CHAPITRE TROISIÈME
Recherches sur les Vaisseaux lympliatiques et les
Glandes.
J'ai déjà fait voir, dans plusieurs occasions , que les anciens avaient une ide'e de l'absorption , et connaissaient la préparation du chyle dans le mésentère, mais ne soupçonnaient même pas l'existence des vaisseaux qui opèrent cette absorption , soit de la lymphe, soit du chyle. Quoiqu'au seizième siècle
(1) Haller. opp. min. vol. I. p. 3i8.
(2) Ilaller. diss. anat. vol. II. P. ril p- 297. 307.
Reclu sur les vaiss. Jjmph. et les glandes. 201 Fallope eût entrevu les lymphatiques du foie, et qu'Eustache eût décrit le canal ihorachique du cheval, tous deux ignoraient encore l'usage de ces parties, et jusqu'au milieu du dix-septième siècle à peu près, on pensa que les veines du mésentère apportent le chjleaucœur, où il se convertit en sang. De cette maijière, on joignait une ide'e fausse des fonctions du foie 4 l'ignorance des ve'ritables vaisseaux lacte's; et même, lorsqu'on eut observé ceux-ci, on continua de croire qu'ils se terminent dans le foie , parce qu'on les confondait avec les lymphatiques de ce viscère. La découverte du tronc commun de ces vaisseaux et des lymphatiques de tout le corps , conduisit seule, après raille erreurs , à la connaissance des vraies fonctions du foie , et des organes qui préparent le sang.
Les vaisseaux lactés furent découverts de la manière suivante par Gaspard Aselli, de Crémone (i). - Le 23 juillet de l'année 1622, il entreprit, à la sollicitation de quelques amis, la dissection d'un chien vivant qui venait de manger, afin de démontrer les nerfs récurrer^s. Après avoir ouvert le bas- ventre, il aperçut une foyle de filamens blancs et très-déliés qui croisaient le mésentère en tous sens. D'abord il les prit pour des nerfs, mais étant venu par hasard à en couper un, il vit couler une grande quantité de liqueur blanche analogue à de la crème. Plein de joie et d'étonnement à l'aspect de cette découverte inattendue, il appela les spectateurs, parmi lesquels il nomme le sénateur Settala et Alexandre Tadini, pour leur faire considérer un phénomène aussi rare et aussi curieux. Le lendemain il répéta l'expérience avec le même succès (2). 11 trouva que, pour discer-
(0 Aselli ctait professeur à Pavic : il mourut en iGaG. (p.)AselU De lactibm. in-17.. Litgd. Bat. lû^o. a8. — rnscré aussi dans manget. Bibl. anatorn.
202 Section douzième , chapitre troisième. ner ces vaisseaux, il faut les examiner chez les animaux vivans après leur avoir donne' des alimeus, et que c'e'lait là la raison pour laquelle les anciens n'en avaient pas soupçonne l'existence. L'humeur qu'ils renferment, et leur origine dans la membrane villeuse des intestins, oii ils pompent les fluides comme des sangsues, lui firent conclure que c'étaient les vrais vaisseaux chylifères ; il observa aussi les valvules dont ils sont garnis, mais commit une faute à l'égard de leur prolongation, car il les fit rassembler dans le pancréas, pour se rendre ensuite au foie (i). Cette dernière erreur provint sans doute de ce qu'il confondit avec les vaisseaux lacie's les lymphatiques, ui s'e'tendent du foie au pancre'as, et auxquels il onna conse'quemment une direction inverse. Son opinion fut adopte'e pendant long-temps, et on prétendit que le chjle passe du me'sentère dans le foie, parce qu'on ne voulait pas enlever à ce dernier la fonction de pre'parer le sang. Mais l'ouvrage d'Aselli ne parut qu'en 1627, et sa de'couverte resta jusqu'alors à peu près inconnue : seulement Werner Rolfink assure avoir vu les vaisseaux lacte's, en 1626 ,3 Pavie, et dit que bientôt après ils furent de'montre's par Sulzberger, professeur à Léipzick ; mais luimême pensait qu'ils charrient alternativement du chyle et du sang (2).
En 1628, ces vaisseaux, qu'Aselli n'avait encore aperçus que chez les animaux, furent aussi découverts dans le corps de l'homme. En effet, le grand philosophe Pierre Gassendi n'en eut pas plus tôt entendu parler, qu'il fit part de cette nouvelle à son ami Nicolas-Glaude-Fabrice de Peiresc, sénateur à Aix. Cet homme, infatigable lorsqu'il s'agissait de répandre qaelque connaissance ulile, acheta aussitôt
fi) Aselh, l. c. p. 68.
(2) Jtol/mk , I)iss. anatcm. p. 909.917.
Rech. sur les vaîss. lympli. et les glandes. 2o3 un grand nombre d'exemplaires de l'ouvrage d'Aselli, les re'pandit parmi tous les médecins liés avec lui, et chercha les nouveaux vaisseaux sur plusieurs animaux. Mais le plus grand désir de Peiresc était qu'on les découvrît aussi chez l'homme, et bientôt; une occasion favorable vint s'offrir à lui. Il obtint u'un malfaiteur condamné à mort serait livré , peu e temps avant son exécution, aux anatomistes d'Aix. Ceux-ci le firent manger copieusement , et , une heure et demie après le supplice, ouvrirent son cadavre, oii , à la grande satisfaction de Peiresc, ils aperçurent de la manière la plus évidente les vaisseaux d'Aselli (i).
Gassendi refusait cependant de croire que ces vaisseaux eussent une destination particulière, et, chose assez singulière, il les considérait comme formés par la graisse du mésentère, prétendant que ce sont réellement des vaisseaux qui n'ont pas une teinte rouge, parce qu'ils charrient des globules de sang très-divises. Ce qu'il regardait comme le véritable vaisseau chylifère, est le conduit biliaire, qu'il disait mériter par conséquent aussi-bien le nom de chjlidoque que celui de cholédoque. Ce vaisseau porte le chyle au loie, et la bile du foie au duodénum (2). De cette manière il donna au canal cholédoque la double fonction de charrier deux humeurs différentes, que les anciens avaient accordée aux veines mésenté-* riques.
Le grand Ha rvey chercha lui-même à défendre contre Aselli cette double fonction des veines du mésentère. Leur terminaison différente chez, les divers animaux, puisqu'elles se rendent tantôt au foie, tantôt à la veine-porte , et tantôt dans le thymus , lui
£o4 Section douzième , chapitre troisième. paraissait une raison suffisante pour ne pas croire, qu'elles sont destine'es à conduire le chyle. Bartholin de'truisit cette objection en montrant que les vaisseaux lactés se rendent au tronc commun des absorbans, et que ceux qu'Aselli avait trouve's sur le foie sont plutôt des lymphatiques que des conduits chylifères (i). Harvey pensait en outi^e que ces vaisseaux , s'ils avaient pour usage de charrier le fluide nourricier, devraient être visibles en tout temps, qu'ils sont trop dëlie's pour remplir cette fonction , et qu'ils n'ont pas de tronc commun. On voit que les grands hommes eux-mêmes ne sont pas exempts de pre'juge's, et qu'ils les défendent dans bien des cas avec une opiniâtreté sans e'gale. Une tache encore plus grande au caractère litte'raire d'Harvey , c'est le mépris qu'il affecta pour toutes les découvertes ultérieures faites à l'égard de ce point de doctrine ; car, à l'âge de soixante et dix-sept ans, il croyait encore suffisantes les raisons alléguées par hii contre les vaisseaux d'Aselli, et soutenait que leur tronc commun n'a pas l'usage que lui attribuaient Pecquet et Bartholin , parce qu'on ne le trouve pas chez tous les animaux (2).
En 1629, Simon Pauli , professeur de médecine et de botanique à Copenhague (5), démontra publiquement les vaisseaux lactés, mais il ne put pas d'abord en découvrir les valvules (4). Dans la même année, Jacques Mentel (5) aperçut, le premier après Eustache, le tronc commun des lymphatiques, vers
(1) Barthol. defens. vasor. lacteor. p. igo.
(2) Bogdan, in Bartholin. epist. Cent. II. 6i. p. 6o3. 6o4.
(3) Pauli Tiatfuil à Roslock, en iGo3, et, mourut en 1680.— Son Quadripartitum de simpliciwn facultatihus. w-'j". Argent. 1667 , et sa Flora Damca. in-'^°. Kiobenh. 1648, renferment une foule de remarques nouvelles.
{^^) Maurit. Hoffmann, Diss. de niUritione. in-^°. Altorf. 1G43. p. io3. (5) Mentel naquit à Château-Thierry, devint professeur à Paris, et mourut en 1671.
Rech. sur' les vaîss. lymph. et les glandes. 2o5 lequel il prétendit, avec beaucoup plus d'exactitude, que le chjle se dirige (i).
Peu de temps après, en i654, Jean Vesling enrichit cette découverte de plusieurs expériences trèsremarquables, et donna aussi la première figure des vaisseaux lactés, d'après un cadavre humain. Par la suite, il eut encore le mérite de connaître mieux que ses prédécesseurs le canal ihorachique et les lymphatiques (2).
Denys Fournier , chirurgien de Paris (5) , prétend avoir découvert, en i655, le réservoir des vaisseaux lactés, qui porte le nom de Pecquet, et avoir vu, en 1647 , les lymphatiques du diaphragme (4). Nathanael Highmore, médecin à Shaftesbury (5), prouvai incontestablement, en lôSy , que les vaisseaux lactés constituent un ordre particulier et tout-à-fait distinct des veines mésentériques.
• La plupart des anatomistes de ce temps demeurèrent fidèles à l'opinion des anciens , ou se contentèrent d'admettre les vaisseaux d'Aselli tels qu'ils âvaient été décrits par l'anatomiste italien. ^ ■ Quoique Conrad-Victor Schneider assure avoir vu , dès l'année i658 , les vaisseaux lactés et leur tronc commun, cependant, dans le même livre, il accorde expressément aux veines mésentériques la fonction d'absorber le chyle, et de le porter au ibie (6) j mais Thomas Bartholin , l'année suivante , examina les vaisseaux lactés avec le plus grand soin : il tenta de prouver que ces vaisseaux sont totalement différens des nerfs et des veines j cependant il assu-
(1) Henault , Clypeiis , qiio teîa in Pecqueti cor à le Nohîe conjecta ùifriiigiwtiir. in \i. Rothomag. i6G5. p. 7.
(2) Vesling, Sjntagm. analom. lib. VIII. p. 170.
^3) Fournier niiqnit à Laany prc'S île Paiis, et mourut en i683.
(4) Fouruier, rCEconomie cliirurp,icale. in-4°. Paris, 1671. p.
(5) Highmore , Corp, hian. disquisit. anat. in-^°. Hag. Corn. lb5i. 33. 38. — Hif;lmiore élail ne en it)i4 j il mourut en
(6) Schneider, De caturrhii, lib. .111. p, 5'j3.
