiti'oe rationalis. itt-it. Sag, C(sm* 1677. vol, JI. p. 14.
(5) li. p. 3. 1(3.
(6) li. p. in.