DISPARITION DK LA POSSESSION
Au milieu de cette superstition prolongée qui attribue toutes les maladies nerveuses et mentales à l'obsession démoniaque, on voit çà et là quelques médecins lutter de tout leur pouvoir contre cette idée, imitant en cela l'exemple d'Hippocrate. Ainsi, pour faire éva-
cuer les démons qui agitent les malades, ditCelse (lib. m, c. XYiii), il faut les mettre au pain et à Teau, et leur donner des coups de bâton.
Au lY* siècle, Posidonius niait la réalité de la possession, et disait qu'il n'y a pas de démons qui tourmentent les hommes, mais que les démoniaques sont simplement des malades (Philastorge, Histoire ecclésiastiqi^, VIII, x).
Plus tard les Pères de TÉglise se joignent aux médecins , et déclarent que la possession n*est qu'une maladie naturelle. Mais, malgré ce secours, les vieilles croyances démonologiques triomphaient des suggestions éclairées de la philosophie et de la méde» cine. On commença à admettre, avec P. Zacchias, médecin du pape Innocent X, que les possédés étaient des mélancoliques dont la maladie attirait le démon, et auquel elle servait d'instrument, mais que dans beaucoup de cas, des gens extravagants, des femmes mal réglées qu'on tenait pour possédées, n'avaient aucune communica» tion avec Tespnt malin.
Cette opinion mixte et intermédiaire a longtemps régné. Ce fut celle de Sennert, de Frédéric Hoffmann au xvii* siècle, mais elle fut vivement combattue par un grand nombre de médecins.
Guainerius de Pavie, en 1440, niait déjà toute espèce de possession (Friedreich, op. cit., p. 103), et plus tard Poponat affirmait que puisque des purgations ou un autre traitement médical faisait cesser la possession, il n'y avait pas d'influence du démon, et que les phénomènes démoniaques devaient être simplement des maladies {De incantatiofiey p. 155, Basil., 1556). Ce fut l'opinioD de Montaigne, de Charron, de Cyrano de Bergerac, de Bonet, de Riolan, qui manifesta son opinion à l'occasion du procès d'Urbain Grandier.
En lisant les ouvrages de Salomon Semler (Commentatio de demaniacis quorum in Novo Testamento fit merUiOy Halx, 1770- 1779, in-4®), de Gruner, de Farmer. de Lindinger {Médecine des Héhreux\ de Domb (Theologutnenœ, Heidelberg, 1800, p. 33i), on voit le point de départ de la réforme introduite dans les doctrines de la possession, doctrines qui furent adoptées par les théologiens. Ainsi l'abbé Bergier {Dictionnaire de théologie), au mot Esprit, déclare que le nom d'esprit mauvais a été donné dans rÉcriture à des maladies simplement inconnues et regardées comme incurables.
Un trappiste, le père Debreyne, à la fois médecin et théologien, pense de même (Essais de théologie morale, chap. iv, p. 356); et foisant ses réserves sur les possessions rapportées dans l'Ancien
Testament qui sont articles de foi, il déclare que les autres possédés ne sont que des malades ou des charlatans.