2o6 Section douzicnfie , chapitre troisième. rait à Olaiis Wormius, ne pas vouloir hasarder sur*' leurs usages d'autres conjectures que celles auxquelles il avait e'ië conduit par ses propres recherches (r). Jean Walaeus n'alla pas non plus au-delà du point oii s'était arrête' Aselli ; car il pensait que les vaisseaux lactés se réunissent dans le pancréas, ou dans la partie moyenne du mésentère , et se rendent ensuite au foie (2). François de le Boë Sjlviusfut, en quelque sorte, le premier qui fit voir que les vaisseaux en question reviennent du foie au pancréas, et servent vraisemblablement à charrier non pas du chyle , mais de la lymphe (3).
Vers le même temps, la découverte du canal excréteur du pancréas fit distinguer cette glande du mésentère avec laquelle les anatomistes du seizième siècle l'avaient toujours confondue. Deux disciples de Vesling , Maurice Hoffmann , de Furstenwalde dans la Marche de Brandebourg (4) , et Jean-Georges Wirsung , de Bavière (5) , le trouvèrent pour la première fois en 1641, et au commencement de l'année 1642, sur un coq-d'Inde (6). Tous deux eurent une part égale à la découverte ; cependant Wirsung fit graver ce canal en 1642 , et envoya la figure à Riolan en 1645 (7). II l'avait trouvé double chez plusieurs animaux (8).
Comme on ne pouvait pas soupçonner que ce nouveau pancréas eût d'autre usage que de servir, ainsi que l'ancien, à la préparation du chyle, son canal
(1) Bartholin. epist. cent. I. i. p. ^.
(2) Tf^alœi epist. ad Bartholin. p. 8G-
(3) Sylf. diss. med. select. VI. p- 84.
(4) Hoffaiann naquit en 1632 , lut professent à Altorf , et mourut en
^ (5) Eu T643 Wirsung fut tué en duel par rni Dalmate. Vesling fut certainement innocent de sa mort. (Morsagiii , Epist. anatom. p. S^. 85.)
(6) Bartholin. anal, reform, p. 58. — Schenk, exercit. anat. p. 343.
(7) Riolan. Opp, p. 8ïi.
^8) Bartholin, anat, reform, p. 78.
Bech. sur les vaîss. lymph. et les glandes, nof excréteur fut aussi rangé parmi les vaisseaux chylifères , et Olaùs Wormius s'efforça de prouver cette hypothèse en 1643 ( i ). Jacques de Back entreprit même des expériences pour lui donner plus de poids. 11 prétendit qu'après la ligature du canal chez les animaux vivans, il avait découvert un gonflement du côte' du duodénum, et un vide vers le pancréas (2), et soutint que la facilité avec laquelle on peut injecter le conduit par l'intestin , ne laisse pas le moindre doute sur sa destination (5). Bartholin fut le premier qui, ajant de'couvert la valvule dont son orifice est garni, reconnut aussi son véritable usage (4), et fit voir que le suc pancréatique sert à la digestion. Nous examinerons par la suite les hypothèses auxquelles cette découverte donna lieu.
Enfin, en 1647, on reconnut la roule que suit le chyle préparé dans le mésentère , lorsque Jean Pecquet (5) , de Dieppe , eut trouvé à Montpellier le tronc commun des vaisseaux lactés et des lymphatiques. Voici le récit qu'il fait des circonstances qui donnèrent lieu à cette importante découverte. Etant occupé à disséquer un dogue, il rencontra dans la veine cave un suc lactescent , qu'il prit d'abord pour du pusj mais comme toutes les autres parties étaient saines , et que cette humeur ne s'observait que dans la veine cave , il présuma que ce pourrait bien être du chyle. En examinant les choses de plus près, il trouva dans les vaisseaux des ouvertures par lesquelles suintait cette humeur , mais il ne put encdrè re-
{1) Bartholin. epist. cent. 1. 28. j>. lai.
(2) Back , De corde, c. 3. p. 100.
(3) Ib.p. io6.
. (4) Bartholin. anat. rçform.p. 79. — Comparez 7o. *jn Hoome, Opuse^ 171-8°. Lips. 1707. p. ii/j.
(5) Pecquet était membre de rAcade'mie des sciences de Paris , et nourut en 1674-
2o8 Seclion douzième , chapitre troisième. connaître d'où elle provenait (i). Une autre fois, ajant ouvert un chien environ une heure après lui avoir donne des alimens, il découvrit enfin le tronc commun des vaisseaux lacte's et lymphatiques, qui semblait monter des deux cotes de la colonne vertébrale le long de l'œsophage jusqu'à la troisième vertèbre cervicale , et qui se terminait dans la veine sous - clavière. Ayant applique une ligature sur ce canal, il le vit se lume'fier au-dessous et se vider audessus. Par la suite, il e'tudia plus soigneusement la marche des vaisseaux lymphatiques, et trou va qu'aucun ne se porte au foie, mais que tous se rendent dans un canal commun, situe' le long des vertèbres lombaires entre les capsulés surrénales, et que de là le chyle se porte dans le canal thorachiquè et la veine sousclavière. Cette découverte, extrêmement importante, de la route suivie par le chyle pour arriver au torrent de la circulation, de'truisit l'ancienne doctrine ^e la préparation du fluide sanguin par le foie, et s\iscita dans tous les systèmes de médecine une révolution que la grande découverte d'Harvëy n'avait point encore pu opérer.
Certainement la découverte de Pecquet ne brille pas moins dans l'histoire de notre art que la vérité démontrée pour la première fois par Harvey. INul doute non plus que cette dernière n'aurait point eu une influence aussi puissante , si elle n'eût pas été accompagnée de l'autre. Mais la découverte de Pecquet trouva, comme on doit bien s'y attendre, autant de contradicteurs que celle d'Harvëy, et ne fut pas moins vivement combattué , jusqu'à ce qu'enfin tous les préjugés se dissipèrent. Cependant plusieurs raisons se réunissaient pour excuser ceux qui i-efusaient
(i) Peccjuet, Experim. noi>. anat. iii-vt. Amst. i66i-^ e. 2. p. 8. — Ou y trouve annexées les lettres lîe Pierre de Mercenne, de Jacques Mcnlel et d'Adrien Auzot, tous amis de Pecqucl, qui coufiimenl sa de'couvcru.
Rech. sur les vaîss. lympli. et les glandes. 20g de croire à la nouvelle route du chyle. Aselli eC quelques-uns de ses successeurs avaient vu des vaisseaux se rendre du mésentère au foie. Or, comme ces conduits semblaient mener le chyle vers l'organe sécréteur de la bile , il était tout naturel de ne point admettre l'opinion de Pecquet tant qu'on n'aurait pas de'terminé précisément l'usage de ces vaisseaux , et prouvé qu'ils diffèrent des chylifères. En second lieu, nous devons réfléchir sur les préjugés qui régnaient à l'égard des fonctions du foie : la grosseur du viscère . sa structure, le voisinage du mésentère, l'autorité non encore entièrement renversée des anciens, tout semblait faire croire que le foie est destiné à préparer le sang. Enfin Pecquet joignit encore à sa brillante découverte une hypothèse qui lui nuisit beaucoup : en effet, le peu de distance qui sépare le réservoir du chyle des capsules surrénales lui paraissait prouver qu'une partie du fluide nutritif passe immédiatement dans les reins, et expliquer ainsi la promptitude avec laquelle les boissons sortent par les urines. Il fallait des recherches plus précises pour réfuter celte opinion, mais en même temps la grande découverte perdit beaucoup de son prix. Puissent cet exemple et tant d'autres que l'histoire nous fournit à chaque instant, convaincre nos naturalistes de l'importance qu'ils doivent attacher à l'observation simple de la nature , et au soin de ne pas trop se hâter de confondre leurs opinions particulières avec les faits qu'ils découvrent!
Presque en même temps que Pecquet , Vesling observa le tronc commun des vaisseaux lactés et lymphatiques. Le i3 mai 1649 » fit part de cette observation à Bartholin , et alors il ne pouvait connaître celle de Pecquet (i), car l'ouvrage de ce dernier ne
{\) Bartholin. epr'st. cent. ZI, S/j. p. 672.
To??ie IF,
310 Section douzième 3 chapitre troisième. parut qu'en 1 65 1. Dans cette mêmeanne'e 1649, il montra les vaisseaux lacte's du mésentère, et les Ijmpha- ' tiques de l'estomac, en pre'sence des docteurs Bëvilacqua etGre'goireHorst(i). Par la suite, il prétendit que les lymphatiques de l'estomac sont analogues aux vaisseaux lacte's : il les trouva dans la scissure du foie, et même sur le diaphragme (2). Mais ce qui prouve combien peu il connaissait le véritable usage du tronc commun des vaisseaux lymphatiques et lactés, qu'il avait toutefois entrevu si clairement, c'est qu'en 1649 il partageait l'opinion d'Olaùs Wormius et de Jacques de Back sur la marche du chyle. 11 dit expressément dans ses lettres à Maurice Hoffmann et à Jean- Daniel Horst, qu'il ne connaît pas au juste l'usage du canal thorachique. Les vaisseaux lactés, pense-t-il, se réunissent tous au milieu du pancréas , d'oii le chyle se rend en partie vers la rate , et en partie vers le duodénum par le canal excréteur de la glande (5). Cécile Folius soutenait aussi que les vaisseaux du pancréas communiquent avec ceux de la rate (4).
Autant on fut partagé, jusqu'en i65o, sur la terminaison des vaisseaux lactés , autant on savait peu déterminer l'usage des conduits qu'Aselli avait vus se diriger du mésentère au foie , ou plutôt de celui-ci à celui-là. Vesling ne les regardait plus comme des vaisseaux chylifères j Georges Jolyff, médecin à Cambridge , les distinguait aussi de ces derniers, et François Glisson assure les lui avoir montrés en i652, au mois de juin (5). Plusieurs autres Anglais , particulièrement Wharton (6) et Charleton (7), regardent
(1) Vesling, Obserf, et epist. posthum. p. 61. (■î) p. 62.
(3) 16. p. 191. ai4.
f4) Bartholirx , Anat. refoim. p. "fi. 79» . f 51 Glisson, Anat. hepat. in-11. Hag. Corn. i68r. c.ii.p. 3ig.
(6) fFharton , Adenograph. in-ia. Novioinag. 1664. c. i5. p. 8^
(7) Charleton , (Ecçnom, animal, exercit. IX' p. 470'
Rech. sur les vûiss. t^ymph. et les glandes. 2 1 1 Joljff comme celui qui découvrit le système lymphatique. Le premier assure que Jolyfï l'aperçut déjà en
1650. Cependant celte notice ne fut publie'e que lorsque les vaisseaux lymphatiques eurent e'te' ge'ne'^ ralement reconnus en Suède et en Danemarck.
Ayant fait des recherches attentives et impartiales, je crois pouvoir expliquer la dispute qui s'est eleve'e à l'égard de la découverte des lymphatiques, en disant que ces vaisseaux étaient connus de meilleure heure , particulièrement dans le foie, qu'Aselli lui-même, Vesling et autres les avaient oljserve's, mais en ignoraient les fonctions, puisque l'unies regardait comme le prolongement des vaisseaux lacte's , que l'autre admettait seulement leur analogie avec ces derniers , et que tous deux ne soupçonnaient pas l'usage auquel ils sont destine's. On aurait pu se rapprocher de la vérité en poursuivant la découverte de Pecquet, mais avant que son ouvrage parût, un jeune Suédois, Olaiis Rudbeck (i), et bientôt après lui le célèbre Thomas Bartholin, reconnurent la véritable destination de ces vaisseaux, et répandirent un si grand jour sur toute la physiologie , que leur mémoire doit être à jamais chère aux amis de cette science.
