CHAPITRE TROISIÈME
Découvertes en Mjologîe^
Quant à ce qui concernera mjologie, on fit d'abard des recherches générales sur la structure et les forces des muscles. Galien avait prétendu que ces organes sont composés de fibres tendineuses et nerveuses. Vésale fit voir au contraire qu'il n'j a au<;uu rapport entre les nerfs et les muscles, que souvent de gros nerfs forment de nombreux plexus dans de petits muscles, tandis q,ue des muscles très-forts, le cœur par exemple ,, reçoivent peu de filets nerveux , que d'un autre côté, les tendons, entièrement différens des parties musculeuses, se rapprochent (davantage de la nature des ligamens , que par conséquent la fibre musculaire, distincte de tous les autres organes , est douée par elle-même de la faculté de se mouvoir j et qu'enfin les muscles ne perdent point
(1) Lib. T. c. 23. p.
(2) L. c. p. 85. — Comparez Eustach. p. i86.
(3) L. c. p. qS.
(4) i^iephan. de dinetit. part, corp^ humaa. p. d-...
32 Section onzième , chapitre troisième.
leur force quand on les fend dans le sens de leur longueur (i). Fallope développa encore bien davantage cette théorie, et prouva en particulier que le mouvement existe seulement là où se trouvent des fibres musculaires, que la direction de ces fibres n'est pas la seule circonstance à laquelle on doive faire attention , et qu'en conse'quence on ne peut admettre avec les anciens que les fibres obliques opèrent la re'tenlion , et les fibres transversales le mouvement expulsif (2). Columbus crut avoir suivi les ramifications des nerfs jusque dans la fibre musculaire j aussi pensait-il que souvent cette dernière est produite par la fibre nerveuse (5). Ve'sale mit au nombre des organes uniquement propi'es aux animaux , le panicule charnu que Galien avait admis au-dessous de toute la peau (4). Etienne assura aussi qu'il n'existe point chez Thomme (5), et Coyter fit voir que c'est lui qui donne au hérisson la faculté de se rouler sur lui-même (6). On admettait généralement alors la
Ï>résence d'une membrane particulière qui entoure es muscles et les sépare l'un de l'autre (7), et c'est à Sténon qu'appartient le mérite d'avoir réfuté celte erreur (8).
A l'égard des muscles en particulier, on en découvrit un très-grand nombre qui reçurent des noms convenables ; d'autres furent indiqués avec plus d'exactitude j on rectifia les descriptions qu'en avaient données les anciens , et on fit connaître les différences qu'ils présentent chez l'homme et chez les animaux.
(1) f^esal. lîh. II. c. 5. p. 180.
(2) Fallop. obs. p. 4 n •
' (3) Lib. p^.e.i. p. ai8. — ' Comparez Laurent, hist. anatom. lii. F. e, 6- •p. 320.
(4^ Lih. II. c. 5. p. 191. — De radie, chyn. p. 636. (5; Stephan. p. 33o.
(6} Obs. p. 127.
i-jS Bauhin. theatr. anat. lib, I, c, 6. p. a2. (8) Myolog. specim. p. 77.
Découvertes en mjoTogie^ a-S-; Eiiemie regardait encore roccipito-fronlal comme un simple pe'rioste enveloppé d'un tissu cellulaire et adipeux (i). Ce fut Fallope qui le premier en donna mie description complète et juste (2). 11 re'gnait au commencement de ce siècle una foule d'erreurs relativement aux muscles de l'œil et à leur usage. Bérenger en admettait six pairs et un impair : ce dernier, destiné chez les animaux à retirer l'œil en arrière, et contourné autour du nerf optique, devait suivant lui , se rencontrer aussi chez l'homme (5). Vcsale même croyait encore à son existence , et il commit de plus la faute de penser que l'orbiculaire des paupières est composé de deux portions distinctes (4). Fallope combattit ces deux opinions erronées r il démontra que le premier muscle ne sè rencontra que chez les ruminans, et que l'orbiculaire des paupières est simple (5) ; mais Vésale ne s'opiniâtra pas moins à supposer la présence du muscle interne chez l'homme, et pre^tendit que lorsqu'il ne se trouve pas,, c'est que le sujet est dans un trop grand état de maigreur (6). Columbus se déclara également contre lui (7). Aranzi découvrit le releveur de la paupière supérieure dans le temps qu'il étudiait encore sous Maggiy c'est-à-dire en i548 (8). Vraisemblablement Fallope n'avait point connaissance de cette de'couverte, puisqu'il dit l'avoir faite lui-même en i555 (9). Du reste, Aranzi fit à tort provenir les muscles droits de l'œil de l'os ba^ilaire. Goyter découvrit le sourcilier (10).
