LIVRE DIXIÈME
Sommaire : Définition de l'Anatomisme. - Fondalion de l'école d'Alexandrie.
— Hérophile. — Erasistrate. — Analomisme au temps de Galien. — Anatomisme après Galien et au moyen -âge.
De l'Anatomisme après la renaissance et aux temps modernes. — Découverte de la cu'culation, Karvey. — Corollaires de la découverte de la circulation. — A. Transfusion du sang. — B. Ligature des anévrysmes. — C. Autoplaslie, — Découverte des lymphatiques; Aselli ; Pecquet, et nouvelle théorie de l'absorption. — Découverte de la structure des glandes et Malpighi. — Découverte des ovules et des spermatozoaires. Nouvelle théorie de la génération .
De l'anatomisme au XIX' siècle. — Anatomie générale de Bichat, histologie normale;— Voyel; Ch. Robin. — Anatomie chirurgicale et médecine opératoire .
Doctrines médicales, sciences et méthodes inspirées de l'anatomisme. — t" Anaiomo-pathologisme : Benivieni, Bonet, Morgagni, Bayle, Prost, Bichat, Cruveilhier. — 2° Histologie pathologique : Schwann, Schleiden, Virchow, Ch. Robin ; résumé critique du Cellularisme, et Cellularisme ou Pathologie cellulaire.
— â" Parasitisme. — 4° Du transformisme de Darwin. — 50 De la Physiologie. Irritabilité de Huiler. — 6° De la Chirurgie. — 7° De ÏOrganoscopie. — Auscultation. — Percussion. — Succussion. — Ophthalmoscope. — Cérébroscopie-
^ — Laryngoscopie. — Phrénologie. — Appréciation de l'Anatomisme.
L'anatomisme est le système de ceux qui pensent que l'on doit faire de l'analomie la base exclusive de la médecine.
Ce n'est pas là une doctrine médicale, car ériger en principe que les médecins doivent connaître la structure de l'homme, est presque une naïveté, et supposer qu'il en est qui ne la connaissent pas ou qui apprécient peu l'importance de cette étude est une grave erreur. Aucune école importante, aucune doctrine sérieuse n'a repoussé cette recherche, car l'anatomie est sinon la base, mais le complément de tous les systèmes médicaux que j'ai fait connaître.
L'analomie ne doit être qu'une méthode, et un moyen de progrès, \oiIà tout.
Cependant, il y a eu et il y a un analomisme ayant des prétentions doctrinales. Pour les médecins qui soutiennent que la vie est un résultat de l'organisation, c'est l'étude de cette organisation matériellement altérée qui doit systématiquement servir de base à la médecine. De cette idée, est sortie la pathologie organicienne opposée à la pathologie vilalisle. Il n'en pouvait être autrement.
Si l'absolutisme de celte méthode a eu de fâcheuses conséquences en trompant l'esprit du médecin, et en lui faisant oublier d'utiles vérités, il faut convenir qu'il a eu aussi pour la science d'excellents résultats pratiques.
A côté du Solidisme, de l'Humorisme, de l'Organicisme, du Cellularisme, qui en dépendent, on lui doit la connaissance de l'Anatomie perfectionnée, de la Physiologie moderne, de la Chirurgie, de l'Iatromécanicisme, de l'Iatro-chimie et des procédés modernes d'exploration ou Organoscopie.
Pour remettre en place ce qui est dérangé, il est bien évident qu'il faut connaître la conformation des parties, et, qui ne connaît leur disposition normale ne pourra jamais apprécier leurs déplacements. Qui n'a pas étudié la structure des organes ne peut estimer la nature de leurs altérations pathologiques, et qui ne connaît l'exercice régulier des fonctions ne saura jamais ce que l'on doit appeler maladie.
