HIPPOCRATE ET LA SUCCUSSION DE LA POITRINE
Bien que la médecine grecque ne fût pas très-avancée en anatomie pathologique, Hippocrate connaissait bien l'empyème formé de pus et d'air à la suite des abcès du poumon ouverts dans la plèvre et il en a donné le signe pathognomon ique par l'indication du bruit du flot entendu dans lés secousses qu'on imprime au corps du malade (1). C'est pour le temps une notion très-remarquable et qui suppose des autopsies dont on ne parle pas.
Quoi qu'il en soit, le procédé de succussion appelé hippocratique, premier essai d'auscultation de la poitrine, appartient à l'Organoscopie — c'est un commcement de diagnostic anatomique qui mérite d'être remarqué.
AVENBRUGGER, CORVISART, PIORRY ET LA PERCUSSION
La percussion est un moyen d'exploration né des progrès de l'anatomie pathologique et destiné a faire connaître sur le vivant l'étendue, la place et l'état des organes intérieurs. ^Avenbrugger, né en 1722 à Graetz en Styrie, est l'inventeur de la percussion. Ce moyen négligé en France pendant quarante ans fut tiré de l'oubli en 1808 par Corvisart, médecin français, et perfectionné autant que possible par Piorry.
Par la percussion des membres et des cavités splanchniques, le médecin cherche à constater des résonnances normales ou anormales à l'aide desquelles il établit que les parties explorées renferment des gaz, des liquides ou des solides. C'est de l'anatomie pathologique faite sur le vivant.
On a été longtemps à apprendre le parti qu'on pouvait tirer de la percussion pour le diagnostic et, malgré les efl'orts de Corvisart par sa traduction d'Avenbrugger, le moyen serait tombé dans l'oubli s'il n'avait été mis de nouveau en évidence par Piorry.
Voici en quoi il consiste, comment on l'emploie et quelles sont ses applications.
(1) Des Maladies, livre II, § 47. Edition Litlré, tom. VII.
ANATOMVSME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — DE L'ORGANOSCOPIE 55:5 La percussion se pratique en appliquant un doigt sur la partie qu'on veut explorer, et en frappant sur lui avec plus ou moins de force au moyen du médius de la main opposée. On a ainsi une matilé absolue, s'il y a sous la main un corps solide, une matité moindre s'il existe du liquide, et enfin de la résonnance faible ou tympanique, s'il y a des gaz. C'est le moyen de reconnaître les indurations, les tumeurs, les abcès, les engorgements, les accumulations de sérosité ou de gaz dans les tissus.
La percussion permet de limiter le volume et l'étendue des organes et des produits morbides.
On peut aussi pratiquer la percussion au moyen d'une plaque d'ivoire dite plessimètre, ce qui permet d'avoir un son plus net et en conséquence de mieux fixer le contour des organes ou des parties malades (Piorry).
Percussion du cœur. La percussion est très-utile pour apprécier le volume et la situation du cœur, ainsi que les épanchements séreux du péricarde, car une matité de 4 à 5 centimètres carrés étant la dimension normale du cœur, toutes les fois que la matité dépassera de beaucoup ce chiffre, il y aura lieu de croire à une hypertrophie cardiaque ou à un hydropéricarde, faits que la force ou l'éloignement du tic-tac permettront de distinguer.
Percussion du poumon. Les poumons résonnent très-bien tant qu'ils sont dans leur état normal, mais s'ils sont le siège d'une congestion chronique partielle, d'une pneumonie aiguë ou chronique, d'une apoplexie pulmonaire, d'une tuberculisation plus ou moins étendue, d'un aplatissement par épanchement séreux ou sanguin de la plèvre, de tumeurs profondes, il y a dans la partie correspondante du thorax une matité plus ou moins forte et différemment étendue.
La matité au sommet de l'un ou des deux poumons en avant ou en arrière indique presque toujours la présence de tubercules, mais elle peut dépendre d'une congestion chronique ou d'une pneumonie.
