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Tome IV

66 Section onzième, chapitre sixième.

cornes d'Ammon (i), et de'crivit le quatrième ventricule sous le nom de citerne du cervelet, comme une découverte qui lui appartenait (2). Varole indiqua plus exactement que ses pre'de'cesseurs les commissures anle'rieure et postérieure , les bras de la moelle allongée (3), le pont qui porte son nom (4), et les plexus choroïdes qu'il dit être composés de glandes (5); mais il entrevit mal la communication au quatrième ventricule avec les latéraux (6), Enfin , Piccolhuomini fut, après Vésale, celui c^ui distingua le mieux les substances corticale et médullaire (7). Quant à la moelle épinière , Achillini savait déjà qu'elle cesse à la hauteur des lombes (8) ; mais Bérenger détermina bien plus exactement sa terminaison par un tubercule ovalaire vers la douzième vertèbre dorsale (9). Etienne (10) et Piccolhuomini (i i) disent clairement qu'on y trouve quelquefois une cavité remplie d'une substance jaune , observation dont de grands anatomistes modernes ont constaté l'exactitude (12). Bauhin semble avoir déjà connu le ligament dentelé qui unit la pie-mère d.e la moelle épinière avec la dure-mère

Tous les médecins du seizième siècle, à l'exceplion des péripatéiiciens, et notamment de Césalpin , déri" valent les nerfs du cerveau ; mais Gésalpin s'efforça de soutenir l'ancienne opinion d'Aristote, que ces

(i) Obs. c. i.p. 43.

fal li. e. 7> p. 48« [3) De neri>. opt.J". 3. S.

U) Ib.J. 4. a.

(5) Ib.J 8. a.

(6) Ib.f, 6. b.

(n) Anatom. prœlect. p. aSa.

Q8) Annotât, in Mundin. p. 45«

f 9) Comment, in Mundin. J. 496. b.

(10) Stephan. de dissect. p. 337.

(11) Anatom. prœlect. p. iÇ)0.

(12) Moreagni, Adcersar. anat. VI. ainimaip. i4» p. i?- ,

(iH) Theatr. lib. III. tab. XV. Jg. i. — Comparez, Haller. élément.

fiijstol, vqU IV' P' B6.

Ihfcouvertes en nécrologie. 67

Oi'ganes tirent leur origine du cœur, en admellant qu'il ne doit y avoir qu'un seul sîe'ge de l'âme dans le corps de l'homme, puisqu'il n'y a non plus qu'une seule âme : or, comme le cœur est la première partie qui se manifeste dans l'œuf féconde' , ce doit être aussi l'organe le plus important du corps, et l'unique siège de l'âme. Cette ide'e une fois admise , il faut aussi regarder le cœur comme le sie'ge des sensations et comme la source des nerfs, ainsi que le démontre clairement l'influence des passions sur ce viscère. II est vrai que les apparences et l'observation journalière contredisent cette the'orie , et prouvent que l'influence de la force nerveuse dérive du cerveau j mais Ge'salpin crut se mettre à l'abri de cette objection en admettant , d'après Aristote , que les artères conduisent d'abord la force nerveuse du cœur au cerveau , qu'elles ont elles-mêmes des membranes nerveuses , qu'arrivées au cerveau leur cavité dis-paraît, que là leurs parois se divisent en filamens, et qu'elles deviennent ainsi de véritables nerfs (i). Peu d'anatomistes du siècle ont approuvé cette théor rie. Cependant l'insensibilité de la substance corticale semblait parler juscju'à un certain point en sa faveur (2), et pour détruire cet argument, Varole eut recours à un raisonnement tout-à-fait inutile, savoir, que le cerveau étant le siège de toutes les sensations, ,il ne doit pas avoir plus de réceptivité pour l'une que jpour l'autre (5).

Mais les opinions étaient encore bien plus divisée* •relativement à l'idée que les nerfs sortent du cervelet, Galien avait prétendu qu'ils naissent de la portion dure de cet organe. Béren^er fut le premier qui soutint le contraire , et il se fondait sur plusieurs

i) Catsalpln. qiuest. pertpalet. lih. JT, c. 3. p, 5t^. a) Laurent, hist, anatom. lié. X, quwst, g. d. SSy, l) Farçi. ana(. lii. l, t, 3. p, 6.

