‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 118 sur 141 · CHIRURGIE DE PAUL D'EGINE · texte numérisé non relu

CHIRURGIE DE PAUL D'EGINE

Un siècle plus tard, vers 640, nous trouvons le dernier représentant un peu célèbre de la chirurgie grecque, un compilateur utile qui nous a laissé un extrait des anciens ouvrages de médecine fait d'après Galien, Oribaze et Aétius. — C'est Paul d'Egine ou Paul Eginète, élève de l'école d'Alexandrie. — Son livre est Irès-estimé, et il forme avec ceux d'Hippocrate, d'Arétée et de Galien, la collection des quatre classiques grecs. Il nous peint assez bien l'état de la médecine et de la chirurgie au vne siècle. — C'est le dernier manifeste de la science, avant la destruction de l'empire d'Occident par les Arabes qui s'emparèrent d'Alexandrie en 641, mais il aura eu l'avantage de servir à l'éducation des vainqueurs qui s'en servirent pour faire leur éducation chirurgicale. Dans ce naufrage, tout périt et ce n'est que vers la fin du xe siècle «à la suite de Rhazès, d'Avicenne, d'Albucasis, de Roger, de Roland, de Bruno, de Salicet, de Lanfranc, de Guy de Chauliac et de quelques autres, que reparut la chirurgie.

On y trouve un abrégé de toute la médecine fait avec beaucoup d'emprunts à Oribase et à Aétius. — Il renferme sept livres et le sixième entièrement consacré à la chirurgie est l'ouvrage le plus parfait qui ait été écrit avant le renouvellement des sciences. On peut en juger par la récente traduction que nous en a donné M. Briau (1).

Bien que j'aie déjà parlé de Paul d'Egine à l'occasion du naturisme auquel il appartient par le côté médical de ses œuvres, je vais y revenir un instant pour le faire connaître sous l'autre face

(1) Chirurgie de P. d'Egine. Paris, un vol. in-8<>.

par laquelle il se présente à l'histoire. La chirurgie de Paul d'Egine est plus complète et plus avancée sur beaucoup de points, que celle de Celse et de Galien. Mais cette époque n'était pas celle des progrès, ni des découvertes. La société aux prises avec les éléments de destruction qui devaient en amener la ruine avait autre chose de mieux à faire que de s'occuper de l'avancement des sciences. — Les chirurgiens n'avaient d'autre but que la pratique, et, sous ce rapport, le livre de Paul leur servit de guide pendant plusieurs siècles jusqu'à ce que, sous la domination arabe, de nouvelles compilations soient venues répondre aux exigences du présent.

Sans devancer la marche des temps, voyons ce qu'il y a dans ce traité de chirurgie, qui n'est que le sixième livre de ce qui reste de Paul d'Egine. — Il est divisé en deux parties : l'une qui traite des maladies de la chair ; l'autre des maladies des os. C'est la marche suivie jusque-là par tous les auteurs qui ont écrit spécialement sur la chirurgie. Il parle d'abord :

De la cautérisation au fer rouge de la peau jusqu'à l'os sur le sommet du crâne, dans les ophthalmies, dans les dyspnées et dans l'éléphantiasis ;

De Y hydrocéphalie qui comprend à tort : les céphalémafomes guérissables par incision et l'hydrocéphalie intracrânienne qu'il conseille de ne pas opérer ;

De Y artériotomie auriculaire dans les ophthalmies chroniques et l'épilepsie;

De Yangiotomie ou section des vaisseaux et des veines de la tempe dans la migraine ;

De Yhypospathisme ou incision particulière de la peau du front dans certaines ophthalmies aiguës du péricyphisme, autre incision de la peau du front dans certaines ophthalmies chroniques ;

De la suture de la paupière supérieure dans les renversements en dedans des cils de la paupière supérieure ;

Des maladies des yeux et des paupières où il reproduit toutes les pratiques de Celse (Seulement, il y a un chapitre consacré aux hydatides de la paupière, qu'il traite par incision et énucléalion, et je ferai remarquer que le mot hydatide n'ayant pas le sens qu'on lui donne aujourd'hui, s'applique aux kystes des paupières);

De Y extraction des dents avec un davier, ce qui est un progrès sur les moyens barbares qu'on trouve décrits dans Celse;