L'anatomisme est récent, si on le juge par le titre, et alors ne remonte pas au delà de Stahl, mais il est aussi vieux que la médecine si on ne tient compte que de sa méthode, de son objet et de ses services. Son ancienneté est un élément de sa grandeur et son importance ne fera doute pour personne, bien que par esprit de dénigrement certains médecins se soient servis de son appellation comme d'un terme de dédain et presque d'injure. Comme l'Empirisme, il fait partie intégrante de la médecine et, qu'on le veuille ou qu'on s'y oppose, il ne faut pas moins lui payer le tribut d'hommages qu'il mérite en lui empruntant le trésor de ses connaissances indispensables. Personne ne veut être empirique dans le sens vrai du mol, quoique l'expérience soit la base de toutes les connaissances humaines, et il en est ainsi de l'Anatomisme dont tous les médecins ont à se servir comme d'un instrument nécessaire à leurs études, sans qu'il leur soit permis d'en faire une méthode exclusive. Comme l'expérience , l'anatomie et ce qui s'y rattache sont des moyens à l'usage de la raison. Ce ne sont pas des doctrines, et il faut toute l'exagération dont certains esprits passionnés sont capables :pour y voir les éléments de ce que philosophiquement on doit api peler une docirine médicale.
J'avais besoin de faire ces réserves, et de donner ces explications, afin qu'on ne se méprenne pas sur le sens que j'accorde au mot à'Analomisme sous lequel Vont se trouver réunies les plus belles découvertes de la physiologie, de la médecine, de la chirurgie et de l'art du diagnostic moderne. Si je bbame l'abus médical dans l'apphcation du moyen, c'est-à-dire dans l'induction aventureuse qui
résulte de l'analyse des faits analomiques, physiologiques et chirurgicaux, je suis loin de mépriser la méthode qui a donné de si beaux résultats, et je la considère comme une des plus importantes de la science.
L'Analomisme est un faux système et une doctrine dangereuse si ou en fait la base exclusive de la médecine, mais c'est une grande et utile méthode au contraire dans son principe et dès qu'on l'envisage à son véritable point de vue, qui est l'acquisition des détails relatifs à la structure et au mécanisme du corps humain. Elle fait partie de toutes les autres doctrines ainsi que le raisonnement, et il n'y a que l'Empirisme qui s'en soit déclaré l'ennemi au point de la considérer comme inutile. C'est du moins ce qui résulte d'une assertion de Celse :
« Ces raisons conduisent à regarder comme inutile la dissection « des cadavres . Cette opération sans doute n'est pas cruelle , « mais elle est repoussante et la plupart du temps ne met sous les « yeux que des organes changés par la mort, tandis que le traitement « enseigne tout ce qu'il est possible de connaître pendant la vie ». (Celse, lib. I, p. 5.)
Que l'empirisme méprise : et la raison et les connaissances qui résultent des Études de la structure du corps Immain, il faut le regretter puisque cette manière de procéder conduit inévitablement à une dégradation certaine de la médecine, mais la science véritable ne doit pas reproduire sans réprobation des maximes de cette nature. L'histoire impartiale dira même que sans les progrès de la méthode anatomique aux xvi' et xxiV siècles, la science médicale n'aurait pas encore atteint le degré de perfection où nous la voyons aujourd'hui.
L'Anatomisme est donc la méthode par laquelle on arrive à la connaissance de la forme du corps humain, du rapport des organes entre eux ; de leur structure ; du mécanisme des fonctions, des altérations visibles ou invisibles produites par la maladie, des moyens d'enlever une partie sans dommage pour les autres elenfin d'explorer l'état des viscères sur l'homme vivant. Que de choses, dont la simple énumération indique l'importance, et on peut bien dire que si l'Anatomisme n'est pas tout l'édifice médical il en est au moins une des bonnes clefs de voûte .
Jusqu'à Hippocrate, il n'y a eu ni doctrines médicales, ni antagonisme entre les différentes méthodes destinées à étendre les horizons de la médecine. Ce n'est que par l'abus de la spécialisation, ou de la spécialilé. que chacun, se croyant dans sa partie supérieur à autrui, a voulu faire de sa méthode une doctrine, et imposer soit
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l'Expérience, soit le Raisonnement, soit le Méthodisme, soit l'Anatomisme, soit autre système toujours réputé excellent lorsqu'il a le privilège d'avoir pour lui les autorités scientifiques et religieuses de l'endroit. Hippocrate resta éloigné de tout système, pouvant rétrécir le champ de la science. Il mit à contribution la physique et la philosophie de son temps ainsi que l'anatomie; tout ce qui était utile était bon et il ne proscrivait rien autre chose que l'improbilé. Il fut anatomiste, chirurgien, naturiste, dogmatique et empirique tout ensemble, parce qu'en effet, vis à vis de l'homme, il faut être, qu'on me passe l'expression, Hominaliste. Ni esprit ni matière isolément, mais esprit et matière à la fois, expérience et raison, c'est-à-dire l'être complet, au lieu d'un être fragmenté par l'esprit de système, voilà ce que furent nos premiers maîtres, en particulier Hippocrate et Galien, et voilà ce que doit être la science de l'homme si elle veut suivre les enseignements de la nature.
