‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales. Tome 1Chapitre 27 sur 118 · DES NATURISTES — DU PNEUMATISME — ARÉTÉE · texte numérisé non relu

DES NATURISTES — DU PNEUMATISME — ARÉTÉE

« Si le cerveau est attaqué, la paralysie est au côté droit quand la lésion est à gauche; elle est au côté gauche si la lésion est à droite. Ceci provient de l’entrecroisement des nerfs dès leur origine dans le cerveau (1) . Ceux, en effet, qui partent du côté droit, au lieu de se porter directement aux membres de ce côté, se détournent et se portent presque immédiatement au côté gauche ; ceux du côté gauche se dirigent de la même manière vers le côté droit, de façon que ces nerfs se croisent, et forment à peu près la figure d’une X. »

Après la résolution des nerfs, À^étée parle de la phthisie et des ulcères du poumon qui en sont la cause, de symptômes très-bien exposés, et enfin de son traitement, qui se trouve mutilé, parce qu’une partie de la rédaction a été détruite. Des empyiques, ou de l’empyème, lorsqu’il se forme une suppuration au-dessus du diaphragme qui peut être rejetée par l’expectoration, ou bien par les voies inférieures. Des abcès de poumon, qui succèdent aux péripneumonies, et se vident dans les bronches, sans abattre autant le courage et les forces que la phthisie ou l’empyène. Quelle exactitude d’observation ! De Y asthme , avec ou sans orthopnée, produit par une maladie des poumons ou du cœur. Des pulmônique s, qu’il considère comme formant une variété de l’asthme; du foie; dont l’inflammation engendre des abcès. De la rate, qui, en automne; s’hypertrophie et reste grosse sous l’influence « de l’habitation dans des endroits marécageux , où les eaux sont stagnantes, salées , infectes , » ce qui produit l’état cachectique, l’ictère et l’hydropisie (p. 124).

De l’ictère, dépendant du foie, avec des excréments décolorés, ou dépendant de la rate, quelquefois de l’intestin; mais alors les matières ont leur coloration normale.

Des cachexies, de Yhydropisie , comprenant l’anasàrque, l’ascite et la tympanite, dont il indique le diagnostic par la percussion et l’absence de fluctuation.

Du diabète, caractérisé par la soif, la polyurie, l’amaigrissement et la perte des forces. Des maladies des reins et des calculs qui s’y développent. Enfin, des maladies de la vessie; delà, gonorrhée, qui, à cette époque, semble synonyme de pertes séminales.

Des affections du cardia, « promoteur de la gaieté et de la tristesse; placé comme exprès dans le voisinage du cœur, donnant le ton, le courage ou l’abattement par l’influence qu’il exerce sur

(1) Ceci prouve des connaissances d’anatomie pathologique et d’anatomie fort avancées ; et il est difficile de croire, autant sur ce fait que d’après beaucoup d’autres, qu’il n’y ait pas eu, dès cette époque reculée, des ouvertures de cadavres faites en secret, et dont on n’a pas osé parler. »

l’âme » (p. 166), et dont les altérations engendrent la dyspepsie, les palpitations, l’hypocbondrie, etc. — Ces affections résultent des sympathies excitées par les maladies des autres organes, de l’inflammation, de la diète ou de l’usage d’aliments indigestes, du travail intellectuel excessif, etc.

Il parle ensuite de la passion cœliaque, de la colique , de la dysenterie, dont la cause anatomique est très-bien indiquée ; de la lienterie , des affections de matrice; enfin, de Y éléphant.

La dernière partie du livre est consacrée à la cure des maladies aiguës et chroniques, mais elle ne vaut pas celle qui est relative aux causes et aux signes de ces mêmes maladies. Elle est traitée avec détail, et l’on y trouve un grand nombre de prescriptions et de pratiques surannées, qui semblent d’autant plus extraordinaires qu’elles remontent plus haut dans l’histoire de la science. — Toutefois la saignée du bras et du pied, la saignée des petites veines de la tête, la saignée artérielle, les ventouses scarifiées et les ventouses sèches, les vésicatoires aux cantharides, pour la première fois employés, les flagellations d’orties (p. 254), les sinapismes à la moutarde, c’està-dire la révulsion, jouent un très-grand rôle, non-seulement dans la cure des maladies aiguës, mais encore dans celle des maladies chroniques. — Les préparations diaphoniques, diurétiques, calmantes et narcotiques, particulièrement l’opium, et enfin le purgatif iïhiera, avec l’aloès et l’ellébore, sont les remèdes qu’Arétée a le plus souvent mis en usage. — Ce qu’il indique avec un soin tout particulier, c’est le régime, les tisanes et l’alimentation, qu’il règle avec la plus scrupuleuse attention, et l’on voit que sous ce rapport il met en pratique les préceptes d’Hippocrate.

