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Tome ZF

Section douzième y chapitre cinquième.

optique , l'expansion de celui-ci , ou la rétine , ne saurait en aucune manière accomplir la vision. Il pensa que la choroïde est infiniment plus propre à remplir ce but , parce que sa couleur noire la rend plus susceptible de recevoir les rayons lumineux , parce qu'elle possède un haut degré de sensibilité, comme le prouve l'uvée qui en est la continuation , et parce qu'étant un prolongement de la pie-mère, elle communique directement avec le cerveau (i).

Pecquet, auquel il fit part de cette découverte, objecta que la rétine n'est pas assez transparente pour permettre aux rayons lumineux de la traverser, mais qu'on peut la comparer à un papier huilé , ou à une feuille mince de corne telle que celle dont les lanternes sont garnies, et que la choroïde a, chez certains animaux, une couleur très-claire, qui ne sauv rait s'accorder avec la théorie de Mariotte. Il réfuta l'opinion d'après laquelle la choroïde est la seule membrane que l'on puisse poursuivre jusqu'au cerveau. La rétine lui paraissait être, au contraire, la véritable continuation de la substance médullaire de l'en- I céphale j car il avait observé que la choroïde est peu sensible, et que les nerfs qu'elle reçoit sont des branches de la troisième paire. Si les objets ne se peignent pas sur le milieu du nerf optique, c'est, dit Pecquet, parce que l'artère centrale de Zinn , qui se distribue dans la rétine, pénètre précisément en cet endroit (2). / La réponse de Mariotte ne renferme pas un seul

argument essentiel en faveur de son opinion. La réflexion que la lumière éprouve de la part de la choroïde, lui paraît être une preuve de la non-diaphanéité de cette membrane, et l'artère centrale de Zinn ne lui semble pas assez grosse pour pouvoir rendre

(1) Mariotte, /. c p. 497.

(a) Ib. p. 499. 5oo.

Recherches sur les organes des sens.. 27 la rétine insensible à l'impression des rayons lumineux dans une portion de son étendue (i).

Pecquet, qui lui répliqua, cita encore une autre raison en faveur de l'insensibilité du nerf optique à l'endroit de l'insertion de l'artère. Ce nerf s'épanouit sous la forme de filamens , au centre desquels se trouve un cul-de-sac qui ne saurait percevoir l'impression de la lumière (2).

Claude Perrault, qui prit part à cette dispute, trouva e'galement l'opinion de Mariotte dénuée de vraisemblance, parce que la surface de la choroïde offre beaucoup plus d'inégalités que celle de la pie-mère dont cette membrane est une continuation ^ et que les nombreux vaisseaux qui la parsèment s'opposent à ce qu'elle puisse réflécnir les rayons lu^ mineux (5). Dans la suite, il s'occupa de prouver que le cristallin change de forme suivant qu'on fixe là vue sur un objet proche ou éloigné, et tenta de réfuter l'opinion des anatomlstes qui avaient admis que l'action des muscles droits imprime un changerrient notable de forme à tout le globe de l'œiL Eri effet ^ disait-il, la sclérotique de la chouette étant cartilagineuse , cette disposition s'oppose évidemment à ce que l'œil puisse varier dans sa figure (4)i 11 reconnut fort bien aussi que la couleur noire de la choroïde contribue puissamment à la netteté de la vision , et que les animaux qui sont destinés à voir de très-loin , ont une membrane noire particulière qui part de la lentille cristalline et traverse le corps vitré (5). Il fit également des recherches très- intéressantes sur la membrane pupillaire des animaux (6).

Philippe de la Hire donna une explication de l'ex-

Mariotte, c. p. Sog. Ô264 ^3) Ib. p. fii^. Sig.

4) OEiivres diverses de Perrault; tom. IV. p. 57Û. S-îq.

5) Jb. tom. m. p. 3/|3.

'^6) Ib. p. 344.

276 Section douzième , chapitre cinquième. perience de Mariotte, qui fut goûlëe par plusieurs physiologistes. Voici quel est le sens de son raisonnement. L'endroit oii le nerf optique entre dans l'œil doit être insensible à l'impression de la lumière , parce que la teinte foncée de la choroïde tempère partout ailleursl'intensiie'des rayons lumineux, tandis que ce point étant frappe d'une clarté éblouissante , perd nécessairement toute sa sensibilité. De la Hire refusait aussi de croire qu'il survînt des changemens dans l'intérieur de l'œil, et notamment que la forme du cristallin variât selon qu'on fixe un objet proche ou éloigné. La netteté de la vision lui paraissait devoir être attribuée à la dilatation plus ou moins considérable de l'ouverture de la pupille (i).