68' Section onzième > chapitre sixième.

expériences qui l'avaient convaincu que le cervelet ne produit pas un seul nerf, et que tous ceux-ci, sans exception , tirent leur origine du cerveau ou de la ïïioelle allongée (i). Columbus adopta sérieusement cette opinion (2) ; maisVarole démontra au contraire que les prolongemensinfe'rieurs du cervelet concourent à former la moelle e'pinière , et que le pont qui porte son nom , ou le noyau médullaire lui-même , partie essentielle du cervelet, donne naissance au nerf auditif (5). Fallope le premier combattit l'ancien préjugé que les nerfs naissent en partie des méninges , ou au moins sont tous enveloppés par les deux membranes du cerveau , en faisant voir que le nerf optique est le seul qui soit renfermé dans une gaine fournie par la dure-mère (4). Un examen plus attentif fit aussi reconnaître l'inexactitude de la différence qu'en vertu d& ce préjugé on avait établie entre les nerfs du sentiment et ceux du mouvement. Dulaurens prouva que la paire vague, ou sa sixième •paire, ne sert pas moins au sentiment qu'au mouvement, et que le sentiment n'est pas plus exclusivement propre à tous les nerfs mous, que le mouvement à tous les nerfs durs (5). Etienne croyait encore que ceux qui se rendent aux muscles sont entourés ta'unegaîne solide , et perdent leur nature médullaire pour prendre une forrtié membraneuse (6).

Fallope fit en Outre la remarque très-juste qu'on réglait à tort le nombre des paires dé nerfs d'après vcelui des trous de 'la base du crâne, puisque trèssouvent deux nerfs, ou même davantage, entièrement distincts quant à leur origine, sortent par un seul et

(t) Comment in Mund. f. ^Z\. a.

(■i) Lib. 'p-iii. c. i. p. 356.

(jl Varol. de verc opt.J\ 3. b.

(4) Fallop. ois. -p. ^02.

(5) Laurent. lnsi.. anat, lih. .iy. ijuceit. lO. p- aga. (()} Stephan. de dissect. p. qq. w ■

Découvertes en iieWoîogie. 69 même trou (i). Ce fut lui aussi qui trouva le premier, après Galien, les ganglions nerveux. Eu décrivant sa sixième paille, ou notre paire vague, il indique le ganglion cervical supe' rieur que le nerf intercostal forme avec les filets envoje's par les premières paires cervicales (2). Fallope parle comme si «e ganglion appartenait à la paire vague , parce t|u'il fait proVenir le grand sympathique de celte dernière, dontrîl n'est pas rare en effet que le ganglion cervical supe'rieur reçoive quelques filets (5).

J'arrive maintenant aux nerfs en particulier, et je vais exposer l'e'tat des connaissances que les anatomisies du seizième siècle posse'daient à l'ëgard de leur distribution. Quanta ce qui concerna la première paire ou les nerfs olfactifs , l'histoire qu'en a donnée Metzger (4) ne me laisse que fort peu do chose à faire. 11 est bien avéré qu'on n'en avait presque aucune potion au commencement du siècle dont nous nous occupons. On ne parlait que de prolongemens mamillairas du cerveau, ou de caroncules mamillaires trop molles pour qu'on pût les ranger au nombre des nerfs, et dont l'usage était d'éà conduire l'humeur pituiteuse des ventricules, et de recevoir les sensations. Tel est le sens de la découverte de Zerbi (5), qui prouve d'ailleurs ne poinC avoir rangé ces parties parmi les nerfs, piïîsqu'en comptant les paires, il commence par les rierft op'liqiies. Portai (6) et Haller (7) ont donc tort de croire qu'il connaissait la première paire. Achillini parle

(0 Fallop. ois. p. 4o3.

iv i^>' p. 407-

M nerp. cardiae. tah. IJI. fig. i.no ti,

Ï^io.! J;?:,^t8.'' ''9"' ''^'^^ LuÀ// script, Zrol^

& l'I»- IV. p. ia3. 154.

