‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 83 sur 124 · DE L'EMPIRISME — A. COMTE ET LE POSITIVISME · texte numérisé non relu

DE L'EMPIRISME — A. COMTE ET LE POSITIVISME

lois de rorganisatioQ et de la vie, tandis que la zoologie et la botanique, sciences concrètes, ne poursuivent que Tétude des espèces présentes et passées. Kn un mot, les sciences concrètes ont pour objets les Etres ou les Objets et les sciences abstraites les Evénements.

Les sciences concrètes sont toujours plus tardives que les autres, bien qu*elles soient cultivées les premières, car on ne peut bien étudier que les choses dont on connaît les lois; or celles-ci sont le domaine des sciences abstraites. Elles sont à peine formées faute de faits suffisants, et ne renferment que des matériaux d*une science future, tandis que les sciences abstraites sont plus avancées en raison de la découverte d'un certain nombre de lois ou de vérités incontestables. Il y en a six qui ont entre elles des relations évidentes par lesquelles on forme une série ascendante en raison de la complexité de leurs phénomènes et de la dépendance où sont leurs vérités propres des autres vérités appartenant aux sciences précédentes.

Ainsi..., « les vérités de nombre sont vraies de toutes choses et ne dépendent que de leurs propres lois ; c'est pourquoi la science du nombre, qui se compose de l'arithmétique et de Talgèbre, peut s'étudier sans avoir égard à aucune autre science. Les vérités de la géométrie présupposent les lois du nombre ainsi qu'une classe plus spéciale de lois particulières aux corps étendus, mais n'en exigent pas d'autres ; la géométrie peut donc s'étudier indépendamment de toutes les sciences, sauf celle du nombre, la mécanique rationnelle présuppose, tout en étant sous leur dépendance, les lois du nombre et de l'étendue et, avec elles, un autre groupe de lois, celles de l'équilibre et du mouvement. Les vérités de l'algèbre et de la géométrie ne dépendent nullement de ces dernières, et eussent été vraies, fûtil arrivé à celles-ci d'être le contraire de ce que nous les trouvons, mais on ne saurait comprendre ni exposer les phénomènes de l'équilibre et du mouvement sans supposer les lois du nombre et de rétendue telles qu'elles existent dans la réalité. Les phénomènes de Tastronomie dépendent de ces trois classes de lois, et, en outre, de la loi de gravitation, laquelle est sans inOuence sur les vérités du nombre, de la géométrie ou de la mécanique. La physique (qu'en Angleterre dans le langage commun on nomme si mal à propos philosophie naturelle) présuppose les trois sciences mathématiques, ainsi que l'astronomie, puisque tous les phénomènes terrestres sont affectés par des influences qui dérivent des mouvements de la terre et de ceux des corps célestes. Les phénomènes chimiques dépendent de toutes les lois qui précèdent (outre les leurs propres), de celles de la physique parmi le reste, spécialement des lois de la

5t? HISTOIRE DE LA MÉDECINE

chaleur et de Télectricité ; les phénomènes physiologiques» des lois de la physique et de la chimie et, par surcroît, de leurs,]ois propres. Les phénomènes de la société humaine obéissent à des lois qui lui appartiennent en propre ; mais ils ne dépendent pas seulement de celles-ci : ils dépendent de toutes les lois de la vie organique et animale en même temps que de celles delà nature inorganique; ces dernières agissent sur la société non-seulement par leur influence sur la vie, mais encore en déterminant les conditions physiques dans lesquelles la société est appelée à se développer, c Chacun de ces degrés successifs exige des inductions qui lui sont propres ; mais elles ne peuvent jamais devenir systématiques que sous rimpulsion déductive résultée de tous les ordres moins compliqués. » {Système de philosophie positive^ tome II, p. 36.)

La série des sciences représente dans chaque terme un progrès en spécialité sur le terme qui le précède, avec un accroissement de complexité. Elle est ainsi composée dans Tordre suivant : \^ la Mathématique et ses trois branches rangées à la suite l'une de l'autre, diaprés le même principe, le nombre, la géométrie, la mécanique; â** l'astronomie ; 3^ la physique ; A° la chimie ; 5* la biologie ; 6® la sociologie ou science sociale, dont les phénomènes dépendent des vérités des autres sciences sans lesquelles ils ne pourraient être compris.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette systématisation des sciences et sur leurs phases théologique, métaphysique et positive, car ce qui est vrai des unes ne Test pas des autres et. pour ne citer qu'une seule exception, je mentionnerai la science mathématique. Aucun théologien n'a jamais dit que si deux et deux font quatre, il y ait là une intluence divine, pasplusqu on n'a invoqué cette influence dans la solution d'un problème de géométrie quel qu'il soit. — D'une auU^ part, il me parait difficile de faire de la sociologie uae science, car si les principes de la civilisation reposent en majeure partie sur les vérités fournies par les sciences abstraites, il y a en elle tout un ordr^ de principes moraux qui ne relèvent en rien cle la mathématique, de rastronoiiiie, de la physique, de la chimie, ni même de la biologie, dans laquelle A. Comte comprend la physiologie. — Ce peut être là une systématisation hardie, mais elle est prématurée et je doute un peu que la civilisation gagne beaucoup en grandeur par l'étude de la biologie et de la physiologie positive.

Je n'irai pas plus loin sur ce sujrt étranger à l'objet de ce livre et je reviens au Positivisme, doctrine que son auteur présente comme n'ayant d'autre principe que la recherche des lois de succession des phénomènes à l'exclusion des hypothèses.

Page 1