C'est de cette époque que date une des découvertes les plus brillantes qu'ait jamais faites l'esprit humain , celle de la théorie de la lumière et des couleurs. Elle est due au grand philosophe anglais , Isaac Newton , qui , pour me servir d'une expression de Platon (2) , sembla , en pénétrant ce mystère , déchirer le rideau qui dérobe le temple de l'immortalité aux yeux des faibles humains. La théorie des couleurs est d'autant plus remarquable dans l'histoire des sciences, qu'elle repose sur des expériences faites avec la plus grande circonspection, et appliquées avec une sagacité éton-' nante. La différence de réfrangibilité des rayons lu- ' mineux , et la véritable nature de la lumière, furent reconnues en 1672 par Newton , dans le temps où ce physicien étudiait les effets du prisme (5). Une découverte aussi importante non-seulement ouvrit à l'optique un champ tout-à-fait nouveau, mais encore

(i) Journal des Savans, an. i685, p. i35. — Duhamel, Hist. acaih scient. Paris, p. 3i5.

{■>) Plato , De rr.puhL. ed. Gryn. in-Jol. Basil. lib.VI. p. 433.

(3) Newton lui-même fille premier connaître ces recherches dans les Pltilosophical etc., c'esl-à-dire , Transaclious philosophiques, au. 1700. vol. 1. p. — On trouve aussi dans le même ouvrage le mémoire do son premier iulvcrsaire Gaston Pardies ( p. i43). et sa réponse (p. i^t^ )• — Voyez surinuL iVu'ft/ej-, Gcscliidite etc., c'est à-dire. Histoire d« l'optique, pr iB3.

Recherches sur les organes des sens. 377 enrichit la physiologie de plusieurs idées jusqu'alors inconnues. Cependant Newton ne s'occupa point do la théorie de la vision dans son traite' d'optique (1).

Guillaume Briggs (2) fut en quelque sorte le premier qui fit servir la théorie des couleurs à l'explication des phénomènes de la vision. Il emprunt» aussi le secours de l'anatomie comparée pour donner une idée plus exacte des fonctions auxquelles les di-

. .verses parties de l'organe de la vue sont destine'es (3)^ Il trouva que les poissons ont un cristallin splie'rique, parce que les rayons lumineux arrivent à leurs yeux après avoir traverse l'eau, de sorte qu'ils n'ont plus besoin d'e'prouver une refraction aussi forte de la part de l'humeur aqueuse (4). La densité du cristallin lui parut être triple de celle du corps ^vitré, et de'cuple de celle de l'humeur aqueuse. La scle'rotique est la même membrane que la corne'e .transparente, la choroïde ne diffère pas de l'uve'e , et la capsule du cristallin ne provient qu'accidentelle-

^ jnent de la dessiccation de ce dernier corps (5).

Frëde'ric Ruysch et Antoine de Leeuvvenhoek firent d'excellentes remarques sur la structure des parties de l'œil. Le premier découvrit la lame interne de la choroïde, qui depuis a reçu le nom de membrane ruyscbienhe, et la texture admirahle des

(i) On nç rencontre quelques idées physiologiques que dans les questions annexées au troisième livre de son Opliqtie. Les rayons lumineux, à\\.-\\ (^quœst. 12. p. 276), excitent dans les fibres solides de la rétine des vibrations qui se propagent jusqu'au cerveau. Si on ne distingue qu'un seul objet, quoiqu'on regarde avec les deux yeux, c'est (fue chaque 01- • S'^^e ne transmet à l'encéphale que la moitié de l'image (^li i'Af. i5. /;. 277. 270). IMewton {auœsi. 16. p. 287) pense qu'un coup porté sur l'œil fa'ii :apcrcevoir des bleuelics, parce que la commotion produit dus vibrations analogues h celles que détermine la lumii:re.

luvX ^l'^nV^'l"'' à Norwich, en 1642. Il était médecin du Roi et de n • ^*'"l"Tliomas à Soulhwark. Il mourut en 1704.

(3) Biiggs, i)phlhaLmographia ,c.n : in Maniiet. bibl. anat. vol. II. p. iC)2. u » . y n .