C()J HistoiTe de l'analoDjie, vol.,.I. p, aSi (7) ±.lemeiu. physiol. vol. ir. p. 20^ \

70 Section onzième , chapitre sixième^ déjà en termes plus clairs de la disiribution de ce nerf dans le nez, et de son prolongement au-dessous des caroncules mamillaires, dont par conséquent il le distingue fort bien. Cependant il se plaint de ne pouvoir toujours le rencontrer (i), ce que Sœmmering explique par la facilité avec laquelle il se putréfie à cause de sa mollesse, et par la nécessité oii cette circonstance place l'anatomiste de ne l'étudier que sur des cadavres peu anciens (2). Ne doit-on pas conclure de ce passage, qu'Achillini a découvert le nerf olfactif? Et si Sœmmering et Metzger ont lu les écrits de cet auteur, je pense qu'on peut répondre par l'affirmative à ma question. Bérenger (3) au contraire, et Gonthier d'Andernach (4), savent seulement que ces prolongemens mamillaires ne sont point des nerfs, quoiqu'ils soient les véritables organes de l'olfaction, et qu'ils se terminent à la lame criblée de l'ethmoïde, par laquelle ils laissent suipter un fluide dans le nez. Massa traite déjà parfaitement de l'origine de ce nerf: il lui accorde toutes les qualités des véritables nerfs, décrit sa distribution dans la membrane pituitaire, et lui donne le nom de première' paire (5). Cependant, après lui, Vésale adopta encore les caroncules des anciens, prétendit que leurs prolongemens ne s'étendent pas au-delà du crâne , et les exclut totalement du nombre des nerfs (6) : il remarqua toutefois l'humeur en forme de rosée qui, chez les jeunes personnes, s'exhale de la petite cavité du nerf optique sur les côtés de la lame criblée d«

(i) Annot. m Mundirt. p. 14.

(3) De hasi encephali , US- 17/. s. i. §. 2B-

(3) Comment, in Mundin. J\ ^5o. a. b.

(4) Inslit. anatom. p. n6.

(5) Iniroduct.Jl 87! — Epist. medic. 6. f. 58. b.

(6) Lié. ir. c. 3. p. 354. — Les racines d« n«rfs olfactifs sont aussi mal figurées, (p. Sôa.^g. \. F.")

Découvertes en nécrologie. yt l'ethoioïde (i). Ingrassiasle poursuivit jusque dans les trous de cet os, mais il ne dit rien de sa distribution dans la membrane de Schneider (2). On n'en trouve pas plus long dans Columbus (3), Fallope (4), et Etienne, qui parle de pores de'couverts par lui en 1545 (5). Après Massa, Varole fut le premier qui de'crivit bien la première paire, et il fit à ses préue'cesseurs le reproche de n'en avoir connu que la moitié. Il en suivit l'origine jusque dans les anfractuosilés des lobes ante'rieurs ou cerveau, et en borna les usages à l'olfaction, sans prétendre qu'elle sert à évacuer la pituite des ventricules, mais n'en donna pas une figure fort exacte (6). Piccolhuomini la décrivit ensuite assez bien (7).

A l'égard des nerfs optiques, nous voyons d'abord

^u'Eustache, le premier après Galien, a parfaitement émontré dans sa table qu'ils naissent des couches optiques, sur les deux côtés du septum lucidum (8), Ainsi Varole s'approprie à tort la découverte de ces couches en 1670, et on s'étonne en lisant le récit des disputes qu'il eut à soutenir a cette occasion , parce que d'autres anatomistes ne pouvaient poursuivre de même que lui l'origine des nerfs optiques (9). Fabrice les fait naître aussi avec exactitude du voisinage des tubercules quadri-jumeaux, entre les bras de la moelle allongée (lo). l^eur entre-croisement, que Galien avait révoqué en doute , donna lieu , dans le seizième siècle, à des recherches soignées» On s'était aperçu ,

3kn^ ^' ^' 539« — Comparez P/èj9în^«r, De ttructur, nerpon

(a) Comment, in Gaîen, de ossih. p. io3. f31 Lib. VIII. c. 2. p. 368.

(4) Fallop. ohserv. p. !^o1.

(5) Siephan. de dissect. p. 9.55,

(6) Varol. de nerv. optic. g. a. — Anatom. lïl. i. c. 5- p. 33. f 7 ) Anatom. prœlect. p. 9,63.

f) Tah Xfu.Jlg, 4. (^MM) et surtout Jg. 6. (O.P,) (loj IJe ooulo, p. ig3.