Des polypes du nez qu'il enlève par une espèce de raclage avec la spatule ou par la cautérisation si le mal est de mauvaise nature ou par le sciage avec une ficelle à nœuds passée des narines dans le pharynx et ramenée au dehors par la bouche ;

Du filet congénial et des adhérences accidentelles de la langue traités par excision ;

Des amygdales tuméfiées à l'état chronique, excisées au moyen d'un crochet et de l'ankylotome ;

De Yexcision de la luette un peu trop longue et de l'extraction des épines du pharynx ;

De la trachéotomie, mais il se contente de transcrire les préceptes d'Antyllustrop curieux pour n'être pas reproduits ici. — On va voir que déjà on ne voulait faire de trachéotomie que dans les maladies du larynx exemptes de complication pulmonaire. Seulement, il est permis de se demander par quels moyens, à celte époque privée de l'auscultation, on reconnaissait les complications pulmonaires.

« Nous réprouvons l'opération dans les suffocations car l'incision est inutile lorsque toutes les bronches et le poumon sont malades. Mais dans les inflammations des parties situées au voisinage de la houche et du menton, ou quand les amygdales bouchent l'ouverture de la bronche, si la trachée artère n'est pas malade, il est raisonnable de pratiquer la trachéotomie pour éviter le danger de l'asphyxie. — Lors donc que nous nous mettrons à l'œuvre, nous inciserons une portion de la trachée artère vers deux ou trois anneaux plus bas que le commencement de la bronche ; car il serait dangereux de la diviser tout entière. Cet endroit est avantageux, parce qu'il n'y a pas de chair et parce que les vaisseaux sont loin du lieu que l'on coupe. Inclinant donc en arrière la tête du patient de manière à rendre la bronche plus apparente nous faisons une incision transversale -en la conduisant entre deux de ces anneaux afin de ne pas couper les cartilages, mais bien la membrane qui les unit. Si un opérateur n'est pas sûr de lui qu'il divise la peau en la soulevant avec un crochet (1) ; puis étant arrivé sur la trachée artère, qu'il fasse l'incision en rangeant de côté les vaisseaux s'il s'en présente par hasard. » (Briau, p. 167, Chirurgie de Paul d'Egine.)Le sifflement de l'air entrant dans la bronche et l'aphonie indiquaient que la bronche était incisée.

Sauf l'incision longitudinale adoptée de nos jours, ce qui nécessite l'introduction d'une canule et ce qui est un inconvénient, on voit que la trachéotomie était chose usuelle au vne siècle.

Paul d'Egine continue en exposant la thérapeutique des autres maladies chirurgicales :

Des abcès qu'il traite par des incisions de forme différente suivant les régions du corps ;

(1) C'est ce qu'on fait aujourd'hui avec l'airigne ou le ténaculum.

Des strumes, ou adénites dans le langage actuel; des stéatomes, des athéromes et des mélicéris qu'il propose de traiter par l'extirpation ;

De Yanévrisme vrai qu'il traite par ligature au-dessus et au-dessous de l'artère après l'avoir disséquée, — et de Yanévrisme faux par blessure artérielle contre lequel il propose le soulèvement de la tumeur avec la peau, le passage d'un double fil au-dessous qu'on lie ensuite par en haut et par en bas ; seulement il conseille de n'opérer qu'aux membres et à la tête en ne touchant pas aux anévrismes des aisselles des aines et du cou (c'est tout ce qu'il y a de plus insuffisant et de plus écourté) ;

De la bronchocèle et du ganglion, maladies mal déterminées et dont le traitement consiste dans l'extirpation ;

De laphlébotomie qui est décrite avec de très-minutieuses précautions, chose assez rare dans ce livre d'une concision très-grande ;

De Yempyème par cautérisation qui est fort mal décrit ;

Du cancer qu'on traite par les médicaments avant d'en arriver à l'extirpation (c'est encore un chapitre très-insuffisant et beaucoup trop concis);

De Yhydropisie du ventre et de la paracentèse abdominale;

Des blessures du péritoine et du prolapsus des intestins ou de l'épiploon, ainsi que de la manière de faire la gastorrhaphie d'après Galien. — Ici, Paul discute plus longuement sur les moyens de faire rentrer l'intestin en le couvrant d'une éponge imbibée d'eau chaude, mais si cela ne réussit pas, il faut agrandir la plaie. — S'il y a de l'épiploon noirci, il faut le lier et couper ce qui est en dehors du fil — Quant aux plaies de l'intestin, il déclare que les blessures du gros intestin guérissent facilement tandis que les autres sont plus difficiles et celles du jéjunum incurables.

