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ig4 Section douzième , chapitre seconde vite pectorale (i). Il assurait aussi qu'on peut tirer sans peine l'air contenu entre la plèvre et les poumons (2). Ayant même place dans la poitrine un tube rempli d'alcool et bien ferme, il vit le bouchon sauter avec e'clat (3). Inde'pendamment de ces expériences, qui e'taient bien de nature à lui en imposer, il fit encore des recherches sur la perte de l'e'lasticilé de r air respiré, et sur l'e'chauffement ou le rafraîchissement du sang dans les poumons. Il prouva que l'air exte'rieur contribue bien à rafraîchir ce fluide, mais (jue le sang retourne au cœur aussi chaud qu'il en était parti, et que, dans l'espace d'une demi-heure, sa chaleur augmente de deux degre's du thermomètre de Fahrenheit (4). D'ailleurs , il prétendait que l'élasticité de l'air est le seul principe vital qui soit contenu dans l'atmosphère (5).
Sénac s'était déjà occupé du mécanisme des muscles qui dilatent et rétrécissent la poitrine, et avait prouvé, contre Baylé, que les intercostaux internes et externes servent à élever les côtes (6), et que lesinternes contribuent à fléchir la colonne vertébrale (7). En 1729, il détermina plus exactement les changemens que le diaphragme éprouve dans la respiration, et montra que sa partie moyenne ne s'abaisse pas dans l'expiration (8).
A cette époque , plusieurs expériences , dont on s'empressa trop de tirer des conclusions, semblèrent
(i) Haies, Hœmastaticaf p, 83.
Id. Statique des végétaux :éd. de BufFon. in-40. Paris , I735. ch. VI. exp. 112. p. 2i4-
(3) Ibid. exper. ii3. p. ai6.
(4) liid. p. 2o5. — Hœmastat. p. 98 — loa.
(5) Id. Statique des végétaux, p. 21 3.
(6) Mém. de l'acad. des sciences de Paris, an. 1704. p. a47'
(8) Mém. de l'acad. des sciences de Paris, an. 1729. p. lyg. 180. — Ces assertions furent presque toutes défendues par Winslow. ( Mena, de l'acad. des sciences de Paris, an. 1738. p. t3i.J
Recherches sur la structure âe s poumons. igS constater que les mouvemens du thorax et ceux des poumons sont entièrement indëpendansles uns des autres. Celles que Guillaume Hounston fit sur des chiens,
f)arurent démontrer que les plaies de la poitrine et de a plèvre ne sont pas toujours suivies de l'affaissement du poumon, ou même de la mort de l'animal j que, maigre l'étendue de la le'sion , l'organe pulmonaire n'en continue pas moins de se mouvoir par sa propre force , et que sa dilatation ou son re'trecissement ne dépendent point absolument de ceux du thorax (i).
Benjamin Hoadle^ tenta aussi de mettre en évidence l'exactitude de cette théorie^ Ayant coupé les muscles intercostaux et la plèvre , il vit les poumons continuer de se mouvoir (2). Il crut devoir attribuer la respiration à la différence de pression exercée par l'air extérieur et par celui qui sé trouve dans la caf vité thorachique, et se fonda sur les changemens survenus dans une machine à laquelle il donna la formé delà poitrine, c'est-à-dire, qu'ayant rempli d'air une vessie renfermée dans un vase , il la vit se gonfler ou s'affaisser, selon qu'il condensait ou dilatait l'air contenu entre elle et le vase (5). Il admit même la présence de l'air dans toutes les cavités du corps (4) > assurant que , sans ce fluide, les organes contracteraient infalliblementdes adhérences ensemble*
L'opinion d'Helvétius sur le passage de l'air dans le sang, fut conciliée par Antoine Favorin avec une autre théorie de la respiration , suivant laquelle les poumons chassent le sang avec force dans les vaisseaux, pressent les globules les uns sur les autres, et
(1) Philosophical etc. , c'est-à-dire , Transactions philosophicjues , toI. IX. p. i38.
(2) Hoadley , Ltctures etc. , c'est-à-dire, Mémoires sur les organes de la respiration. in-4°. Londres, i74o' p« 17.
(3) Il>. p. n. 12.
Jù. p. 70. 80.
ig6 Section douzième , chapitre second.
opèrent ainsi le mélange intime du chjle avec lè sang(i). Ajant vu, chez un chien mort suffoqué, lé sang, auparavant noir dans les poumons, devenir vermeil dès qu'on y insuffla de l'air, cette remarqué lui sembla confirmer la grande influence de l'air sur la coloration du sang (2).