72 Section onzième y chapitre sixième.

comme le dii Vtisale en particulier, qu'après la perte de l'cBil droit, le nerf du même côte diminue de grosseur et s'atrophie, non-seulement avant, mais encore derrière l'entrc-croisement jusqu'aux couches optiques. Ve'sale et la plupart des anatomistes du siècle admirent donc, au lieu de l'entre-croîsement , un sirpple accolement des nerfs, ou une re'union complète de leur subsJance médullaire , sans que pour cela leur direction fût change'e : ils pensèrent que le nerf qui naît de la couche droite se porte aussi à l'œil droit , et que celui qui provient de la couche gauche se dirige vers l'œil correspondant (i). Ainsi Etienne (2), Columbus (3), Bauhin (4) et Varole (5), adoptèrent la re'union complète de la substance médullaire j mais Fabrice (6) ne voulut accorder qu'un simple accolement.

Les anciens s'e'taient encore grandement trompés sur la structure des nerfs optiques, en pensant que leur intérieur est formé par une cavité ayant pour usage de porter l'esprit visuel à l'œil. L'observation de l'artère centrale avait sans doute donné lieu à cette erreur, qui fut rectifiée de très-bonne heure dans le seizième siècle. Bérenger dit qu'il s'est donné beaucoup de peine, et toujours en vain , pour découvrir la porosité du nerf optique, qu'une fois cependant il observa une cavité dans celui d'un cochon {ipsi nen^i nempe erant concai^i, sicut vena seu ar- /ma),. qu'il lui sembla exister un espace vide au milieu de la réunion des deux nerfs , mais que chez l'homme il n'a jamais vu la moindre cavité soit en avant, soit en arrière de ce point ; que sans doute jl

l\) Vesaï. m. IV. c. 4. f. 366.

(2) Stephan. p. agS.

(3) LU. nu. c. 3. p. 358.

{\) Thealr. p. 648. iooéw •

(5) Anatom. lib. 1. c. ^. p.

(Oj De ocnlo , p. a3g.

découvertes en neWologîe. 7 3

-existe des porosités , mais qu'elles ne sont vraisemblablement jjas plus prononce'es que dans les autres nerfs , parce que l'esprit visuel est de la plus grande ténuité, et qu'au reste la substance du nerf optique est molle et médullaire (i). Tel est le sentiment de Bérenger sur les célèbres pores optiques. Yésale, qui étudia ces nerfs non-seulement chez plusieurs animaux, mais encore chez un homme à qui l'on avait tranché la tête, ne put y découvi'ir la rhoindre cavité, pas même à l'endroit où ils se réunissent ensemble(2). Puteus soutint contre lui que ces cavités se remarquent chez le bœuf (5) ; mais Vésale n'en continua pas moins d'assurer que les nerfs optiques ont une structure fibreuse, et, affectant le ton de l'ironie, s'en prit à sa négligence de ce qu'il n'avait pas encore pu parvenir à j découvrir les prétendus pores (4). Fallope(5) et Columbus (6) imitèrent son exemple. Cependant tous deux accordèrent aux nerfs optiques un tissu poreux, ou plutôt très-lâche, afin que l'esprit visuel pût les traverser facilement, et Dulaurens soutint même qu'ils sont formés d'une substance spongieuse (7). Coyter assure qu'ils sont uniquement composés de fibres, et qu'ils ne renferment pas de canaux (8), Cependant l'ancienne théorie prévalut encoré , et fut défendue par trois des plus célèbres écrivains du siècle, qui, induits en erreur par l'artère centrale , admirent un canal dans les nerfs optiques. Eustache assure l'avoir montré plusieurs fois à des personnes qui ne voulaient pas

(1) Berengar. f. 453. b.

^2) Lii>. ip-, c. 4, p. 366.

3) Apolog. f. Q2.a. . .

4) De radie, chyn. p. 660. — Cimei exam'. 'avoloe. v: 863, (5) Obs. p. 4o2. • s r

W -t'*. f^iJi. c. 3. p. 358.