Il est prouvé jusqu'à l'évidence qu'Olaiis ïludbeck , et non Thomas Bartholin , distingua le premier les vaisseaux lymphatiques des lactés, et connut leur distribution. A l'âge de vingt et un ans, le 27 janvier
1651 , il observa les lymphatiques des gros intestins, les suivit jusque dans les glandes, et remarqua que les prétendus vaisseaux lactés du foie ne pompent qu'une humeur lymphatique pour la porter aux glandes. Il présuma même déjà que ces vaisseaux jouent un grand rôle dans l'état morbide, et que le foie n'a pour usage que de sécréter la bile.
^'L'^"^^®*'^' °^ * Arosen,dans la province de Westmanland , en ibio , devint professeur k XJpsal, et mourut en 170a.
ai 2 Section douzième , chapitre troisième.
L'année suivante, au mois d'avril, Rudbeck démontra les vaisseaux lymphatiques en pre'sence delà reine Christine, montra leur réunion dans le canul thorachique, et le prolongement de celui-ci qui s'etcnd jusqu'à la veine sous-clavière (i). Tous ces iaiis sont tellement ave'res et incontestables, qu'on ne saurait élever le moindre doute contre eux.
Cependant on a prétendu que Thomas Bartholiu avait vu ces vaisseaux avant Rudbeckj mais comme son ouvrage n'a paru qu'en mai 1662, rien ne prouve qu'il ait fait la découverte plusieurs années avant le jeune Suédois. La description même que Bartholiu donne de ces vaisseaux (2), compare'e avec celle de Rudbeck , constate qu'il les connaissait beaucoup moins bien que ce dernier. Son frère Eraste lui donna le premier avis de la découverte de Pecquet. Il eut ensuite occasion de mieux observer les parties sur des animaux vivans, et trouva même le re'servoir du chjle et le tronc des vaisseaux lactés dans le corps d'un criminel qu'il disséqua peu de temps après sa mort. Il remarqua déjà contre Pecquet, que ce réservoir n'est point une simple cavité , mais un assemblage de glandes réunies ensemble, et qu'on n'y peut trouver un vide que chez les chiens ; cependant il commit la faute de ranger les glandes et les vaisseaux lymphatiques des lombes parmi les vaisseaux lactés (3). Ayant trouvé des conduits auprès des capsules surrénales, il pensait aussi, avec Pecquet, qu'on pourrait très-bien expliquer par le voisinage des reins le passage des boissons dans l'utérus. Sur la face externe de l'utérus, il trouva des vaisseaux analogues aux chylifères, et qui accompagnaient les veines, mais ne
(1) Rudheck , Noi>a\exercùal. anatom. exhibem ductus hepatis aquosos : hi Mangeti bibl. anat. vol. II. p. 700. yoS. — Id. Insidiœ stnictœ aquoslr ■dticiihvs 01. Rildieck. à T/iom. BarthoUno. /n-8". iBâ^. p. 120. i^o.. ■ (2) BarthoUn , De lacleis ihoracic. in Manget. bibl. anat. roi. II. p. 6C0.
(y) Compare?. Hooriie, SJicivcosm. §. 3o. daos les Opitsc.p. 73.
RecJi. sur les vaîss, lymph. et les glandes. 2i5. sut pas découvrir où ils se terminaient, et ignora par conséquent que ce fussent des vaisseaux lymphatiques. Il y a plus même, Bartholin prélendit dans son premier écrit que les lymphatiques du foie portent le chyle à cet organe, parce que dans les maladies dont il est atteint la nutrition souffre trop pour qu'on ne • lui attribue pas la fonction de recevoir le fluide nutritif. A la vérité, il admettait la réunion du chyle dans le réservoir de Pecquet,mais il pensait que les vaisseaux lactés du mésentère sont trop étroits pour le recevoir tout entier , et que par conséquent une partie est conduite au foie par les lymphatiques de cet organe.
Ainsi écrivait Bartholin au commencement de l'année i652, et cet exposé fidèle des opinions qu'il professait suffira pour donner une idée des connaissances qu'il possédait alors à l'égard du système lymphatique. On voit qu'il n'avait p^s encore secoué le joug de l'ancien préjugé, suivant lequel le foie sert à la pre'paration du sang et à la nutrition , mais qu'il, accordait ces fonctions simultanément au cœur et au foie (i).
Si nous ajoutons encore l'aveu de Bartholin dans une lettre à Conring , en date du milieu de l'année i65i , oii il dit expressément que le canal de Pecquet » reçoit bien une grande partie du chyle, mais qu'une portion considérable de cette liqueur se rend au foie par les vaisseaux qu'Aselli a entrevus (2), toutes ces circonstances réunies prouvent combien peu il connaissait le système lymphatique dans un temps ola
(1) Il est vrai que le témoignage de Sôger est contraire h celte assertion. Se'gér assure , en 1660 , que Bartholin démontra les vnlsseana lymphatiques en sa présence au mois de mars i652 ; mais il dsnne ce renseignement au bout de huit ans , dans ime lettre écrite à Bartholin lui-même, et son témoignaffe est d'autant plus suspect, que celui-ci était habitué aux flatteries de ses élèves. ( Bartholin, epist, cent. III. ^'■ /|6. )
(2) Bartholin. epist. cent. II. i3. p. 444.'
5i4 Section douzième y chapitre troisième. Olaùs Rudbeck l'avait déjà démontré publit^uement, et attribuait même différentes maladies aux vices dont il peut être atteint. Conring répond sur le même ton à Bartholin: il avoue l'importance de la découverte de Pecquet, mais cependant il lui parait nécessaire que le chyle se mêle au sang dans plusieurs endroits, et non pas uniquement dans la veine sous-claviè.re (i),
Frédéric Arnisœus, professeur à Helmstaedt, écrit à Bartholin en février i652, que quoique la découverte de Pecquet soit infiniment précieuse, il ne sait pas pourquoi l'anatomiste français a négligé les vaisseaux d'Aselli, qui se rendent évidemment au foie , et que lui-même a vus si souvent. Oportet, ajoute- t-il, aliud subesse f quùm id fateri et veritati manus dare non velit (2). Bartholin lui répond le 3o avril de la même année, qu'on ne saurait révoquer en doute l'existence des vaisseaux d'Aselli (^ui se rendent du mésentère au foie, et que peut -être deux organes sont nécessaires pour préparer le sang. Mihi multa noi^a, dit-il ensuite, anima ohi^ersantur , et y nisi valdè faïlor y brevi riot^um vasorum genus propalabo , de que nihil adhùc publice audeo proferre, antequam plurimis experimentis confirmai erim cogitationes (3), Pendant qu'Olaiis Rudbeck enseignait publiquement les vaisseaux lymphatiques et leurs fonctions, pendant que Pierre Guiffart, de Valogne, médecin à Rouen, admettait la découverte de Pec-^ quel dans toute son étendue, et l'enrichissait de nouvelles observations (4), Bartholin n'était point encore décidé à l'égard de la manière dont il devait la concilier avec la doctrine d'Aselli.
(1) Barthoïîn. ep. i4. P- 45o.
(a) Jh. ep. 18, p. 463.
(3) Ih. ep. 19. p. 465.
(4) GuiffjiTt ^ De corde dispuU in-!^'>. Roihom. iPtS-i. p. 5.
Rech. sur les vaiss. lympli. et les glandes. 2 1 5 Olaûs Rudbeck se rendit en i652 à Leyde , où il donna occasion au grand anatomiste Jean de Hoorne ( i ) d'examiner avec plus de soin les vaisseaux lacte's, les lymphatiques et le canal de Pecquet. Hoorne publia cette même année un ouvrage dans lequel il rectifiait les observations de Pecquet, qui avaient e'ië presque toutes recueillies sur les animaux, de'montrait le cours du chyle dans ce canal par la ligature et l'insufflation, et de'crivait son abouchement dans les veines axillaire et jugulaire. Il donna aussi la description des lymphatiques du foie et de l'aorte (2), et acquit un grand me'rite en publiant la première bonne figure de ces parties. Cependant il de'fendit encore par la suite l'opinion que le chjle se rend en partie dans le foie et en partie dans le canal de Pecquet (3). En i653 , lorsque les vaisseaux lymphatiques étaient déjà suffisamment connus , il écrivit à Bartholin, qu'il était obligé d'interrompre ses recherches sur ces vaisseaux, parce qu'il manquait de cada-, vres (4).
La fi'anchise admirable avec laquelle Vopisque- Fortuné Plempius combattit lui-même sa propre opinion dès qu'il fut convaincu de la vérité de la circulation harvéyenne, se retrouve aussi dans les idées qu'il fit connaître en i653 sur les vaisseaux lactés. Depuis qu'il avait vu clairement ces conduits, il n'attribua plus qu'à eux seuls l'absorption du chyle=, regarda le canal de Pecquet comme leur tronc commun , et se prononça pour l'opinion de ce dernier, que le passage rapide des boissons dans
(r) Hoorne naquit, en 162 1, à Amsterdam , fut professeur à Leyde, et mourut en 1670.
(?) Hoorne , Noms ditctus chyUfenis , nunc vrimum delmeatus. tn-Ao. lieid. ib52. et dans ses Opuso. p. 280.
(3) Id. Microcosm. §. 29. 3o : dans ses Opusc. p. 70.
(4) Bartholin. epist. cent. II. Zo. p. 496.
^ 1 6 Section douzième , chapitre troisième.
1 urine doii s'expliquer par la proximilé des capsules
surrénales et du réservoir de Pecquet (i).
Mais Jean Riolan demeura fidèle à sa maxime de défendre l'autoriië des anciens contre toutes les découvertes modernes, et contre les argumens les plus concluans. Il attaqua la doctrine de Pecquet avec autant de chaleur et avec d'aussi mauvaises armes que celles d'Harvej. Il demeura opiniâtrement attache à ce que Aselli avait dit des vaisseaux lactés et de leur prolongation jusqu'au foie, et prétendit qu'è ces conduits se terminent dans la veine cave. De plus, il crut avoir prouvé que le foie est l'organe préparateur du sang; mais ses raisons contre le canal de Pecquet et l'existence des lymphatiques sont si faibles, qu'elles ne méritent pas d'être mentionnées (2). - En i655 commença la célèbre dispute entre les deux anatomistes Thomas Bartholin et Olaiis Rudbeck, relativement à l'honneur de la découverte du système Ijmpathique. Dans le premier écrit que Bartholin publia cette année (5) , il décrivit les lymphatiques tels qu'il les avait observés sur les chiens avec son prosecteur, Michel Lyser. Il les trouva aussi chez 1 homme à la surface du foie, sous les aisselles et aux aines , déclara que les vaisseaux hépatiques d' Aselli appartiennent à ce système, et conclut avec Pecquet que le foie ne sert point à la préparation du sang. En même temps parut l'ouvrage oii Rudbeck faisait part de ses découvertes (4), déterminant la marche de la lymphe dans les vaisseaux qui la renferment, décrivant les valvules de ces derniers, et faisant
(1) Plemp . Jimdam. medic. ï!b. II, c. 8. p. 1^3 — i^^-
(2) Riolan. enchirid, anal. c. ig. p. lïa, Jd. Anhnadvers. in Walœi epist. p. 608.
