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APPRÉCIATION DE L'IATRO-MÉCANISME

Si je suis dans le vrai, chacun verra qu'il ne suffit pas de faire une expérience pour se croire en possession de la vérité, et qu'il faut au moins comparer des choses absolument comparables. C'est pour avoir manqué à ce principe que tant de prétendues vérités mécaniques ont fini par être reconnues comme n'étant plus que des erreurs.

C'est par la découverte de l'endosmose et de Vexosmose, que Dutrocliet nous a fait connaître le mécanisme de certaines absorptions médicamenteuses et de certains actes sécrétoires interprétés de façon toute différente.

En pathologie, les services rendus par l'Iatro-mécanisme et l'Iatrochimie ne sont pas moins grands. Je ne parlerai ici que des conquêtes récentes de l'Iatro-mécanisme sans y insister beaucoup plus qu'il ne convient da Js cette appréciation doctrinale.

Ainsi la sphymographie ébauchée par Sanctorius, avec le pulsiloge imaginé par lui, a été perfectionnée par M. Marey au moyen d'un nouvel appareil enregistreur, qui est le sphymographe (voir Bouchut, Path. générale, 2« édition, page 4083). Cet instrument écrit lui-même la tension artérielle, la fréquence des pulsations, leur régularité, leurs intermittences, leur dicrotisme et permet de reconnaître les différentes maladies des orifices du cœur telles que rétrécissements ou insuffisances — (souvent l'appareil n'est pas applicable chez les enfants), les anévrysmes artériels et quelques autres maladies qui donnent des tracés particuliers.

La thermométrie ou recherche de la chaleur fébrile au thermomètre écrite jour par jour, de façon à offrir le tracé de la température dans une maladie, ce qui permet de distinguer une inflammation viscérale, qui atteint rapidement son maximum de température, d'avec une fièvre continue éruptive ou autre qui n'y arrive que bien plus lentement; de diagnostiquer la fièvre de la vélocité nerveuse du pouls; de connaître des maladies algides et de porter enfin dans certains cas, en raison de l'excès de température -\- 43° ou de son abaissement -|- 25" un pronostic absolument mortel.

L'application des lois de la pesanteur à l'étude des phénomènes physiques produits dans les vaisseaux et organes affaiblis qui a fait entrer dans la pathologie, les congestions passives hypostatiques indiquées par Boerrhaave sous le nom de croupissement, mot qui a excité le rire de nos érudits mais qui n'est qu'une locution du temps facile à comprendre pour un médecin. A la môme influence physique se rattache la production des varices dans la compression des gros troncs veineux ou dans l'elVet de la pesanteur produit par la station verticale prolongée ce qui explique des hémorrhoïdes, le varicocèle, les veines de la grossesse ainsi que le traitement à suivre.

Par une action mécanique de compression s'expliquent des bydropisies par maladie du cœur, par cirrhose du foie, par lutneur comprimant une grosse veine, etc., c'esl-à dire par toutes les causes qui empêchent le sang de revenir au cœur et font transsuder la sérosité dans le tissu cellulaire ou dans les cavités séreuses (i). ^ Tous ces faits, et tant d'autres que je pourrais encore signaler, à l'avantage du système ialro- mathématique et iatro-mécanique, ne sont rien à côté des découvertes modernes sur les phénomènes matériels microscopiques de l'inflammation et de la thrombose artérielle ou veineuse avec les embolies qui peuvent en être la conséquence. C'est la forme moderne de la théorie de Vobstruclion professée par Boerhaave.

En ce qui touche l'inflammation, les modernes ont confirmé les recherches de Kaltenbrunner, William Hastings, etc , sur ce fait que là où commence un travail inflammatoire aigu, il y a dilatation des capillaires, aï'flux du sang, stase et coagulation ou obstruction suivie des autres phénomènes de l'inflammation que je n'ai pas à indiquer ici, et parmi ces phénomènes la mortification locale, ulcération ou gangrène comme conséquence de celte obstruction. J'ajouterai même que pour Virchow dans certaines maladies gangréneuses accompagnées, dit-on, de résorption purulente, c'est le transport mécanique par le sang de la matière d'une obstruction capillaire {embolie capillaire) sur un organe intérieur qui est la cause des infarctus formant ce qu'on appelle les abcès métastatiques. A part la différence des termes, la médecine actuelle a donc à peu près entièrement confirmé les vues du dernier des iatro-mécaniciens du xviii" siècle.

Un mot enfin sur les thromboses du cœur, des artères et des veines. C'est ce qu'on appelait antérieurement les polypes du cœur et les coagulations vasculaires. On savait bien que ces caillots pouvaient se déplacer ; que dans une artère, une plaque athéromaleuse pouvait descendre dans les membres et produire la gangrène, mais tout cela n'avait pas été généralisé, ni systématisé. C'est Yirchow qui, dans un latro-mécanisme de bon aloi, a montré que partout où le système vasculaire renfermait des caillots ou des plaques alhéromateuses, il pouvait se détacher un fragment qui, enlraîiié par le courant sanguin, venait se fixer dans un viscère et y produisait des accidents particuliers d'obstruction subite. On a appelé embolie ce fait qui sert de base à une doctrine mécanique d'une application limitée, mais qui rend très bien compte d'une foule d'accidents morbides

(1) Lowcr; — Bouiilaud, etc.

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qu'on ne pourrait expliquer sans elle. Ainsi : des embolies de la carotide, dépendent le ramollissement cérébral et. la paralysie de l'artère ophthalmique ou l'amaurose; — des embolies du poumon dépendent les infarctus pulmonaires et les abcès métastaliques de cet organe ; — des embolies des artères, du foie ou de la rate les infarctus de ces viscères ; — de celles qui ont lieu dans des artères des membres, la gangrène partielle ; — de l'artère pulmonaire enfin la mort subite.

Je n'insiste pas davantage et je crois en avoir dit assez pour faire apprécier la doctrine iatro-mathématique et mécanique. Son principe est inattaquable, car il y a dans l'homme une machine composée d'instruments divers soumis aux lois physiques, chimiques et mécaniques dont le médecin ne peut connaître le mouvement que par le secours d'études d'hydraulique, de mécanique et de statique. Elle a sa raison d'être dans la structure du corps humain, mais elle a le tort grave de ne point tenir assez de compte des propriétés organiques et vitales ; cependant les erreurs qu'on peut lui reprocher ne doivent pas fjiire oublier les vérités qu'elle a fait connaître. Gomme doctrine exclusive, elle ne saurait conquérir les suffrages du médecin qui pratique au lit des malades, mais comme instrument de progrès, son importance est considérable et elle se range à côté de l'Anatomisme et de la Chimiâtrie qu'elle associe sans cesse à ses prétentions.

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