>2^ mr'"'- P' 376-

p) Tao, ociilor, p, 87.

74 Section onzième, chapitre sixième.

l'admelire , et qu'il réduisit ain^i au silence (i). Aratizî prétend que l'on peut sans peine y insinuer une aiguille lorsque l'œil est frais (2), et Guidi dit (3) avoir •vu un trou dans le nerf optique à sa sortie de la rétine, sans avoir pu toulefai.s le poursuivre plus loin. Enfin, Fabrice doute de l'existence du trou, mais ne veut rien décider à cet e'gard (4).

L'origine du nerf de la troisième paire a été par- /aitemeni bien indique'e, surtout par Varole (5). Cet analomistele vit naître des prolongemens du cerveau par des racines très-rapproche'es , et souvent conîondues. Ve'sale en décrivit la marche et la distribution d'une manière inexacte, car il pre'tend qu'il se re'pand dans tous les muscles de l'œil (6). Golumbus releva cette erreur, et excepta deux muscles, le droit externe et le grand oblique; mais il commit une autre faute en croyant que le nerf envoie des branches au muscle crotaphy te , et voulant expliquer ainsi la sjm-

{►athie qui existe entre l'œil et la tempe (7). Fallope la ui reproche avec justice (8), et probablement Golumbus avait été trompé dans sa préparation du ganglion ophlhalmique par le nerf lacrymal que fournissent les temporaux profonds, l'une des branches de la cinquième paire, et avait regardé ces derniers comme une continuation de la troisième. Fallope rectifia aussi Vésale, et montra que les muscles droit externe et grand oblique ne reçoivent pas le mouvement de ce nerf; mais Vésale, dans sa réponse,

(1) Oss. exam. -p. aoSv

(2) Ois. c, ai. p. 93.

(3) nd. lib. m. c. I. j>. 81.

(4) He ocitlo, -p. 238.

(5) De,neri>. optic. J. i3. 3. — Comparez Laurent, hist. anat. Ub. ZI. c. 8. p. ga8.

(6) Ub. IV. c. 5. p. 367.

(7) Lib. FIIi. c. 3. p. 359.

(8) Ois. p. 402.

'Dêcoui>erteS en névrologîe. 7?

manifesla des doutes mal foiide's sur l'exactllude de l'observation de Fallope ("i).

Achillini paraît avoir de'jà connu notre quatrième paire, car il parle d'un nerf ignoré avant lui, qu'il fait provenir de la partie postérieure du cerveau, dit être très-délié , €t croit se terminer dans les pau-

{)ières (2). Cette dernière erreur peut tenir à ce que e nerf pathétique s'unit avec la première des trois grandes branches de la cinquième paire. Au premier aperçu , on n'est pas certain que Vésale ait connu ce nerf: il donne à sa troisième paire, ou à noire cinquième, deux racines, dontl'une est très-mince, et l'autre très-épaisse (3). La distribution qu'il assigne à; la première semblerait convenir au nerf ophthalmique de Willis (4); mais le lieu d'où il la fait profl'enir s'oppose à ce rapprochement. En effet , elle nait de la partie postérieure du cerveau, à l'endroit cil le viscère produit la moelle épinière, et n'a pas la moindre connexion avec la troisième paire de Vésale, c'est-à-dire, avec notre cinquième , de sorte, dit-il, gu'on serait en droit de la considérer comme un nerf entièrement distinct; mais il ne voulut pas le faire, dans la crainte de s'écarter de l'ordre adopté jusqu'alors. Bien certainement aucun de ces détails ne saurait convenir à la première grande branche de la cinquième paire. Ajoutons encore qu'en décrivant le nerf pathétique, Fallope dit que Vésale l a indiqué sous le nom de racine mince de la troisième paire , mais lui a trop accordé de ramifications (5)j et Vésale, dans sa réponse, avoue luimême s'être trompé quant à la distribution du

{i \ Exam. ohs. Fallop. p. 8o3.

(2) Achillini, Annot. in Mundin. p. i3

quinto pare. §. 3.