Ce n'est que lorsque l'esprit d'hypothèse et le rationalisme exagéré des disciples d'Hippocrate eurent encombré la science des théories les plus absurdes et les plus contraires à l'observation, que l'anatomie se fil jour, que VEmpirisme put faire du simple témoignage des sens une doctrine sérieuse et enfin que parut le Méthodisme, doctrines destinées à succomber sous les coups de Galien, qui à l'exemple d'Hippocrate faisait la part de tous les éléments et de toutes les facultés de l'homme,
L'Anatomisme dont l'origine est aussi difficile à préciser que celle de la médecine est aussi ancien que cette science. Il est évident qu'à côté de l'Empirique qui a prescrit à un malade le remède qui en avait soulagé un autre dans un cas semblable, il y a eu, chez d'autres, le désir de remettre en place les organes dérangés en s'habituant d'avance à connaître la configuration et la structure du corps. Toutefois, les traces écrites de ces efforts ont disparu, le traité d'anatomie d'Hippocrate lui-même ne nous est connu que par les citations de ses disciples, et il faut arriver jusqu'à la fondation de l'école d'Alexandrie pour assister à la naissance de l'anatomie humaine. Ce ne fut qu'un essai bientôt étouffé par les superstitions de l'autorité 'Civile ou religieuse, el on se contenta des vagues connaissances de i l'anatomie comparée, éminemment favorable aux progrès de la physioilogie, mais ne pouvant servir à la chirurgie qui demande des coii- : naissances infiniment plus précises que celles qu'on peut tirer de 'I élude des animaux.
Si l'anatomie comparée avait pu servir aux progrès de la science autant que l'anatomie humaine, depuis longtemps nous serions en possession des découvertes qui ont immortalisé Vésale, Harvey
Pecquel et les analomistes des trois derniers siècles, mais on n'a qu'à regarder en arrière pour voir combien a été longue à se lever l'ère des progrès sérieux du diagnostic anatomique, et de la séméiotique. Par l'élude des causes et des symptômes, la médecine grecque avait acquis une grande renommée, mais elle languissait et tombait insensiblement dans l Empirisme lorsque, sorties de l'école d'Alexandrie, les découvertes d'Hérophile et d'Erasistrale vinrent changer la face des choses et redonner à la science un éclat inaccoutumé. Ces découvertes devaient la diriger dans une voie de précision où Galien put apprendre l'anatoraie qu'il nous a transmise et qui, par suite des institutions théocratiques du temps, a passé comme un dogme jusqu'à la renaissance. Alôrs, que par un élan nouveau qui ne s'est pas arrêté, l'anatomie est devenue ce qu'elle est aujourd'hui, la source des progrès les plus importants de la science médicale, et elb' a réalisé en trois siècles, plus de découvertes qu'il n'en avait été fai( dans les dix siècles précédents.
On se demande comment de pareils faits peuvent se produire et quelle est la raison de ces intermittences de l'esprit humain, qui, en science ou en littérature et en industrie, s'élève et s'abaisse alternativement, qui progresse toujours, ou recule et tombe dans les ténèbres de l'ignorance et de la superstition. Tout cela dépend des institutions sociales et politiques des peuples. — Par la superstition, par la guerre, par l'anarchie, par le despotisme et par la théocratie, l'intelligence humaine préoccupée de ses chimères, de 'sa conservation ou de ses intérêts, maintenue dans une ignorance systématique, tyrannisée dans le libre exercice de ses croyances ou de ses pensées, ne peut que s'amoindrir ou s'avilir. Elle trouve parfois, comme par hasard, dans une monarchie libérale, l'occasion de montrer ce qu'elle peut faire. Ainsi par .a faveur des Ptolémées elle a, malgré les résistances de la superstition, créé l'anatomie humaine, mais c'est l'exception car une fois le libérateur disparu, il faut de nouveau compter avec la tyrannie, et il faut des siècles pour que tombent les entraves sous lesquelles elle est captive. — Seule la liberté donne à l'intelligence la force et la volonté nécessaires aux grandes œuvres, et c'est pour n'en avoir pas joui que l'homme a éli si longtemps privé de ce qui pouvait en médecine servir à défendre sa vie menacée, savoir, la connaissance de soi-même. Avec la liberté scientifique, tant en matière de recherche qu'en malièrc d'enseignement et de presse, viendront les découvertes utiles ; sans ces libertés il n'y a place que pour la routine, le favoritisme et la tyrannie des dépositaires de l'aulorité supérieure.
