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CHAPITRE QUATRIÈME

Découvertes en Angeiologie.

Les découvertes les plus importantes furent faites en ange'iologie , et la perfection à laquelle on porta cette branche de l'anatomie donna lieu à un nouveau sjstènie qui changea complètement la face de la théorie et de la pratique de l'art médical. Jusqu'alors on avait regardé les veines comme les principaux de tous les vaisseaux, elles passaient pour être les réservoirs du véritable sang, on attribuait à elles seules l'acte de la nutrition, et c'était toujours par leur description que l'on commençait dans les traités d anatomie. Vésale adopta encore la même marche. Les artères ne sont à ses jeux que des canaux àes~ tuies à conduire les esprits vitaux du cœur dans toutes les parties du corps. Il n'en traite qu'après les veines, et ne leur consacre pas, à beaucoup près , autant de détails qu'à ces dernières. Quoiqu'il se fût aperça qu'une ligature appliquée aux artères donne lieu à un gonflement entre elles et le cœur, et

3u'il attribuât ce phénomène à la suspension du cours u sang renfermé dans le cœur, cependant, comme le même effet ne se manifestait pas également dans les veines , il crut devoir l'expliquer par l'accumulation de l'esprit vital qui est mêlé au sang dans les artères. L'idée générale était et demeura toujours la même, savoir que le sang avance ou recule dans les vaisseaux suivant qu'il trouve çà ou là d€s irritations , et que le mouvement inspiratoire le chasse dans l'intérieur de ces canaux , d'oii il revient au eœur pendant l'expiration. Mais on avait abandonné

Découvertes ai angéiologie. 29 depuis long-temps de'jh l'opinion de Galien qui faisait provenir toutes les veines du foie. Vësale en particulier défendit celle d'Aristote , et soutint cjue la veine cave prend naissance dans le cœur (i), théorie ■que Susius avâit déjà soutenue en i545 dans ses leçons publiques à Ferrare(2).Sylvius cependant embrassa le parti de l'infaillible Galien (5) j et Columbus (4) , Eustache (5.) et Fallope (6) eux-mêmes prétendirenl sérieusement que la veine cave nait du foie ; ils pensèrent qu'elle communique avec la veine porta par de grosses anastomoses semblables à celles qu'on admettait généralement dans le corps pendant la cours de ce siècle (7). Varoie (8) et Dulaurens (g) cherchèrent encore à démontrer l'existence réelle da ces anastomoses ent^re les deux principales veines. Bérenger en avait déjà supposé de semblables entre les artères et les veines spermatiques (10). Eustache réunit de même les veines hjpogastriques avec les vésicales (i i), et Fallope les artères du mésentère avec celles du rectum (12}. On se conformait d'ailleurs au sentiment de Galien , en admettant de grandes anastomoses entre les vaisseaux des mamelles et ceux du bas-ventre , pour expliquer la sympathie qui existe entre l'utérus et les organes sécréteurs du lait (i 3). Il est vrai que ces dernières sont évidentes , et faciles à démontrer.

fi") Lih.in. c. 6. p. Sig. lib. F"!, c. 12. p. 5ii.

(2) Susius, De ye'nis e direçto secandis. in-^° . Cremon, iSSg. p. 6o6r (b) yesan, caluinn. depulsi p. g6.

Lib. fi. p. ooZ. lib. XI. c. a. p. 4ll. (5) De renum ryffic. c.'ag. p. rj5.

m Obs. p. 3g4..'— //istii. 435.

(7^ Fallop, obs. p. 3QS,~Baiihin. Tkeati: p. 48, (8) Anatom lib. m. c. 6. p. 78.

/y) Laurent, hisl. anat. lib. If^. c. 3. p. 21g.

f lo) Comment, in Mundin.f. i85. a. —jLuslach.lai.XJI. fi^. i. 3 fii) Tab.XI.fig.i. ^6 fis) Instit. p. 45o.

(i3) Syli'. vesan. calumn. depul*. f. 70. b. — Eitsiaoh, tub. X^yil. PS' I a- — PMop. obs. p. 3y8.

5o Section onzième , chapitre quatrième.