(4) IL p. 3r,ç).

(5) ib. p. m.

S.'jS Section douzième , chapitre cinquième. vaisseaux qui s'y répandent (i). Il aperçut le premier les nerfs ciliaires (2), et donna une meilleure description des procès ciliaires et des vaisseaux de la re'tine (5). Leeuwenhoek e'tudia la structure fibreuse du cristallin, les diverses couches que ses fibres constituent , et les différentes directions qu'elles affectent. \\ en donna aussi de très-bonnes figures (4).

Nicolas Hartsoeker (5) profila des de'couvertes de ses pre'de'cesseurs, et soutint que si nous voyons les objets droits , bien qu'ils se peignent renversés sur la rétine, cet effet tient à l'habitude qu'a l'homme de rectifier par le tact les erreurs que l'organe de la vue commet (6).

Jean Hovius décrivit parfaitement les vaisseaux de la choroïde, mais il se trompa d'une manière impardonnable en prétendant avoir observé dans le cristallin et le corps vitré un lacis admirable de vaisseaux dont il donna la figure, niais que personne n'a pu retrouver depuis lui (7).

Puget fit aussi quelques remarques curieuses sur la structure des yeux de certains insectes. Elles servirent à confirmer les découvertes de Leeuwenhoek (8).

Au commencen^ent du dix-huitième siècle, les médecins reconnurent que le cristallin est le siège de la cataracte. Dès-lors on entrevit la véritable destina-

(1) Rxtysch, Epist. anatom. XlII.p. i7..fis- 8- — Thesaur. anat. IJ. Tt. 1. 3,

(2) Id. Tfies. anat. l, c.

f 3) Id. Epist. anat. XIII. p. i5.

(4) Leeuwenhoek , yircan. nat, detect. p. 66 — 71 ( Opp, tom. III).

(5) Hartsoeker naquit à Gouda, en i656. 11 enseignait à Amsterdam, et fut pendant quelque temps professeur honoraire à Heidelberg. 11 mourut à Ctrecht, en 1725,

(6) Hartsoeker, Essai de dioptique. in-8<». Leyde, 1649. p- Sa.

(7) Hovius , De circulnri hy,morum oculariwnmotu. in-^°. Traj. l'joi. p. 28. 45. — Comparez. Petit , Mémoires de l'Acade'mio des Sciences de Paris , année 1 73o. p. 632 , et Rahtlauw , f^erJiandeli'nt; etc. , c'est-à-dire , Traité de la cataracte, in-8". Amsterdam , lySa. p. la.

(8) Journal des Savais , annécijo/j, V. p. toa. ia3.

Recherches sur les organes des sens. 279 tion de ce corps lenticulaire, et on fut convaincu qu'il ne sert qu^ re'fracter la lumière, parce qu'on l'enlevait dans l'opération, sans que la faculté de voir éprouvât une altération sensible. Remj Lasnier avait déjà trouvé, vers le milieu du dix-septième siècle, qûe la cataracte réside dans le cristallin (1) j mais au commencement du dix-huitième, Pierre Brisseau, professeur à Tournay , développa cette opinion (2) , et Antoine Maître - Jean, chirurgien à Méry-sur- Seine , la confirma par des recherches qu'il avait commencées dès l'année 1682 (3). Dans le même temps, il réfuta l'opinion que la sclérotique et la cornée transparente sont des prolongemens de la dure-mère (4). La dilatation et le rétrécissement de la pupille sont opérées par deux ordres de fibres, les "unes rayonnantes, et les autres circulaires (5). Pour démontrer les parties internes de l'œil, il se servait d'eau-forte injectée par le nerf optique (6). Le corps vitré est nourri par les procès ciliaires, et le cristallin par l'absorption d'une humeur que les vaisseaux de sa capsule sécrètent (7).

En 1710, Henri Pemberton imagina de publier au sujet des changemens internes que l'œil éprouve dans la vision (8), une théorie absolument semblable à celle que Young fit connaître il y a une vingtaine d'années, prétendant qu'elle était nouvelle et de sa propre invention (9). Après avoir établi des calculs mathématiques sur le degré de réfraction imprimé

(i) Gassendi, Physic. seot. III. membr. poster, lib. y II. p. 3ti. — • i'allyn, Analomie chirurgicale, vol. II. p. 3i6.

observations sur la cataracte, ia-ia. Tournar, 1706. (43 des maladies de l'œil, in-40. Troyes , 1707. p. 112,

(5} Jb. p. ,6. 27.