(3) Vasa lymphatica miper in animalibus inventa, in-^o. Hqfn. i6;>3.
(4) ^0^. exercitat. anat. exhihens ductus hepatis atjuosos, in--^°. Aix)S. i65ci ; in Manget. MIL anatom, vol. II, p, 700.
Rech. sur les vaiss. Ijmph. et les glandes.^ 2 1 7 usage de leurs fonctions pour expliquer difrérentes atïeclions morbifiques. .
Un second écrit que Bartholin fit imprimer la même année (i), n'a pour but que de réfuter les objections deRiolan, et de combattre l'idée que le sang se pre'pare dans le foie. ^
Mais au commencement de l'année i654 un des disciples de Bartholin , Martin Bogdan , qui naquit à Driessen dans la Nouvelle-Marche, et devint ensuite médecin à Berne, donna un ouvrage (2) dans lequel il cherche à prouver que son maître a vu les vaisseaux lymphatiques avant Rudbeck. Cependant, outre que Hoorne, ami commun des deux rivaux , donne l'avantage au Suédois (5) , Bogdan ne peut coijstater autre chose, sinon que Bartholin avait vu les vaisseaux lymphatiques vers la fin de l'année i65i ; mais Aselli les entrevit déjà trente ans auparavant, quoiqu'il les eût méconnus commeBartholin, et contondus avec les vaisseaux lactés.
La même année parut la réponse de Budbeck {LÇ), (jui y raconte l'histoire de ses découvertes ; mais, égaré par le mauvais exemple de son adversaire, il outre-passe en plusieurs endroits les bornes de la modération. S'il reproche à Bartholin de s'être approprié les travaux de son prosecteur Lyser , il doit souffrir la récrimination de Bogdan qui l'accuse d'avoir profité des observations de Bartholin (5).
(1) Stibia de lacleis thoracicis. in-^o, Hqfn. i653 : in Manget, l. c. p. 690 — 6';8. — 'Bartholin, dans une lettre à Jean-Théodore Schenk , professeur à le'na, avoue que lorsqu'il puljlia cet e'crit, il ne connaissait pas encore parfaitement le système lymphatique. {Bartholin. epist. cent. 311. ep. 78. p. 335.-
(a) Insidiœ slructœ Bartholini vasis lymphaticis ab 01. Rudbeckio et àetectœ à Bogdano. i.n-^°. iBSii»
(!î) Hoorne, Microcosm. §. do. dans ses Opiisc. p. -j^.
(4) Insidiœ structœ aquosis ductihus 01. RudbccUii ci Thoma Bartholino. in-i°. Leid. i(i54.
^ (5) jipologia pro vasis lymphaticis T. Bartholini à M. Bogdano contra insidias secundo scn'ptas ab 01. Rudbeckio. in-12. HaJn 1654.
3i8 Section douzième , chapitre troisième.
Lorsque Siebold Hemsterhuys publia celle anne'e, sous le litre de Messis aurea un recueil des premiers traites relatifs au système lymphatique, Olaiis Rudbeck lui communiqua onze planches représentant les lymphatiques de la trache'e artère, du poumon , du mëdiastin , du foie , de la rate , du testicule , de l'ute'rus et d'autres parties. Rudbeck avait aussi examine avec un soin particulier les valvules de ces vaisseaux , sur la structure et les fonctions desquelles il inse'ra des observations remarquables dans l'ouvrage de Hemsterhuys (i).
Gomme il adoptait toujours le nom de vaisseaux se'reux , Bartholin chercha , dans un e'crit daté de 1654, ^ prouver que le nom de vaisseaux lymphatiques est beaucoup plus convenable, parce que ces conduits charrient de la véritable lymphe. Il ajouta ensuite quelques remarques intéressantes sur les hydatides provenant d'un vice de conformation des lymphatiques (2). Cette même année , il fit réfuter la préparation du sang dans le foie par un de ses partisans les plus fidèles, Georges Séger, de Thorn (3).
Ses nombreux élèves répandirent partout qu'il e'tait l'inventeur de la doctrine du système lymphatique. Deux d'entre eux, Michel Lyser et Henri de Mœinichen , trouvèrent beaucoup de résistance en Italie. A la vérité, François-Marie Florentinus, médecin de Lucques , avait déjà décrit les lymphatiques ainsi que la manière dont ils accompagnent les veines , et examiné avec assez d'attention les glandes qui se remarquent sur leur trajet (4) ; mais , à Padoue , Dominique de Marchettis et Antoine Moli-
(i) HemsterJiitys , Messis aurea. in-8°. Leîd. i654. p. 269. aqg. - (•4) Bartholini vasa Ijmphatica in homine nuper ineenta. in-{°. Hafn. l65\ : in Manget. hihl. anatom. vol. JI. p. 6()2.
(3) Segeri iriumphas cordis post captam de hepaiis clade , duce Bartholino , victoriam, in-'y". Hajn. i654.
(4) Florentinus , De ^enuino pueronun lacté. in Z'^. Itucce , i653.
Hech, sur les vaiss, lympli. et les glandes. 219 netli, successeurs de Vesling, continuaient d'adopter l'opinion d'Aselli. En i654, Lyser montra les vaisseaux lymphatiques à Marchettis , qui nia opiniâlre'ment qu'on dût en former un ordre particulier. Cependant il les étudia dans la suite avec plus de soin , mais soutint que la lymphe y circule au tronc dans les branches (i). Le chyle, ajoute-t-il, se rend par les vaisseaux du mésentère au foie , oii il est converti en sang; mais la lymphe suit les vaisseaux de Bartholin et le canal de Pecquet, qui est le tronc des lymphatiques, et qui n'a rien de commun avec les vaisseaux lactés. C'est ainsi que Molinetti essaya de prouver que les conduits chylifères se portent au foie, mais Mœinichen pense qu'il les avait confondus avec les nerfs du viscère (2).
Vers la même e'poque parut l'ouvrage classique de François Glisson (3) sur la structure du foie, livre oii l'on trouve une description exacte des lympha^ tiques de cette glande (4). Glisson fait voir que les vaisseaux d'Aselli , e'tendus du me'sentère au foie , sont re'ellement des lymphatiques qui se portent, en sens inverse, de l'organe sécréteur de la bile au me'sentère, et que la difficulté' qu'on e'prouve quelquefois à les apercevoir, tient à ce que chez certains animaux ils sont couverts d'une trop grande quantité de tissu cellulaire (5). Dans l'appendice de ce traité, il considère d'une manière plus particulière les vaisseaux lymphatiques ; il dislingue les glandes suivant qu'elles sont destinées à évacuer , à ramener ou à nourrir. Les premières préparent uii fluide qui s'échappe par un canal particulier ; les secondes ser-
(.) Bartholin. epist. cent. II. 3q. p, 5ao. (1) Ib ep. 56, 60. p. 584. 600;
mourut ên'Teyt'" '"""'"'«^ médecine de Londres. Il
(/j) ^HflWa hepatis. m-, a. Hag. Cam. 1681, 16. c. 3i. p. 319.
a 20 Section douzième, chapitre iroisicme. vent à ramener le suc nutritif élaboré dans les nerfs , €t les dernières appartiennent aux vaisseaux lacle's (i). La lymphe que les vaisseaux lymphatiques rapportent, est sécrétée tant par les nerfs que par les artérioles (2).
Bartholin écrivit contre cette dernière assertion un traité dans lequel il démontra que la lymphe n'est point sécrétée par les nerfs (5). En même temps, il publia conlre Riolan une diatribe virulente, où il rabaissait beaucoup la dignité du foie , et faisait à cet organe une épitaphe qui n'est pas sans esprit (4). Un médecin de Rouen, Charles le Noble, prit le parti de Riolan : il avait bien vu lui-même le canal de Pecquet, mais il attribuait au foie la fonction de préparer le sang (5) , tandis que la lymphe seule passe daris ce canal.
(i) Anatomia hepatis , c. 45. p. SaS.
(a) li. p. 5o3,
(3) BarthoUni spicilegnim I. ex vasis lympTiaùcis. Hqfn. i658.
(4) Id. Defensio lacteorum et lymphaticonim contra Riolanum, m-4°» Hafn. i655. — - Voici cette e'pilaphe :
SiSTE. VlATOR.
Clauditur. Hoc. Tumueo. Qui»
tuiviulavit.
plurimos.
Hepar. Notubi. S^cui^is.
Sed.
Ignotum. Nature.
QUOD. NOMINIS. Majestate3I...Et.
DiGNITATIS.
Fama. Firmavit.
Opinione. Conservavit.
Tamdiu. Coxit.
DoNEC. CuM. Cruento. Imperio.
Seipsum.
Decoxerit.
Abi. Sine. Iecore. Viatob.
Bilemque. Hepati. Concède.
Ut. Sine. Bile. Bene.
TiBi. CoQUAs. Illi. Preceris.
(5) Le Noble, Observationes rarœ de venis Iacteis. in-&°. Paris. iG:>o.
Rech. sur les vaiss. lyinph. et les glandes. 221 L'année suivante la doctrine des glandes et^ du système lymphatique reçut une addition considérable par l'ouvrage de Thomas Wharton (i) sur l'adënologie (2). C'est là qu'on trouve la première description de la structure des glandes , et l'indication des organes qui ont ou n'ont pas une structure glandulaire. Les glandes sont , suivant Wharton , de simples parenchymes plutôt nerveux que vasculaires, soumis au cQrveau plus qu'au cœur, munis de quatre ordres de vaisseaux, savoir, d'artères , de veines, de nerfs et de lymphatiques ou de canaux excre'teurs. Les vaisseaux sont plus petits et plus délie's que dans les viscères (3). Wharton passe ensuite à la description de quelques parties glanduleuses : le mésentère est forme non pas de parenchyme , mais de membranes simples qui sont des prolongemens du pe'ritoine (4). Les glandes de ce repli offrent moins de volume chez l'homme que chez les animaux, mais la petitesse en est compense'e par la grosseur plus conside'rable des glandes lombaires que Bartholin a confondues avec le re'servoir de Pecquet (5). Ces glandes servent à séparer les parties ténues du chyle de celles qui sont plus grossières (6). Ensuite Wharton décrit les glandes de l'épiploon et du pancréas, dont le suc, porté par un canal excréteur dans lé duodénum, sert à favoriser la digestion (7). Il croit que les capsules surrénales sécrètent une humeur que les veines pompent dans leur cavité (8). Il réfute
(0 Wharton naquit , en 1610 , dans le Yorkshire , devint membre du collège médical de Londres, et mourut en iG'jS. (2) JVhartoni adenographia , sive glandulanim totiiis corporis descriptio. in-9,0. Lorxd. i656. in-i2. Nofiomag. i664.-<HaUer ue connaissait pas celte édition,
(3) Ib. c. 5. p. 21.
(4) li. c. 7, p. 24, (5^ lè. p. 29. 3o.
(6) Ib. c. 10. p. 4o.
