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Tome IJ^, ot

522 Sèçtîoîi douzième, chapitre sixième.

brane de l'ovaire se déchire pour livrer passage â l'œuf (i).

Les changemens que l'œuf e'prouve pendant l'incubation attirèrent davantage l'attention des naturalistes de cette époque , parce que les résultats de l'observation d'un phénomène aussi important promettaient de fournir les conclusions les plus intéressantes sur le développement de l'embryon des mammifères. Antoine Maître - Jean rectifia par ses recherches plusieurs erreurs d'Harvey, de Stenon et de Malpighi. Il prouva que tous les œufs de l'ovaire peuvent être fécondés lors même que la poule n'a reçu le coq qu'une seule fois (2) , observa exacte- ' ment les vaisseaux du jaune, qu'il nommait ombilicaux , décrivit les valvules dont ils sont garnis (3) , montra que le cœur du poulet ne se trouve pas situé hors de la cavité pectorale à l'instant de son développement, remarqua les premiers linéamens des vaisseaux au bout de quarante-huit heures d'incubation (4) , et réfuta l'action des animalcules spermatiques , par la raison que très-souvent on ne peut parvenir à trouver ces êtres singuliers (5).

Alexandre Monro , le père , professeur à Edimbourg , fit des observations analogues sur la formation du poulet, et sur le développement du fœtus des mammifères. Elles lui fournirent l'occasion de constater l'existence des fibres musculaires dans la matrice (6), de rejeter toute idée de communication immédiate entre les vaisseaux de la mère et ceux de

(1) Santorîni, 1. c. -p. 324.

(2) Observations sur la formation du poulet. in-S». Paris , 1 723. p. 5.

(3) Ih. p. laa.

(5) Ib. p. 3o4.

(6) Médical tic. , c'est-à-dire , Mémoires de médecine de la Socic'lé rojale d'Edimbourg, vol. II. p. laS.

Recherches sur la génération, Z2S l'enfant, et de refuser de croire aux propriétés nutritives qu'on accordait à la liqueur de l'amnios (i).

Son fils, Alexandre Monro, examina les conduits se'minifères pendant le cours même de ses études, et prouva incontestablement que le vaisseau qui constitue l'ëpididyme est unique (2), Ensuite il développa ces observations dans sa dissertation inaugurale, oii il de'termina la longueur du conduit seminifèré, et fixa le nombre de ses replis à onze mille cent (3). En 1754, il injecta avec une adresse e'tonnante ce conduit et les lymphatiques du testicule. Guillaume Hunter , membre du colle'ge de médecine de Londres , lui contesta l'honneur d'avoir Iq premier employé ce procédé ; car il prétendit qu'eu 1762 , lui-même avait déjà poussé du mercure dans les vaisseaux du testicule (4). Cependant la gloire n'en appartient ni à l'un ni à l'autre , puisque Haller envoya en 1749 à la société des sciences de Londres un mémoire dans lequel il enseignait la manière d'injecter le testicule et l'épididyme avec le mercure (5).

Ce grand homme a rendu d'importans services à toutes les branches de l'anatomie , mais on doit surtout apprécier d'une manière particulière les effort^ qu'il fit dans la vue d'éclaircir la structure des organes génitaux, et la théorie même de la génération. En 1739, il publia un mémoire sur la texture de la matrice ; ce viscère offrit à ses yeux des fibres mus-

(i) Médical etc., c'est-à-dire, Mémoires de me'decine , 2. c. p. 17a. (a) Neiie etc., o'est-à-dire , Nouveaux essais de la Société d'Edimbourg. in-8°. Altenbourg , fj56. P. L p. 469.

(3) Monro , De testibus et semine in variis animaUhtis. in-Q°. Edimh. 1755. p. a3.

(4) Il'tnter , Médical etc., c'est-à-dire, Cominentaires de médecine. in-4°. Londres , 176a. p. 8.

(5) Philosopltical etc. , c e.st-à-dire , Transactions philosophiques , an. lî^J — 1700, vol. X. p. 1091.

