CHIRURGIE DE CELSE
C'est clans le Traité de la médecine de Celse, en huit livres (1), écrit au temps d'Auguste, qu'on trouve le résumé de tous les progrès de la médecine et de la chirurgie des époques antérieures.
Les VIIe et VIIIe livres comprenant 58 chapitres sont entièrement consacrés à la chirurgie :
Aux plaies simples ou graves, pénétrantes ou non pénétrantes ; aux plaies du cœur, du poumon, du foie, des reins, de la rate, de la matrice, du cerveau, de l'œsophage, de l'estomac, de la moelle épinière et de la vessie. — Aux corps étrangers, traits ou flèches, avec la manière de les enlever; — à la saignée et aux ventouses ; — aux hémostatiques tirés de la matière médicale, aux cicatrisants maturatifs, détersifs, corrosifs, caustiques, résolutifs et émollients ;
Aux hémorrhagies des plaies, avec indication de la ligature au-dessus et au-dessous en sectionnant ce vaisseau entre ces deux fils, ou bien avec indication de la cautérisation actuelle;
A la réunion des plaies au moyen de la suture et des bandes ainsi qu'aux pansements consécutifs ;
A la gangrène des membres et à l'indication d'amputer à quelque distance de l'article en décrivant le mode opératoire tel qu'on le pratique aujourd'hui, liv. VI, chap. xxxv;
Aux morsure s d1 animaux venimeux traitées par les ventouses, la cautérisation et la ligature au-dessus de l'endroit blessé ;
Au charbon et à l'anthrax qu'il faut traiter par la cautérisation ;
Au cancer contre lequel il employait les caustiques et l'extirpation;
Aux ulcères simples et rongeants ou chironiens traités par les onguents et par l'excision;
Aux écrouelles ou strumes, aux furoncles et aux abcès ouverts par l'incision ou le fer rouge ;
(1) Traduction des Efangs. Paris, 183(j.
Aux fistules des plaies, des articulations de la vessie, de la matrice, de l'intestin, de l'anus, des côtes ;
Aux maladies des yeux telles que les ophthalmies simples, les maladies de la cornée, l'atrophie de l'œil, l'héméralopie, la contusion oculaire; la cataracte que l'on traitait médicalement par les résolutifs et chirurgicaleinent par Y abaissement du cristallin; les kystes des paupières enlevés par incision; l'orgeolet à maturité qu'on incisait; le ptérygion réséqué, l'encanthis ; l'anchyloblepharon qui résistait à tous les collyres et décollements artificiels ; la fistule lacrymale opérée par incision de l'ouverture et cautérisation du sac par le fer rouge et par les caustiques; à la déviation des cils, au prolapsus des paupières opéré par excision; à l'entropion et àl'ectropion, etc.;
Aux maladies des oreilles telles qu'inflammation externe, ulcérations; surdité, corps étrangers du conduit auditif enlevés à l'aide d'un spéculum auris et d'un crochet, à l'aide d'agglutinatifs, ou d'injections poussés vivement ;
Aux maladies du nez et à l'ozène et aux polypes des narines enlevés avec une spathe et des crochets ;
Aux maladies des lèvres, bec de lièvre opéré par suture comme on le fait aujourd'hui ;
Aux maladies des dents, et à la carie qu'il faut traiter avant d'arriver à l'extraction ;
Aux maladies de la bouche, telles que le filet opéré par incision du frein de la langue; la grenouillette traitée par incision ou par excision selon le volume du kyste; les aphthes; les parulis; les abcès des amygdales incisés par le bistouri ; les hypertrophies de l'amygdale dites alors squirrheuses traitées par l'excision au moyen d'un crochet et d'un scalpel ;
Aux parotides suivies de suppuration qu'il faut ouvrir le plus tôt possible ;
Au goitre ou bronchoïdc, qu'il attaquait par les caustiques, ou par l'incision de la peau destinée à faciliter l'extirpation du kyste ;
Aux hernies, et d'abord à la hernie ombilicale qui, en cas de grand volume, était traitée par le taxis ou réduction de l'intestin suivie de l'étranglement de la peau, à la base du sac, enjre deux clavettes de bois, bien serrées à leurs extrémités de façon à produire la gangrène (D'autres passaient à la base du sac un fil double qu'on nouait ensuite par en haut et par en bas) ;
A la hernie ventrale des aines que l'on croyait due à une rupture du péritoine sans lésion des téguments, et que l'on traitait comme la hernie ombilicale par la ligature ou bien par excision d'une partie des téguments du sac ;
Aux plaies pénétrantes du ventre avec ou sans sortie des intestins que l'on faisait rentrer, s'ils étaient sains, en coupant l'épiploon s'il était gangrené et on fermait par suture ;