(5) Fallop. ois. p. 4o3. — Compares Morgagni , Bpist. amt. XV. §. 45. — Sannmenng ^ I}6 had oncepluili ^ %. ^x. ^ ' ^

Section onzième, chapitre sixième.

nerf (i). Je conjeclure donc que cet anatomiste a irès-bien vu l'origine de notre quatrième paire, et quil la poursuivit jusqu'à son anastomose avec le nerf ophthalmique de Willis, avec lequel il la confondit ensuite. Fallope est le premier qui ait bien de'crit ce nerf sous le nom de huitième, son origine derrière les tubercules quadri-jumeaux,etsa distribution dans le seul muscle grand oblique. Eustache l'a aussi figure' (2) et obscurément indiqué (5). Columbus le décrit sous le nom de neuvième, et croit à tort en avoir fait la découverte (4). Guidi en parle également , mais copie Fallope (5).

L'histoire de la cinquième paire prouve de la manière la plus sensible que la névrologie , cette partie la plus difficile de l'anatomie , n'arriva que fort lentement, et à travers mille fausses routes, au degré de perfection oiinousla voyons aujourd'hui. La plus grande confusion règne dans le tableau que Bérenger trace de cette paire. Il la partage encore en deux, qu'à l'instar des anciens , il nomme la troisième et la quatrième. La première branche de sa troisième se détache auprès de l'artère carotide , descend le long des vertèbres cervicales , traverse le diaphragme et se perd dans les muscles du bas-ventre. Yraisemblablement Bérenger suivit ici le rameau du nerf vidien qui s'anastomose avec le nerf intercostal , et ensuite ce dernier lui-même. Les autres branches de sa troisième paire se rendent à l'œil , au nez , au muscle crotaphjte , à la face , et s'anastomosent avec sa cinquième ou le nerf facial. Sa quatrième paire est évidemment le tronc commun des nerfs vidien et

(1) Vesal. exam. ohs. Fallop.p. 8o3.

(2) Bustach, tah. XVll.Jig^-î. iMMN.) s ' (33 Oss. exam. p. 2o5. Nereus, qui propo notes eràriticr, (Q.Liù. irin. c. 3. p. 365. -; .". '

(ôj' Vid. ïil>. 111. c. 1. p. 8Î.

Découvertes en nécrologie. 77 palatin (i). Ce qui augmente encore l'obscurilé de là description de Vësale, c'est qu'il confond sa paire avec notre cinquième, regarde aussi le tronc commun du vidien et du palatin comme un nerf distinct, et lui donne le nom de quatrième. Sa troisième paire se divise en deux portions, l'une épaisse, et l'autre mince. Celle-ci envoie quatre branches au front, à la mâchoire supérieure, aux muscles des lèvres et aux tempes. Probablement Ve'sale ne l'a pas pre'pare'e avec soin , mais en a poursuivi le rameau lacrymal , et est parvenu de cette manière aux tempes , qui reçoivent leurs nerfs de la seconde branche de la cinquième paire. Il donne à la seconde et à la troisième grandes branches , le nom de portion épaisse de Ja troisième paire , mais en se'pare , comme je viens de le dire, le -tronc commun des nerfs vidien et. palatin. La distribution de cette portion épaisse est assez exactement indique'e, à l'exception toutefois du nerf sous-orbitaire que l'auteur passe sous silence. Les nerfs de la langue, qu'il en fait provenir, sont regarde's par lui comme ceux auxquels appartient spe'cialement la fonction du goût (2). Massa de'crivit la cinquième paire sous les noms de quatrième , cinquième et sixième (5). La description de Fallope est la plus correcte de toutes : il divise la cinquième paire où sa troisième en deux branches, et la première de ces branches en deux rameaux seulement, soit qu'il eût ômis entièrement le nerf lacrymal, soit qu'il le lit provenir du naso - oculaire. Il assure aussi que les ramifications de ce dernier s'anastomosent avec le nerf optique , ce qui n'est pas non plus conforme à la nature. Il connaît très-bien le nerf jugal, et son passage au travers de l'os de la pommette; mais il

f 0 Berengar oommentar. in Mundln. f. 456; b. iSn, a.

kl T p- 367. ^ '

(3) Introdnct. p. ^g.

