‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 65 sur 124 · DE L'EMPIRISME ANCIEN · texte numérisé non relu

DE L'EMPIRISME ANCIEN

Hippocrate est le premier qui, dans notre antiquité médicale, ait donné Texemple de la plus heureuse association de Texpérience et de la raison. Ses doctrines, également éloignées de Thypolbèse et de la théorie, ont échappé à la destruction générale de tout ce qui n'est pas vrai. Elles sont restées vivaces et ce n'est que justice. Pendant les siècles qui ont suivi sa mort, et jusqu'à la fin de l'école d'Alexandrie, leur règne s'est poursuivi presque sans partage. C'est le Dogmatisme qu'on ferait mieux d'appeler Naturisme et qui, avec des vicissitudes diverses, s'est prolongé jusqu'au xvi' siècle après avoir été fortifié par les témoignages et les travaux de Galien. Cependant, s'il y eut en faveur de ces doctrines un assentiment presque général, qu'on pourrait dire presque universel, il s'éleva des voix contradictoires pour blâmer cette direction de la science et combattre ce qu'on appelait à tort les prétentions de l'hypothèse. Quelques hommes, plus résolus que bien inspirés, entreprirent contre les applications de la raison à la science sous le nom d'Empirisme^ une campagne qui n'aurait dû être faite que contre les abus du raisonnement en médecine (1). Ils ne virent pas que, pour détruire un mal, ils en produisaient un autre. Ils se firent les champions de Tobservation, dont personne n'a prétendu nier l'importance et ils la proclamèrent la seule source du progrès en repoussant toute intervention de la raison. Ennemis déclarés de toute hypothèse, ils ne virent pas qu'elle est souvent pour l'homme un moyen d'arriver à la vérité en inspirant ses recherches, et en le dirigeant dans une voie particulière, car celui qui ne cherche rien ne trouve rien. Or, avant d'avoir trouvé ce qu'on cherche on est guidé par une hypothèse.

Après la fondation de l'école d'Alexandrie (310 ans avant J.-C.) par Hérophile qui déjà avait rejeté toute explication théorique de l'action des médicaments, Philinusj de Cos. son disciple, généralisa cette manière de faire et l'appliqua à toutes les branches de la médecine. Rejetant toute théorie, il déclara que le seul guide à suivre dans l'étude de la médecine, c'était V Expérience, A l'exemple des sceptiques il soutint qu'il fallait douter de la puissance de la raison et ne s'en rapporter qu'au témoignage des sens. Pour lui, le raisonnement ne servait à rien en médecine, et il fallait s'attacher uniquement à l'expérience, car toutes les théories hippocratiques sur les éléments et les qualités élémentaires, sur les humeurs cardinales, sur les crises et les jours critiques, sur les causes occultes ou prochaines et sur l'essence des maladies n'avaient rien de réel et devaient être considérées comme des hypothèses. Il considérait même comme inutile

(I; EJoy. Sêctt Empirique^ t. 11, p. 140.

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le fameux axiome thérapeutique d Hippoerate : Les maladies guérissent par leurs contraires^ et il prétendait qu*îl fallait afoir seulement égard aux effets des remèdes connus sans chercher à . raisonner sur leur mode d'action, et sans s*inquiéter dans leur administration, ni de la nature, ni de la cause prochaine des maladies. De la sorte, il constitua une doctrine médicale qui se répandit trèsrapidement et qui eut un très-grand succès.

Pour lui, le raisonnement devait être banni de la science. Cest ainsi qu'il devint le chef d'une secte importante qu'on peut considérer comme la seconde école Empirique. C'était l'exhumation d'un principe de l'expérience philosophique grecque devant lequel tout devait disparaître. Au reste Philinus ne s* attribuait pas le mérite de l'invention qu'il disait même appartenir à Hippoerate, abritant ainsi très-habilement, sous ce nom respecté, un absolutisme de méthode qui ne s'y trouve guère. Hippoerate en effet est un naturiste ayant su allier les droits réciproques de la raison et de l'observation, mais ne sacrifiant pas Tune à l'autre. Ennemi de l'hypothèse et des théories que l'observation ne peut justifier, il n'a jamais inspiré la raison au profit de l'expérience, et il n*a jamais considéré l'observation comme la seule et unique condition du progrès de la science. En médecine, ces prétentions exclusives et systématiques appartiennent à Philinus et nullement à Hippoerate. Elles ne sont qu'un développement du pyrrhonisme grec.

L'empirisme en tant que système est aussi ancien que les connaissances humaines, et TEmpirisme ancien est, d'après la remarque de M. Andral, l'origine de tous les Empirismes modernes, comme le dogmatisme ancien est le principe des différents dogmatismes qui ont paru depuis.

H y a une telle alliance entre la philosophie et la médecine que toutes les sectes médicales, à leur naissance, ont trouvé leur raison d'être dans les idées philosophiques du temps. Comme les autres l'empirisme n'a pu échapper à cette loi et on en retrouve le principe dans les doctrines de la philosophie ancienne.

Peu après Aristoie, Pyrriwn, témoin de tous les excès produits par rapplicatioii du raisonnement aux choses de la science et aux phénomènes de Tunivers, voulut ramener l'esprit humain dans les voies régulières de l'observation. Il proclama ce principe qu'il ne fallait croire qu'à ce qui paraissait évident pour les sens : aux phénomimeSy le reste n'était que pure hypothèse. Il ne savait pas si la matière existe et, sans la nier, il ne l'affirmait pas, ce qui a fait dire aux philosophes de son temps, voués aux entraînements de l'hypothèse, qu'il doutait de toul. Le Pyrrfionisme est devenu ainsi syuo-

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