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culaires dont il donna d'excellentes figures (i), et il fit connaître les follicules muqueux qu'on avait jus-* qu'alors considëre's comme la prostate de la femme (2). Ensuite il décrivit mieux que personne avant lui, les conduits se'minifères, la structure de l'epididjme et celle du testicule , montra que le corps d'Highmore n'est pas un canal, mais un tissu de vaisseaux d'où sortent des cônes qui se perdent dans l'ëpididyme (3), et compara la texture des vésicules se'minales à celle des intestins (4). Enfin il acquit des droits éternels à la reconnaissance de la poste'rité par ses observations sur l'œuf couve', dont il e'tudia les changemens d'heure en heure avec une patience infatigable, pour réfuter une foule d'erreurs introduites par Harvey, Sténon, Malpighi et autres. Il distingua le premier l'enveloppe du jaune de l'eau de l'amnios (5) , décrivit le beau reseau vasculaire qui se voit à la surface du jaune (6), fit voir que l'amnios apparaît au bout de trente-six heures d'incubation (7) , démontra qu'on discerne déjà du sang après quarante et une heures, et assura que l'humeur du jaune se convertit en fluide sanguin (8). Au bout de trente-huit heures il distingua le cœur, et il décrivit le développement des parties de ce viscère avec beaucoup plus d'exactitude que Malpighi (9). Il fit par la suite des remarques analogues sur l'embryon des mammifères, indiqua la véritable manière dont l'œuf se détache de l'ovaire , et montra que cet organe exhale du sang qui donne naissance à des flocons , lesquels se con-

(i) Haller, 0pp. min. vol, IZ. p, 45. 46- (■2) Ib. fie. X. u. II. u.

h) Ib.p 5.

(4) Ib. p. 6.

(5) Ib. p. 3i4.

(6) Ib. p. 3i9. Bag.

7) Ib. p. 321.

8) Ib. p. 334. 345.

y) Ib. p. 369. 373.

Recherches sur la ge'tiérati6n. SaS verllssent en grains que l'on peut conside'rer comme le commencement des corps jaunes (r). Du treizième au dix-septième jour , il vit une membrane naître au milieu de la mucosité' (2). Ces recherches furent faites sur des brebis , des vaches et des chèvres.

Cependant Thomas Simson , professeur à Saint- Andre' en Ecosse, avait de'peint la formation du placenta d'une toute autre manière. Il disait que ce corps est la partie du chorion qui adhère à l'ute'rus, que, par conse'quent, il a d'autant plus de volume que l'embryon est lui-même plus jeune, et que dans la suite il occupe moins d'espace , parce que la connexion avec l'utérus devient moins ne'cessaire (5). La matrice est de nature musculeuse à l'endroit oii elle touche au placenta , et on peut y distinguer sans beaucoup de peine des fibres musculaires dont la forme est circulaire (4).

No us avons de Guillaume Noortwyk une trèsbonne description de l'ute'rus dans l'e'tat de grossesse. Cet auteur examina entre autres avec beaucoup de soin la membrane villeuse externe de l'œuf et ses connexions avec la matrice (5). Il refusait avec raison d'accorder des vaisseaux à l'amnios (6).

Son travail fut toutefois surpassé de beaucoup par celui de Bernard -Sigéfroi Albinus, dont l'artiste a repre'senté avec un talent inimitable les parties de la matrice préparées de la manière la plus précise et la plus claire j il a surtout parfaitement bien exprimé la membrane villeuse externe de l'œuf avec ses vais-

(0 Haller, l. c. p. 456.

(2) Ib. p. 45y.

S^}.-^^^'""^ c'est-h-dire, Mémoires de médecioe de la So îété d Edimbourg, vol. IV. p. 80—86.

(.r,) Ib. p. 97.

(5) Noortivjk, Uteri hitmani gmcidi anatomia, in-io, Lusd. Bat l'-lî- /P. g. 26. •» / •

(è) U. p. li.

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seaux (i). Albinus avait injecte le placenta par les artères de l'ute'rus , ce qui semblait confirmer l'union imme'diate de la mère à l'enfant. Il pensait aussi avoir pousse' le premier l'injection dans les conduits se'minifères du testicule et ae l'epididyme (2), quoique l'honneur en appartienne incontestablement à l'immortel Haller.

Pierre Ge'rike, professeur à Helmstaedt , attribuait à la partie corticale des ve'sicules la production des corps jaunes dans l'ovaire fe'condé , et il fit à cet e'gard d'inie'ressantes remarques sur les truies. Il pensait que les animalcules spermatiques concourent à la fe'condation , et croyait devoir les faire provenir de l'air, par panspermie (5).

Daniel de Superville , me'decin du Margrave de Bayreuth , défendit vivement aussi la doctrine des animalcules spermatiques , qu'il regardait comme de véritables embryons,, et il rejeta totalement le système d'e'volj^tion (4).