Viennent ensuite différents chapitres sur les maladies de la verge, telles que le prépuce écourté ; — l'hypospadias ; — le phimosis ; — le prépuce adhérent; — la circoncision; — les végétations de gland qu'il appelle thymes ; — le cathétérisme qui est assez mal décrit et que l'on opère avec un cathéter bouché à l'extrémité vésicale par un tampon de laine tenu à un fil sortant par l'autre bout ; alors, l'instrument étant dans la vessie le chirurgien tire le fil et son tampon pour faire écouler l'urine, — les injections vésicales avec une seringue auriculaire ayant la forme de notre seringue actuelle, et, si cela est impossible, avec une vessie de bœuf remplie d'eau.

Dans le chapitre sur la taille, Paul reproduit le procédé de Celse mais avec une petite modification qui consiste à faire l'incision « non

ANATOMISME ET ÉCOLE ANATÛM1QUE — DE LA CniRURGIE 489 pas sur le milieu du périnée, mais sur le côté près de la fesse gauche. » (Briau, p. 255.) Il parle aussitôt après :

De Yhydrocèle, « collection d'humeurs inutiles dans une partie qui forme le tissu des bourses » tantôt dans la membrane élytroïde, rarement dans une tunique propre formant épigénèle que l'on traite : soit par incision de la peau jusqu'au sac, et par dissection de la poche suivie de son excision ; soit par la cautérisation au fer rouge combinée à l'incision ;

Du sarsocèle opéré par extirpation et du cirsocele entraînant l'incision du scrotum avec la ligature des vaisseaux au-dessus et audessous de leur dilatation, mais rarement l'ablation du testicule ;

De Yentérocèle ou glissement de l'intestin dans le scrotum causé par la rupture du péritoine ou par sa distension (ce dernier seul devait être opéré. — On faisait une incision pour énucléer le testicule et, après ligature du cordon, on coupait au-delà pour enlever ce qui restait du sac avec le testicule. — Tout cela est justement abandonné aujourd'hui) ;

Du bubonocèle ou glissement de l'intestin dans l'aine, qu'il traitait soit par incision de la peau avec ligature du sac sans enlever le testicule, soit par la cautérisation, double pratique qui est également abandonnée ;

De Yeunuchisme ou manière de faire les eunuques; — des hermaphrodites traités par l'excision des parties proéminentes ; — de la nympliotomie quand le clitoris est trop saillant et produit l'érotisme; — des végétations vulvaires traitées par l'abrasion; — des abcès de V utérus ouverts au moyen du dioptre (1), espèce de spéculum à valves écartées par une vis; — de l'extraction du fœtus et de l'embryotomie, entin de la rétention du délivre. — Tout cela est reproduit à peu près textuellement dans Albucasis, comme nous le verrons plus loin .

Paul continue son exposé par la description de cautérisations multiples de l'articulation de la hanche dans la coxalgie ;

Par le traitement des fistules en général et des fistules à Vauus en particulier qui est assez longuement exposé ;

Par le traitement des hémorrhoïdes et des rhagades ou condylomes et végétations de Vanus par la ligature, par l'excision ou par la cautérisation ;

Par la cirsotomie ou traitement des varices au moyen de l'incision cutanée et de la ligature des veines ;

Par le procédé à suivre dans les amputations qui est l'incision

(1) A cette époque on se servait déjà du spéculum.

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des parties jusqu'à l'os, moins les vaisseaux, le sciage de l'os, la section du reste des parties molles et la cautérisation au fer rouge des vaisseaux divisés; — par le trailement des maladies des ongles et surtout de l'ongle incarné ; — par l'exposé assez complet et détaillé des indications relatives à X extraction des traits; enfin par une espèce de manuel relatif au traitement des fractures et des luxations où l'on retrouve presque sans différence toutes les méthodes et toutes les règles tracées par Hippocrate.

C'est la fin du livre. Comme on le voit, toute cette chirurgie est empirique et ne s'inspire guère de recherches anatomiques nouvelles. — Elle transmet aux générations suivantes les traditions antérieures sans chercher à les modifier d'une façon sérieuse. On ne se douterait guère qu'entre elle et la chirurgie de Celse, il y a cinq siècles de distance.

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