(7) Ib. p. 56.

a«l%f79t7Îrp.S9:' "'«'-"-«^i^- ' TransacUon, philosophicnic.,

28o Section douzième, chapitre cinquième. aux rayons lumineux par les diverses parties de l'œil, et fait connaître ses doutes à l'e'gard de l'opinion qui accordait aux. procès ciliaires la faculté de produire des variations dans la forme du cristallin, Pemberton avance que les fibres de ce corps, dont Leeuwenhoek a de'montré l'existence , sont de nature musculeuse , et qu'en vertu de la force qui leur estpropre, elles contribuent à augmenter l'arrondissement ou l'aplatissement de la lentille cristalline, suivant que l'œil Hxe un objet proche ou lointain. Il ne faut pas trouver e'trange, ajoute-t-il, que ces fibres musculaires soient diaphanes, car on rencontre aussi des muscles ti'ansparens chez les insectes (i).

Nous devons au grand Morgagni plusieurs remarques intéressantes sur les voies lacrymales (2). Cet habile anatomiste décrivit aussi , d'une manière plus détaillée que ses prédécesseurs , l'humeur au milieu de laquelle le cristallin se nourrit par imbibition, et qui porte aujourd'hui son nom (5).

Charles Saint-Yves (4) tenta encore une fois d'accorder à la choroïde la prééminence sur la rétine , en avançant que cette dernière sert seulement à modifier la lumière, et que l'ouverture de l'uvée, qui est une continuation de la choroïde, se trouve toujours en rapport avec la force ou la faiblesse de la faculté visuelle (5). Une expérience dans laquelle il vit une lumière se peindre clairement à la renverse sur la choroïde, parait avoir surtout contribué à lui suggérer cette opinion (6). Il croyait aussi que la

(\) Haller, Diss. anat. vol. VII. p. 17g.

(a) âJoreagni , ^dfers. anat. f^I. a. 33. p. 4o. n. 68. p. 87.

(3) Ibid. n. 71. p. 90.

(4) Sninl-Yves naquil à la Violle , près de Rocroy, en 1667. Il exerçait la chirurgie à Paris, et mourut en 1733.

°(5j Saint-%es, Trvnlue elc. , c'esl-à-dire. Traite' des maladies des yeux. in-8°. Londres. 1744. p. 32. 33.— Celle traduction 6st de Slocklon: Toriginnl français parut eu 1722.

(6) Ib. p. 34.

Recherches sur les organes des sens. s8r choroïde est unie avec le nerf optique beaucoup plus intimement qu'on ne l'avait suppose' jusqu'alors, et que cette liaison explique le grand rôle qu'elle joue comme organe proprement dit de la vue (i). La rétine, au contraire , remplit les mêmes fonctions que l'e'piderme dans l'organe du tact (2). Le rapport iBxact de l'ouverture de l'uve'e avec la force de la faculte' visuelle de'pend des filets nerveux, qui naissent du ganglion ophthalmique , et qui se re'pandent aussi-bien dans la choroïde que dans l'iris (3).

François Pourfour du Petit, doué d'une patience infatigable, fit un grand nombre de recherches sur les changemens que les parties de l'œil subissent avec l'âge. 11 trouva que la choroïde devient plus pâle, et le cristallin plus jaune et plus dense (4). H découvrit aussi les vaisseaux de la cornée transparente, et im canal que la membrane hjaloïde forme autour du cristallin (5). Il faisait provenir en partie les nerfs ciliaires du grand sympathique (6), car il admettait que ce dernier, au lieu de devoir son origine à la cinquième et à la sixième paires, se rend au contraire à l'œil avec elles. Ce fait lui paraissait être constaté par l'obscurcissement de la vue et la cécité même, qui sont les suites de la section du nerf intercostal. Les enfans nouveau - nés ont la vue plus faible, parce que leur cornée transparente offre une plus grande épaisseur et des plicatures qui s'effacent par la suite (7). Il fit des observations soignées sur la dimension des deux chambres de l'œil, et inventa, pour en mesurer l'étendue, un instrument particu-

(1) Saint -Yues, l. c. p. 35,

(2) Ib. p. 37.

(3) Ib. p. 36.