Un Suédois dont le nom n'est pas connu , et qui est peut-être Emmanuel Swédenborg, concilia le système de Léibnitz avec la panspermie de Gérike, dans un traité métaphysique sur le péché originel (5).

Jean -Philippe -Laurent Withof , professeur à Duisbourg , prit également le parti des animalcules spermatiques, et réfuta la théorie des ovistes (6).

En 1746, René-Moreau de Maupertuis, devenu

([) Tahulœ VlJ. uteri grafiidî. în-Jbl, Lugd. Bat. 1746. (2) Annot, academ. in-l^°. Lugd. Bat. iqb'6- Hb. IV. p»'i3. (V) Gerike , De generalione hoininis. jn-^». Helmst.

(4) Philosophical etc., c'est-à-dire, Transactions pliilosophiques , a«. Xij3a— 174a. vol, IX. p. 3o). — Dans le mè.me temps ^ Henn Raker découvrit cjue le nouvel individu se trouve aussi coinpleloment développé dans la graine des vép.e't-iiix. Ib. vol. VIII. p. 806. ...

(5) Dilucidationps de origine animœ et malo hereditario, in-8°. aoJm^

''(6) ji4 ■vrslçma lieeumnhççkiartum CQinmentam <iuo. in .\''> Leid, 1746.

Recherches sur la génération. Say depuis président de l'académie de Berlin, fit des objections assez superficielles contre la théorie de Leeuwenhoek(i). Il se fonda principalement sur la ressemblance des enfans avec leurs deux parens, mais il rejeta aussi le système d'évolution, et crut pouvoir expliquer la génération en admettant une espèce d'attraction chimique entre les principes générateurs des deux semences (2). Les animalcules spermaiiques lui paraissaient n'avoir d'autre usage que de favoriser cette attraction, ainsi que le mélange des deux liqueurs prolifiques (3).

La plus célèbre de toutes les théories de la génération qui ait paru dans le courant du dix-huitième siècle, est celle que Georges-Louis le Clerc, comte de Buffon, fit connaître en 1746 (4). En parlant de Buffon , je ne puis prononcer sans une admiration sans bornes le nom de ce grand naturaliste, qui savait allier l'esprit observateur et la sagacité d'Aristote avec une force étonnante de jugement, un style classique , et même une éloquence (|ui ne peut être comparée qu'à celle de Rousseau : c est avec respect et reconnaissance que je nomme un homme dont les écrits se placent au premier rang avec ceux de Haller et de Linné. Les connaissances immenses qu'il possédait en histoire naturelle le portèrent à établir les comparai-

(i) Ses hypothèses sur la génération l'ont rendu moins célèbre ane son Essai de Cosmogonie, et sa Démonstration de l'aplatissemeiit aes pôles de la terre. Le comte de Maurepas l'envoya, ea lySG, dans la Laponie avec Le Monnier , Clairaut et Camus, pour y mesurer un degré de latitude. Voltaire a fait sur lui une épigramme plus flatteuse que vraie :

Son sort est de fixer la figure dn tnonda , De lui plaire , et de l'éclairer.

(•î) Vénus physique, p. 65. 66. 8i, (Œuvres de Mauperluis. in-8». Lyon, 1768. vol. II. 8.)

(3) Ib. p. 82. 9,5.

(4) BufFon naquit, en 1707, -a Monlbard , fut nommé intendant du Jardin du Roi , devint membre d« l'Académie française, et mourut «a

328 Section douzième ^ chapitre sixième. sons les plus utiles entre k structure du corps hu-^ main et celle des animaux. Sa théorie de la génération n'est pas seulement le fruit du raisonnement, raais c'est encore celui de l'observation, et Buffon a su tellement la parer des charmes de-la poésie, que celui qui n'est pas convaincu doit avouer cependant qu'elle est présentée de la manière la plus lumineuse..

Buffon trouva la doctrine de Leeuwenhoek fort invraisemblable, parce qu'elle conduit à une progression à l'infinil 11 calcula, entre autres, que l'homme adulte serait plus grand par rapport à l'animalcule spermatique delà sixième génération, que la sphère de l'univers ne l'est par rapport au plus petit atome de matière qu'il soit possible d'apercevoir au microscope (i). Une autre grande difficulté qu'il fit contre les deux systèmes, c'est que « chaque ovaire doit conte tenir à la fois des œufs mâles et femelles, et que la u semence de chaque homme doit également renfer- (c mer des animalcules mâles et femelles , que les « œufs mâles ne contiendraient pas d'autres œufs (f mâles, ou plutôt ne renfermeraient qu'une génécc ration de mâles, et qu'au contraire les œufs fe- « m elles contiendraient des milliers de générations (c d'œufs mâles et femelles, de sorte que, dans le « même temps et dans la même femme, il y aurait « toujours un certain nombre d'œufs capables de se (c développer à l'infini, et un autre nombre d'œufs (c qui ne pourraient se développer qu'une fois (2). » Buffon avait fait, avec Tùrberville Néedham, des observations microscopiques sur les animalcules spermatiques d'une infinité d'animaux, jusqu'au cabillaud, à l'e'perlan et au calmar, et s'était convaincu que ces corps ont une structure beaucoup trop