Une malilé fixe dans un point de la poitrine dépend de l'induration du poumon parla congestion, par la phlegmasie ou par la tuberculose.
Une matité mobile, dont le niveau se déplace avec les mouvements du malade indique un épanchement dans la plèvre.
La résonnance exagérée de la fosse sus-épineuse, unie à une matité de la base du thorax, est le signe d'un épanchement d'air et de sérosité dans la plèvre.
Percussion du ventre. Sans la percussion il serait impossible de
niSTOIRE DE LA MEDECINE
faire le diagnostic de certaines tumeurs du ventre, et c'est par ce moyen qu'on en fixe le siège, qu'on en limite l'étendue et qu'on en découvre la nature solide, liquide ou gazeuse.
Dans les maladies du foie, la matité exagérée de tout l'organe ou d'un de ses lobes indique la congestion aiguë ou chronique de la glande, son hypertrophie, ou des tumeurs hydatiques et cancéreuses. La forme globuleuse et le siège de cette matité au niveau du muscle droit indiquent même une tumeur calculeuse delà vésicule biliaire.
Dans les maladies de la rate et à la suite des fièvres palustres, la matité exagérée de l'hypochondre gauche indique le volume et l'hypertrophie de cette glande, et alors on peut en dessiner les contours.
C'est la percussion qui, en faisant connaître la matité ou la résonnance de l'abdomen, indique la présence des gaz et des excréments de l'intestin, en même temps que celle des liquides et des tumeurs dans le péritoine.
Une matité globuleuse fixe à l'hypogastre, s' élevant jusque près de l'ombilic, annonce une rétention d'urine, une tumeur de l'utérus ou une grossesse.
La matité latérale de l'hypogastre est souvent en rapport avec les tumeurs de l'ovaire ou des ligaments larges.
Une matité de la fosse illiaque droite et de la gauche indique, soit une obstruction stercorale du cœcum et de l'S illiaque, soit un phlegmon illiaque.
La matité morbide de tout l'hypogastre se portant dans le flanc droit ou gauche, selon le décubitus du malade, en même temps que ae déplace la résonnance des intestins, est le signe certain d'une hydropisie ascite.
Quand la percussion d'une tumeur donne au doigt la sensation d'un frémissement vibratoire, on peut être assuré qu'il s'agit d'un kyste rempli d'hydalides.
Si la percussion fournit beaucoup au diagnostic, 'elle n'est pas moins utile à la thérapeutique, car elle lui fournit des indications curatives importantes.
La percussion de l'hypogastre donnant une matité arrondie, formant une tumeur sus-pubienne chez un malade qui a une rélenlioii d'urine et qu'on ne peut sonder, indique le point où il faut faire la ponction de la vessie.
Dans l'ascite et dans l'hydropisie enkystée des ovaires, la percussion permet de savoir au moyen de la résonnance où sont les intestins, et au moyen de la matité où est le liquide à évacuer par la paracenlèse.
Dans la dyspepsie, la percussion des fosses iliaques et du côlon
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — DE L'ORGANOSGOPIE 5r)5
fait reconnaître une obstruction stercorale et fournit aussi l'indication d'un purgatif.
Dans les tumeurs hydatiques du foie dépassant les fausses côtes, la matité indique qu'il y a contact avec la paroi du ventre sans interposition d'une anse intestinale et qu'on peut sans danger faire la ponction du kyste.
Dans la pleurésie gauche la matité déplacée du cœur indique la torsion de cet organe ou son refoulement dans le côté droit de la poitrine et sert d'indication à la tlioracocentèse.
Chez une femme qui n'a point ses règles, dont l'hypogastre est rempli par une tumeur et qui se croit enceinte, la résonnance indique une physométrie, et la uécessité de faire le cathétérisme utérin pour évacuer les gaz.
LAENNEG ET l'aUSGULTATION
De toutes les découvertes inspirées de l'Anatomisme, il n'en est pas de plus admirable que celle qui a pour but d'écouter les bruits qui se passent dans les cavités du corps vivant pour en connaître les nuances, et, par ces nuances, de découvrir les lésions analomiques des principaux viscères. A cette découverte on a donné le nom d'Auscultation.