^^^4) Mémoires de l'Académie des Sciences de Paris, année 1726, p. 10g.

(5) Jb. p. 101. m.

(6\ Ihid. année 1727 ,p. i6.

(7) Ib. p. 349.

282 Section douzième f chapitre cinquième. lier auquel il donnait le nom <^ophthalmomètre{\). Après avoir éiudie le cristallin d'une manière spéciale, et l'avoir compare avec celui d'une foule d'animaux, il tenta d'en déterminer les dimensions, et indiqua très-exactement la structure et la direction des fibres dont ce corps est composé (2). Il trouva que la partie antérieure de' la capsule est ordinairement un peu plus opaque que la postérieure (3). Le cristallin se nourrit par l'absorption de l'humeur de Morgagni , dont Petit fit l'analyse d'après les principes de la chimie du temps (4).

Jacques Jurin, secrétaire de la société des sciences de Londres, hasarda, sur les changemens que l'œil .subit dans la vision des objets éloignés ou proches, 1 une hypothèse très-subtile, qui n'avait point l'anatomie pour fondement (5). D'abord il réfuta la théorie de Pemberton , c'est-à-dire, combattit la structure musculeuse du cristallin, et n'eut égard qu'à l'action des procès ciliaires qu'il croyait avoir la faculté d'aplatir la lentille, et même de faire naître un enfoncement à la partie antérieure de ce corps. Mais la plus hypothétique de toutes ses idées, c'est qu'il admit autour de la grande circonférence de l'iris un anneau musculeux particulier, dont l'action augmente la convexité de la cornée transparente , et rend l'œil plus propre à discerner les petits objets.

La connexion de la dure-mère avec la sclérotique, celle de la pie-mère avec la choroïde , et celle de la substance médullaire du cerveau avec la rétine, que Winslow avait rejetées (6), furent une nouvelle fois

{1) Mémoires de l'Acad. des Sciences^, année J7«8. p. ^iix. (2} Ibid. année 1730. p. 5. 3o.

(3) Ib. p. 626.

(4) Ib, p. 635. ^ . . • j-

(5) Jurin , Uebcr etc., o'est-h-dire , Sur la vision distincte et indistincte : dans Smith, Lehrbegr/ff elc. , c'est-à-dire, Traité d'optique, p. 5oo. .

(6) Exposition anatomique du corps humain , lom. Iv.n. aaS. p. 255.

Recherches sur les organes des sens. 283 défendues par Claude-Nicolas le Cat, qui fit provenir la lame interne de la scle'rotique et la choroïde de la pie - mère, et la lame externe de la cornëe opaque de la dure-mère (i).

Pierre Demours , oculiste du Roi à Paris , et natif de Marseille, rejeta l'opinion ge'ne'rale que la cornée transparente est une continuation de la sclérotique. Il fit voir qu'on peut facilement séparer ces deux membranes l'une de l'autre par la macération, et que chez les animaux où la sclérotique est cartilagineuse, la première conserve sa consistance ordinaire (2). Ailleurs, Demours cherche à prouver (3) que l'état naturel de l'iris est celui de contraction dans lequel la pupille se trouve dilatée , mais que cette contraction ne saurait être la suite nécessaire de l'action des prétendues fibres musculaires dont la membrane est garnie. L'iris n'a donc point une structure musculaire, mais ses fibres sont simplement élastiques. Joseph Weitbrecht adopta la même opinion, et il attribua les mouvemens de l'iris à la seule attraction que le cristallin exerce sur elle (4).

Bernard-Sigéfroi Albinus (5) et Haller se sont contesté le mérite d'avoir découvert la membrane pupillaire, mais l'honneur paraît en appartenir à Albinus, qui observa cette partie, en 1737, chez l'homme (6), car depuis long-temps on la connaissait chez les animaux. Wachéndorf la décrivit ensuite (7) , et Haller en donna une nouvelle figure (8).

(0 Le Cat, Traité des sens. in-8». Rouen, 1755. p. 379. — Me'moires de 1 Acade'mie des Science» de Paris, an. 1789, p. a5. 26.

>a< ?,'?^°'!'^ de l'Académie des Sciences de Paris, année 1740, p. 65, (3 ) Mémoires des savans étrangers , vol. II. p. 586.

(4) Comment. Acad. Petropol. vol. XIII. p. 356.