A la hernie inguinale dans les bourses avec ou sans déchirement du péritoine, formant épiplocèle ou entérocèle donnant quelques fois lieu à l'étranglement (Cette maladie se traitait d'abord par les bandages, quelquefois par la castration qui enlevait le sac, ailleurs si le mal était gros par excision d'une partie du sac sans castration, mais, dans la hernie étranglée, il paraît qu'on essayait tous les moyens de désobstruer ce sac sans oser recourir à l'opération [liv. VII, chap. xx) ;
Aux inflammations de la verge, ce que nous appelons balanite, avec ulcérations du gland pouvant entraîner l'opération de l'ablation préputiale ;
Aux chancres ou ulcères du gland qui sont considérés comme des maladies locales et traités par la cautérisation (Ici, il n'est pas question de la syphilis qu'on croit s'être manifestée pour la première à la fin du quinzième siècle [V. Empirisme);
A la gonorrhée que l'on croyait s'étendre quelquefois jusqu'aux cordons spermatiques ;
A l'opération du phimosis et du paraphimosis ;
A Yinfibulation comme préservatif delà masturbation ;
Au varicocele traité par la cautérisation au fer rouge et quelquefois par la suture ou par la castration ;
Au sarcocèle que l'on faisait disparaître par l'excision des parties indurées ;
A Y hydrocèle, souvent confondue avec la hernie, divisée en hydrocèle par épanchement, en hydrocèle par infiltration ou bien en cirsocèle lorsque le liquide était dans les enveloppes du cordon (Contre cette maladie on incisait le scrotum pour évacuer le liquide et on injectait une dissolution de sel ou de nitre) ;
A la rétention d'urine et au cathétérisme fait comme de nos jours avec des sondes semblables aux nôtres ;
Aux calculs de Vurèthre qu'on enlèverait avec une petite tenetle ou au besoin par une boutonnière de l'urèthre ;
Aux calculs de la vessie qu'on faisait disparaître à l'aide de la taille, opération dont il décrit le manuel opératoire, le pansement et les accidents avec une précision remarquable qui n'est oubliée d'aucun bon chirurgien ;
A Y occlusion du vagin guérie par l'incision et l'emploi de tentes convenables ;
A la manière d'extraire de la matrice les enfants morts au moyen de crochels ;
Aux rhagades, condylomes, hémorhoïdes et abcès du pourtour de l'anus, traités par des pommades, et les hémorrhoïdes en cas de besoin par l'extirpation ;
A la chute de la matrice et du rectum traitée par les astringents;
Aux ulcères fongueux de la matrice et du fondement traités par les escharotiques et le cautère actuel ;
Aux varices des jambes traitées par l'incision de la peau jusqu'aux veines malades et par la cautérisation actuelle sur ces veines ;
A la carie des os traitée après incision des téguments par le cautère actuel et au besoin par le trépan et la tarrière pour enlever les portions osseuses altérées ;
Aux fractures du crâne avec épanchement intérieur sans lésion apparente de l'os, avec ou sans enfoncement et pour lesquelles on était quelquefois obligé de recourir au trépan;
Aux fractures des côtes ;
Aux fractures des membres, nécessitant l'emploi de bandages à peir près semblables à ceux d'Hippocrate ;
Aux fractures non consolidées pour lesquelles on employait les stimulants de la peau ;
Aux cals difformes qui entraînaient la nécessité d'une désunion violente des fragments et l'application d'un nouvel appareil dans de meilleures condilions;
Aux luxations de la tête, des vertèbres, de l'humérus, du coude, du genou, du talon, des doigts, etc. ;
Aux applications de la chirurgie dans les maladies internes, telles que l'épilepsie combattue par la saignée du pied, les ventouses scarifiées ou le cautère actuel à la nuque; — la paralysie combattue parles ventouses; — l'hydrocéphale par la cautérisation et l'instrument tranchant, — les maladies aiguës par la saignée, etc.
Toute cette chirurgie du Ier siècle de notre ère est bien loin sans doute de celle que nous retrouverons aux xvne, xvme et xixe siècles, et n'exigeait pas des connaissances anatomiques aussi approfondies que celle qu'on pratique aujourd'hui. Avec des études incomplètes, un peu de hardiesse et d'expérience, on pouvait l'entreprendre; mais telle que je viens de l'indiquer, elle atteste des progrès considérables dont il faut attribuer en grande partie l'honneur à l'anatomisme de l'école d'Alexandrie.
Un siècle et demi plus tard, au temps de Galien, quoiqu'on ne
fût pas plus avancé en anatomie pathologique, on savait un peu plus d'anatomie normale et la chirurgie s'en est un peu ressentie. — Je vais le montrer en racontant la chirurgie au temps de Galien, sans tenir compte des progrès infimes réalisés dans l'intervalle par un grand nombre de chirurgiens dont les ouvrages sont perdus, et qu'on ne connaît que par des reproductions indiquées dans Yhistoire de la chirurgie par Dujardin.