La cure des maladies chroniques ne l’occupe pas avec moins de sollicitude, et c’est là qu’il parle avec beaucoup de détails de l’hygiène, de l’exercice, des voyages, et de la gymnastique la plus variée, dont il vante les différents procédés, comme un homme qui en a fait une étude approfondie.

En somme, si le livre est incomplet, il est des plus remarquables par sa concision, par l’exactitude de ses portraits et par ses principes thérapeutiques . L’auteur a su éviter la prolixité, et c’est là un mérite qu’on ne saurait trop louer à une époque comme la nôtre, où le vide des idées se cache si souvent sous une phraséologie sonore, fatigante et diffuse.

Avec Arétée, je finirai mon appréciation du pneumatisme, non qu’il n’y ait encore eu après lui d’autres sectateurs de ce système, mais parce que, dans cet Essai de doctrines médicales , je ne crois pas avoir besoin de faire la chronologie complète de tous

DES NATURISTES — DU PNEUMATISME — ARÉTÉE 167 les représentants d’un système. — Aux plus illustres et aux plus méritants ! telle est ma devise. — Voulant faire connaître les idées qui ont régné sur la science, je dois surtout en montrer l’origine et le développement pour faire comprendre ce qu elles ont de juste ou d’inexact; et quant aux hommes qui s’en sont faits les défenseurs, quelques mots sur la personne des plus célèbres et l’analyse critique de leurs œuvres me paraissent devoir suffire.

Le pneumatisme, dont on n’a jamais entendu reparler depuis sa fin au 11e siècle, ce qui n’est que justice, revivra-t-il? Non, s’il reste appuyé sur l’idée d’un éther formant un cinquième élément matériel à côté de l’air atmosphérique, ou sur l’idée d’une force immatérielle; mais en prenant pour base l’air atmosphérique altéré, il peut reparaître avec des apparences scientifiques sérieuses. — Ce ne pourra jamais être la base d’une doctrine médicale universelle, expliquant les fonctions et les désordres de la vie, mais ce pourra être un côté important de la science.

Ainsi, en faisant du pneuma un élément synonyme de l’air atmosphérique, il est certain que le pneuma est le principe de la vie, et en même temps le point de départ d’un grand nombre de maladies.

Sans air atmosphérique pur, il n’y a pas d’hématose ni de santé; sa raréfaction fait cracher le sang; son altération par l’acide carbonique ou des gaz délétères amène l’asphyxie ou l’empoisonnement ; sa chaleur, son refroidissement, sa sécheresse et son humidité sont nuisibles. S’il n’arrive pas en assez grande quantité par la respiration, par encombrement ou par obstacle au larynx et aux bronches, il en résulte de l’anesthésie cutanée et de l’asphyxie. Il doit être mêlé à l’eau que nous buvons, car, sans lui, elle n’est pas potable; aux aliments, qui, par lui, sont plus digestibles. Enfin, c’est à la présence des spores et des poussières invisibles qu’il renferme (corpuscules végétaux putréfiés, corpuscules animaux décomposés, débris microscopiques de chairs empoisonnées, de pus virulent et autres) qu’il faut rapporter toutes les endémies, toutes les épidémies et la plupart des contagions qui déciment l’homme et les animaux. Comme on le voit, c’est là un champ très vaste, et qui voudrait le parcourir, pourrait restaurer un pneumatisme du xixe siècle, qui ne serait pas sans avoir une certaine importance.

Mais ce ne sont là que des vues de l’esprit suggérées par les progrès de la science moderne. Revenons au pneumatisme antique, qui s’éteignit peu de temps après la mort d’Arétée.

A partir de cet instant, la médecine cessa momentanément de grandir. Elle se dégrada même de jour en jour ; l’anarchie était au

comble de sa force, l’empirisme individuel triomphait sur le méthodisme abattu, et il ne fallut pas moins qu’un retour aux idées d’Hippocrate sur le naturisme pour redonner à la science tout son éclat. Ce retour et cette restauration s’accomplirent sous l’influence de Galien, qui dut à cette circonstance l’avantage de partager avec son maître, pendant près de quatorze siècles, le gouvernement de l’opinion médicale.

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