(5) Albinus naquit en 1696, à Franoforl-sur-l'Odcr. Il fut professeur d anatomie a Lejde pendant cinquante ans, et mourut en 1770.

f61 Alhm. annot. academ. Ub. i. p. 33. 34. lib. III. p. 92. q3.

(7) Commerc. liter. IVoric. a. 1740. hebd. i«.

(8) Haller Opusc.anatom. p. 33g. tab.x. f. 34- — Jd. Comment, in prœlect. Boerh. tom. Ip^. p. i5o. — Id. Elément, phy.nol. t. y. p. S-.î,

284 Section douzième , chapitre cinquième.

Guillaume- Jacques s'Gravesande publia, dans son traite de physique, difïerens e'claircissemens sur la vision d'après la théorie de Newton (i) , et Jean- Pierre Lobe', disciple du grand Albinus, décrivit la même anne'e, c'est-à-dire, en 1742, les parties les plus délicates de l'œil. On lit surtout avec intérêt ce qui concerne les vaisseaux du corps vitré et du cristallin, dans lequel Albinus découvrit chez l'homme même une artère qui naît de celles de la rétine, et qui traverse la membrane hjaloïde pour se rendre à la lentille (2).

En 1746, Pierre Camper (3) parut dans la carrière qu'il devait parcourir avec tant d'éclat, et débuta par des recherches sur la structure de l'œil. Son travail dénote un observateur attentif, formé par une longue étude des mathématiques. Camper confirma entre autres l'existence du canal godronné découvert par Petit (4).

Mais ceux qui contribuèrent le plus à perfectionner l'anatomie de l'œil , furent Guillaume Porierfield , médecin à Edimbourg , et Jean - Godefroi Zinn (5), professeur à Gottingue. Le premier donna, vers le milieu du dix-huitième siècle, un savant mémoire sur les mouvemens externes et internes de l'œil. Il attribua les internes à la seule action des procès ciliaires , et réfuta l'opinion de Pemberton (6). Plus tard, il publia sur l'organe de la vue un long

(1) s'Gravesande^ Elementa physices mathem. in-^°, Leid. lib. V. c. 10. n. 3oj6. f. 801.

(2) Haller, Diss. anatom. vol. P^II.p. loi. io5.

(3) Camper naquit à Leyde, en 1722. Il fil ses éludes dans cette université sous s'Gravesande et Albinus , devint professeur à Groiiingue, nuis à Amslerdam, passa le reste de sa vie dans sa terre de Kleia-Lan- Kum , et mourut en 1789. '

(4) Haller, Diss. anatom. vol. IV. p. 283.

(5) Zinn naquit en 1726, à Schwabach , cl mourut en 1759.

(6) Médical etc., c'est-à-dire, Mémoires de médecine de la sociéiif d'Euimbourg , vol. IV. p. iSg.

Recherches sur les organes des sens. 285 ouvrage (i), qui ne pouvait être surpasse que par lo livre deZinn. Ce dernier anatomisle de'buta parfaire ( onnaître ses recherches touchant la structure des procès ciliaires (2) , ensuite il donna une description de l'œil, qui est encore la meilleure que nous possédions, et dans laquelle on trouve une foule de découvertes nouvelles et de planches excellentes (3).

Jules Casserius fut le premier anatomiste de ce période qui fit des découvertes relatives à la structure de l'organe de l'ouïe. Ses travaux furent singulièrement favorisés par l'ardeur avec laquelle il s'adonnait à l'anatomie comparée, et par l'application lieureuse qu'il savait faire de cette science. 11 observa (|u'un tiers à peine de la corde du tympan est tendu sur la membrane du même nom, et que celle-ci est entourée et bordée d'un anneau cartilagineux dont il donna la première figure (4); mais il tomba dans une grande erreur, en regardant cette membrane comme une continuation du périoste (5). Il décrivit fort exactement les deux apophyses du marteau (6) , et reconnut que le limaçon n'a pas d'issue à sa partie supérieure (7). On remarque la description soignée qu'il a donnée des muscles extrêmement minces destinés à mouvoir les osselets de l'ouïe. Il observa nonseulement les muscles externes et internes du marteau, mais encore le muscle supérieur de cet os (8). L'honneur d'avoir découvert le muscle externe ne

(1) Porterfield, On the etc. , c'est-à-dire, De l'œil, in-8». Edimbourg,

(2) De ligamentis ciliarihus programma. in-!^°. Gotting. iij53.