Des recherches plus exactes sur les valvules déjà çoiinues des gros troncs qui sortent du cœur, et sur celles des veines elles-mêmes, donnèrent lieu çle fëfle'chir sur l'usage de ces membranes y et l'on

Î)arvint ainsi à soupçonner la véritable the'orie de a circulation. A cet e'gard nous devons déjà beaucoup à Be'renger. Il décrivit la valvule mitrale de la veine cave ascendante, et les valvules sigmoïdes des veines pulmonaires : elles lui parurent avoir de l'analogie ensemble, parce qu'elles ne fermefit pas complètement les vaisseaux, présentent line certaine flaccidité, ou moins de solidité que toutes les autres, et se retirent sur elles-mêmes lorsque le cœur se dilate. En outre, il découvrit aussi la valvule tricuspide , située entre l'oreillette droite et le ventricule du rriême côté, valvule dont l'usage lui semble être également de retenir le sang dans le cœur, et de s'opposer à ce qu'il ne reflue dans l'oreillette. Il donna encore la description des valvules semi-lunaires qui s'observent dans l'artère pulmonaire et l'aorte, démontra l'identité de leur structure, et présuma que puisqu'elles s'ouvrent du côté du cœur, elles ont pour usage d'empêcher le sang de rentrer dans ce viscère (i). Sylvius aperçut aussi la valvule semi-lunaire de la veine cave descendante (2) , à laquelle on a donné depuis le nom d'Eustache , mais à tort ; car cet anatoraiste , bien qu'il l'ait décrite (5) et assez mal figurée (4), ne l'a certainement pas vue le premier. C'est avec tout aussi peu de fondement qu'on attribue la découverte des valvules sigmoïdes des veines pulmo-

(j) Berengar. comment, Mundin. f. 349. «. — t>'ofi vient que, jusqu'aujourd'hui, on a négligé ce passage important de Be'renger ?

(2) Isagog. Ub. I. c. 4. /. 22. fe. — Compare! Stephan. p. 366»

(3) De venu sine pari, p. a6^

(4) Tab. FUI. f'g.6.

Ddcowcrtes en angc^iulogte. 5i mires à Vésale, quoiqu'il en ait donné une meilleure description que Bérenger (i). Il montra do même à Sj'lvius les valvules de l'aorte, que celui-ci ne pouvait pas trouver (2). Fallope (3) et Levasseur (4) connaissaient la valvule de la veine cave ascendante, celle de l'oreillette droite, celle des artères pulmonaires, et leur donnèrent le même usage que Bérenger. Posthius se prononce encore plus clairement sur la destination des valvules qui se trouvent dans les gros troncs à leur sortie du cœur (5). Aranzi décrivit le contour cartilagineux de la valvule de l'artère pulmonaire, et les petits tubercules des valvules sigmoïdes, éminences qui portent aujourd'hui son nom (6).

On découvrit aussi des valvules dans différentes autres veines, mais il s'écoula un long espace de temps avant qu'on sût tirer des résultats exacts de cette observation. J'ai déjà dit dans une autre occasion, que Gannani aperçut en i547y à l'orifice de la veine azjgos , une valvule qu'il croyait servir à modérer l'afflux du sang contenu dans la veine cave. Avant lui , Sylyius avait reconnu des valvules semblables dans plusieurs autres veines (7) , Etienne (8) et Vésale (9) avaient vu celles qui garnissent les orifices des veines hépatiques : cependant on ne voulait pas croire à la découverte de Gannani , €t on la tournait en ridicule, ainsi que je l'ai dit précédemment. Peut-être Etienne est-il le premier de ces anatomistes qui l'ait entrevue , car il écrivait

• f i) Lib. ri. e. i5.p. Sig.

(2I De radie, chyn. /7.680.

(31 Insiit. p.

(4) Passai in analomentabul. p, iQt.

(5) Obs. in Columb. p. 5 12.

t6) Obs. c. 33. p. 93. g/j.

0) l^agog. lib. 1. c. 4. f. aa. b.

(,8) De dissect. p. i83. 35;.

te) Lib. m. p. 3a,,

32 Section onzième , chapitre quatrième. a,vant l'année i656 : on devrait donc lui accorder le grand me'rite d'avoir invente la nouvelle doctrine, Euslache vit aussi les valvules des veines coronaires, et les lit repre'senler dans ses tables (i). Posthius, en i56o, décrivit celles des veines crurales dans l'amphitlie'âtre de Montpellier (2), Salomon Alberti, quelques années ensuite, reconnut celles des veines j-ënales, crurales et autres (3). Enfin, en 1574, et en même temps que Paul Sarpi (4) , Fabrice découvrit dans la plupart des veines du corps ces valvules HÎont il donna d'excellentes figures, et auxquelles il •assigna pour usage de s'opposer à la congestion du sang, et de prévenir la trop grande dilatation des yeines. Les artères, dit-il, n'ont pas besoin de valvules, parce que le mouvement oscillatoire du sang n'y est pas aussi interrompu que dans les veines : au contraire les valvules sont indispensablesaux vaisseaux veineux des extrémités , puisque, les raouvemens continuels qu'exécutent ces parties peuvent facilement déranger la circulation. Quant aux veines du cerveau et du bassin, les valvules leur sont inutiles, car le sang y afflue nécessairemeiit avec plus de force (6). Fabrice ne connaissait donc pas le véritable usage de ces cloisons, qui est de favoriser le retour du sang vers le cœur.