Laennec en est l'auteur, et si l'on peut trouver dans Hippocrate une phrase qui semble indiquer quelque chose d'analogue à celle découverte pour un cas isolé, il est certain que la découverte est tout entière la gloire de la France médicale du xix« siècle.
Laennec, né en 1781, se livra, comme la plupart des médecins de son temps, à des études approfondies de l'anatomie pathologique. Il laissa même à ce sujet pour le cancer une division en matière squirrheuse encéphaloïde et mélanique qui eut une très-grande faveur. Son mémoire sur les acéphalocystes, en 1804, fut également très-remarqué.
Mais son triomphe impérissable est, en 1819, la publication du livre où se trouve l'élude qu'il a faite au moyen de l'oreille, des signes physiques profonds, déterminés par les maladies des poumons, du cœur et des vaisseaux. Cela lui valut bien des inimitiés, mais l'opinion ne tarda pas à se ranger de son côté, laissant en arrière ceux qui croyaient encore pouvoir se passer des applications de l'oreille dans le diagnostic des maladies de poitrine. Assez vivement combattue par les vieillards que la nouveauté irrite, la découverte fut acceptée avec le plus vif empressement par la jeunesse médicale française, et bientôt après par les jeunes médecins de toutes les nations civilisées.
Voici en quoi consiste l'Auscultation qu'on pourra juger par ce r ésuiïi6.
Écouter, avec l'oreille ou avec un stéthoscope (l),sur les parois de la poitrine, de la tête et du ventre, les bruits de la respiration ou du cœur, et certains bruits anormaux pour les interpréter saeement voilà le but de l'Auscultation.
Auscultation de la respiration. Le murmure vésiculaire doux qu'on entend sur toute la poitrine, quand les poumons sont sains s'affaibht quand les organes sont malades, et cela au niveau de là partie affectée : ainsi en est il dans la congestion aiguë et chronique dans la pneumonie chronique, dans la pleurésie, dans l'emphysème pulmonaire et dans la compression des bronches par une tumeur du voisinage; — il disparaît dans les épancheraents considérables de la plaie aplatissant le poumon, dans la pneumonie, et il est alors souvent remplacé par du souffle; — enfin il est rude ou suivi d'un brmt d'expiration prolongée, dans l'induration pulmonaire et au commencement de la phthisie tuberculeuse.
Le murmure vésiculaire est souvent masqué par des Iruits étrangers qui'sont des râles secs, sonores, sibilants et ronflants ou par des râles humides, à l'état de craquement, de râle crépitant, de râle sous-crépitant et muqueux, de gargouillements et de râles caverneux.
Les râles secs, sonores, sibilants et soufflants se passent dans les bronches tapissées de mucosités en vibration par la colonne d'air, et ils s'observent dans la bronchite aiguë ou chronique simple e] compliquée d'emphysème, de tubercules, de congestion pulmonaire, etc.
Les râles humides à Vétat de craquement, de râle crépitant, sous-crépitant et muqueux, de gargouillement et de râle caverneux, annoncent des mucosités liquides dans les petites bronches, dans les vésicules pulmonaires ou dans des cavités accidentellement établies au milieu du poumon. — Les craquements peu nombreux ordinairement au sommet du poumon annoncent une congestion pulmonaire chronique ou le commencement de la phthisie, lorsque les tubercules commencent à se ramollir. — Le râle crépitant formé de petites bulles très-fines et très-sèches annonce la première période de le pneumonie aiguë ou sa résolution. — Le râle souscrépilant, formé de bulles fines, mais inégales et humides, annonce la bronchite capillaire, le commencement de la phthisie et la congestion sanguine ou l'œdème des poumons. — Le râle muqueux,
(I) Cylindre de bois creux qu'on interpose entre l'oreille cl la poitrine.