(3) Descriplio anatomica oculihumani. in-!^o, Gotling. i']55.

(4) Casserius, De vocis auditûsque organo. lib. I. c. 8 p. 43. tab. JA". fig. 2. C.

(5) Ibid. — tab. ix. fig. 4.

(G) Ib. c. 12. p. 66.

(8) Ib. c. II. p.'Ti, tab. IX. fis- l> "< »3. F. 79.

a86 Section douzième , chapitre cinquième. saurait lui être conteste ( i ). Il remarqua aussi lo muscle de l'e'trier, qui , sous la forme d'un filament, provient de l'e'minence pyramidale de la caisse du tambour, et va se fixer par un tendon grêle à l'apophyse de l'ëtrier (2). Au reste, sa the'orie de l'audition est entièrement pe'ripate'ticienne, car il regarde l'air contenu dans l'inte'rieur de la caisse du tambour et du labyrinthe comme le corps intermédiaire destiné à transmettre les sons au nerf acoustique (3).

Plusieurs années s'écoulèrent après Casserius, sans que les anatomistes dirigeassent leur attention sur cette partie intéressante de l'anatomie du corps de l'homme. Vers l'année 1640, François Sylvius de le Boë découvrit un nouvel osselet qui s'articule d'un côté avec l'apophyse descendante de l'enclume, de" l'autre avec la tête de l'étrier, et que plusieurs anatomistes ont pensé n'être autre chose qu'un prolongement de l'enclume. Sylvius aperçut aussi chez les animaux un osselet sésamoïde dans le ligament de l'étrier (4).

En 1644 Cécile Folius décrivit plusieurs parties de l'organe de l'ouïe , notamment les canaux demicirculaires , le manche du marteau , et les branches de l'enclume. Il en donna aussi d'assez bonnes figures (5).

Paul Manfrédi , professeur à Rome , distingua mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'alors l'apophyse grêle et le manche du marteau , et il aperçut la membrane qui remplit l'intervalle des deux branches de l'étrier (G).

(1) Casserius le vit pour la première fois en iSgS. Depuis lui , plusieurs anatomistes n'ont pas pu le retrouver.

(2) lù. p. 80.

(3) ii. c. i5. p. 83. , , y ,. ^

(4) fesling, Syntagni. anatom. c. 16. p. — Barlhotm, Anatom,

reform. p. t^yi. . . », „ r> -

(5) Banholin , Epnt. cent. X. 62, p. aS;. a5g. — Hallcr, l/iss. ar.at.

T0nl,Jr.p- 365.

(6) AJanget. bwl. anal. voUII. p. ^Jl.

Recherches sur les organes des sens. :287 ' Claude Perrault profita de l'anatomie comparée beaucoup plus que Casserius ne l'avait fait. Celte science lui servit à indiquer les variations que les parties du corps humain pre'sentent quelquefois, et à faire connaiti-e le véritable usage auquel elles sont destine'es. Il remarqua le bord renverse' de la fenêtre ronde dans la caisse du tambour (i), mais il ne fit mention que d'un seul muscle intrinsèque de l'oreille : c'est le muscle interne du marteau auquel il attribua les mouvemens de tous les osselets (2). L'air, qui est l'organe immédiat de l'ouïe , se trouve dans le labyrinthe , et non pas dans la caisse du. tambour (3). La membrane qui tapisse les cavités de l'oreille interne n'est pas le véritable organe de l'ouïe , car la lame spirale du limaçon perçoit seule les vibrations du fluide atmosphérique, et le labyrinthe, ainsi que les canaux demi-circulaires, ne servent qu'à diminuer la force avec laquelle le son est réfléchi (4).

Jean Méry s'éleva contre plusieurs des propositions de Perrault. Il s'attacha surtout à démontrer (5) fjue la membrane qui tapisse les parois de l'oreille interne est parsemée d'un nombre prodigieux de filets nerveux, et qu'on doit par conséquent la considérer comme l'organe immédiat de l'ouïe. Cependant il paraît avoir quelquefois confondu les vaisseaux de cette membrane avec les nerfs, Il décrivit les osselets avec plus d'exactitude , assura que le muscle interne du marteau s'y fixe dans certains cas par un double tendon (6) , fit très-bien connaître les

^/'tV^®"^^^*' bruit: dans ses OEuvres diverses, tom, II. p. air. Pl. II. fig. Q. E. ^ ^

(a) Ib. p. 243.