On peut remarquer aussi les progrès que l'on faisait insensiblement vers l'une des découvertes les plus intéressantes dont l'anatomie pouvait s'enrichir, celle de la théorie de la circulation pulmo-

(1) De vena sine pan, p. 268. 280, — Tfl>- riZJ. fig. 6. tab. xri, fig. 3. iS.)

(2) Obs. in Columh. p. 5o6.

h) Histor. part. p. . , » ,

M GriseUiii, Mcmorie etc. , c'est-a-dire, Memoives et Anecdotes sur la vie et les ouvrages de P. Saipi, p. 14. — Je crois inutile de domontrer, contre Grisclini, que Sarpi ne découvrit le preiuier m ces valvules , m ia circulation, car Tiraboschi (vol. VIL 2. p. Sa.) Ta fQrl bien prouTe. (5) Fahrio. dç ■nenarum oslioU p. i5o. i5x>

toécowertes en angeioîogîé. 33

tiaire, admise vers la fin du seizième siècle par un grand nombre d analomistes. Il s'agit ici des rechercheg sur la cloison des ventricules que Galien pensait être percée de plusieurs trous , ou dans laquelle il supposait des enfoncemens assez prononcés pour pouvoir former un troisième ventricule. Déjà Bérengei^ reconnut l'inexactitude de cette assertion : il trouva la cloison si solide, et les porosités de Galien tellement imperceptibles , qu'il déclara positivement que le

fassage du sang de l'une des cavités du coeur dans autre, au travers de celte cloison, est une chose presque impossible (i). Cette idée une fois adoptée, il fallait nécessairement aussi faire provenir les veines caves du cœur, et c'est la raison pour laquelle Vésale insista aussi fortement sur la solidité de la cloison (2). En effet , si la veine cave naît du fbie^ et conduit le sang au cœur. Ta or te, qui, indépendamment de l'esprit vital , contient encore du sang , ne peut recevoir ce dernier que de deux manières, soit par les veines pulmonaires après qu'il a parcouru le poumon, mais on n'admettait pas encore çetté circulation , soit par l'infiltration du fluide au travers de la cloison des ventricules. Laguna sentit bien cette difficulté, quand il prétendit que la cloison est percée^ qu'une partie du sang coule immédiatement du ventrit cule droit dans le gauche, et qu'une autre partie s'en-gage dans l'artère pulmonaire pour aller rjiourrir lepoumon (3). Monavius mande encore à Crato que Pigafetta, disciple de Fallope, soutint publiquement à Heidelberg que la cloison des ventricules n'est point poreuse, opinion oui paraissait alors une véritable hérésie aux jeux des médecins de l'Allemagne (4}.

{i) Comm.în Mund.J. 2>^i. a.

(2) Lib. VI. c. i5. p. 5ig. . .

(3) Lacun. anatom. method. p. B-j.

(4) Craton. epist. lib. r. p. 344^

Tomç IV, 5

S4 Section onzième , chapitre quatrième.

Peut-être ces écrivains, induits en erreur par la comparaison de la structure du cœur des animaux , avaient -ils admis que chez l'homme aussi le trou ovale persiste après la naissance, et que de cette manière la cloison est percée.

Après Vésale , Michel Servet soutint aussi que la cloison est entièrement solide , et se servit ae cet argument pour établir la théorie de la circulation pulmonaire , dont on trouve en effet les premières traces dans ses écrits. Il dit (i) que l'esprit vital des artères pénètre dans lesveines par les anastomoses qui unissent ces deux ordres de vaisseaux, car il n'est pas une seule partie du corps dans laquelle , ainsi que Vésale en avait déjà fait la remarque, chaque veine n'ait une connexion intime avec l'artère qui lui correspond. Le sang ne peut passer de l'oreillette droite dans la gauche au travers delà cloison, qui est absolument impénétrable. Il faut donc qu'il traverse les poumons, où il se charge de l'esprit vital contenu dans l'air atmosphérique , et revient ensuite au cœur. De ce que l'artère pulmonaire est extrêmement volumineuse en proportion des veines correspondantes, de ce qu'elle est constamment accompagnée par ces dernières, et de ce qu'il existe d'autres vaisseaux destinés à la nutrition du poumon , Servet conclut que l'artère pulmonaire n'a pas uniquement pour objet de porter la nourriture à l'organe respiratoire. D'ailleurs, le mélange de l'esprit vital avec le sang ne saurait avoir lieu ni dans l'une ni dans l'autre des deux oreillettes , parce qu'aucune n'est assez spacieuse pour servir à cet usage., Telle est donc la première trace de la petite circulation. Elle date de l'année i652, puisque l'ouvrage de Servet parut en i563. On a prétendu , il est vrai, trouver la grande