Les expériences semblaient prouver de plus en plus qu'il n'existe aucune liaison nécessaire entre les mouvemens du thorax et ceux des poumons, parce qu'en exécutant ces expériences , on ne pi enait pas en considération toutes les circonstances accessoires. Brémond observa que, dans l'expiration, les poumons se dilatent par l'action des muscles abdominaux, et que, dans l'inspiration , ils semblent se rétrécir, quoique le thorax s'élargisse (5). Non-seulement chaque poumon isolément jouit d'une moiilité ^ui lui est propre, mais encore chaque cellule, en vertu de sa structure musculeuse, a des mouvemens indépendans (4). Brémond vit , dans les plaies du thoi'ax, l'air s'échapper de l'intervalle qui sépare la plèvre et les poumons , sans que ceux-ci eussent éprouvé de lésion; mais probablement c'était de l'air extérieur qui avait pénétré par la plaie de la poitrine (5).
Joseph-Etienne Berlier confirma le passage de l'air dans la masse du sang d'une manière encore plus précise , et par des expériences bien plus nombreuses qu'Helvétius (6). L'artère pulmonaire qui conduit clu sang veineux, fournit moins d'air au milieu du vide que les veines du même nom (7). Au lieu de
(i] HaUer. dissert, analom. vol, IV. p. 55 1. ^.^) Ibid. p. 559.
(3) Mém. de l'acad. des sciences de Paris , an. 17^9. p. 465' •
(4) ib. p. 475. 478.
(5) Ib. p. 463.
(6) Bertier, Physique du corps animé, in 12. Paris, 17^3. p. 20.
(7) Ib. p. io6.
Recherches sur la sinicture des poumons. 197
3uaranie pouces cubes d'air inspire , il en sort eux-cent vingt par l'expiration, de sorte que, selon Bertier, les cent quatre-vingts exce'dans proviennent du sang (i). Les lobules des poumons n'adhèrent point aux intervalles d'une manière imme'diate, et ces interstices ne peuvent être insuffle's par l'air pousse' dans les lobules : de sorte que la partie la plus .tenue de l'air passe des cellules du poumon dans les iveines, et que les plus grossières sont rejete'es par les •pores de l'artère pulmonaire (2). La différence de •capacité' qui existe entre les ventricules aortique et pulmonaire semble conduire seule à ce re'sultat (3). •Le mouvement du sang dans les artères est aussi en partie la suite du me'lange de l'air élastique, dont «ne portion s'e'chappe par les orifices des vaisseaux cutanés (4). L'ancienne théorie du passage du pneuma dans le sang se trouvait rétablie de cette manière.
Hérissant, dans un mémoire très-intéressant, profita des expériences de Brémond et de Houston pour distinguer le mouvement ordinaire des poumons , lequel est en rapport avec la dilatation et le rétrécissement du thorax, de celui que l'influence du sang contenu dans l'artère pulmonaire produit lorsqu'on a déchiré les muscles de la respiration et enlevé le sternum (5). Pierre-Jacques Daoustenc chercha aussi cette même année à prouver l'existence de l'air entre les poumons et la plèvre (6).
Ces erreurs, et plusieurs autres encorey toutes relatives à la théorie de la respiration, furent entièrement réfutées par les Leçons physiologiques de Boerhaave, et par les remarques que Haller y ajouta ,
Ti) Berlier, c. p. 220.
fa) Ib. p. 20. 3o. 88. i5i. 173. 178.
(3) Ib. p. l/|rj,
SÎ< ^'^^ sciences de Paris, an. 1743. r. 100. loL
(b) Haller. diss. anat. vol. ip^. p. 637. .
ïqS Section douzième y chapitre second, ouvrage dont la cinquième partie parut en i744> et oii Q est prouve' pariiculièrement qu'il n'y a point d'air entre la plèvre et le poumon, en même temps que la ve'ritable action des muscles intercostaux s'y trouve mise dans tout son jour (i). La réfutation des erreurs d'Hamberger indisposa tellement ce dernier, qué dans huit programmes, publies successivement, de 1744 à 1746, il tenta de donner plus de poids à ses opinions, non pas par de nouvelles expériences , mais par de ste'riles comparaisons établies entre le corps et les machines (2). La principale faute qu'Hamberger commit dans sa the'orie du me'canisme de la respiration, ce fut de comparer les côtes avec deux leviers également mobiles , tandis qu'elles ont une mobilité inégale, de méconnaître la torsion qu'éprouvent ces os, et de soutenir l'immobilité presque totale de la première côte; mais on est révolté de son aversion pour toutes les expériences , de sa vanité ridicule , de ses démonstrations mécaniques , et de sa grossièreté envers le grand Haller.