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — DE L'ORGANOSCOPIE 557
formé de plus ou moins grosses bulles, indique la bronchite aiguë ou chronique des bronches moyennes, avec emphysème, ou la phthisie au deuxième degré. — Le râle caverneux ou gargouillement est un glou-glou qui se passe dans une excavation tuberculeuse, dans un abcès, dans une dilatation des bronches ou dans une poche de gangrène pulmonaire.
En outre des râles secs et humides, le bruit respiratoire est souvent accompagné de souffle, quand, sur un point, le tissu des poumons est enflammé, induré ou creusé d'une cavité accidentelle. — Ce souffle est le signe d'une pneumonie au deuxième degré ; d'un épanchement de liquide comprimant les poumons; d'une caverne tuberculeuse, gangréneuse ou autre, mais alors il a le caractère de souffle caverneux ou de souffle atnphorique, c'est-à-dire de bruit semblable à celui qu'on produit en soufflant dans une bouteille.
Le murmure vésiculaire est encore accompagné d'un autre bruit anormal, particulier, très-rare et semblable au choc d'une tête d'épingle dans un verre, c'est le tintement métallique. Il indique presque toujours une perforation de la plèvre avec hydro-pneumothorax.
Auscultation de la voix. Lorsqu'au lieu d'écouter le bruit que l'air fait pour entrer et pour sortir des poumons, on écoute le rétentissement de la voix, on entend sa résonnance normale ou modifiée par différentes circonstances physiques importantes, amenant la hronchophonie, Végophonie et lapectoriloquie.
Toutes les fois que le tissu du poumon est induré, c'est-à-dire atteint de congestion pulmonaire chronique, de pneumonie aiguë et de pneumonie chronique, de tuberculisation au premier degré ou d'infiltration sanguine apoplectique, il y a dans le point correspondant un retentissement exagéré de la voix qu'on appelle hronchophonie ou voix bronchique.
Quand le poumon est refoulé contre la colonne vertébrale, par un épanchement pleural liquide, la voix dont le retentissement arrive à l'oreille de l'observateur tremble et chevrette comme la voix de polichinelle, c'est Végophonie.
Chaque fois qu'il existe une cavité tuberculeuse ou autre dans le tissu du poumon, la voix du malade retentit dans l'oreille de l'observateur comme si elle sortait de la poitrine, et c'est ce qui caractérise la pecLoriloquie.
Auscultation du cœur. Le tic-tac du cœur qu'on entend sous l'oreille placée vers la région précordiale dépend du choc du sang qui redresse les valvules cardiaques, mitrales pour le premier bruit, et sigmoïdes pour le second.
Quand le tic tac du cœur est sourd, c'est que cet organe est affecté (Vhypertrophie avec rétrécissement des cavités, ou qu'un épanchement de sérosité dans le péricarde se trouve interposé entre l'organe et l'oreille de l'observateur. Une lame épaisse de poumon emphysémateux et une mamelle très-forte produisent le même résultat.
Le tic-tac du cœur déplacé à droite annonce toujours un épanchement très- considérable dans la plèvre gauche.
Des bruits de souffle secs ou râpeux accompagnent souvent le lic-tac du cœur au premier ou au second de ces chocs, à la base ou à la pointe de l'organe, et alors leur signification est très-différente.
Un souffle râpeux du premier temps, à la base et en dedans du mamelon, indique un rétrécissement de l'orifice aortique.
Un souffle du premier temps, à la base et se prolongeant vers la pointe du cœur, en dehors du mamelon, annonce une insuffisance de l'orifice mitral.
Un souffle du second temps à la base, en dedans du mamelon, avec ou sans récurrence du bruit, caractérise les insuffisances des valvules de l'aorte.
Un souffle du second temps à la base et en dehors du mamelon se rapporte au rétrécissemeut de l'orifice mitral.
Les souffles sont ordinairement doux dans les insuffisances et sont plus rudes, quelquefois râpeux ou piaulants dans les cas de rétrécissement.
^ Dans le cas de maladie des orifices du cœur, les bruits de souffle s'^entendent non-seulement à la région précordiale, mais à presque tous les points de la poitrine et particulièrement dans le dos.
