LA SERPENTAIRE ET LE POLYGALA DE VIRGINIE
Au XVI* siècle nous vinrent encore deux médicaments, que l'empirisme du nouveau monde révélait à TEurope. C'est la serpentaire et lo polygala de Virginie que Ton considérait comme des substances diurétiques et diaphorétiques.
TABERN/EMONTANUS ET L'ARNICA
C'est au XVI* que Ton introduisit empiriquement Tarnica dans la thérapeutique; on le doit à Tabernsemontanus, botaniste distingué et médecin de l'électeur Palatin.
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L« vulgaire employait, sans savoir où il Tavail appris, la décoclion de cette plante contre les contusions, mais c'est te médecin dont Je viens de parler tpii en parie le premier dans son traité de botanique ; il l'avait donné en infusion dans la colique hémorrhoïdale et, à son exemple, on en fit un assez fréquent usage. — Michel Fehr l'employa beaucoup dans les chutes, dans les fièvres intermittentes, dans la pleurésie rhumatismale, dans Thémoptysie, dans l'atnénorrhée, dans certaines affections spasmodiques, dans le catarrhe pulmonaire chronique, dans les anciennes diarrhées rebelles, etc.
C'est un médicament qui est resté dans la thérapeutique et dont l'Empirisme a consacré les vertus.
GUILLAUME PISOiN, ADRIBN HBLVÉTIUS ET L'IPÉCACUANHA
Guillaume Pison est le premier qui ait fait connaître Tipécacuanha en Europe, comme étant utile contre la diarrhée et la dysenterie. C'était en 1648, mais cette première communication n*eut pas de retentissement. Il fallut que le charlatanisme s'en mêlât pour que la science y fit attention, et cherchât à extraire de ce moyen empirique, dont la nature était inconnue de ceux qui le vantaient, ce qu*il pouvait avoir de bon et d'utile.
Il parait, dit Éloy (tome II, article Helvétius), qu'un étudiant en médecine, Adrien Helvétius, et son maître Afforty donnaient des soins à un pharmacien nommé Garnier qu'ils guérirent. — Celui-ci pnr reconnaissance leur offrit un paquet de plusieurs livres de racines dtt nouveau remède contre la dysenterie. Afforty dédaigna le cadeau et Tabandonna à son élève qui le fit prendre à quelques personnes atteintes de dysenterie. L*essai ayant bien réussi, le remède fut aussitôt affiché sur les murs de Paris, mais Helvétius n'en donnait pas la composition. Sur ces entrefaites le Dauphin, fils de Louis XIV, eut la dysenterie. On voulait essayer le nouveau médicament, mais un n'osait guère. D'Aquin, médecin du roi, ne consentit â s'en servir qu'après l'avoir employé avec succès à l'Hôtel- Dieu. Trouvant le remède utile, il proposa d'en acheter le secret au prix de 1000 louis d or, ce qui fut fait sans retard, et Helvétius fut en outre nommé écuyer, conseiller du roi, inspecteur des établissements de Médecine de la Flandre française , ayant ainsi tous les honneurs que les habiles intrigants savent obtenir de Tautorité , au détriment des hommes de science, honnêtes et laborieux.
Une fois l'ipécacuanha entré dans la science par la protection de la cour, il n'en est plus sorti. Importé par l'Empirisme ignorant, employé par des médecins qui n'en connaissaient pas les propriétés et
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qui s'en servaient d*une Taçon empirique, on s'est d'abord préoccupé des doses fortes que conseillait HeWétius, et on a l'employé à dose moindre. On l'étudia ensuite dans ses différentes espèces, puis on chercha à établir quelles étaient ses propriétés physiologiques, et c'est ainsi que Ton est arrivé peu à peu à sortir des premières voies empiriques où l'on était engagé.
Aujourd'hui Tipécacuanha est une des plus utiles substances de la thérapeutique que l'on emploie comme vomitive, comme purgative et, selon la dose, comme expectorante.
Elle fait partie d'une poudre célèbre inventée en 1762 par Dower, qui vivait en Angleterre, et qui l'employa comme antispasmodique et sudorifique. C'était un mélange de poudre d'ipécacuanha et d'opium.