Haller, dans son excellente réfutation de tous les écrits polémiques d'Hamberger, offrit un modèle inimitable de modération et de modestie : il allégua les raisons que ses expériences lui fournissaient , et démontra de la manière la plus lumineuse combien les argumens basés sur des recherches exactes sont supérieurs à toutes les démonstrations à priori. Il fit d'abord exécuter la machine inventée par Hamberger pour imiter le thorax, mais la perfectionna en augmentant sa ressemblance avec la nature, et trouva des résultats tout-à-fait différens de ceux de son ad-
(i) Boerhaap. prcelect. acadcm. ed. Haller. vol. ir. §. Go\. 606. ^a) Elles ont été imprimées avec l'ouvrage du mcme auteur dcjà cité précédemment, à léaa , l'^l^i.
Recherches sur la structure des poumons. 199 versaire (i). Il fît voir aussi que, dans les plaies de la cavilë pectorale, la pénétration de l'air donne naissance à une ve'sicule oui, d'ailleurs, est l'enveloppe naturelle d'un lobule des poumons (2), que les côtes se rapprochent pendant l'inspiration, qu'elles éprouvent une torsion réelle, et que la supérieure est la moins mobile de toutes (3). Il prouva même que les résultats de l'expiration sont différens lorsque l'animal a e'te' strangulë pendant l'inspiralion, et qu'on doit expliquer de celte manière les erreurs commises par Bertier, Bremond, Houston et autres (4).
La non-existence de l'air entre la plèvre et les poumons fut encore mieux constate'e par les expériences de Lieberkuhn, sur des chiens dont il ouvrait la poitrine sous l'eau. Haller (5), Heuermann (6), Trende'lenbourg (7) et plusieurs autres savans sans partialité, ne virent point de bulles d'air se dégager j mais Hamberger (8) et son défenseur Kessel (9) prétendirent en avoir observé» On pouvait élever de grands doutes contre l'exactitude de cette assertion, puisque, dans l'espace de quatre ans, Hamberger ne parvint pas à citer un seul témoin qui eût vu son expérience réussir j mais, en supposant qu'il se dégageât réellement
(i) Haller. experimenl. anat, de respiratione ad Treivium , P. I, §. a4< Ce traite est imprimé avec la dissertation d'Hamberger.
(.5) Haller. experim. anat. de respir, P. l — ïll. m 0pp. min. vol. 2, ». 269.
a) Ih. p. 283.
Ih. p. 3*1 8.
f6j Physiologie , P. I. p, 587.
(■j) Contimtatio controversiœ de mechanismo respirafz'onis.. in-^°. Gott. i74g. — Fortsetzung etc. , c'est-à-dire, Coutinuation des disputes de Haller et d'Hamberger sur la respiration. in-8°. Rostock et Wismar, 175a. Hamberger , Phjsiol. med. in-l^°. lenœ , i-jbi. §. 270. p. i4 i«
U)) ff^ide^rlegimg etc. , c'est-à-dire, Rdfutalion du jugement porte' sur la physiologie d'Hatnberger : dans le Correspond.int d'Hambourg. in-4°. le'na , 1751. — fFeitere etc. , c'est-à-dire, Continuation des disputes de Haller et d'Hamberger. léna , 1752. Contre cet ouvrage parut : Jean Henri KraUensiein's Vertheidigiwg clc, c'est-ix-dite , Apologie d'Hamberger contru Kessel. in-4°. HiiUe , 1752.
200 Section douzième , chapitre second. des bulles d'air, elles pouvaient provenir du de'clnre- , ment des poumons, suite de la trop grande distension oii ils se trouvaient à l'instant de la strangulation de l'animal (i).
En 1760, Samuel Aurivillius, aide' de son maître Haller, fit des recherches très- utiles sur les causes de l'ine'galiië qu'on observe entre le diamètre de l'artère pulmonaire et celui des veines du même nom. Le rapport de la première aux secondes est , suivant lui, :: 6 : 5, ou :: 12: 1 1. Il re'futa l'opinion d'Helve'tius, que l'air rafraîchit ou e'paissit le sang, et montra qu'il sert à acce'le'rer le retour du fluide pendant l'expiration, mais que le mouvement du sang arte'riel est plus rapide dans l'inspiration. Il attribuait principalement la moindre e'tendue du diamètre des veines pulmonaires à ce que le sang ayant à y parcourir un espace moins long, achève plus tôt sa course, sans avoir besoin d'un frottement aussi considérable que dans les autres veines (2).