‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 66 sur 124 · DE L'EMPIRISME ANCIEN · texte numérisé non relu

DE L'EMPIRISME ANCIEN

uyme de doute universel, ce qui est un peu vrai, puisqu'il doutait de U matière au sein de laquelle se produisent les phénomènes visibles et tangibles.

Jl n'acceptait d'autre réalité que celle du témoignage des sens, ou des phénomènes constatés parTobservalion, mais, au delà, il doutait de tout. Il ne voulait pas qu'on recherchât l'essence des choses, et il soutenait qu'il ne fallait qu'observer les phénomènes sans en rechercher la nature. Ce sont là, comme on le voit, les bases de la philosophie expérimentale pure, doutant de tout ce qui n'est pas démontré par les sens.

Il ajoutait : c Comme naissent et tombent les feuilles des arbres, ainsi les opinions des mortels et non leurs observations. »

Ce sont les principes philosophiques de Pyrrhon qui ont inspiré les fondateurs de 1 école Empirique en médecine. La similitude est complète. Philinus ne voulait pas qu'on étudiât autre chose que ce qui parait être et ce qui peut être constaté par l'observation. Pour être conséquent, il déclarait que, dans les maladies, on ne devait s'occuper que de leurs phénomènes et non de leur nature, erreur profonde, qui est encore celle de tous les empiriques actuels.

En effet, la physique moderne qui a pour but d'étudier les phénomènes naturels et leurs lois, remonte à leurs causes, et admet des forces qu'elle ne voit pas^ qu'elle ne touche pas et qu'elle ne sent pas davantage.

Le médecin voit du pus, mais il n'en sait pas la nature virulente, il voit des tumeurs formées d'épithélium, de tissu fibro-plastique, de cartilage, etc., et il ne sait si elles sont de nature maligne ou bénigne, etc., car la forme, la couleur et Taspect d'un produit morbide ne caractérisent pas toujours sa nature. Si le témoignage des sens est nécessaire au progrès de la médecine et des sciences, la recherche des causes et de la nature des phénomènes n'est pas moins indispensable à leur grandeur. C'est dans ce sens que Platon a défini la science : « Une notion de V invisible. »

Conséquents à leurs principes, les disciples de Philinus avaient adupté, pour la définition des maladies^ le principe d'une simple énuniération des phénomènes sans jamais en indiquer la cause ou la nature qui, échappant à l'observation directe, est entièrement du domaine de la raison.

Après Philinus de Cos , vint Sérapion d'Alexandrie au xixvui* siècle, qui est considéré à tort comme le véritable fondateur de la secte Empirique. Si Ton en croit Galien, il maltraita beaucoup Hippocrate, et dans ses ouvrages se louait à tout propos en méfinsaot tous les auteurs qui lavaient précédé.

Il avait également pour principe, qu'en médecine le raisonnement ne sert à rien et que cette science marche uniquement par Tobservation et l'expérience.

Tous ses écrits sont perdus, mais on sait par des extraits de ^on Ikre sur les médicaments dans quel degré de ridicule l'avait précipité son empirisme. Il conseillait contre Tépilepsie, la cervelle de chameau, les' excréments de crocodile, le cœur d'hyène, le sang de tortue et les testicules de sanglier. Voilà où l'on en arrive quand, au nom de Tempirisme qui bannit l'intervention du raisonnement, on est obligé de mettre en usage les pratiques les plus absurdes. Et, ici, nous sommes aux sources de l'empirisme et aux conseils de ses fondateurs.

Il ne faut donc pas s'étonner si, plus tard, nous voyons que c'est au nom de l'expérience qu'on a vanté les amuletteSy et on peut dire que toutes les pratiques ridicules qui se sont glissées dans la science n'y ont pénétré qu'à l'aide de ces mots : Cela rétissity l'expérience Ta démontré. Formules magiques, incantations religieuses, influence divine ou démoniaque, pèlerinages profanes et sacrés, sorcellerie, magnétisme, homéopathie, philtres et charmes curatifs, poudres inertes vantées par l'industrie,, remèdes inutiles ou nuisibles, tout cela est préconisé au nom de l'expérience et, l'imagination aidant, l'expérience thérapeutique pourra être favorable à la plus insensée des médications. Qu'on se rappelle ce paysan à qui son médecin ayant ordonné une purgation lui écrivit la formule d'un purgatif en hii disant : prenez-moi cela, ce que fit notre homme en avalant le papier dont Ting^estion fui suivie d'évacuations abondantes, et l'on verra qu'en Ihérapeulie l'expérience est chose extrêmement diflicile. Oïl peut même dire que, sans la raison qui la guide, et qui la dirige, l'expérience en thérapeutique n'est qu'un marche-pied de l'ignorance quand elle n'est pas le masque du charlatanisme.

Après Sérapion, vint Xeuxès qui a fait un commentaire asseï étendu sur Hippocrate.

Heraclite , de Tarenle, est un médecin remarquable du xxxix* siècle qui releva beaucoup l'éclat de la secte empirique. Galien le vante beaucoup pour sa bonne foi et pour sa sincérité, dans la pratique de la médecine. Cœlius Atirelianus l'appelle le plus estimable des enipiriques.