Plus qu'aucun autre genre d'éludé, à l'exception de la philosn-
pliie, l'anatomie monti'e ce que peuvent la superstition et les institutions politiques ou religieuses pour les progrès d'une science en Grèce. — Le respect exagéré des morts, né de la croyance au passage des corps matériels dans l'Enfer païen ou aux Champs-Elysées, lit de l'ouverture des cadavres une profanation sacrilège et, si ce qu'on rapporte est vrai, plus tard, à Rome, on préféra ouvrir des criminels vivants, pour scruter leur intérieur que de toucher à leur dépouille. — Ce n'est qu'à la dérobée, dans le mystère de la nuit, que des esprits forts, et il y en a eu dans tous les temps, ont pu en volant des cadavres faire de l'anatomie. On peut juger si de celle laçon les études anatomiques devaient prospérer. — Il faut arriver dans l'école d'Alexandrie pour trouver un souverain libéral qui autorise l'ouverture et la dissection des cadavres humains. Ce jour-là l'anatomie humaine fut créée, mais combien de temps cela dura-t-il? A peine quelques années. L'absolutisme et l'ignorance ne tardèrent pas à reprendre leur empire. — Il fallut vivre sur la tradition des connaissances acquises sans espoir de les contrôler de nouveau, si ce n'est par l'étude des animaux. — Une fois que le centre des connaissances humaines fut déplacé, que le foyer de la médecine eut été transporté d'Alexandrie à Rome, les mêmes superstitions firent obstacle à la dissection des cadavres humains, et on ne jura que par les assertions de Galien sans avoir la faculté de les vérifier. — Vint ensuite le christianisme qui, sans avoir les mêmes raisons que le paganisme pour défendre la dissection du corps de l'homme, puisque sa vie future n'était relative qu'aux âmes, accorda un tel respect à la dépouille humaine qu'il ne fut pas plus possible d'y toucher, sans commettre une profanation, qu'aux temps plus reculés de la Grèce. — La science médicale et l'anatomie s'étaient faites chrétiennes, et les vérités anatomiques du temps approuvées par l'autorité ecclésiastique étaient presque des dogmes qu'il ne fallait pas contredire, et auxquelles on ne pouvait toucher sans le plus grand danger. — Il fallut une révolution religieuse, la réforme de Luther^ et, à sa suite, la liberté d'examen qui s'introduisit peu à peu dans les sciences, pour qu'on essayât de dire en anatomie autre chose que ce que renfermaient les traités d'Aristote et de Galien, et pour qu on recommençât une élude complète de l'anatomie humaine. — Alors, la dissection des cadavres humains fut autorisée, et c'est depuis lors que, de découvertes en découvertes, on en est venu à l'anatomie moderne telle que nous la connaissons, à l'Anatomie pathologique, à la Chimiàlrie, à l'Iatro-mécanisme, à la Physiologie et à l'application des moyens physiques d'exploration qui ne sont autre chose qu'une anatomie pathologique faite sur l'homme vivant.
Ce ne fut pas sans peine, car, débarrassée des entraves de l'autorité religieuse, l'anatomie eut à compter avec les pontifes de la science officielle qui à leur tour devinrent les principaux obstacles au progrès. On sait, en effet, que la faculté de Paris combattit très- vivement la découverte de la circulation du sang et elle n'a fini par croire à la découverte de Harvey et à la circulation des lymphatiques que lorsque l'opinion est venue l'y contraindre.