1^8 Section onzième ^ chapitre sixième.

envoie quelques filets du buccinateur dans le pha^ lynx, erreur qui tient sans doute à ce que le muscle buccinateur a des connexions avec le constricteur supe'rieur du pharynx. Fallope indique fort exactement l'anneau que le nerf forme autour de l'artère me'ninge'e moyenne , et en même temps le nerf tempoi'al superficiel ( i ). Columbus admet positivement la même distribution que lui (2). Seulement il se'pare, comme Paletta (3) , le nerf massetërin de notre cinquième paire, et l'appelle le huitième. Guidi a le mérite d'avoir décrit le tronc commun du nerf vidien et du palatin , et c'est en son honneur qu'on a donne' le nom de vidien au nerf ptérygoïdien (4)'

Autant que je sache , Eusiache est le premier qui ait de'couvert la sixième paire, si importante par son anastomose avec le grand sympathique , et qui ait indiqué avec précision son origine , sa marche et sa connexion avec le nerf intercostal (5). Je ne saurais au moins regarder la portion mince de la cinquième paire de Yésale comme étant le nerf de la sixième paire. Après Eusiache, plusieurs anatomistes parlèrent de l'anastomose de cette dernière avec le grand sympathique j mais Fallope , sans faire mention de cette jonclion , a cependant la gloire d'avoir parfaitement bien décrit la distribution du nerf dans le muscle droit externe de l'œil (6).

Comme le nerf facial non - seulement adhère à l'auditif dans le crâne par un tissu cellulaire peu

(1) Fallop. ohx. p. 4o3. ^o\. j ' •

(2) Lib. Vill. p. 365. — On pourrait croire que Columbus décrit notre sixième paire sous le tiom de huitième, et Pfeffinger ( De stnictur. nerf. sect. 2. ai ) est de cet avis ; mais un examen attentif prouT» que sa description convient plutôt au nerf massetenn.

(3) Paletta , De nerpis crotaphit. et buecinator. : in Rœmer. deiect. opuscul. vol. I.p.iiZ.

(4) Fid. lib. III. p. 81. ^ , ,t \

(5) Tab xf^lil.Jig. 1.3. 5. (0) et surtout /g. 2. {ZZ. (fi) Fallop. ois. p. /^o5.

' Decouuertes en nécrologie* 79 serré , mais encore sort avec lui de cette cavilé par yn canal creuse' dans l'e'paisseur de l'os temporal , fournit la corde du tjmpan, et distribue encore des filets à plusieurs muscles intrinsèques de l'oreille, on doit pardonner aux anatomistes du seizième siècle d'avoir regarde' ces deux nerfs comme les branches d'un seul et même tronc (i), auquel ils donnaient le nom de cinquième paire. D'ailleurs ils ne'gligeaient ordinairement le nerf acoustique , et traitaient au contraire fort en de'tail du nerf facial. Vësale décrit son anastomose avec la seconde branche de la cinquième paire, sa distribution dans les muscles de l'organe de l'ouïe , et les nombreuses branches qu'il fournit à tous les muscles de la face. Son exposé , quoique fort concis, est assez exact. Eusiache continue bien de regarder le nerf facial comme une branche de l'acoustique, mais cependant il connaît déjà les trois portions de ce dernier, et, qui plus est, l'anastomose de la corde du tjmpan avec la troisième branche de la cinquième paire (2). Fallope, à cet égard, observa encore plus exactement que tous ses contemporains. 11 était persuadé que le nerf facial constitue une paire distincte, mais, ne voulant pas paraître singulier, il conserva l'ancienne division (3). Lorsque Varole plaça l'origine du nerf acoustique dans le pont qui porte son nom (4), et Piccolhuomini les racines de la cinquième paire dans le quatrième ventricule (5), ce que le dernier dit s'applique davantage à notre nerf auditif, et ce que prétend le premier, convient également à notre nerf

Bertngar.Jlg, /^S^. h. — Fesal. lih. ir. c. R. p. 368.

[n rr''y\ i' P- '4'- — T"^- xp-iIZ. fig, t.

• r / ] fis- 3. {T.) Comparez Coiter,p. ng. -^Ingrats, comment, zn Ira/en. de oss. p. g. >. a

H) Obs.p. 4o5. — Comparez Cotter, p. loL

(4) De neri>. optic. f. a. ' ^

(5) Anutom. pnelect. p. 3oo.