(0 iSemt. reftittit, çhn'fiîanqm. Uh. v.p. 169 ^ed^ 1790).

Découvertes en àngéiolûgiè. 55 îlidîquëe dans un ouvrage plus ancien , publie par Jacques Rueff, et dont il a été question pre'ce'demment ; mais une ignorance complète de l'histoire a pu seule engager quelques chirurgiens français à préférer Rueff à l'immortel Harvej (î). Le passage de cet auteur sur lequel on se fonde , ne traite que de la distribution de l'esprit vital par tout le corps, au moj^en d€S artères (2), et comme Portai a parfaitement réfuté Guillemeau (3), je n'ai pas besoin de m'arrêter plus long-temps sur cette opinion.

Six ans après la publication de l'ouvrage de Sefvet, Columbus donna la petite circulation comme une découverte qui lui appartenait, et lia fit coU-» naître, selon sa coutume , avec une emphase extraordinaire. Cependant on ne peut lui refuser l'honneur d'en avoir parlé d'une manière plus claire , et de faire revenir du poumon non pas un sang mêlé d'esprit vital comme Servet, mais un sang parfaitement pur (4). Aranzi, en traitant celte matière, avoue l'embarras oii il se trouve, parce qu'il ne peut se ranger du parti de Columbus, et que cependant il ne saurait admettre le passage du sang de l'oreillelle droite dans la gauche au travers de la cloison qui est solide , que quand bien même on accorderait la possibilité , ou la réalité de cette transsudation , il serait impossible d'expliquer pourquoi le sang ne rentre point par ces porosités hypothétiques dan$ l'oreillette droite , et ne vient pas ainsi troubler la marche de la nature, qu'on ne saurait concevoir à

(i^ Garengeot, Splandinologie , vol. II. p. i56.

(2) Rueff , de coiiceptu et générât, lib. /. c. 4. f.Q.

(3) Histoire de l'anatomie , vol. I. p. 5i5.

(4) Lib. f^ii, p. 325. — Je ne puis laisser e'chapper celle occaiion dé prodiguer des éloges à l'exactitude d'Eùstaclie , qui réfuta tacitement I opinion erronée alors régnante de l'existence d'une seule veine puliiioff^Vtl. i"* figurer uès-exactemeui \c% buatre veines dt; c« nerii

$6 Section onzième , chapitre quatrième, quoi serviraient les artères coronaires , et moins encore l'artère pulmonaire, si le sang n'avait besoin ue de traverser la cloison pour passer d'une cavité ans l'autre, pourquoi les veines pulmonaires auraient autant de diamètre, si elles ne devaient rap-r porter que de l'air du poumon , pourquoi ces vaisseaux se trouvent souvent pleins de sang après la mort , pourquoi ils sont pourvus de valvules aussi

bien que l'artère pulrnonaire En un mot, on voit

qu'Aranz,! ne sait quel parti prendre, et il termine ar un lieu comrnun ; savoir, qu'il arrive dans ce as monde bien des choses dont le mystère est im- pe'nétrable pour notj'e philosophie (r). Varole connaissait aussi le rapport de l'artère aux veines pulmonaires , cependant il ne se manifeste pas clairement sur la destination des vaisseaux (2).

Mais bientôt parut un lon^ traité sur la circulation pulmonaire , dû à André Cesalpin , d' Arezzo , médecin du Pape , qui s'est rendu célèbre par son explication originale des dogmes des péripatéticiens, et par les disputes qu'il eut à cet égard avec Taurellus (3). Cesalpin part du principe que le cœur n'est point rafraîchi par la respiration, car celui des animaux perd promptement dans l'eau fi'oide sa chaleur vitale, qu'il coriserve au contraire plus longtemps dans l'eau chaude , mais que les poumons ne servent qu'à rafraîchir cet organe, lorsqu'il a été échauffé. Le sang passe du ventricule droit dans l'artère pulmonaire , et de celle-ci, par de nombreuses anastomoses , dans les veines pulmonaires qui le ramènent au ventricule gauche. Les ramifications de

(1) Obs. c. 33. p. 92.