(9) Ib. c. 12. p. 60. 70.
ib) Ib, c. iz. p. 8î. ^.
â22 Section douzième y chapitre troisième»
par de très-bonnes raisons l'opinion de Bartholîn ,
3ue plusieurs vaisseaux lacles de'posent leur chyle ans la vessie ou les reins (i). Le thymus appartient au système lymphatique : il renferme un nombre prodigieux de vaisseaux de cet ordre , mais n'a pas de conduit excréteur, et sert probablement à purifier le fluide nutritif apporte par les branches du nerf de la huitième paire (2). Wharton accorde le même usage aux glandes de Ve'sale dans l'œsophage, et, à la thyroïde qu'il de'crit fort bien (3). En parlant des glandes sous - maxillaires , il fait pour la première fois mention de leur canal excréteur qui a conservé son nom (4). Il le décrit parfaitement et en donne une bonne figure. La glande pinéale a aussi pour usage de recevoir le suc nourricier, qui est préparé par les nerfs et ramené par les vaisseaux lymphatiques (5).
L'opinion de Wharton au sujet de l'usage de la glande pinéale sembla confirmer l'existence des lymphatiques dans tout le corps ; mais ce fait fut encore
Ërouvé bien plus incontestablement par Jean-Daniel [orst, qui observa les vaisseaux lymphatiques à la surface du cœur (6) , et par Scarbourt qui découvrit que les poumons en sont pourvus (7). Jean- Chrétien Agricola raconte, en i656, à son maître Bartholin, qu'on remarquait à cette époque en Angleterre une affection nouvelle , laquelle débutait par des douleurs dans les lombes , et était accompagnée de mauvaises digestions et d'amaigrissement. Tous les purgatifs étaient nuisibles , et Agricola
(il Wharton, l. c, c. i5. p. 91.
(ai Ib. c. 16. p. 97. 100. 101.
?3) /i. c. 17. p. io5. c. 18. p. 109. ?4) Jl>, c. ai. p. ii8.
(5) Ib. c. 23. p. i4i.
(6) Horst , Decas observ. anatom. m-S°. Francof. i656. p. 4*
(7) Bogdan, Ad Bartholin. epist. cent. II. ep. 9;. p.
Rech. sur les vaîss. lymph. et les glandes. 22^ n'attribue pas sans raison la maladie à l'inflammation des glandes lymphatiques (i).
La découverte des conduits excréteurs des glandes par Wharton fut bientôt suivie de celle que Gauthier rîéedham fit du conduit parolidien qui verse la sa- ' live dans la bouche après avoir traversé le muscle buccal. Jules Casserius semble déjà avoir voulu l'indiquer sous le nom de tendon du muscle de la joue (2). En i655, Néedham montra pour la première fois cette partie remarquable à Glisson , qui assura la connaître depuis long-temps. Il en fit part aussi avant l'année 1669 à plusieurs anatomistes anglais, entre autres à Willis, à Lower et au naturaliste Bojle (3). Le 7 avril 1660, Nicolas Sténpn le trouva dans la maison de Gérard Blaes, à Amsterdam, en disséquant une brebis ; mais ne sachant pas qu'il avait été vu auparavant par Néedham, il crut que cette découverte lui appartenait , et il la communiqua à Gérard Blaes ainsi qu'à François Sjlvius (4). Le premier s'en attribua ensuite l'honneur, mais ne fit que publier un extrait de l'ouvrage de Sténon sur les glandes de la bouche (5). Sylvius prit de là occasion d'établir entre les glandes une distinction qui est encore adoptée aujourd'hui. 11 les distingua en conglomérées qui sont pourvues d'un canal excréteur , en lymphatiques , et en simples ou muqueuses (6).
Sténon fit encore connaître des remarques excellentes et nouvelles sur les glandes de la langue et
(i^ BartJiolin. epist. cent. II. 71. p. 632,
(2) Casser, de vocis aiidihisqiie organo. injoî. Ferrar. 1600. tah. Ip^f fis-
(3) Néedham , De format. Jœtii , 0. ^. p. 97.
(4) Sterionis de glandulis oris : in Manget. bibl. anat. vol. II. p. 743. — Barthohn. epist. cent. III. 2^. p. 8;. '
(5) Blasii anatom. animal, p. 17. 18. — iVic. Hoèoken, Ductus salii'alis Blasianus. m-ii. Ultraj. iÇ,r,2.
(6) Sjli>, Diss. de lienis et glandulanim wu. //1-40. Leid. 1660.
2 24 Section douzième , chapitre troisième. leurs rontluils excréteurs, ainsi que sur les parotides. Il démontra que ce sont principalement les artères qui fournissent la matière de la se'cretion salivaire , et qu'on ne saurait penser avec Wliarton que le suc des glandes est sépare par les nerfs (i). Ce fait avait déjà été prouvé auparavant par Jean de Hoorne, maître de Sténon (2) , qui, en même temps, confirma la découverte du conduit excréteur de Wharton.
Sténon contribua beaucoup aussi à faire connaître les glandes des jeux. Le 1 1 novembre 1661 , il découvrit le conduit excréteur de la glande lacrymale dans l'œil d'un bœuf : ce canal s'ouvre au côté interne de la paupière supérieure ( 3). Il prétendait l'avoir aussi découvert chez l'homme en i663 (4), mais les autres anatomistcs ne purent le discerner.
La doctrine des vaisseaux lymphatiques reçut à cette époque une vive lumière des travaux de Swammerdam (5) et de Gérard Blaes , qui reconnurent l'existence des valvules des vaisseaux lactés , lesquelles, suivant le second de ces écrivains, se rencontrent principalement vers le mésentère , mais n'existent point à l'orifice des conduits dans les intestins (6). Le premier aussi , Blaes prouva que le chyle est toujours identique, malgré la diversité des alimens qui le fournissent : il indiqua le rapport de grosseur des glandes chez l'enfant et chez l'adulte , et rejeta les glandes graisseuses admises dans l'épiploon par Riolan (7).
(1) ,S/eHOîi in Manget. lill. anat. vol. II. p. y^q.
(2) Hoorne , De ductibxis salivai. noi>. in Haller. Diss. anat. vol. I. p. f\.
(3) Slenonis de glandiilis loculonim : in Mangel. hibl. anat. vol. II. p. ^60. 761.
(4) Bartholin. epist. cent. IV. 55. p. 357.
(5) Sivammerdam , De respiratione , p. go.
(6) Bla.iii comment, in sjntagma. anatom, VtsUng. fn-^°, Amst. iGig. in--4°. Traj. ad Rhemim , 1696. p. 5ti.
(7) II. p. 3a.
Rech. sur les vaiss. lymph. et les glandes, ii'j
Conrad -Victor Sclineider , professeur à Willcnberg (i), médecin fort instruit et habile anatorniste, fit une excellente application de la nouvelle découverte du système lymphatique, en indiquant avec plus d'exactitude les sources du mucus nasal et des humeurs qui s'ccoulentdu nei dans le coryza. Gomme la partie anatomique de cette opinion importante doit naturellement trouver place ici , je vais entrer dans quelques de'tails sur les recherches de Schneider. Par la suite, j'aurai encore occasion d'en faire valoir l'utilité' pratique.
Schneider connaissait les vaisseaux lymphatiques depuis l'anne'e i636(2), et s'était occupé d'en préciser les fonctions. Leur véritable usage lui parut être d'absorber les différentes humeurs séreuses et muqueuses sécrétées par les artères. Cette idée le conduisit bientôt à étudier la structure de la membrane qui tapisse l'intérieur du nez, et à discuter l'opinion avancée par les anciens , mais déjà réfutée par quelques anatomistes du seizième siècle, qu'il existe entre les ventricules du cerveau et les fosses nasales une communication dont on s'était généralement servi jusqu'alors pour expliquer le coryza. Schneider commença en 1660 la publication de sept gros volumes consacrés à l'exposition de la texture des parties affectées dans cette maladie. Beaucoup de personnes ont été effrayées de la lecture d'un pareil ouvrage ^ fatigant en effet par sa prolixité et les continuelles divagations de l'auteur j mais j'avoue que peu de livres du dix-septième siècle le surpassent en clarté et en érudition , et qu'où le lira toujours avec fruit et satisfaction.
Suivant Schneider, le mucus nasal, dans l'état de
(0 Schneider naquit, en i6i4 , à Bitterfeld en Saxe, et mourut en k, loSo.
I (2) Schneider, Liber de catarrhis tpeciaîiss. in- !^^. Fitult, i66i. p. êaî.
I Tome IV. t 5
226 Section douzième j chapitre troisième. santé ou de maladie , n'est sc'cretë que par les artères de la membrane qui tapisse les parties internes de la bouche et du nez, membrane dont il a le premier fait connaître la véritable texture , et qui par conse'quent porte à juste titre son nom (i).. Il ajouta encore de nombreuses glandes muqueuses à ces vaisseaux, et même il remarqua chez les animaux des conduits qui se portaient de ces glandes dans la cavité du nez (2). 11 indiqua en outre une troisième source de l'humeur nasale, savoir , les conduits lacrymaux, qui se dirigent des points du même nom vers le nez par le sac lacrymal (3): aussi Bartholin soutint-il avec raison que les sternutatoires sont utiles dans les maladies des yeux (4).
Schneider examina la nature des mucosite's nasales , et trouva qu'elles sont compose'es de sérum et de lymphe e'pnissie (5) , origine dont il donna l'explication d'après l'anatomie compare'e(6). Il de'montra jusqu'à l'e'vidence, et par la description fidèle des os, que la lame crible'e de l'ethmoïde n'offre de trous que dans l'e'tat de siccite', mais que pendant la vie elle est si intimement tapisse'e par la membrane muqueuse , qu'il est impossible à l'air de passer du nez dans le cerveau , ni aux humeurs de descendre de celui-ci dans celui-là (7). Les trous de cette lame ne servent qu'au passage des vaisseaux et des nerfs (8). Schneider réfuta également les trous du sphénoïde (i^)^ décrivit la selle turcique et la glande pituitaire qui
(i) Schneider, l. c. Ub. III. de catarrhù. m-^°. Viltei. i66i. ^ect.
II. c. 2. p. 485- 496-. , Stenonis de narium vasis : in Manget..libl. anaiom. vol. II. p. 76^. f3) Ib. — Bartholin. epi.it. cent. IIJ . bj. p. 228. ep. 65. p. 262.
(4) Bartholin. epist. cent. III. 66. p. 266.
(5) Schneider, l. c. c. 3. p. Soq.
(6) Ib. p. 5 10.