VVALTBR RALEIOH ET LA POMMB DE TEKRB, OU SOLANUM
TUBEROSUM
Une des plus belles importations de l'Empirisme moderne est sans contredit celle de la Pomme de terre, qui est à la fois un aliment et un remède, et d'où l'on retire l'amidon. — Pierre Cieca est le premier qui nous ait appris les propriétés alimentaires de ce tubercule que mangeaient les habitants de Quito (Chronica de Piru. Seville, 1553). Lopez de Gomara (Histoire générale des /ndes, 1554), Cardan (De rerum varietate, 1557, lib. I,p. 16) en font également mention, mais c'est, à ce que dit Bauhin {Hist. plantarum)^ Sir Walter Raleigh qui l'apporta en Angleterre sous le règne d'Elisabeth, en 1586. On la cultiva aussitôt et son usage se répandit peu à peu en Irlande et sur le continent. Cependant l'on n'osait pas trop eu manger crainte de la lèpre (Bauhin), et il fallut des circonstances exceptionnelles pour amener les cultivateurs français à se servir de ce tubercule. — Pannentier, qui avait pris à tâche de répandre en France la culture de ce précieux tubercule, n'y réussissait qu'avec peine , malgré tout l'appui qu'il recevait de Louis XVI, et tous les moyens, dit-on, même la ruse durent être employés. Là où poussaient les pommés de terre, il faisait afficher défense sous les peines les plus sévères de marauder dans sa culture, et comme ce qui est défendu est assez habituellement très-recherché, on venait la nuit voler ses tubercules pour en tirer par culture les mêmes avantages que lui. C'est tout ce que voulait Parmentier. Son stratagème lui réussit, d'accord avec sa persévérance et son opiniâtreté, et, à voir aujourd'hui l'effrayante consommation qui se fait de la pomme de terre qui est préférée aux autres farineux, on ne se dou-
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terail guère qu'il a fallu toute l'énergie morale-d'un homme de bien, convaincu d'être utile à ses semblables, pour démontrer à une nation intelligente que la pomme de terre est un bon aliment qui ne renferme aucune qualité nuisible. C'est là un des plus beaux triomphes de l'Empirisme, et ce n'est certes pas le moins utile à rbumanité.
PIERRE CISCA BT LE MAÏS
C'est dans la Chronica de Ptru, écrite par Pierre Cieca (Séville, 1553), que l'on trouve la première indication de l'usage alimentaire du maïs à Quito. On croit assez généralement que cette graminée est originaire de l'Amérique. Telle est l'opinion de Parmentier et de Humbolt. — D'autres au contraire, Unné, Lobel, Desplaces, etc., croient qu'elle vient de l'Inde, et Grégori affirme que le maïs a été apporté de l'Inde en Italie au xiii* siècle par les croisés. Mérat et Delens disent qu'une figure de cette plante existe dans les anciens dessins de l'Encyclopédie chinoise de la Bibliothèque impériale, et de plus qu'on a trouvé des grains de cette céréale dans les hypogées d'Athènes.
D'après ces documents contradictoires, il est difficile d'afSrmer que c'est à la découverte de l'Amérique que nous devons la connaissance empirique des propriétés alimentaires du maïs. — Mais en supposant que le maïs fût employé comme aliment aux Indes, en Chine et en Grèce à l'époque où les navigateurs l'ont trouvé en Amérique, cela prouverait que cette graminée est, comme le tabac, originaire de l'Asie et de l'Amérique tout à la fois.
Néanmoins il paraît que c'est depuis la notion empirique rapportée du Nouveau-Monde , au xvi* siècle, que la culture du maïs s'est propagée en Europe. C'est là un résultat important à noter, car, quoi qu'on ait dit, la farine de maïs est un très-bon aliment. Soutenir que cette alimentation cause la pellagre, comme on a prétendu que la pomme de terre donnait la lèpre, n'est qu'une erreur. Quand le maïs est bien cultivé, soigneusement recueilli et non altéré par des moisissures de verdet, il ne produit aucune maladie. S'il est malade, alors il résulte de son emploi comme aliment des accidents analogues à ceux que donnent le blé malade, atteint de verdet, ou que provoquent la pomme de terre si elle est altérée. — Toutes les céréales altérées sont dangereuses, mais quand elles sont de bonne qualité , aucune n'a d'inconvénient pour la santé de ceux qui s'en nourrissent.
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DRAKE, HA\yKINS ET LA PATATB, OU CONVO^fVULlj^ BATA.TA8
Si la patate que Ion conrond souvent avec la pomme de terre n'est pas aussi utile que celtQ dernière, ce n*en e$t( pas moins uœ importation très-utile. Drake et Hawkins Tont trouvée en usia^e daos les îles de la mer du Sud et dans les Canaries, d*où ils l'ont rapportée en Angleterre.