(2) Anal, lib. Il, c. i. p. 54-

(3) Comparez Memorie etc. , <j'est-à-dire , Mémoires des hommes illustres de la Tcscane, vol. I. p. gS. — Bayle, vol. II. p. ii8. — £ruç/ier, vol. IT' p. 230. — Kicéroa, Mémoires , vol.XLIlI, p. »64»

Tyécolwertes en angêiologîe. 3^7 ces veines sont accompagnées par celles de la trachée artère, qui n'ont toutefois pas de communication avec elles, mais servent à rafraîchir par le contact de l'air frais les parois des vaisseaux veineux , et conse'quemment le sang qui s'y trouve contenu. Il est ridicule , ajoute-t-il , de nommer l'artère pulmonaire veine arte'rieuse , uniquement parce qu'elle sort comme la veine cave du ventricule droit: c'est une véritable artère parfaitement analogue à l'aorte. La de'nomination d'artère veineuse donnée à la veine pulmonaire n'est pas moins absurde, car, bien que ce vaisseau se termine dans le ventricule gauche, il a toutes les qualités des veines. Au milieu de ces idées trèssaines sur la petite circulation, Gésalpin ne révoque cependant point en doute la transsudation du sang par la cloison du cœur (i). Du reste , le passage qtie je viens de citer prouve, ce me semble, d'une manière très-lumineuse , que le savant médecin avait une notion parfaite de Ja circulation du sang dans les poumons ; mais il connaissait aussi la grande circulation par tout le corps, et certainement il n'avait emprunté cette idée ni à Fabrice , ni à Harvey , car on en trouve la preuve évidente dans ses autres ouvrages. Le premier il remarqua le gonflement des veines entre leur terminaison et la ligature placée sur leur trajet, et en conclut que l'opinion générale d'après laquelle on admettait un mouvement progressif dans ces vaisseaux , était erronée. Cependant il parle encore d'un flux et d'un reflux du sang dans les veines, et n'est pas bien certain de ce qu'il avance , puisqu'il ignore l'existence des valvules qui s'opposent à celte progression (2); mais ailleurs il parle si précisément du simple retour du sang par les vemes, que je ne balancerais pas un seul instant à lui

38 SecfioH onzième j chapitre quatrième. aiu ibuer tout l'honneur de la de'couverte de la grande circulation, s'il était plus d'accord avec lui-même > et s'il était parti du point principal, de la présence des valvules. Je rapporte en note le passage tout entier (i), et l'abandonne au jugement du lecteur. Cependant j'avoue franchement que je porte une vénération trop grande à l'immortel Harvey, pour le soupçonner d'avoir voulu usurper la gloire d'une découverte qu'il pouvait ne point ignorer avoir été faite avant lui par un autre. Il est toujours fort étonnant que l'excellent anatomiste Fabrice n'ait point eu des idées plus claires sur les fonctions des veines pulmonaires, et soit demeuré strictement attaché aux préjugés qui régnaient avant lui (2).

La circulation du fœtus fut complètement examinée dans ce siècle. On ne tarda pas à remarquer le trou ovale situé entre les deux oreillettes qu'il fait communiquer ensemble , et fermé par une valvule qui s'oppose au reflux du sang, mais qui, chez l'adulte , forme un enfoncement entouré d'un isthme , et presque toujours entièrement inipénétrable. Galien avait déjà observé ce trou chez l'embryon (3). Le passage oii il en est parlé est si clair , et prouve de la part du médecin de Pergame une connaissance si exacte de l'économie du fœtus, qu'on est en droit de s'en étonner. Mais il y a plus : Galien avait entrevu aussi le canal artériel, qui reçoit et conduit directement à l'aorte le sang de la tête et des

(^i) Cœsalpin. de plantis. in-^". Florent. i583. J. c. a. 3, Q"d aiitem ratîone Jiat alimenti attractio et nutritio in plantis , consideremus. Nam in animalihus videmus alimentum per venas diici ad cor, tanqitam cd officinam coloris insiti , et , adeplâ inibi ultimâ perfcctione , per arterias in tinipersum corpiis dislribid , agente spirtlu , qui ex eodem alimenta in corde ^ignitur, — Comparez du reste Nardi , Noct. génial, ir.p. Rolfink. diss. anat. lib. tr. c. 25. p. gaS. <— Ltndcn, Hippocr. dt ctrcuk sanguin, exerc. XVI, §. 558.