Inspiré par les doctrines d' Hippocrate, de Diodes et de Praxiigoras, ce fut un sage praticien. Il étudia beaucoup la matière médicale, et les médiciments dont il donna les descriptions et marqua les propriétés d'après l'expérience. C'est à lui qu'on attribue le premier usage de Vopium dans l'intention de calmer les douleurs

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et de procurer le sommeil. Galien Testimait assez car il le juge en disant : c Une parlait jamais contre la vérité pour défendre les intérêts de sa secte; il ne rapportait que ce qu'il avait expérimenté lui-même^ et il possédait la pratique de la médecine aussi bien qu aucun autre médecin de son temps, » Tous reconnurent ce principe qu'en médecine < t^ faut observer sans jamais raisonner, » maxime déplorable qu'un esprit distingué a bien de la peine à suivre, et à laquelle la foule des médecins ne peut obéir sans tomber dans les pratiques les plus grossières et les plus ridicules.

Toutefois en proclamant ainsi la nécessité et l'importance de Tohservation, Philinus, Sérapion elles Empiriques ne se bornèrent pas seulement à exagérer un principe admis de tous, pratiqué par Hippocrate et ses successeurs, faussé peut-être par des esprits trop enclins à rhypothèse; ils donnèrent à Tobservation et à Texpérience médicales des règles précises, de façon à créer une véritable méthode scientifique. Leur formule d'observation restée comme un bon modèle à suivre, se trouve dans les histoires de la médecine, de Leclerc, de Sprengel, de Renouard, et j*en parlerai plus loin.

Zopyrus est un autre empirique qui vivait au xxxix"^ siècle. Il pratiquait à la cour des Ptolémées, et était en correspondance avec Mithridate VI au sujet des poisons et des antidotes. On connaît de lui un traité des plantes vénéneuses, et il disait avoir trouvé un antidote général ambrosia qui fut essayé avec succès, dit-on, sur plusieurs criminels.

D*après Oribase, Zopyre avait classé hs médicaments d'après leur mode d'action; les errhins, les diurétiques, les sudorifiques, les astringents, lessuppuratifs, les expectorants, et les ealactogènes, etc., fait important pour cette époque et dont s'inspirent encore les classifications thérapeutiques de notre époque.

Theudas ou Theodas est cité par Galien comme un des meilleurs écrivains empiriques du deuxième siècle. Son contemporain MenodotuSy empirique comme lui, est désigné par Galien comme un méchant auteur ayant composé de très-gros livres chargeant d'injures les médecins des autres sectes. Il est l'auteur d'un procédé philosophique pour arriver à la vérité, c'est VEpilogisme ou comparaison.

LycuSy Eschiony sont aussi rangés parmi les sectateurs de TËmpirisme. — Tous ces auteurs sont antérieurs à Galien ; mais après lui la plupart des Empiriques se fondent dans son Dogmatisme.

Toutefois des Empiriques se montrent encore çà et là professant la doctrine dans son état de pureté. Ainsi Sexlus Empiricus, mis par

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Leclerc au xxxviir ou au xxxix* sièele, aurait vécu, selon Freind, au n" siècle, sous Tempire d'Antonin le Pieux. M. Andral le place au III*. Le surnom qu'il porte lui vient de sa philosophie médicale. Son principal ouvrage avait pour litre : Mémoires Empiriqxies, Il a laissé un ouvrage de philosophie contre les mathématiques et un autre intitulé Hypotyposes ou institutions pyrrhonienneSy dans lequel il passe en revue toutes les connaissances humaines pour indiquer ce qu'elles ont de certain et d'incertain.

Cassius Félix a été rangé par Dezeimeris au nombre des Empiriques. Peut être serait-il mieux placé parmi les éclectiques, car il se montre tour à tour Hérophiléen, ErasistratéeUi Méthodiste et Empirique. Il viyait au commencement du r' siècle au temps de Celse. On lui doit une préparation contre la colique dans laquelle entrait du suc épaisf:i de pavot.

II a publié des problèmes naturels et médicaux en 84 propositions dans lesquelles se trouve quelque chose de fort remarquable pour le temps. C*est Tindication de la paralysie existant dans le côté opposé du cerveau, et il l'explique en disant que les nerfs qui tirent leur origine de la base de cet organe se croisent de façon que ceux qui viennent de la partie droite vont à gauche, tandis que ceux de la gauche vont se rendre à la droite du corps.

L'Empirisme de la seconde époque, celui de Philinus et de ses disciples, est le premier, dit Andral, qui ait proclamé en principe que la médecine ne devait avoir qu'un but, la guérison des malades, et que tout ce qui ne conduisait pas à ce résultat devait être écarté. Peu satisfait de ce qu'avaient dit les philosophes, ou découvert les analomistes, il avait la prétention de se passer des raisonnements vantés par les premiers et des preuves et des recherches des seconds. Toute lumière devait venir de l'expérience et, pour en tirer tout ce qu'elle renferme d'utile à la guérison des malades, il proclamait qu'on devait agir d'une façon particulière, au moyen de trois procédés : 1° l'observation, 2° l'histoire, et 3" Tanalogisme ou l'épilogisme. C'était le trépied de la médecine (Eloy), trépied de l'empirisme (Sprengel). Par ces différents procédés il prétendait déterminer les Ressemblances et les différences des maladies en même temps que rusa*:e des remèdes avantageux et inutiles ou dangereux.

4° Déj l observation. — Le mot observation pour l'école empirique était synonyme A' autopsie, c'est-à-dire voir par soi-même ou par ses propres yeux (1).

(1; Voyez Andral, Union méd., 1853.

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