Dans certains cas, sans qu'il y ait de lésion valvulaire aux orifices du cœur, il existe à la base de l'organe, en dedans du mamelon, un souffle doux, se prolongeant dans l'aorte ou dans les vaisseaux du cou et qui dépend de l'état chlorotique ou chloro-auémique. La propagation de ce bruit dans les vaisseaux du cou en indique la nature chlorotique et permet de le distinguer du souffle déterminé par une lésion cardiaque.
Auscultation du péricarde. Dans l'état normal, le tic-tac du cœur s'entend bien sur le péricarde, mais il s'affaiblit et s éloigne de l'oreille au point d'être à peine perceptible dans la péricardie avec épanchement considérable ; au début de la maladie, s'il y a peu de liquide, le tic-tac s'accompagne d'un bruit de frottement, souvent comparable à un bruit de cuir neuf, et ce phénomène est
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — DE L'ORGANOSCOPIE 559
la conséquence des fausses membranes qui recouvrent ie cœur et qui frottent contre celles de la paroi interne du thorax.
Auscultation des tumeurs. Certaines tumeurs laissent entendre un bruit : 1» de souffle simple; 2" un bruit de souffle continu; ou 3*^ un frémissement lorsqu'on les percute; ce sont les anévrysmes artériels, les anévrysmes artérioso -veineux et les tumeurs remplies d'hydatides.
Auscultation des vaisseaux. Outre le tic-tac des artères, on entend souvent dans l'aorte et dans les. artères du cou des bruits de souffle simple ou à double courant, musicaux ou à bourdonnement, qui dépendent de la diminution de la densité du sang, mais quelques personnes pensent que ces bruits se passent dans les veines accolées aux artères et sont la conséquence d'une veine fluide, c'est-à-dire du passage du sang d'un endroit rétréci dans un endroit plus large.
Les bruits de souffle ne peuvent être bien étudiés quau moyen du stéthoscope placé sur les vaisseaux du cou, la tête inclinée sur le côté opposé, mais le médecin prendra garde d'appuyer trop fortement, pour ne pas écraser l'artère.
Les bruits de' souffle dans les vaisseaux du cou sont généralement considérés comme pathognomoniques de la chlorose, mais c'est une erreur, car on les observe souvent à l'état normal.
Un bruit de souffle, avec frémissement vibratoire au niveau de la crosse de l'aorte, indique l'anévrysme de cette artère.
Auscultation du ventre. L'auscultation du ventre ne se fait que dans les cas de grossesse, à partir du cinquième mois, pour entendre le bruit de souffle placentaire et constater le tic-tac du cœur chez le foetus.
Lorsque, après l'accouchement, l'utérus reste volumineux, et que l'auscultation permet d'y entendre encore le tic-tac du cœur, on peut être sûr qu'il y a un second enfant.
C'est là un ensemble complet où il n'y a presque plus rien à ajouter et où l'on peut constater ce que je disais au commencement de ce chapitre, la possibilité de faire de l'anatomie pathologique sur le vivant.
Sans l'anatomie normale, point d'analomie pathologique m d'histologie, et, sans l'étude des lésions anatomiques en rapport avec leurs symptômes, point d'auscultation.
HELMHOLTZ ET L'OPHTH ALMOSCOPE — BOUCHUT ET LA CÉRÉBROSCOPIE
Jusqu'en 1851 on n'avait jamais étudié les altérations du fond de l'œil chez l'homme vivant, et ce qu'on connaissait des lésions de la rétine de la choroïde ou du nerf optique résultait de l'anatomie faite après la mort. Par la découverte de l'ophthalmoscope, miroir réflecteur renvoyant la lumière d'une bougie dans l'œil à travers une lentille bi-convexe, Helmholtz a donné aux médecins la faculté d'étudier l'anatomie pathologique de l'œil sur le vivant de façon à ce qu'on puisse suivre ces lésions depuis leur début jusqu'à leur lin. C'est là une découverte importante non- seulement pour les maladies de l'œil isolément affecté, mais encore pour les maladies de l'œil considérées comme signes des maladies du cerveau. De cette façon, l'ophthalmoscope d'abord destiné aux oculistes est devenu un instrument utile aux médecins pour le diagnostic des maladies du cei-veau et de la moelle épinière. Decetteapplicationestnéela Céréhroscopie.