U) Ih. p. 246.

{(\) Ib. p. 259—261.

(5) Méry, Desc.ipiioDcxRctede l'oreille: dans Lamy , De l'âme sen- "Vgi '/r'^'h ' ~ première édition parut eu 1677,

a88 Section douzième j chapitre cinquième. canaux demi-circulaires , indiqua déjà la demi-lame membraneuse du limaçon (i), ainsi que les rampes externe et interne (2) , observa que ces deux rampes communiquent ensemble par une ouverture commune (5), et reconnut que le noyau osseux commun < du limaçon n'est pas creux.

Toutes ces recherches furent encore surpasse'es de : beaucoup par celles de Jean Guischard Duvernej. i L'ouvragé classique de cet habile et célèbre anato- j miste repandit un nouveau jour sur diffërens points de la structure de l'organe auditif. On y trouve indique , pour la première fois , le canal de la caisse du tympan qui conduit dans les cellules de l'apophyse mastoïde (4). Duverney parla des canaux demi-circulaires, et du noyau commun du limaçon, avec ses vaisseaux et ses filamens nerveux (5). Il donna une description exacte de la distribution du nerf acoustique dans ce noyau commun , des membranes qui tapissent le vestibule , les canaux demicirculaires et le limaçon (6) , ainsi que de la corde du tympan (7). 11 fit parfaitement connaître les diffe'rences que ces diverses parties pre'sentent chez l'adulte et chez le fœtus (8). Du reste , il méconnut le muscle supérieur du marteau , mais il donna à la trompe d'Euslache la destination de conduire l'air du pharynx dans l'oreille interne (g). Les excellentes planches jointes à son traite représentent aussi ,

(i) Méry, l. c p. ^16.^^.

(^) Ib. p. 445.

(4) Duverney, Traité de l'organe de l'ouïe, in-8". Paris, i633. p. 18.. Pl. VII. fig. 2. G. H.

(5) Ib. p. 36. pl.X. 6g. I. 5.7.

(6) Ib. p. 48.

(7) Ib. p. 5i.

Recherches sur les orgmies des sens. 28g quoique d'une manière un peu superficielle, la distribution du nerf facial (i).

Gauthier-Christophe Schelhammer (2) publia son livre sur l'organe de l'ouïe à peu près dans le même temps que Duverney fit part du sien au public; mais, loin d'accroître la masse des connaissances relatives à l'objet dont U traitait , il négligea même plusieurs parties dont on avait déjà donne depuis long-temps des descriptions fort exactes. Ainsi , par exemple , les muscles de l'oreille interne lui étaient inconnus, k l'exception de l'externe et de l'interne du marteau (5). On doit egalenient penser qu'il n'avait pas bien étudie' non plus la corde du tympan et le noyau osseux du limaçon (4). Cependant il fut le premier qui re'futa l'ancienne doctrine de l'air inte'rieur , qu'on regardait comme l'organe immédiat de l'audition (6),

En 1689, Auguste -Quirinus Rivin crut gvoir trouvé à Le'ipsick que la structure de la membrane du tympan diffère de celle qu'on lui avait jusqu'alors attribue'e, La pre'tendue respiration des chèvres par les oreilles (6) , et les exemples de personnes qui rendent la fume'e de tabac par ces mêmes parties , dirigèrent d'une manière particulière son attention sur la membrane du tympan. En effet , il trouva qu'elle pre'sen te, au-dessous delà corde, et du côté de la tête du marteau, une fente, sur laquelle il aperçut une valvule, et qui lui parut être entourée d'un, muscle sphincter. Deux ans après, il fit part de sa découverte à Nuck (7). Quoique Glascr ait effecti-

fi) Pl. XVI.

M SchRlhammer iwqnil, en iG4c) , à lena , fut professeur à Hefcnjlaedt , à léna et à Kiel, el mourut en 1716.

(3) Schelhamnif-r, De awJUu : in Maneet. bihl, anat. vol. JI. v. Zî,^.

(4) Ib. ,,. 38o. 387. ^ ~

(5) Ib. p. 393.

(H) Alcmc'on de Crotonc avait Jéjà p.Trlé de ce phcnomcne.

(7) llwintts , De nudiUis vitiis ; in HalLcr, D/:>}. aniit. vol. ir. p. 33:.

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