(a) Fahric. de respirât, c. 12.. p. i8ij»

(3) Dg usu part^ lib. xri. p. 533.

Découvertes en angéiologle. 5^ membres supérieurs, lequel ne pouvant passer par le trou ovale, est porté par la veine cave ascendante dans l'oreillette droite. Galien connaissait cette branche du tronc de l'artère pulmonaire, cependant il ignorait l'usage auquel elle est destine'e. Fallope fut le premier , après le me'decin grec , qui en donna une description exacte ; mais il ne se montre pas observateur assez attentif, quand il pre'tend que ce canal parvient jusque dans l'oreillette , et se trompe fortement en soutenant qu'il sert à conduire le sang de l'aorte dans l'artère pulmonaire et le cœur tandis que le fluide suit une marche directement opposée (i). Vésale ne connaissait d'abord ni le trou ovale , ni le canal artériel, aussi n'en fait-il point mention dans son grand ouvrage j mais François Rota lui ayant écrit qu'on voyait avec peine manquer dans un livre aussi classique que le sien la description d'une partie de l'embryon , dont Galien avait eu déjà des notions iovl exactes, il porta son attention sur cet objet, examina la chose avec plus de soin, trouva même la valvule du trou ovale et le canal artériel , el témoigna combien il regrettait de ne point s'être livré plus tôt à une recherche aussi intéressante (2).EnsuiteAranzi donna l'histoire complète du trou ovale, de sa valvule , de son obstruction après la naissance , du canal artériel, et de sa structure ligamenteuse chea l'adulte ; mais il tomba encore dans la même erreur €jue Fallope , admettant que ce canal sert à conduire le sang de l'aorte dans les poUmons et le cœur (3).

Après que tous ces anatomistes eurent répandu sur cet objet tout le jour qu'on pouvait espérer l'époque oii ils vivaient,. Botal, disciple de Fallope

. (i) Fallop. ois. p. 39g. ' (3) Fesal. e-:amen- ois. Fallop: p. ygg; .

(3) Avant, de human.fœln, c. iL p. 38. 3g. — Compam Srriac-, D» la structure du cœur, Uv. II. ch. b. p. a6g.

4q Section onzième , chapitre quatrième* eut l'audace de s'approprier la découverte du trou ovale et du canal artériel , auxquels plusieurs e'crivains furent assez complaisans ou assez ignorans pour donner son nom (i), quoiqu'il ne connût à cet égard rien de plus exact que ce qu'on trouvait déjà dans les œuvres de Galien, Varole donna de ces deux parties une description senil)lal)le à celle de ses prédécesseurs, mais ne détermina pas plus exactement qu'eux l'usage du canal artériel (3 ). Carcani n'y changea presque rien non plus, et ajouta seulement que le canal ar-^ tériel est éloigné chez le fœtus de deux , et chez l'adulte de quatre travers de doigt de la hase du cœur (3), Alberli (4) , Ulmus (6) et Dulaurens (6) se bornèrent aussi à répéter ce que Fallope avait dit. Enfin c'est à Fabrice què nous devons les premières figures de ces parties, et les planches qu'il a données sont fidèles, è l'exception (le çelle qui représente le canal arte-

. On fit aussi des recherches sur le canal vemeux qui établit une communication entre la veine ombilicale et la veine cave ou la veine porte. Vésale en fit la découverte, et lui donna un diamètre moitié moins considérable que celui de la veine ombilicale d'où il prend naissance (8). Bientôt après" Eustache le fit figurer (g). Aranzi en rencontra deux qui se rendaient l'un dai^s la veine porte, et l'autre dans la

(1) Bolaîl. ois. 3. p. 66. {Qpp. ed. cit.) —Compareî, V» B.olalliano, ntm nicpero invento. in-^o, Patai>. 16^0,

(2) Varoî. anatom. Ki. IF", c. 5. p. 108.

(3) Carcan, anatom. p. ïl\' J^ 28. 34.

(4) Alhertij Histor. anatom, p. i55.

(5) Deliene. in-^°. iS^S. jf- 21.

(6) Laurent, histor. anat. lib. VIII. qucest. 47. p. 68/|.

(n) Fahrie de format, fœtiis , p. ffi. tab. Vl. fg' i5. ^. ) Tal. X. fg, 24. (f. ) Tab. XVlII.Jig. 39. (5.)/^. 4o- 'v-^')

(8) Vesal. exam. obs. Fallop, p, 'jgS.