(7J Ib. lib. I. de catarrhis , .tect. II, cl. p. l5i. c. 4- P- 206. '/n-^"». ■ Vitteb. i66a. ) Ub. II. sect. II. c. 1. p, nyô. sect. I. c. 20. p. au. (8) Ib. liS. I. sect. II. c. 7. p. 2^^. (q) Ib. c. 6. p. 233,
Eech. sur les vaiss. fymph. e£ les glandes. 227^ n'envoie pas plus que lentonuoir un fluide qu.elconque clans la cavité du nez ou de la bouche (i)* Il ne peut même pas s'accumuler de pituite on cet endroit , parce qne les plexus choroïdes qui sont voisins, en souffriraient beaucoup (2). L'ancienne opinion, que dans le coryza les mucosités se rassemblent au milieu des ventricules du cerveau, et s'échappent de cette cavité par l'entonnoir , est tout-à-fait destituée de fondement ; car on ne peut considéref comme une humeur excrémentitielle la vapeur ténue que les vaisseaux extraient dans les ventricules; du cerveau , qui d'ailleurs n'ont aucune communication avec les fosses nasales (3). La plus forte preuve que le cerveau ne souffre pas dans le corjza, lui paraît être, (|u'ayant disséqué des chevaux morveuje, il ne put découvrir la plus petite altération organique du yiscère encéphalique (4)»
L'exacdtude des découvertes faites jusqu'alors dans le système lymphatique parut pendant quelque temps devenir douteuse , à cause de l'assertion d'un charlatan qui assigna une route directement opposée la lymphe. Louis de Bils, gentilhomme hollandais, seigneur de Coppensdam , qui devint par la suite gouverneur du pays d'Ardenbourg , vécut longtemps à Roterdam , mais se rendit ensuite à Louvain, et de là à Hertogenbosch. Son prétendu talent de préserver les cadavres de la putréfaction fit tant de bruit depuis l'année 1660 jusqu'en 1668, et les découvertes qu'il disait avoir faites à l'égard du système lymphatique exercèrent à un tc4 point la plume des anatomistes , que je crois convenable d'insister ici sur ses observations.
(1) Schneider, ï. c. c. 5. p. 209. Uh. JI. sect. I. 6. iS. P. 160. c. iP. J9« 170.
(2) Ib. c. 18. p. 1B9.
\^r\) la. liber de catarrhis specialtss, c. 3. p. 216. 317.
ûaS Section douzième , chapitre troisième.
Bils n'était pas un savant, et le charlatanisme dont îl faisait profession le portait à négliger le rôle d'écrivain pour se contenter de proclamer ses de'couvertes avec un ton imposant qui produisait bien plus d'effet. Cependant il a paru sous son nom plusieurs ouvrages, auxquels il contribua bien un peu, mais qui sont dus en grande partie à Nicolas Zas, médecin de Roterdam (i). Dans le premier (2), la me'ihode de Bils pour préserver les cadavres de la putre'faction est décrite avec une emphase extraordinaire ; on la met au rang des principales découvertes faites par les modernes, et on promet d'en communiquer le secret moyennant cent vingt mille florins, parce qu'on ne
Ïiourrait pas embaumer pour une moindre somme es quarante cadavres que Bils avait déjà préparés. L'auteur s'engageait à montrer et à décrire quatre préparations, pourvu que chaque membre d'une certaine société payât vingt-cinq florins (3).
L'art tant vanté de Bils se bornait à terminer la dissection d'un animal ou d'un cadavre humain sans répandre une seule goutte de sang, ce qu'il appelait anatomia incruenta. Bartholin , d'après le témoignage de ses élèves , assure que pour éviter l'écoulement du sang, il liait tous les troncs des vaisseaux au voisinage du cœur (4) ; mais le fait est que plusieurs anatomistes envièrent son habileté extraordinaire dans l'art de disséquer (5), et Jean de Hoorne , quoiqu'il fut un de ses ennemis les plus déclarés, se donna toutefois beaucoup de peine pour surprendre son pro-
(1) OlaûsBorrich ( Bartholin. epist. cènt. III. 85. p. 365) assure an moins que Bils n'avait pas connaissance de ce que Zas e'crivit sous son nom.
(2) Kopye van zekere ampele acten van L. de Bils, rahende de wetenschap van oprechte anatomie des menschelyken lighaams. in-l{°. Roter J. ï658. — Ses œuvres complètes ont paru sous le litre de : Bilsii infenta anatomica antiquo-noua , edente Ritemo. in-^°. Amst. 169a-
(3) Comparez Bartholin. orat. m-80. Hafn, 1668. p, 328.
(4) Ib. p. 342.
(5) Ib. epist. cent. IJl. 85. /». 367.
jRech. sur les vaîss. lymph. et les glandes. 2 29 fcëdë (i). Le secret consistait à pouvoir disséquer un corps pendant huit semaines de suite, et à conserver aux cadavres leur forme et leur flexibilité, sans qu'il lut nécessaire de retirer un seul viscère j Bils laissait même les excrémens dans les intestins, mais il enlevait le cerveau après avoir scié le crâne, pour pouvoir embaumer la tête (2).
Ses partisans , même les plus zélés , convenaient qu'il y avait beaucoup d'impostures dans toutes ses assertions. Tobie Andréas raconte que Bils disait s ouvent, avec intention, un mensonge aux curieux , pour les détourner de se livrer à la recherche de son secret ( 3 ). Cependant les Etats de Brabant lui achetèrent cinq de ses corps embaumés, pour lesquels ou lui donna vin^t-deux mille florins , suivant un grand nombre d'écrivains; mais Andreee, qui était mieux informé , assure qu'il n'en reçut que deux mille (4). Un professeur de Louvain pria l'Université de recevoir ce trésor : sa demande fut accordée, et on le nomma dépositaire du secret de Bils j mais les préparations étant tombées en putréfaction au bout de quelques semaines, Bils, pour se soustraire à la honte qui devait rejaillir sur lui, ne trouva pas d'autre moyen que d'accuser les professeurs de Louvain d'avoir mis à dessein ses pièces anatomiques dans un lieu humide , afin qu'elles ne se conservassent pas (5). De Louvain il se rendit à Hertogenbosch, cil, suivant le témoignage d'Andreœ (6), en
(i) Hoome, Waarschouwmge van aile Uefhellers der anatomt'e , teeen degepresene fTetenschap van L. de Bils. ir^'^o, Leid. 1G60. p. 14. 3i. . ^2; lob. Andrew , Bilanx exacta Bilsianœ et Clauderiance balsamationis, in-i-i. Amst. 168a. f. 29. 46.
(3) 73. ji. 80. 85. — Un professeur de Franelter hii ofFrit neuf cents irancs pour pouvoir entrer seulement dans son laboratoire ; mais Bils ne voulut accorder cette permission qu'après avoir reçu l'argent. Il était Oefendu £^ ses domestiques , et même à son fils , d'entr'er dans celle salU.
(51 Ib.p. 'jQ. — BarthoUn. orat, p. 3.13. (6) Ih. p. 28.
fj3o Section douzième , chapitre troisième. 1669, à l'ëpoque de la canicule, il disse'qua pendant sept à huit semaines un corps qu'il avait auparavant embaume , et qui n'exhala pas la moindre odeur. Enfin , après avoir dissipé toute sa fortune pour se livrer à ses travaux habituels , il mourut d'une maladie provoque'e par les miasmes putrides qu'il respirait continuellement,
11 joignait à son art une ihe'orie du système lymphatique contraire à toutes les de'couvertes faites jusqu'alors, Dans le second e'crit qui parut sous son nom (i), ses observations sont expose'es de la manière suivante : Le chyle passe en grande partie dans le foie par les vaisseaux du me'sentère , et ce viscère est l'organe préparateur du sang. Les vaisseaux me'sen-teriques renferment un sang de couleur cendre'e , preuve que le chyle est mêle' avec ce fluide. C'est là lymphe seulement qui s'accumule sotis forme de rosée dans le réservoir de Pecquet et le canal thora-» chique, pour être ensuite distribuée par tout le corps. Le véritable lieu de rassemblement de cette rosée animale est un labyrinthe de vaisseaux lymphatiques situé près des veines jugulaires et axillaires, d'oii la lymphe se porte dans tout le corps, eh passant des troncs dans leurs branches,
Cette opinion nepouvait pas manquer d'être contredite, puisque l'infatigable écrivain Thomas Bartholin vivait encore , et avait partout un nombre prodigieux de disciples qui soutenaient sa réputation. Il publia contre Bils un fort bon livre , dans lequel les valvules dont les lymphatiques sont garnis, la ligature de ces vaisseaux, et plusieurs autres faits encore, lui fournissent des argumens pour réfuter cette
■ (t) PFaanigtig geiruYli: dar Gylhuyj. in-!\0. Roterd. ^Çi^^S. — Epif/olÙA àisserlatio , quâ rerus hepatls circa c'hjlum et pariter duclits chjUJ'en htctenàs dicti usiis c(ocelur. in-r.^^. RqteroJ^, itîSg.
Itech. sur les vaîss. lympli. et les glandes. 23i marche de la lymphe ( i ). Il présumait que si Bils parvenait à injecter ces canaux par les troncs, ce ne pouvait être que par l'emploi d'une violence extrême, ou même par l'effet de l'atonie des parois ; car on savait déjà qu'après la mort les valvules des lymphatiques de certaines parties du corps , notamment du foie , spnt souvent dans un tel état de laxiié , qu'on, peut pousser l'injeclion par les troncs (2). Vers la même époque, Hoorne (5) et Sjlvius (4) réfutèrent la théorie de Bils, et Sylvius prouva que le labyrinthe de ce dernier est un être chimérique. Bils les engagea tous deux à se rendre auprès de lui à Roterdam, du 19 au 21 juin 1660, promettant de leur faire voir les lymphatiques et le mouvement de la lymphe dans ces vaisseaux ; mais il ne put s'accorder avec eux sur l'époque du rendez-vous, de sorte que leur correspondance fut interrompue (5). Paul Barbette , médecin d'Amsterdam, s'éleva aussi contre l'opinion de Bils, et réfuta celle qui accordait au foie la fonction de préparer le sang (6).
Bils et son ami Zas crurent pouvoir triompher de tous ces adversaires en publiant deux écrits, dont l'un renfermait la figure du labyrinthe des lymphatiques (7) , et l'autre ne contenait guère que des discussions théorétiques (8). Ils firent aussi à Bartholin le reproche d'avoir oublié les convenances en s'attaquant à un gentilhomme , et promirent tous deux que Bils se rendrait à Copenhague pour le convaincre
(i^ Bartholin. spîcileg. II. ex vasis îymphatir.is. in-{^o, Hafn. i66o.
(2) Bartholin. epist. cent. II. 56. p. 690.
(3) Hoorne , Waarschonwinge etc. p. 56.
W ^.y^"- <ii^s. de vasis lymphaticis. in-/^°. Leid. 1660.
(5) Bartholin. orat. p. sijg.
(6) Barbette , ^anmerkingen op d'anatomische Schriflen van L. de Bih. in-^°. j4mst. 1660.
(9) Bils , Kort berigl van de waarschonwinge van J. van Hoorne , en op de aanmerkingen van P. Barbette, in-^o. Botterd. i66o.
