BOUCHOT II
Pour appliquer les écraseurs, on embrasse la base d'une tumeur ou des portions de tumeurs. On passe les chaînes ou le fil de fer autour de la tumeur, ou bien avec une aiguille enfilée d'ua fil qui les conduit à travers les parties. Puis on endort les malades et l'on serre, selon la vascularité de la région, en avançant d'un cran ou d'un tour de vis toutes les dix minutes, toutes les deux minutes. On cesse de donner le chloroforme lorsque le sommeil est complet, et l'on recommence dès que le malade se réveille (il n'est pas prudent de laisser respirer le chloroforme tant que dure une opération). Lorsqu'on sent une résistance vaincue, les organes sont coupés, pour enlever l'instrument qui lient encore aux parties, on le tourne sur lui-même jusqu'à ce qu'il se détache.
On panse les plaies à la surface de la peau avec l'eau froide, au moyen d'un pansement simple ou d'un cataplasme froid. Sur les plaies des muqueuses, on se borne à faire des lotions avec des collutoires et des injections détersifs. |
Les accidents immédiats de l'écrasement linéaire sont une persisJ tance de la douleur et, tout à fait exceptionnellement, une hémor^ rhagie, mais cela n'arrive que pour la langue. On remédiera à la douleur par les préparations opiacées; quant à l'hémorrhagie elle sera traitée par la cautérisation avec le fer rouge ou par l'application d'un tampon de charpie imbibé de perchlorure de fer.
Les accidents consécutifs n'existent que pour les bourrelets hémorrhoïdaux.
On doit aussi à Chassaignac une bonne traduction française des œuvres d'Astley Cooper (Paris, 1 vol. in-8, 1835), et la découverte du drainage chirurgical.
Ce moyen très-ingénieux consiste à passer dans les grands foyers de suppuration, dans les kystes, dans la plèvre remplie de pus, etc., là où on ne veut pas faire de grandes incisions pour éviter la putridité, un petit tube en caoutchouc ou drain criblé de trous pour l'écoulement progressif des liquides. Pour introduire ce drain, il faut l'aide d'un trocart droit ou courbe qui fait deux ouvertures et le drad étant retiré, on y passe le tube élastique perforé de dislance en dislance, on relire ensuite la canule du trocart. De celte façon le li(iuide pathologique entre dans le drain et sort par ses extrémités. Ce drainage peut servir également à faire des injections détersives, excitantes ou antiputrides au fond des foyers purulents ou autres.
Viridectomie de Cheselden appliquée par Graefe, de Berlin, à la guérison du glaucôme.
La renaissance de la transfusion par Blondell (1818), ' Waller ; Doubleday ; Brigham ; Nelalon (1850), etc.
La méthode des sections sous-cutanées de J. Guérin, appliquée !au traitement des difformités par la section sous-cutanée des tendons ■dans les difformités du cou, des pieds ou de la colonne vertébrale, méthode ayant pour but d'ernpêcher le contact de l'air et d'éviter la : suppuration (1836).
Les résections sous-périostées de Blandin et de OUier ; mais si i parmi les conquêtes de l'anatomisme, il faut mentionner la régéinération des os enlevés ou détruits par la maladie, aux dépens ' du périoste, je dois dire que les applications de cette découverte ;anatomique à la chirurgie, ne sont pas chose entièrement nouvelle.
Hippocrate avait déjà dit (Aphor. 19, sect. vi) : ubi dissectum ifuerit os, aut cartilago, aut genae pars tennis, aui praeputium, neqiie augetur, neque coalescit. Mais cela était oublié, et c'est >Scultet [Armamentarium chirurgicum) qui le premier a annoncé i le fait d'une régénération complète du cubitus et du tibia, ce que i Duhamel a revu depuis en indiquant les conditions de cette régéné- 1 ration aux dépens du périoste. Plus tard, en 1780, Bousselin a fait cde semblables observations, en disant que le périoste sécrétait le isuc réparateur auquel il servait de moule. {Mém. de la Soc. de méd., 1780, p. 295.) David de Rouen, Troja, Weidmann {Traité >sur la nécrose), ont vérifié ces faits, encore peu connus lorsque jiFlourens, en 1838, et Blandin en parlèrent de nouveau. Ce sont les [faits qui servent de point de départ aux recherches si intéressantes de M. Ollier en 1866, et qui ne sont, comme on voit, qu'une démonstration péremptoire très -étendue du phénomène de la régénération des os, signalée par Scullet en 1645.
