BOUCHOT
290 HISTOIRE DE Lk MÉDIiGINE
([u'il leur obéissait. — Les modiûcalions introduites par les arabes lui ont été proposées au nom de l'expérience et il les a acceptées, puis, quand un novateur habile \int lui montrer son erreur el les heureuses conséquences de l'analyse chimique, qui pouvait extraire l'arcane d'une substance, qui lui montrait les qualités acres acides et alcalines des corps, qui lui découvrait la fermentation des aliments, il dut se rendre à l'évidence, c'est au nom de l'expérience qu'il s'est soumis. — On ne le conquiert que par l'observation. — Mais dès qu'on en abuse par des conséquences illégitimes, il réagit et se laisse détourner par celui qui lui montre son erreur et le ramène dans les voies de la précision et de l'exactitude. S'il accepta la Chimiatrie de Sylvius, c'est qu'il avait acquis la preuve qu'elle procédait de l'expérimentation et qu'on ne voulait pas le tromper. Il abandonna cependant la Ghimiatrie dès qu'on lui en montra l'incertitude, et se rallia aux nouvelles doctrines médicales qui s'abritèrent sous le drapeau des mathématiques, qu'il fit synonyme de vérité, et des actions mécaniques et physiques sous lesquelles il n'entrevoyait plus la place de l'erreur.
Encore une fois séduit par les promesses d'une doctrine qui se disait en possession de la vérité mathématique et de la précision mécanique en médecine, il se laissa faire, ne se doutant pas, malgré tous les avertissements du passé, qu'il y avait de mauvais calculateurs et de méchants mécaniciens. — Il se laissa prendre aux apparences, et voilà comment la secte latro-maihémalique et Mécani- *que a pris naissance et trouvé des partisans. La proclamation du principe d'exactitude mathématique en médecine a suffi pour le rallier à la nouvelle doctrine. , Qu'a-t-elle fait de ce principe? Nous l'avons vu, elle en a tire plus d'erreurs que de vérités utiles, et c'est la désillusion causée par ses erreurs qui a motivé son abandon. — Il ne suffit pas de vouloir supputer ni de mesurer des forces, de les apprécier avec des chiffres ou d'appliquer les lois de la mécanique aux fonctions des organes el aux actes de la maladie pour créer la médecine exacte et mathématique, ce n'est souvent là qu'une illusion et pour beaucoiii) de gens ce n'est qu'un moyen de se faire valoir : c est le charlatanisme de l'exactitude. - Aux calculs sérieux de Sanciorius sur la transpiration, il faut apporter les calculs différents de Keill Dodar, et autres qui laissent la vérité indécise. - Aux eslimaUons chiffrée^ de Borelli sur la force musculaire, on a répondu par des chiffres contraires, de sorte que si le principe reste intact et à l'abri de touh> contestation, l'application qui en a été faite nous laisse dans le douir comme avant.