8o Section onzièîiie , chapitre sixième. facial. Varole explique déjà la mutilé des sourds de naissance par l'anastomose de la troisième branche de la cinquième paire avec la corde du ijmpau (i).

Notre neuvième paire, ou le glosso-pliarjngien , était ordinairement regarde'e par les ànatpmistes du seizième siècle comme une branche de leur sixième paire ou de notre paire vague. Fallope fut le premier qui la distingua de cette dernière , et indiqua clairement sa distribution dans'la langue et le pharynx (2). Eustache donnait à sa sixième paire trois branches principales, savoir, le glosso-pharyngien , la paire vague et le nerf accessoire do Willis (3). Il publia aussi la première figure de notre glossopharyngien (4). A l'égard de la paire vague, Vésale connaissait, il est vrai, sa branche récurrente et ses connexions avec la septième paire ou notre nerf hypoglosse, mais il ne la poursuivit pas avec assez de soin , puisqu'il prétend qu'elle fournit même à la Tessie et à la matrice (5). Fallope démontra fort exactement au contraire , qu'au-dessous du foie et du mésentère aucun viscèi e du bas - ventre n'en reçoit de branches (6). Eustache lit aussi représenter avec beaucoup de vérité la distribution de la paire vague et sa dernière terminaison dans le gi-and sympathique (7); mais Colambus (8) et Guidi (9) soutinrent encore l'opinion erronée de Vésale.

Les anatomistes du seizième siècle connaissaient déjà lé nerf accessoire de Willis beaucoup niieux que le glosso-pharyngien , quoiqu'ils le rangeassent

([) Anatom. lih. I. c. 7. p. 3i.

(rt) Ois. p. 4o6.

(31 Oss. exam. p. 2o5.

(4) Tab. xriII.Jig' 2. {mm.)

(5) Lib. r^jl. c. 9. 36g.

(6) Ois. p. 407.

(7) Tab. XVlII.Jig. -y. •("».) (81 ifô. Vlll. p. 364-

(9) Lxh. 111. p. 82.

JDéœiivcrteS en nécrologie. 8r parmi les branches de la paire vague. Vesale le décrit sous le nom de branche de la sixième paire , qui se distribue dans les muscles du cou et de la nuque (i), et Fallope (2) ainsi que Guidi (3) ne diffèrent point de lui ; mais dans ses tables , Eustache a représente la naissance de ce nerf à la hauteur de la troisième paire cervicale , son anastomose avec la paire vague , les rameaux qu'il envoie dans les muscles sterno-cléidomastoïdiens , enfin ses connexions avec la troisième et la quatrième paires cervicales (4). Coj'ter en suivit les racines jusqu'à la cinquième paire des nerfs cervicaux (5).

Notre douzième paire , ou le nerf hypoglosse > formait le septième des anciens. Vésale décrit son origine à la ba^e des éminences pyramidales , son ^ anastomose avec la paire vague , et sa distribution dans la langue, mais très-imparfaitement, et il commet en même temps la faute de le partager en deux branches, dont l'une est le stylo-hyoïdien (6), ce qui n'arrive jamais, puisque ce nerf parcourt l'intervalle du stylo-hyoïdien et du hyo-glosse, auquel il envoie quelquefois un filet (7). Etienne connaît ses connexions avec la première et la seconde paires cervicales (8), et Fallape ses anastomoses dans la langue avec la troisième branche de la cinquième paire (g). Dulaurens réfute ceux qui admettaient une communication entre lui et le nerf acoustique pour expliquer la co-existence de la surdité et delà mutité (10).

M LU. VII. c. 9. p. 36g.

(2) Ohs. p. ^07.

Ci) Lib. III. p. 82.

{\) Eustach. tab. XFlII. Jjg ,. 3 ( f , 9 J?^. {ifghik?) iab. In. /'g- 2. (fg. ) tab. lo.Jlg. 2. {abc.) ' *

(5) CoitCT. obs. p. io8.

f6) Fesal. lib. vll. c. io. p. Sy-j.

m) Boehmer , De nono pare neryor. cerelr. §.43. 18^ Stephan. p. ai^g.

uy) Fallop. ohs. p, ^{07.

(10) Laurent, hitt. amt, lib. XL 04 II. p. q65.

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