Le traitement des anévrysmes par les injections coagulantes 'd'acide nitrique imaginées par moi (1842), et réalisées par Pravaz ;en 1852 au moyen de l'injection de perchlorure de fer.
Varrôt des hémorrhagies cutanées par le perchlorure de fer trouvé par Pravaz.
La ponction de l'hijdrocéphalie par les lames criblées de l'ethmoïde au moyen de deux longs trocarts, capillaires afin d'avoir jun écoulement de liquide par les parties déclives. (Bouchut.)
La torsion des artères coupées, comme moyen hémostatique au I milieu d'une opération, par Amussat, en 1826.
L'extraction de la cataracte par lambeau supérieur de la cornée par Desmarres.
Là découverte de la lymphangite ou angioleucite en. 1823, par Velpeau.
La Phlébite adhésive, seule cause de la phlegmatia alba dolens (Bouchut).
La pratique des résections dans certaines maladies articulaires pour éviter une amputation et conserver le membre par Wkgtt.
Le traitement de la fistule vésico-vaginale par dissection de la paroi vésicale et glissement auloplastique du lambeau sur l'ouverture de la fistule, par Jobert.
Les sutures intestinales sur virole par Jobert, comme conséquence du principe de l'adossement des séreuses (1824).
Vurétrotomie dans les cas de rétrécissement infranchissable de l'urètre, par Reybard, en 1833.
La suture des os et la griffe métallique imaginée par Malgaigne ^ pour réunir les deux fragments d'une rotule cassée.
L'invention des serres-fines par Vidal, contre les hémorrhagies et pour le rapprochement immédiat des plaies.
La découverte des sutures métalliques avec fils d'argent rem plaçant les fds cirés, pour la réunion des plaies (Marion Sims, 1858).
La découverte de V ophthalmoscope en 1851 par le physicie Helmhollz, ce qui a permis de connaître sûrement les lésions local de la rétine, de la choroïde et du nerf optique, mais par les connexions de ces parties avec le cerveau et la moelle, j'ai pu voir dans leurs altérations les signes diagnostics des différentes maladies du système cérébro-spinal. — De cette dernière étude, en 1863, date la naissance de la Cérébroscopie.
La découverte du laryngoscope par Senn pour opérer les polypes du larynx ou pour cautériser ses ulcérations.
La création de la médecine opératoire par^Lisfranc, en ISSl, c'est-à dire, la promulgation des principes généraux de tous les
genres d'opérations de la chirurgie, comme préface de tous les procédés opératoires particuliers.
La découverte de la cataracte diabétique dans le cours de la glycosurie, par Lecorché. — La découverte de l'amaurose albuminurique par Landouzy et les lésions de la réline ou de la choroïde produite par celte maladie.
L'électricité mise à Vusage de la médecine et de la chirurgie, soit par les courants d'induction et les courants continus dans les paralysies, soit par la galvano-caustique inventée par Middeldorpf de Breslau en 4864, pour l'ablation de certaines tumeurs, soit par Vélectrohjse ou procédé de destruction des tumeurs par l'électricité, par Crussell de Saint-Pétersbourg. A cette découverte se rattache celle du stylet électrique destiné dans les plaies d'armes à feu à découvrir les projectiles métalliques dans la profondeur des tissus; et comme ce stylet révèle avec la plus grande sûreté l'or, l'argent, le fer et le plomb, il est très-utile.
La simplification du pansement des plaies à Vaide de linges humectés d'eau ou d'eaw alcoolisée de préférence aux corps gras, plumasseaux de charpie et bandes roulées interminables.