(8) Zas, Ben daamv der dieren , ende de wellen des waters, tôt bevestiginge der ongemeene onlleedinge van L, de Mils, in-^o. Roterd, 1660»
sSa Section douzième, chapitre troisième. par l'autopsie , si on voulaii 1 indemniser des frais du voyage. Bar lholin prit le Hollandais au mot : il en-^voja un de ses élèves, Olaûs Borrich , à Roterdam , pour s'entretenir avec lui ; mais Bils no voulut pas t 'nirla promesse faite en son nom parZas. Cependant il disse'qua un chien devant Borrich avec beaucoup de dextérité, et fit voir un prétendu vaisseau lacté qui se rendait au foie, mais que le Danois reconnut être un lymphatique : cependant l'animal perdit au-delà d'une livre de sang dans cette expérience (i). Bientôt après Borrich, en ouvrant le corps d'un criminel , lui montra le véritable cours de la lymphe (2), contre lequel il n'eut rien à objecter que son autorité : il méprisait la ligature des vaisseaux, comme un mauvais moyen de reconnaître le cours des humeurs (3), En 1661 , Bartholin écrivit avec beaucoup de modération son second ouvrage contre Bils (4). Jean- Léonard Blaes le traduisit en hollandais (5); mais Henri Jordan, partisan de Bils, y répondit aussitôt (6), et Bartholin fut défendu par un certain INicolas Stéphani (7), La théorie de Bils obtint, en 1661 , deux apologistes qui auraient pu contribuer à en assurer le succès , si elle avait eu la moindre probabilité en sa faveur. L'un était Antoine Evérard^ de Middelbourg , qui prétendit que toutes les parties sont nourries par la rosée du chyle, puisque ce fluide se répand dans le corps entier par le canal ihorachique. Il crut prouver son assertion en disant qu'après avoir
(i) Bartholin. epist. cent. III. 85. p. 367. fa) Ib. ep. 87. p. 375.
(3) Jb ep. 89. p. B83, ■ rr
(4) Id. responsio de experinientis anatomicis Bilfiani-f ad Nie. Zassitim. {n-$°. Hafn. i66i.
(5) Id. epist, cent. III. iç). p. 75.
(6) Epistola ad Baiil^olinùni. ni-8°. Rotarod. r66r.
(7) Castigjfio epUioïœ molcdicœ. ln-?>°.HnJn, 1661. In-i'rcc aus.-i d.-.DS Bartholin. orat. — Bovrich (Barllio/in. epist. c?ut. III. qS. p. 3c(} ) se plaint de çe qu'or» lui atlrjbuç cgt, éç(it.
Rech. sur les vaiss. Ijmph. et les glandes. 235 nourri des lapins avec du lait, il avait trouvé le chjle dispersé dans toutes les parties glanduleuses du corps (i). Le second défenseur de la diéorie de Bds .fut Antoine Deusing, professeur à Groningue (2). Comme il n'était lui-même point anaiomisle (5), ses norabreux écrits polémiques contre Sylvius, contre ^lottesand, personnage imaginaire, et contre plusieurs autres encore, sont tous peu importans (4). Bartholin, pour lequel il affecte une estime et une amitié particulières , le réfuta dans deux livres qui se succédèrent à peu de distance (5). Jean-Henri Pauli fit voir aussi que Bils avait une idée tout-àfait fausse du système lymphatique, et que sori labyrinthe étant un plexus de vaisseaux lymphatiques , ne ressemblait en rien à ce qu'il prétendait que cette partie devait être (6).
Enfin, la théorie de Bils fut complètement renversée , lorsque Frédéric Ruysch , ayant déterminé avec exactitude la structure des valvules qui garnis-^ sent les vaisseaux lymphatiques , démontra jusqu à
(i) Eperardi nopus hominis Iniiique aniniaà's exortus. in-ta. Medioî, î66i. p. i3i.
(a) Deusing naquit, en 1612, à Meurs, et mourut en 1666.
(y^ Borrich. in Bartholin. epist. cent, III. 85. p. 365.
(4; Le premier fut: De niitrimenti in corpore elahoratione , et de admirandâ Bilsii anatome. in-!^°. Roterod. 1661. — L'e'crit polémique de filoltesand e'tait attribué à Borrich qui le récuse. ( Barthol. epist, cent. III. 99. p. 43o.) Deusing écrivit contre cette brochure : (Economus corporis animalis restitutus. in-ia. Groning. i65aj et Apologeticœ dejensionis pro œconomiâ corporis animalis prodromiis . in-n. Groning. 1662. — Il publia en apparence contre Vincent SIégel, mais en réalité contre Bartholin : Besurrectio hepatis adserla. in- 11. Groning. 1662; contre Sylvius : In Sylviam eclio , s. Syh'ius heautoniimonimenos . inr-\a. Groning. i663 ; puis : Disqitisitiones antisjîi>iance. in-i-x. Groning. i663 ; et ensuite Sflfa ccediia cadens. in-i-2. Groning. 1664 ; et ^ylfa cœdua jacens. ih-t2. Groning. i665.
(5) Bartholini JOiss. anatomiea de hepate defuncto. in-i". Uafn. 1661 : et Hepalis exautarati desperata caussa. in-S°. Hafn. 1666. Ces deux écrits furent réimprimés dans Bartholin. Opuscul.voi>. anatom. de lacteis thoracicis et lymphaticis vasis. zn-S». Hcifn. 1670.
{è) Pauli , Anatomice Bilsiancpanatowe. in-12. yirgent. 16G?. — Deusing entreprit vaipemept de le réfuter : Dtunngii fxarrien matomiw Bilsianœ. in- 11. Groning. i663.
234 Section douzième ^ chapitre troisième. l'évidence le véritable cours de la lymphe dans ces canaux. Rujsch raconte avoir réduit Bils au silence en lui faisant apercevoir ces valvules, dont il avait jusqu'alors révoqué obstinément l'existence en doute (1), et il nous en a donné des figures aussi exactes que bien exécutées.
Le charlatanisme de Bils contribua cependant à inspirer aux anatomistes le désir de faire de plus belles préparations, et Jean de Hoorne fut le premier qui tenta de surpasser celles de son compatriote. Il disséquait les parties avec une propreté et une précision jusqu'alors inconnues (2) , et Frédéric Rujsch fut le seul qui parvint à s'élever encore au-dessus de lui. Gabriel Glauder (3) essaya de perfectionner l'art de l'embaumeur (4). Les essais qu'il fit avec le tartrate d'ammoniaque ne furent pas couronnés d'un plein succès (5), mais donnèrent toutefois naissance à plusieurs corrections utiles du vernis dont on recouvrait les préparations.
. La connexion admise par Pecquet et Bartholin entre le canal thorachique et les reins, et la théorie qu'on avait basée sur cette disposition pour expliquer la promptitude avec laquelle les boissons se rendent dans la vessie, semblèrent, en 1667, être confirmées par plusieurs expériences de Pecquet sur les animaux (6) j mais INéedham opposa de fortes objections aux conclusions que Pecquet avait tirées de ses recherches (7). Claude Perrault lui répon-
(t) Rujsch , Dillicidatio valfûlàmm vas. îymphat. in 0pp. p. 3. ( in-^^. Amst. 1700.
(a) Borrich, dans Bartholin. episl. cent. III. qt. p. SgS. ^3) Claucler naquit, en i633 , à Altembourg , fut médecin de lE- . Jecleur de Saxe , et mourut en i6()t.
Claiidcri metliodtis halsamandl corppra humana. in-^°. Alterna. 13. \hS Andréas., Bilanx etc; p. i5o. '
(6) Journal des Savans , année 1667. p. 107.
(7) Philosophical etc. , c'est-à-dire , Transactions philosophiques , an. 1700. vol, III, p, 255, 257.
Rech, sur les vais s. lymph. et les glandes. 235
dit (i). Lower (2) et Di-elincourt (3) perfectionnèrent la doctrine du mouvement du chjle et de la lymphe, et e'tudièrent exactement les valvules. Martin Lister (4) et Guillaume Musgrave (5) firent des expériences sur les changemens que les alimens subissent dans les vaisseaux lacte's : le premier croyait avoir trouve que la lymphe est le superflu du chyle. . Vers la même.e'poque, les glandes muqueuses des intestins furent très- soigneusement examine'es par Jean-Conrad Peyer et par Jean-Conrad Brunner (6). Le premier les trouva plus abondantes que partout ailleurs dans l'ile'on, mais en plus grande quantité aussi sur la paroi du tube intestinal oppose'e au me'sentère, et vit qu'elles sont isolées dans les gros intestins. Il montra très-bien en même temps que l'état morbide de des glandes petit servir à expliquer plusieurs phénomènes des maladies (7). Brunner décrivit celles du duodénum d'une manière un peu différente de Peyer : il leur donna pour fonction de sécréter, non du mucus, mais de la lymphe, et les compai^a sous ce point de vue avec le pancréas (8), qu'il prouva le premier ne point être indispensable à la vie, parce qu'il l'avait extirpé à plusieurs chiens sans les faire périr (9). Il partageait le sentiment de Peyer, en pensant que les glandes pinéale et pitui-
ï36 ^^"^"^ diverses de Perrault, in-40. Leyde , 1721. vol. I. p,
' (2) Lower, De corde, 0. 21 3.
(3) Drêiincoun, Experim. noi>. almtom. in Manget. bihl. anatom. vol. JJ. p. 6.SS.
(4) P/ulosophicalelc., c'cst-à-dirc , Transactions philosophiques, l. c,
(5) Jb. p. lo3.
(6) Brunner naquit, en i6Ô3, à Diessenhofcn ; après avoir clé prolesseur i. He.dclbcrs , et médecin favori du prinnc, il mourut en 1727.
(7) ^eyer, 1 iircrga analpmka. !'n-S°. Genêts. 1681. /y. n. 28,
f8) Brunner, De glandulis- in duodeno reperds, in- ù,"^ . Hei'dclb. 1687. {S)) Id. expérimenta nova dm pancréas ; in Mansol. èihl. anul. vol, I. 313. 0
356 Section douzième^ chapitre troisième.
taire sont destinées à recevoir la Ijmphe des vaisseaux Ij'mphatiques (r).
Outre les conduits salivaires qui portent les noms de Wharton et de Ste'non , on de'couvrit aussi , en 1679, le canal excre'teur des glandes sublinguales. Auguste - Quirinus Rivin (2), professeur à Le'ip- 7-ick, fut, suivant le te'moignage de Walther(5), le premier qui observa ce conduit , et sa connexion avec celui de Wharton. Gaspard Barlholin , fils de Thomas, s'attribua faussement l'honneur de celte découverte, puisqu'il ne vit le canal qu'en 1682, et en donna même une description peu fidèle (4). En outre, Jean de Mural to (5)assurequeBartholinen tenait la connaissance de Duverney. Nous devons à ce dernier plusieurs notions sur les variétés que le canal sublingual présente chez divers animaux.
Antoine Nuck, professeur à Leyde, mit le comble à toutes les découvertes faites jusqu'alors dans la doctrine des vaisseaux lymphatiques et des glandes, en rectifiant les erreurs des anciens, et faisant connaître une foule d'observations nouvelles et intéressantes. Sa mort prématurée priva le monde d'un anatomiste qui aurait pu rendre encore de grands services à la science. Dans son ouvrage classique (6) , il donne d'abord une liste complète et exacte des différentes espèces de glandes, décrit les vaisseaux lactés des mamelles de la femme, prouve leur anastomose avec les artères, et fait voir qu'ils sont dénués de valvules, qu'ils se terminent par sept à onze canaux dans chaque mamelon , et que ceux-ci ont une structure
(1) Bnintier , Diss. de glandulâ pituitarlâ. £«-4°. Ileidelb. 1687.
(2) Rivip nacfuit en i652, et mourut en i^aS. Il a rendu de grands services à la botanique.
