CHAPITRE XV
XIX e siècle. — Les cliniciens et les physiologistes.
Les traditions de la grande Ecole inaugurée en France par Pinel et Corvisart se sont continuées jusqu'à nous. Yoilà plus de quatre-vingts ans que notre pays fournit à profusion des cliniciens consommés et des observateurs de premier ordre, et il n'y a pas lieu de craindre qu'il doive en chômer de sitôt. On peut dire même, sans être taxé d'un chauvinisme qui n'a rien à voir dans la question qui nous occupe, que ce fut là pendant longtemps son principal titre à une certaine prééminence médicale en Europe. Mais cette tendance trop exclusive à l'observation pure et simple des affections, qui restreignait au lit du malade ou à la table d'autopsie, le domaine de l'investigation médicale empêcha jusqu'à un certain point la médecine française de prendre part au mouvement plus scientifique qui s'accentuait de jour en jour en Europe, en Allemagne surtout, où les études de biologie expérimentale prenaient une importance et une extension de plus en plus considérable.
Si l'on peut et doit regretter celte sorte de désintéressement que semblaient professer nos médecins pour des études où depuis vingt ans surtout ils ont su prendre leur revanche, les noms de Bayle, de Laënnec, de Louis, de Bouillaud, etc., sont là pour nous consoler : l'importance des travaux, leur but essentiellement pratique, la précision de plus en plus grande qu'ils apportèrent dans le diagnostic des maladies, font de cette période une des plus brillantes de la médecine française.
Quelques années avant Laënnec, il y avait eu Gaspard Bayle (1774-1816) médecin de l'hôpital de la Charité. Grâce à ses Recherches sur la phtisie ■pulmonaire, la lumière commençait à se faire dans l'étude des affections chroniques de l'appareil respiratoire. Le Traité de l'auscultation médiate que Laennëc écrivit neuf ans après compléta l'œuvre de Bayle. En 1812, Bochoux fait paraître ses travaux sur l'Apoplexie cérébrale; le ramollissement du cerveau est décrit par Bostan dix ans plus tard. Puis c'est Louis, l'élève et le continuateur de Laënnec, presque aussi grand que son maître, et en butte comme lui aux sarcasmes de Broussais. Il semble que Louis soit l'incarnation moderne de l'empirisme antique, dont il applique la méthode et les principes avec la plus grande rigueur. Jamais l'observation médicale ne fut poussée aussi loin. Bien n'échappe à sa sagacité ; il n'est pas une circonstance quelque minime qu'elle soit, pas une