Voyons à présent ce que fut l'anatomisme ancien, en commençant à l'école d'Alexandrie, et je parlerai ensuite de l'Anatomisme moderne, le seul qui mérite véritablement ce nom. Celui-ci date de la Renaissance. Il a pour auteurs Mondini et Vésale et pour produits VAnatomie pathologique ; la Chirurgie; \e Diagnostic anatomique et la Physiologie; Vlatro -mécanisme et la Chimiâtrie.
SECTION PREMIÈRE Pondalion de l'école d'Alexandrie.
L'anatomie et les doctrines naturistes et humorales d'Hippocrafe qui forment le fond du Dogmatisme grec se transformèrent peu à peu dans sa descendance ou en s'éloignant du sol et des lieux qui les virent apparaître. — L'esprit d'originalité et de découverte favorisant cette tendance légitime, chacun apporta sa pierre à l'édifice commun qui, sans changer de base ou de distribution, s'orna et s en- *richit de détails importants et curieux. — Une étude nouvelle et féconde, celle de l'anatomie humaine et de la physiologie, devait bientôt ajouter ses merveilles à celles de la pathogénie, et sans porter atteinte à la philosophie hippocralique, régénérer la science de l'époque. Telle fut la conséquence de la dissection des cadavres humains.
Après la mort d'Alexandre, et dans le partage de l'empire du conquérant que la mort venait d'enlever si subitement, le trône d'Égypte tomba dans les mains de Ptolémée Soter. — Ce guerrier digne de sa fortune, affligé des maux de la guerre, voulut immortaliser son nom par les travaux de la Paix. Il ne déposa son épée que pour encourager les progrès de la civilisation par l'agrandisse- : ment des sciences et l'encouragement des œuvres de l'esprit. — Réunissant à Alexandrie les philosophes et les savants de l'univers ! connu, il les logea, les nourrit, leur fournit des livres, des collections d'animaux, des plantes, et tous les instruments nécessaires aui travail, de manière à leur donner les moyens de faire en Aslrono-'j mie, en Botanique, en Médecine, en Analomie, en Physiologie et enj
Zoologie tous les travaux de vérification et de recherche qui ont illustré ces débuts de la science. — C'est à lui qu'on doit la création de celte merveilleuse Bibliothèque qui devait plus tard être détruite par l'incendie, et où furent un instant rassemblés tous les livres de la collection hippocralique. Un Musée voisin réunissait tous les savants pour le travail et c'est là, dans ces palais, que l'anatomie de l'homme fut instituée. Bravant tout préjugé et considérant que les intérêts de la science doivent toujours l'emporter sur les intérêts de l'individu, Plolémée autorisa la dissection des cadavi'es humains et donna l'exemple en se mettant à disséquer avec les médecins groupés autour de lui.
Parmi eux se trouvait Hérophile, disciple d'Eudème, aussi remarquable dans la médecine que dans l'anatomie et dans la physiologie, et dont Haller a pu dire : tolamartem tenerit; Erasistrate, dont le nom nous est resté, car tous deux acquirent une telle autorité qu'ils ont fait secte et qu'il y a eu pendant longtemps des Hérophiléens et des Erasistratéens. — A part ces deux hommes qui ont propagé loin de son berceau le dogmatisme grec transformé par leur talent et la création de l'anatomie, l'école d'Alexandrie ne nous a pas laissé beaucoup de noms illustres, si l'on excepte Callimaque, commentateur d'Hippocrate ; Callianax; Bacchias, célèbre par .ses études sur le pouls comme tous les hérophiléens, par sa théorie des hémorrhagies; Martias, maître d'Héraclite de Tarenle, l'un des chefs de l'école empirique; Chrysabe; Démétrius d'Apulée; Zenon de Laodicée; Héraclite d'Eritrée, également l'un des chefs de l'école empirique; Andréas de Garispe; Apollonius Mys (le rat), Aristoxène, etc., cités par Daremberg (travail spécial sur les héraphiléens). Celte école n'a eu qu'un éclat de courte durée, — Dès le premier successeur de Ptolémée, elle perdit son importance; les sciences anatomiques et naturelles cessèrent peu à peu d'être cultivées et une nuit épaisse obscurcit ces découvertes qui ne reparurent que longtemps au XVI' siècle de notre ère, avec Vesale et ses successeurs. — Les sophistes, les rliéleurs, les grammairiens prirent la place des observateurs et la marche progressive des sciences fut de nouveau suspendue.