(3) fValther, De lingitâ : in Kaller. diss.anat, vol. 1. p. 38.
(4) Barlholin, de ductu salii>ali hactenits non deseripto, in-!^°. Hajn.
(5) Murait o , Vademecum anatom. in~ i-i, .Amst. i(585. 74.
(6) Nuokf .4denographia curiosa, in-&°, Liigd. Bat, 1691.
Rech. sur les vaîss. Jymph. et les glandes, ^^y fibreuse, à l'aide de laquelle Nuck cherche à expliquer leur érection (i). Ensuite il passe à l'examen de la structure des glandes lymphatiques, et fait voir qu'elles sont aussi fibreuses (2), que les vaisseaux lymphatiques naissent des artères, qu'ils ne sont nullement les canaux excréteurs des glandes (5), que leurs membranes jouissent d'une grande force en certains endroits (4), et que vraisemblablement il en existe dans le cerveau comme partout ailleurs (5). 11 prouve leur existence dans plusieurs organes, et s'en sert pour expliquer diverses maladies, mieux qu'on ne le pourrait faire si on négligeait d'y avoir e'gard (6). Le nouveau canal salivaire de'couvert par lui ne se rencontre ue chez les animaux (7), où il tire son origine 'une glande située dans l'orbite, et va percer le muscle buccinateur conjointement avec le conduit de Sténon. Les vaisseaux qu'il trouva dans les yeux des poissons, et admit ensuite chez l'homme, sont vraisemblablement les artères ciliaires longues. Suivant lui, ils traversent la sclérotique, affectent une teinte noire, et se rendent, sans fournir de branches, jusqu'à la cornée transparente, où ils forment un cercle, et sécrètent l'humeur de la chambre antérieure (8). Un médecin de Liège, Werner Chrouet , réfuta les idées de Nuck à l'égard de ces vaisseaux , en prouvant, par ses recherches, que ce sont réellement des branches de la carotide, et que quelquefois ils se remplissent de sang (9). Nuck voulut encore
fi) Nuck , l. c. p. n— 24.
W Ib. p. 35. j
(3) Ib. p. 5o.
(4) Ib. p. 4,.
(51 Ib. p. i^Q,
(eS Ib. p. 63. 8^. 97.
(7) Id de ductu salivait novo. tn-ta. Letd. i685. y) P- — Id. sialograp/lia. w-S". Lugd. i^aS. (9) Chrouet, D« trium ocuU himçmm origine. Leçd. i68r. » lo.
238 Section doiizœnie , chapUre troisitmCk soutenir qu'ils forment un ordre distinct (i) ; mais les raisons de Chrouet (2) convainquirent les anatomistes de l'erreur dans laquelle son adversaire ëlait tombe.
Cloplon Havers, me'decin de Londres, fut le premier qui e'tudia la structure des glandes articulaires et leurs usages (5) : c'est donc avec raison qu'elles portent son nom. M attribue à leur ëtat raorbifique diverses maladies des os et des articulations. Mais sa description des autres glandes est remplie de raisonnemens arbitraires et peu conformes à la nature. 11 profite des hypothèses de Descartes pour expliquer les se'cre'tions glandulaires d'après le diamètre et la forme des pores des glandes , ainsi que par le mouvement des esprits vitaux (4).
Jean-Guischard Duvernej examina d'une manière plus attentive, vers la fin du dix-septième siècle , la structure et la différence des vaisseaux chjlifères et lymphatiques , et fit voir qu'ils appartiennent à un seul et même ordre. Ilpre'tendit aussi avoir remarqué que les oiseaux n'ont point de vaisseaux lactés proprement dits, ïii de canal thorachique, et, que par conse'quent, chez eux, ce sont les veines du mésentère qui sont chargées de pomper le chyle(5).
L'histoire de la dispute qui s'éleva au sujet de la structure vasculaire ou glanduleuse des viscères du corps, sera exposée dans une occasion plus convenable. Je me contenterai d'indiquer encore ici les découvertes dont la doctrine des lymphatiques et des glandes fut enrichie par la suite.
(1) Nuck , Defensio ductuum aqttosoriim. in~S°. Le!d. 1691.
(■2) Chrouet , De triitin oisiili hiimonim origine , vova edilio , cm accedimt isolutiones apologeticw. "1-8". Leod. 1691. — Comparez HaUer. cleiir. pliysiol. vol. V. p. 4'3.
(3) Hafers , Osteologia «ot-a. in-B°. Francnf. 169a. p. a 19.
(4) Ib. p. T7^.
(5) OEuvres poslb urnes Je Duverney. in-4''. Piiris, 1761. vol. II. r-
Rech. sur les vaîss. lymph. et les glandes. 2Dgi Antoine Pacchioni (i) découvrit les glandes lymphatiques de la dure- mère , ainsi que l'attestent iviéry et Fantoni (2). Tous deux constatèrent l'existence de ces glandes , principalement sur les côte's de la faux du cerveau. De même que Pacchioni , ils allièrent à cette découverte une the'orie de l'influence de la dure-mère sur les mouvemens du corps , qui a pour base les fibres musculaires dont ils voulaient avoir reconnu la présence dans cette membrane.
Antoine -Marie Valsalva découvrit des vaisseaux lymphatiques dans la choroïde et le long du nerf optique (5).
Les glandes de l'urètre , tant conglobe'es que conglomére'es , furent, au commencement du dix-huitième siècle , l'objet de recherches attentives et soigne'es. Méry aperçut de'jà en 1684 les deux glandes qui se trouvent situées près du bulbe de l'urètre (4). • Guillaume Cowper en donna ensuite une description plus étendue, les figura pour la première fois, indiqua leur canal excréteur , et montra comment la pression des corps caverneux en exprime le suc muqueux, qui, sans cette cause , y demeurerait constamment renfermé (5). Il présumait aussi que l'écoulement provient de ces glandes dans les gonorrhées consécutives (6). Duverney confirma par la suite l'existence des deux corps , et leur assigna pour fonction de sécréter une humeur propre à faciliter l'éjaculation de la semence, parce qu'on les trouve
(1) Pacchioni naquit , en 1664 , à Reggio , fut professeur à Rome, et mourut en 1726.
(2) Pacchioni, Diss, physico-anatom. i/i-S". iîo/77. 1721. p. -xGi. — Fantom, Opiisc. m-40. Geneu. 17:18. 222, -îii. ] ' ' '
(3) rahaha,De aure humanâ. in-\o , Traj. ad Rhen. 1707. c.^.p.Co.
(4) Birch, Uislorj etc., c'est-à-dire, Histoire de ia Société rovalo de Londres , vol. IV. p. 3^0.
(5) Philosophical etc. , c est-à-dirc , Transactions philosophiques , an. ^7°°- ^1^- P- '97- '98, f t -1
(b) Ib. p. igij.
2^0 Section douzième j chapilre irolsiêmà. flasques et comme fle'tris chez les animaux qui ont été soumis à la castration (i). Alexis Littre, au con-' traire , qui les décrit aussi avec beaucoup d'exactitude , cherche à prouver que leur sécrétion n'est pa» extemporanée, mais qu'elle a lieu sans interruption) et sert par conséquent à lubréfier l'urètre. Liltrc donne aussi, de même que Daverney, la description des lymphatiques et des glandes du gland et du prépuce , et regarde la substance celluleuse qui entoure l'isthme de l'urètre, comme une glande qu'il nomme anti-prostate (2). Laurent Terraneus poussa ses recherches plus loin , et décrivit surtout avec y -exactitude les lacunes et les follicules muqueux de l'urètre (3).
Jacques Vercelloni , médecin à Asti, vit les glandes de l'œsophage sur des chiens et d'autres animaux, mais s'empressa trop d'appliquer au corps humain les résultats de ses observations. Outre les glandes muqueuses et lymphatiques, il en trouva aussi dans l'œsophage des chiens d'autres qui sécrétaient un fluide probablement altéré par un état morbifique quelconque 5 car, suivant Vercelloni et plusieurs autres, on y remarquait des animalcules. 11 en conclut que chez l'homme aussi les glandes conglomérées de l'œsophage fournissent un pareil mucus animé qui sert à animaliser le chyle (4). Mo rga gui aie premier séparé le vrai du faux dans cette opinion (5).
Sténon n'avait pas exactement distingué les conduits salivaires externes des parotides de celui des glandes sous-maxillaires : Richard Haie les décrivit
0) Histoire de l'Acad. des sciences de Paris , anne'e 1700, p. ^'i- • (2) Mémoires de l'acad. des sciences de Paris, année 1700 , p. ^01
(3) Terraneus, de glandulis unwersim , et speciatim ad urethram rinlem nofis. in-S°. L. Bjt. 1739. p. 3. 5o. fti. ■ ■ > /i
(/J) Vercelloni^ De glandulis œsophagi coJighmtratis. in-'^o j^st. 171 1.
(5j Mor^agin, Epist. anat. IX. n.
Rech. sur les vais s. Ijniph. ■ et les glandes. 24 1 soigneusement, et fit voir aussi que tous les vaisseaux lymphatiques se déchargent dans les veines (i).
Les canaux excréteurs qu'Antoine-Marie Valsalva avait accordés aux capsules surrénales, et qu'il prétendait conduire un fluide à l'épididjme chez l'homme, ou à l'ovaire chez la femme (2), furent reconnus par J. Rambj pour n'être autre chose que les artères des capsules (3).
Les anatomistes de la première moitié du dixhuitième siècle s'occupèrent tellement des glandes salivaires et de leurs conduits excréteurs, que plusieurs regardaient comme une grande gloire de pouvoir contribuer parleurs travaux à faire mieux connaître ces parties. Georges-Daniel Coschwitz,le premier directeur du jardin botanique de Halle (4), crutavoir découvert dans le cadavre d'un nojé un nouveau conduit salivaire , qui tirait la salive des glandes sublinguales, de la thyroïde, et même des vaisseaux lymphatiques , communiquait avec le canal de Warthon , se recourbait autour du muscle cératoiglosse et au-devant de l'épiglotte, pour se porter à .la surface de la langue, et y verser un fluide propre à la lubréfier (5). Mais celte prétendue découverte repose sur une erreur qu'on ne saurait pardonner à un professeur d'anatomie dans une des plus célèbres .' universités de l'Allemagne. En effet Goschwitz avait pris les veines de la langue pour des conduits salivaires, ainsi que Haller s'en assura bientôt en exa-
(1) Phiîosophical elc. , c'esl-à-dire , Transactions philosophiques -, ah. 1720— ,7 .9.. Vol. VI. P. III. p. 5 7.
(■2) Giornale etc., c'est-à-dire, Journal des savans de Venise , 1710, p. igo.
(3) Philosophkal etc. , c'est-îi-dire , Transactions philosophiques , an. 1710 — i^Sa, vol. VI. P. III. p. 9.03.
(4) Coschwilz élait ue' à Koniiz dans la Prusse occidentale, en 1679 ' il devint professeur de botanique et d'anatomie à l'université de Halle ' et fonda le cabinet analomit|ue de cette ville. Il mourut, en i7H> ' d'une siiifiiilii-ie nxaladic du larynx.
Coschivt/s, De du:lu salivali nofo, »i-4". Ûal. i724'