L'auteur de ce livre est, en 1863, le premier qui ait compris tous les avantages qu'on pouvait tirer des applications de l'ophthalmoscopie à l'étude des maladies aiguës du cerveau ou de la moelle épinière. Ces organes dont on n'apprécie les lésions que par l'étude des troubles fonctionnels de la sensibilité et du mouvement ont une telle influence sur les lésions du fond de l'œil, qu'il suffit d'étudier ces lésions pour remonter au diagnostic des lésions du système nerveux cérébro-spinal. En montrant, d'après plusieurs centaines d'observations (1), la réalité de l'influence des lésions du cerveau sur les lésions de la rétine de la choroïde et du nerf optique, j'ai fait pour le cerveau ce qu'Avenbrugger et Laennec ont fait à l'aide de la percussion et de l'auscultation pour le diagnostic des maladies du poumon et du cœur.
Voici du reste dans un court résumé les résultats que donne la cérébroscopie.
Par ses rapports anatomiques, son nerf, ses artères et ses veines, l'œil est le seul organe où l'on puisse voir ce qui se passe dans le cerveau.
Découvrir dans l'œil, avec l'ophthalmoscope, des lésions de circulation, de nutrition et de sensibilité de la rétine et du nerf optique qui soient tellement bien en rapport avec les maladies aiguës etchro-
(1)E. Boiichut. De la méningite reconnue à l'ophthalmoscope, (Gaz. des hôp., 1863), et plus lard, De l'ophthalmoscopie appliquée au diagnostic des maladies du cerveau et de la moelle épmièrc. Paris, 1866, un vol. in-8° avec atlas.
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — DE L'ORGANOSCOPIE 561
niques des méninges ou du cerveau qu'on puisse les considérer comme les symptômes de ces maladies, tel est le but de laCérébroscopie.
Dans le fond de l'œil, les lésions qui annoncent une maladie cérébrale sont de trois espèces : — 1° les lésions dues à hphli'gmasie du cerveau et des méninges; 2° les lésions mécaniques produites par la compression du nerf optique ou des sinus de la dure-mère ; — 3" les lésions sympathiques d'une maladie de la moelle épinière ou des nerfs vaso-moleurs. Les lésions diathésiques par tuberculose, diabète, syphilis et albuminurie.
Le moindre obstacle apporté à la circulation du cerveau par l'inflammation, par une tumeur, par un épanchement séreux ou sanguin, par une phlébite des sinus de la dure-mère, par une anomalie des vaisseaux, gêne le retour du sang des veines de la rétine dans le sinus caverneux et produit dans l'œil des lésions de circulation névro-rétinienne (hypérémie, thrombose, œdème, hémorrhagie, atrophie) qu'on peut utiliser pour le diagnostic des' maladies aiguës et chroniques du cerveau.
Comme une tumeur du ventre gêne la circulation veineuse des membres inférieurs, et produit les varices, ainsi les tumeurs du cerveau empêchent la circulation du fond de l'œil, et, d'après l'œil affecté, on peut dire quel est l'hémisphère malade.
Par la Cérébroscopie, on peut souvent distinguer les maladies organiques du cerveau de celles qui sont dynamiques, c'est-à-dire dans lesquelles l'altération est si faible qu'elle échappe aux recherches les plus minutieuses. Ainsi se reconnaissent les convulsions, le délire et les paralysies symptomatiques, des convulsions, du délire et de certaines paralysies essentielles.