(9) Eustaeh. tab. XXFlJ' js'. i- l^-)

Découvertes en ange'iologîe.' 4^ veine cave ( i ). Fabrice fit représenter ce canal avec plus d'exactitude qu'Eustache (2),

Examinons maintenant les principales opinions et les de'couveries les plus importantes^ relatives à chaque branche du système arte'riel et veineux. Quant à ce qui concerne l'aorte , du temps de Vësale on la divisait, au sortir du cœur , en ascendante et descen-^ dante, quoique la première n'existe re'ellement pas, puisque dès sa crosse elle-même, l'artèrè fournit les carotides et les sous-clavières (3). Eustache rectifia le premier celte erreur (4)» et après lui Fabrice (5). J'ai de'jà ditpre'ce'demment que Be'renger etVe'sale avaient re'fute' l'opinion que les carotides , à leur entrée dans le cerveau , forment une espèce dé re'seau auprès de la glande pituitaire. Cependant Ve'sale admettait ce qui existe réellement, c'est- à - dire l'anastomose des artères carotides et verte'brales , qui lui servait à expliquer pourquoi la vie ne cesse point même après la section des carotides (6). Ces anastomoses que Fallope décrivit parfaitement, et auxquelles il ajouta encore celles de l'artère basilaire , furent regarde'es par l'immortel anatomiste comme le ve'ritabie rete mirabile j qui en effet ne me'rite pas moins d'exciter l'admiration de l'observateur que le lacis formé chez les animaux par les carotides (7). Columbus chercha aussi à défendre Galien contre Vésale, en prétendant que ce que l'auteur grec avait dit des carotides devait s'entendre des artères vertébrales, puisque celles-ci, en passant par le grand trou occipital , suivent une marche très-flexueuse , et s'unissent en outre, à plu-

M Arant, de hiiman.fœtu , c. i^. p. io. 7) Fallçp. ois. p, ijoo.

42 Section onzième, chapitre quatrième.

sieurs reprises différentes, avec les artères carotides, basilaire et communicante (i). Coyter soutint même que l'on devait appliquer à la pate d'oie formée sur la base du crâne par le nerf de la cinquième paire, tout ce que Galien a dit du réseau carotidien (2).

Vésale avait observé le mouvement d'élévation et d'abaissement du cerveau pendant l'inspiration et l'expiration. N'ayant point connaissance de la circulation , il fut obligé , pour expliquer ce phénomène, de prétendre que les sinus de la dure-mère ont une structure artérielle, et de croire que les artères versent le sang dans leur intérieur ( 3 ). Fallope (4) et Columbus (5) reconnurent bien la vériié en montrant que ces sinus appartiennent au système veineux j mais les mouvemens du cerveau pendant l'acte respiratoire, que Coy ter (6) aperçut également, devaient demeurer inexplicables jusqu'à l'époque où l'on aurait découvert la circulation.

Eustache fit voir que l'artère ethmoïdale antérieure lire son origine de l'ophthalmique (7). L'artère spinale , qui naît de la basilaire ou de la vertébrale , et descend sur la pie -mère qui tapisse la moelle épinière , fut aperçue par Bérenger sous la forme d'une ligne blanchâtre et luisante (8), et Etienne ne savait pas si c'était un nerf parallèle à cette moelle ( 9), erreur d'autant plus excusable de sa part, que l'artère a été regardée par des anatomistes modernes même comme un ligament (10). Guidi le premier

(1) Coîumh, lib. VII. p. 337»

(2) Coiter. obserf. p. iiS.

(3) Vesal. lib. III. c. p. 35o. 14) Fallop. instit. p. 458.

hS Cohimb. lib. VIII. p. ^Q.

(6) Coiter. olserf. p.

\n) Oss, exam. p. 172.

(8) Comm. in Mimdin.f. i-

(g) Siephan. de dissect. p. 3^9..