. M Stephan. p-, S/jb»
(1) Obs. p, Syy.
m Berengar. comm. in- Mundin.f^^'jS. h.
>A r?*,/"^-."- ' «• P- '97- — radie, chyn. p. 667.
fe< r''î;"r'- jp- 454.4.55,
(D) ^xam.obs.Fallop.p.'^^i,
(7) Lib. r. c. 9. p. 227.
(8) ^ rant. obs. c. iq. p. 6%.
(9) Ot.. p. 378. ^'^^ (10} Obs p,
24 Section onzième j chapitre troisième.
On savait déjà généralement que les muscles externes de l'oreille sont soumis à l'empire delà volonté ; mais on découvrit un des postérieurs qui fut figuré par Eustache (i), et décrit par Columbus (2). Les muscles internes de l'organe de l'ouïe furent de même étudiés et mieux connus. Eustache décrivit parfaitement les muscles interne et antérieur du marteau , et celui de l'étrier (5). La descriptioa qu'en donna Cojter n'est pas moins fidèle (4). Aran/i connaissait le muscle interne du marteau, mais ne savait pas si c'était une artère ou une veine (5). Varole révoqua en doute l'existence de ces muscles, qu'il erojait être des nerfs déchirés par les dents de la scie pendant la section de l'os temporal (6). Enfin il reconnut son erreur, au moins quant au muscle de l'étrier , et prétendit alors qu'on peut les contracter à volonté (7).
Vésale parle beaucoup de muscles internes du nez qui servent à resserrer les narines (8)î mais Colambus les rejeta, parce qu'il ne les avait trouves que chez les animaux, et décrivit le constricteur externe de la narine (9). Posthius assure au contraire qu'il est facile de constater la découverte de Vésale chez les personnes très-musculeuses(io). Vésale n attachait pas moins de prix à celle du ptérygoïdien interne (ir) , auquel Fallope ajouta les ptérygoïdien et péristaphylin externes (12). Vésale prétendait encore
Ci\ Tah. XXXI {E).
(2) Lib. V. c. 10. p. 228.
(3) JOe audit, organ. p. i35.
m Obs. p. 99.
(5) Obs. o. II. p. 56.
(6) De nerv. opt.J^. lo. a.
(7) Anatom. lib. I. c. 6. p. 28.
^8) Lib. Ij, e. 16. p. 2o5.
fgj Lié. V. c. 4. p. 321.
(10) Obs. in Columb. p. 5l5.
(iiS Lib. II. c. II. p. 197.
(12) Obs. p. 3oï.
— Comparez Fabric. de aure , c. 6.
Découvertes en myologie. 2 5
avoir découvert, entre l'hyoïde et lepiglotte, des muscles hyo-epiglottidiens (i),que Fallope (2) et Columbus (3) placèrent au nombre des êtres de raison. En outre , Fallope n'accorde que quatre muscles à la langue, le sijlo-glosse, le ge'nio-glosse, l'hjo-glosse et le lingual (4), tandis que Ve'sale en admettait davantage. Cependant il se trompa fortement en faisant insérer le stjlo-pharjngien à la langue (5). Nous trouvons pour la première fois le stylo-hyoïdien dans Eustache (6) , et le thyro-e'piglottique dans Be'renger (7). Les anciens anatomistes plaçaient l'insertion de l'omoplat-hyoïdien à l'apophyse coracoïde : Columbus fit voir qu'il prend attache au bord supe'rieur du scapulum, et réfuta Galien qui lui avait donné pour usage de mouvoir l'ëpaule (8). Eustache a figuré avec une exactitude inimitable les muscles de la tété et du cou, particulièrement ceux de la nuque. Ve'sale fait à tort provenir le digastrique de l'apophyse slyloïde, puisu'il s'insère à l'apophyse mastoïdienne (9). Fallope a écrit le sple'nius, dont on attribue quelquefois la découverte à Die'merbrœck (10), et assigne déjà au sousclavier l'usage de relever la première côte (11). Au contraire , il prétend sans raison que le grand dentelé ne concourt nullement à la respiration (12). Au lieu d'un seul scalène, comme Galien, Fallope en compte trois (i3), et nous en trouvons aujourd'hui jusqu'à
(i) Lib.Il. c.2i.p. 213.