Par l'étude des altérations de l'œil, on peut diagnostiquer la méningite aiguë et chronique; la phlébite des sinus de la dure-mère; l'hémorrhagie cérébrale récente d'avec le ramollissement du cerveau; les tumeurs produisant une compression , les épanchements de sang dans les méninges; l'hydrocéphalie aiguë et chronique; la commotion d'avec la contusion et la compression du cerveau dans les cas de chute sur la tète; les fractures du crâne, accompagnées de com pression; la paralysie générale; certains cas d'épilepsie symptomatique, etc.
Les phénomènes qu'utilise la cérébroscopie sont les suivants : Congestion papillaire et pàripapillaire ; — Phléhectasie rétinienne; — Flexuosités phtébo-rétiniennes ; — Varices ouvaricosités rétiniennes ; — Hémostase phlébo-rétinienne ; — Thrombose phlébo -rétinienne ; — Anévr y sme phlébo- rétinien ;
BOUCaUT. - ir Mf!
Mmorrhagie rétinienne; — Q'Jdème papillaire; — Exsudations fibrineuses et graisseuses de la papille et de la rétine; — Tubercules de la choroïde et de la rétine; — Anévrysrnes des Artères rétiniennes ; — Rétinite pigmentaire; — Atropine de la papille; — Déformation de la papille; — Battement artériel de la papille ; — Pouls veineux des veines de la rétine; — Strabisme; — Exophtlialmie ou hydrophthahnie, etc. Si ces phéno- ■ mènes ne sont pas toujours palhognomoniques dans le diagnostic des maladies de la moelle, des méninges et du cerveau, ils sont au moins fort importants à ajouter aux au très symptômes de la maladie, et donnent au diagnostic des maladies cérébro-spinales une précision inconnue.
Dans la méningite aiguë; après un ou plusieurs vomissements, de la constipation et de la ûèvre, lorsque l'on ignore à quelle maladie on a affaire, la congestion avec œdème péri papillaire, la dilatation des veines rétiniennes, leur ftexuosité, leur thrombose et les hémorrhagies rétiniennes enlèvent tous les doutes qu'on pourrait avoir sur le diagnostic.
Dans Yhémorrhagie cérébrale; lorsqu'un homme vient d'être rappé de paralysie ou d'hémiplégie avec perte de connaissance, s"il y a congestion de la papille, dilatation des veines de la rétine ou hémorrhagie rétinienne, on peut être certain du diagnostic d'hémorrhagie du cerveau, car dans le ramollissement cérébral senile, il n'y a jamais de congestion de la papille; ni d'altération ou de rupture des veines de la réline.
T ouïes les x>hlébites des sinus de la dure-mère occasionnent la dilatation, la thrombose et parfois la rupture hémorrhagique des veines de la rétine avec ou sans œdème péripapillaire.
Dans les collections purulentes et dans les tumeurs du cerveau^ assez volumineuses pour comprimer la couche ou le nerf optique, ainsi que les sinus latéral ou caverneux, il y a inûllration de la papille, dilatation et thrombose des veines rétiniennes, puis avec le temps il se fait une atrophie ou une déformation de la papille.
Dans la paralysie générale progressive; il y a souvent une ataxie ou tremblement de la papille, qui ne peut rester fixe au foyer de J'ophthalmoscope, ce qui empêche l'examen de pouvoir se faire d'une façon convenable.
Certaines épile^tsies présentent une anomalie de distribution des vaisseaux de la rétine ou des névrites optiques qui indiquent que la maladie est symptomatique.
\Jataxie locomotrice entraîne presque toujours l'atrophie de la papille d'=^ nerf optique.
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — DE L'ORGANOSCOPIE 563
Dans les maladies chroniques du cerveau et de la moelle, l'aniaurose et l'alropliie du nerf optique sont des phénomènes si communs qu'il faut en faire les symptômes de la lésion cérébro-spinale.
La tuberculose des méninges se traduit souvent par des granulations blanchâtres tuberculeuses de la choroïde.
La folie de cause organique se traduit souvent par des exsudalions de la papille et par des hémorrhagies rétiniennes.