(10) Hallw, élément. phjsioL vol. IV. p- i^P-

Découvertes en angéiologle. 45 figura l'artère auriculaire poste'rieure (i). Ve'sale et Eustache étudièrent la distribution des artères sousclavière et axillaire. Le premier fit à Galien le re-

J)roche de n'avoir pas suivi avec soin la veine axilaire profonde, et fit, à cette occasion, connaître les branches qu'elle fournit aux veines superficielles du bras (3). Eustache chercha au contraire à prouver que Galien l'avait parfaitement bien connue , et de'crivit les anastomoses des veines basilique , céphalique et médiane (3) ; mais il n'avait pas une ide'e claire de l'artère brachiale, car il prétend que la cubitale et la radiale ne s'en détachent qu'au-dessous du pli du coude, tandis qu'elles naissent ordinairement audessus, et sa figure de la veine axillaire n'est pas trèsfidèle (4). Vésale savait déjà que l'artère gastro-épiploïque gauche est fournie par la splénique (5). Il admettait queJes veines jugulaires externes sont plus épaisses et plus larges que les internes , mais Fallope rectifia cette erreur, et démontra que le contraire a lieu (6). De même, Vésale et plusieurs autres anatomistes contemporains faisaient provenir les artères du membre viril de celles de la vessie. Fallope releva également cette faute , en montant que les vaisseaux du pénis tirent leur origine des artères honleuses et hjpogastriques. Il nomma la première , ou l'artère honteuse interne, hypocystica (7).

J'ai déjà dit que Vésale étudia la veine azygos d'une manière idIus particulière qu'on ne l'avait fait avant lui. Il réluta Galien, qui avait prétendu que ce vaisseau s'abouche toujours avec la veine cave dans

2; esal. hb. III. c. 8. p. 329.

3) Eustach. epist. p. 292.

4^ Tab. XKf^l. No. I. (h.)

6) resal.M III c. 7. p. li-j.-Fallop. obs. p. 397.

44 Section onzième ^ chapitre quatrième. la cavité du péricarde , tandis que la jonction ne s'opère jamais qu'au dehors de ce sac membraneux ( i ). Sylvius , son antagoniste , ne pouvant refuser de croire à l'évidence, eut recours à ses argumens ordinaires, et, pour sauver l'honneur de Gaiien, soutint que de son temps les hommes étant plus grands, la poitrine devait être aussi plus longue (2). Eustache examina la chose de plus près , et fit sur les anastomoses de la veine azygos avec les rénales , des remarques intéressantes, confirmées par Fallope (3). Il observa aussi que souvent la veine azjgos est double (4) , décrivit la demi-azygos (5), et reconnut que la veine se divise à la hauteur de la huitième ou de la neuvième côte (6). Il convint qu'elle ne s'abouche point avec la veine cave dans l'intérieur du péricarde , mais dit que cette réunion s'opère au voisinage de l'enveloppe du cœur (7). Enfin Aranzi entrevit aussi les anastomoses de la veine azygos avec les intercostales et les axillaires (8).

Hérophile fut le premier qui soupçonna l'existence du système lymphatique. Dans le seizième siècle qui vit renaître l'anatomie, cette découverte fut perfectionnée , quoique très - faiblement , car l'histoire des vaisseaux lactés et lymphatiques fit moins de progrès que toutes les autres branches de la science. En i532. Massa vit des conduits nés de l'abouchement des vaisseaux rénaux se diriger vers la partie supérieure du ccBur : on présume que c'étaient des

(1) Vesal. Ub. 111. e. 7. p. 3a3. „ . . r

(2) Syli'. vesan. calumn. depuis, p. 98. — Compare! Putei apolog.J.

* (3) Eiutach. de vend sine pari, p. io3. 109. iio. — ^^'0/», insM. p. 448. — Comparez, Morgagni, Adversar, anal. vol. F. p. 86.

(4) Eiutach. ih. p- 379.

(5) Ib. p. 275.

(6) li, p. 290.

(7) Ib. p. 244.

(33 Arant. obs. 0. 32. p. 90»

Découvertes en angéiologîe. 4^ vaisseaux lymphatiques (i). Fallope aperçut des canaux plus manifestes qui se rendaient de la surface du foie au pancréas , et contenaient une humeur jaunâtre (2). Enfin, Eustache découvrit le canal thorachique chez les chevaux (3). Du côté interne de la veine sous-clavière, dit-il, s'étend chez les animaux un gros vaisseau qui se dirige vers la partie postérieure du corps , et dont l'abouchement dans la veine est garni d'une valvule semi - lunaire. Ce canal , ajoute-t-il, a une couleur blanche, et renferme un fluide aqueux. Non loin de son origine il se divise en deux branches qui ne tardent pas à se réunir , et sans donner ensuite aucun rameau , ce tronc principal se rend sur le côté gauche de la colonne vertébrale, et au travers du diaphragme jusqu^au milieu de la région lombaire, oii il se dilate beaucoup, embrasse la grosse artère , et se termine d'une manière qui m'est inconnue. Tel était l'état des connaissances que l'on possédait à la fin du seizième siècle sur le système des vaisseaux lymphatiques.

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