L'application de la pâte caustique de chlorure de zinc en flèches, pour détruire certaines tumeurs cancéreuses de préférence au bistouri. (Canquoin. Girouard.)
L'introduction de Vair dans les veines, dans les opérations du cou suivies de mort subite, signalée par Beauchène (1818).
La Broyichotomie ou Trachéotomie dans le croup, mentionnée dans l'antiquité par Celse, Antyllus, P. d'Egine, Albucasis, etc., tombée dans l'oubli et remise en honneur par Maunoiren 1802, par Caron en 1812, puis par Bretonneau et ses élèves en 1826.
La distinction du chancrenon virulent d'avec le chancre syphilitique, c'est-à-dire la division des ulcérations primitives de la verge dans la syphilis ou chancres en deux espèces, l'une comprenant le chancroïde, accident local non infectant et l'autre renfermant le chancre proprement dit, suivi d'infection générale de l'économie (Bassereau).
L'application de Vanesthésie du chloroforme et de la résolution musculaire qui l'accompagne à la réduction des luxations.
La dilatation des veines de la rétine et l'œdème du nerf optique dans la compression traumatique du cerveau à la suite des coups et des chutes sur la tête, par Bouchut, en 18G3.
Vostéo-my élite ou inflammation de la moelle des os par Reynaud.
La guérison de l'anus contre nature suite de hernie, parl'enlérotomie de Dupuytren.
Uhématocèle péri-utérine et le phlegmon péri-utérin découverts par Récamier.
Le spéculum uteri de Paul d'Egine tiré de l'oubli et réinventé par Récamier (1805).
Les injections irritantes dans les cavités closes affectées d'épanchement, par Sabatier.
L'ovariotomie pratiquée en 1809 pour la première fois par MM. Ephraïm Mac Dowel (de Dansville-Kentucky], puis en Angleterre par Baker Brown, Spencer- Wels, et en France par Kœberlé ; en Italie par Emiliani de Faenza en 1815, par Chisman d'Isny en Wurtembéry en 1819, par Lizard d'Edimbourg en 1825.
L'irrigation permanente d'eau froide sur les plaies contuses et compliquées pour éviter l'inflammation (Rognetta, 1835).
Les pansements ouatés par occlusion avec de la ouate sur le moignon pendant quinze à vingt jours à la suite des amputations, par Alph. Guérin, en 1871.
En fait de découvertes chirurgicales, c'en est plus que le dixhuilicme siècle tout entier, et jamais dans l'histoire de la chirurgie, on n'a déployé autant de génie pour donner à celte branche de la thérapeutique toute l'importance qu'elle mérite. Jamais il n'y a eu à la fois autant de chirurgiens éminents dans notre pays, et si les renommées sont moins bruyantes, c'est qu'elles sont plus nombreuses et que l'accaparement de la célébrité n'est plus possible. L'École de clinique chirurgicale fondée par Desaull en a créé d'autres, qui toutes ont fait de nombreux élèves, et l'École des hôpitaux, à son tour, a engendré à Paris, et dans les principales villes de France, une quantité de chirurgiens également familiarisés avec l'analomie et la physiologie, imbus des mêmes principes de pratique chirurgicale, qui se sont ainsi disséminés partout, de telle sorte
ANATOMISME ET ECOLE ANATOMIQUE — DE L'ORGANOSCOPIE 551
que la science, n'étant plus le privilège d'un seul, il est difficile à toute grande individualité de se produire.
De l'émancipation des chirurgiens est née la chirurgie, et de la dissémination des connaissances anatomiques et chirurgicales la multiplicité des bons chirurgiens. Vienne enfin la liberté d'enseignement, c'est-à-dire la faculté laissée à tous d'agir en dehors de la science universitaire de façon à laisser à chacun l'initiative du progrès, et l'on verra la chirurgie marcher d'un pas plus rapide encore vers des acquisitions nouvelles dont pourra bénéficier l'humanité.