Dans les chutes sur la tête avec fracture du crâne ou avec compression et contusion du cerveau, il y a toujours infdtration séreuse péripapillaire, dilatation, flexuosité et quelquefois thrombose des veines de la rétine, tandis que dans la. commotion du cerveau le fond de l'œil reste dans l'état normal.
Chose importante, dans le délire aigu des fièvres, dans le délire de l'érysipèle du cuir chevelu, dans les convulsions, dans les paralysies essentielles et dans toutes les maladies nerveuses, s'il n'y a pas de lésion organique du cerveau, on ne constate jamais, par l'ophthalmoscope, aucune altération de la papille ni des vaisseaux de la réline, mais si le délire d'une fièvre résulte d'une méningo-encéplialite, comme cela arrive très-souvent dans la fièvre typhoïde, on découvre une névrite optique.
SENN ET LE LARYNaOSCOPE
Voici encore une des belles applications de l'anatomisme à la médecine. — Il s'agit de la découverte du laryngoscope, destiné à faire étudier sur le vivant les lésions qui peuvent se produire dans le larynx. — C'est un miroir oblique monté sur tige que l'on introduit dans le pharynx et à l'aide duquel on projette dans le larynx le rayon de lumière d'une lampe placée à côté de l'observateur et en face du malade.
A l'aide du laryngoscope inventé par Senn, de Genève, et perfectionné par Babington, Liston, Czermak, etc., on peut voir l'ouverture du larynx malade, les cordes vocales et le commencement de la trachée. — De celte façon, les œdèmes, les ulcères, les caries des os et les polypes de la muqueuse peuvent être étudiés sur le vivant. — On peut même, éclairé par cet instrument, porter dans le larynx des instruments destinés à cautériser le point malade ou à enlever des polypes qui gênent la respiration ou étouffent les malades.
PAUL d'ÉGINE, -— RÉGAMIER ET LE SPÉCULUM
L'idée de voir quelle était la forme de l'utérus sur le vivant a fait naître la construction du spéculum uteri (miroir de l'utérus) et
niSTOIRE DE U MÉDECINE
par suite on a pu étudier et soigner certaines altérations analomiques de la matrice mieux qu'on ne l'avait jamais fait. Paul d'Égine est le premier qui ait eu l'idée de cet instrument conique creux à plusieurs valves et plus tard formé d'un tube plein qu'on introduit dans le conduit vaginal. Depuis lors, il a été employé par Rhazès, Albucasis, par Franco, par Ambroise Paré, par Garengeot, par Perret, etc., mais il était oublié et sorti de la pratique usuelle.
C'est à l'occasion de la renaissance des éludes d'anatomie pathologique, que l'on comprit de nouveau la nécessité de voir directement les lésions de la matrice que l'on n'appréciait plus que par le toucher. De là, à la réinvention du spéculum uteri, il n'y avait qu'un pas. Récamier avait-il par ses lectures appris l'usage ancien de cet instrument, n'eut-il qu'à le copier ou l'invenla-t-il de nouveau? Personne ne pourrait le dire. Quoi qu'il en soit, en 1818, Récamier fit connaître le moyen d'observer et de guérir certaines maladies utérines au moyen du spéculum, et depuis lors cet instrument est resté dans la pratique des maladies des femmes. Quelques médecins peu scrupuleux abusent de son emploi, mais l'abus ne saurait empêcher qu'on n'en fasse usage. Sans lui, dans beaucoup de cas, on ne pourrait employer des moyens curatifs absolument indispensables et on serait obligé d'abandonner les lésions de l'utérus aux efforts de la nature. Cela est suffisant chez beaucoup de malades mais chez d'autres le traitement local des maladies utérines est absolument nécessaire .
Outre le spéculum de l'utérus, il y a eu aussi les spéculums oculi de Fabrice ; les spéculums de Vanus; les spéculums de V oreille, etc. Malfe, ce sont là des découvertes secondaires, à côté du spéculum vaginal et de tous ces autres vrais miroirs qui ont permis aux médecins d'observer dans le larynx, dans le fond de l'œil les lésions qui peuvent s'y produire.