(a) Institut, p. /i5i.
U) Ol>s. p. 382.
(5) Ibid.
(7) Lomnientar. f. SgG. h.
(8) Lih.V. c. r-?. pi 2:^2.
(o) Lib. II. lab. V. (//. 7.) p, i55,
(lo) fJbs. p. 3go.
(ti) Ih. p.
(12) Ib. p. 388.
(13) Ib. p. 4o3.
26 Section onzième^ chapitre troisième. quatre et cinq. Il décrit le slerno-costal comme s'il était constamment formé de quatre portions , tandis que ce muscle pre'sente des variëte's sans nombre (i).
Ve'sale n'avait encore que des notions extrêmement grossières sur les muscles intercostaux et leurs fonctions. Cependant il savait que les externes n'agissent pas en sens inverse des internes, ainsi que le pensait Galien qui attribuait aux premiers l'usage de resserrer la cavité' pectorale, et aux autres celui delà dilater. Il assure avec raison que tous se bornent à rap-
f)rocher les côtes (2), Guidi croyait, au contraire, que es externes obéissent à l'action des internes, sans agir par eux-mêmes (3). Aranzi soupçonnait aussi que ces muscles ne servent qu'à clore la poitrine, sans exercer jamais la moindre action (4). Fabrice se déclara pour l'assertion de Galien , mais regarda comme la seule qui appartînt au médecin dePergame, celle qui donne aux intercostaux externes l'usage de dilater la poitrine,^ et aux internes celui delà resserrer, soutenant que le texte a été corrompu dans les autres passages du même auteur qui renferment une opinion contraires car, suivant lui, en relevant les côtes, ces muscles doivent dans le même temps accroître la capacité de ia cavité thorachique (5).
Parmi les muscles du bas-ventre, Fallope décrivit très-bien l'oblique descendant et le pyramidal. Il connaissait déjà le ligament de Poupart (6). Piccolhuomini fut le premier qui donna à la ligne blanche le nom qu'elle porte (7).
Les figures et les descriptions de Cannani ont surfit Ohs. p, 4o3.
Ça^ Vesal. lib. II. c. 35, p. aSg. — Examen, apot. Ctinei,p. 854f3l Fid. lib. ir. c. 8. p. 187.
(4) Obs. c. 34- p. 99- — Comparez le septième mcmoiro d« Sabnlier dans son Traité d'anaiomie, vol. III. p. 465.
(5) Fabric. de respirât, p. 1177.
f6) Obs. p. 385. — Instit. p. 43i.
(j) ^nat. praL p. 68.
Découvertes en myologie. 27
tout contribué à répandre un plus grand jour sur les muscles des extrémités supérieures. La planche seconde représente le sublime qui s'y divise en cinq portion» tendineuses. Dans la troisième on remarque le cubital interne, dans la dix-huitième les lombricaux et lé court fléchisseur du petit doigt, dans la dix-neuvième le palmaire cutané , que Valverde copia ensuite (i), et que Fallope a mis au nombre des grandes découvertes de Cannani (2). On croyait dans l'origine que ce muscle dilate la paume de la main , mais nous savons aujourd'hui qu'il sert à en froncer les tégumens. Cannani a également découvert, ou, au moins, figuré le premier avec précision le court fléchisseur da pouce, les interosseux et l'adducteur du petit doigt. On regrette seulement que ces muscles soient eil général d'une grosseur surnaturelle. On trouve le coraco-brachial grossièrement indiqué dans Vésale (5), et Aranzi en a donné la première description èxacte (4). Sylvius découvrit les jumeaux et le transversal des orteils (5) , et Fabrice décrivit ce dernier' avec clarté (6). Golumbus donna la description du long extenseur des orteils (7) , et Fallope celle du pyramidal de la cuisse (8). Vésale étudia plus soigneusement le poplité, qu'il prétendait ne pas contribuer d'une manière sensible à fléchir le tibia (9) , et que Fabrice trouva quelquefois double (10).
(a) (Jhs. p. 330.
(3^ Lib.ii, p. 145. 2î.
(4) Obs. c. 4a. p. 112.
(51 Jsagog./ 55. A.
(6) De. gressu, p. 36y.
M /- ib.fr. c. 3i. p, 283.
(8) Obs. p. 391. I
(9) II. c. 55. p. 284.
(10) De gressu, p. 348.
Section onzième, chapitre quatrième.