(0 Histoire naturelle des animaux. in-S». Paris , 1769. vol. III. r« ^33, (a) Ib. p, 235.

Recherches sur la ge'nératîon. Ssg simple pour pouvoir mériter le nom d'animaux, et que d'ailleurs on les trouve aussi dans l'humeur de l'ovaire (i). Ce sont des machines ou des molécules organiques qui se i^encontrent dans tous les animaux mdles ou femelles, dans tous ceux qui sont pourvus des deux sexes ou qui en sont prive's, dans tous les ve'gëtaux, de quelque espèce qu'ils soient, en un mot, chez tous les êtres du règne animal ou du règne végétal , et c'est la réunion de ces parties organiques qui donne lieu à la reproduction (2). Ces molécules, toujours actives, sont le superflu de la matière employée pour la nutrition, qui se dépose dans certaines parties : aussi ne peut-on pas dire, suivant Buffon , que ce sont des animaux, quoique son raisonnement soit ici en défaut (3). La seule raison plausible qu'il rapporte est tirée de l'inconstance de la forme de ces molécules, qui ne repose toutefois pas sur des observations certaines (4) , non plus que la coopération de la liqueur que les femmes répandent lorsqu'elles sont excitées, et que Buffon regardait comme une portion surabondante du fluide séminal qui distille continuellement des corps glanduleux de l'ovaire sur les trompes de la matrice (5). Il croyait aussi devoir expliquer les productions des animalcules dans les infusions des plantes par le rassemblement de la matière organique , et pensait que la réunion et la séparation de ces molécules pourraient bien être la cause de la fermentation (6).

Cette théorie se recommande principalement par sa simplicité et par l'harmonie qu'elle semble établir

(1) Histoire, /. c. p. S/fi. — Néedham , Nouvelles découvertes faites avec le microscope, in-4''. Leyde , 1747. p. 53, 208.

(2) Ih. p. 382.

(3^ Ib. p. 390.

(4) Ib. p. 400.

(5) Ib. p. 439.

(6) Ib. p. 45b. 45i.

33o Section douzième y chapitre sixième. dans la nature entière; mais Haller, dans la prëfece de la traduction allemande de la seconde partie des OEuvres de Buffon, objecte qu'elle suppose entre les parens et les enfans une ressemblance de structure organique qui est contraire à rcxpe'rience (i). Le savant Haller cherche aussi à défendre le système des ovistes contre le grand naturaliste français (2).

D'autres e'crivains ont elevë des objections bien moins importantes contre la théorie de Buffon. Le peintre Arnaud-Eloy-Gautier d'Agoty, non-seulement soutint l'animalité des corpuscules spermatiques, mais encore prétendit avoir découvert les vrais embryons dans la liqueur séminale (5).

Un ecclésiastique, Jean- Albert la Lande, de Lignac,qui écrivit une volumineuse réfutation de cette même théorie, fut surtout choqué du système de panspermie auquel elle lui semblait conduire (4).

Je suis obligé de m'arrêter ici , malgré le plaisir que j'aurais à payer aux excellens naturalistes Bonnet et Spallanzani le juste tribut de reconnaissance et de vénération qu'ils méritent pour leurs utiles travaux ; mais leurs ouvrages parurent dans le période suivant. Il est temps actuellement de faire connaître d'une manière générale les circonstances qui favorisèrent les progrès de l'anatomie et de la chirurgie pendant le cours de celui qui vient de nous occuper.

(t) Haller, 0pp. min. vol. III. p. 182. (a) Ih. p. i85.

(3) Zoo|raphie, ou Génération de rhomme et des animaux, in-ia.

(4) 'Lettres « un Américain sur l'histoire naturelle de M. BufFon. in- To. Hambourg, 1701— 1756. tom. I— IX. — Voyei surtout tom. VIII. p. 208. et tom. II. p. 55.

Coup d'oeil sur les circonstances , etc. 53 1 ,

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