‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 119 sur 141 · CHIRURGIE ARABE · texte numérisé non relu

CHIRURGIE ARABE

La Chirurgie grecque perfectionnée à Alexandrie et à Rome par les acquisitions successives, et encore hien incomplètes, de l'anatomie humaine et de l'expérience, cessa de s'accroître à partir du vie siècle. La destruction de l'empire romain d'Occident, miné par la tyrannie sans frein de ses empereurs, par le militarisme, par l'intrigue et la corruption, et démembré par l'invasion des Barbares du Nord, en fut la première cause. Plusieurs siècles de guerre suspendirent peu à peu le mouvement de l'esprit humain. Là où il n'y a plus de sécurité, ni de liberté, les sciences, les lettres et les arls ne sauraient s'établir.

Il ne restait plus que l'Empire romain d'Occident, gouverné par les Empereurs grecs de Constantinople.

• Peu après devait s'éteindre un autre foyer de lumière sous l'invasion partie de l'Orient en 022. Les Arabes, qui apportaient avec Mahomet une religion nouvelle, s'emparèrent de la Judée, de la Syrie et de l'Egypte, ils subjuguèrent le nord de l'Afrique et tout le midi de l'Espagne, semant partout la dévastation sur leur passage. — Sous le règne d'Omar second, successeur de Mahomet, en 642, ils s'emparèrent d'Alexandrie, par ordre de leur général, Amrou; ils livrèrent aux flammes cette superbe bibliothèque des Ptolémées où se trouvaient amassés depuis plusieurs siècles tous les trésors de l'esprit humain. D'après l'historien Abulpharage six ou sept cent mille volumes furent ainsi brûlés et servirent à chauffer les bains de la ville pendant plus de six mois. Omar consulté avait répondu : « Ou ces livres s'accordent avec ce qui est écrit dans l'Ai-

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coran ou ils en diffèrent; s'ils s'y accordent, ils sont inutiles; s'ils ne s'y accordent pas, il faut les détruire. » Sauf six cents volumes où se trouvèrent des livres de médecine d'IIippocrate, d'Aristote, de Galien et de Dioscoride, considérés comme utiles, tout fut détruit, et la nuit de l'ignorance se fit pendant plusieurs siècles sur le monde.

Une fois enrichis par les victoires et par leurs conquêtes, les Arabes attirèrent à eux les débris des lettres, des sciences et des arts. Leurs Califes se firent les protecteurs des savants, et donnant l'exemple d'une tolérance religieuse peu commune, ils reçurent avec empressement, sans distinction de croyance et de pays, tous ceux qu'un mérite réel signalait à leur attention.

Les ouvrages de médecine grecque sauvés des flammes qui dévorèrent la bibliothèque d'Alexandrie furent traduits en syriaque, du syriaque en latin et du latin en arabe, ce qui explique les nombreuses altérations du texte primitif.

C'est par ces traductions, et par les médecins romains chassés de leur pays par la décadence des institutions, que s'est créée la médecine arabe, qui sert de pont entre la médecine greco-romaine et la médecine du moyen-àge.

Bien qu'il existât chez les Arabes une école de médecine à Nibur, fondée par Sapor en 272, et où quelques médecins grecs avaient apporté les doctrines d'Hippocrate, la science médicale était encore peu avancée dans ces pays. Il fallut les événements terribles dont je viens de parler pour y transplanter les connaissances de l'Egypte et de l'Italie, et pour acclimater les merveilles de la civilisation grecque. D'autre part, les Califes encourageaient les sciences et surtout la médecine par des récompenses considérables; ils créaient des écoles et faisaient prendre copie des meilleurs livres de Constanlinople après avoir obtenu l'autorisation de l'empereur, puis ils les faisaient traduire par des interprètes juifs ou grecs chrétiens. Aristote et Galien furent ainsi traduits, et commentés ou altérés par les traducteurs, de façon à n'être parfois plus reconnaissables.

Du vn« au xe siècle, à la suite des invasions de l'empire romain d'Occident, de la Palestine et de l'Egypte par les Arabes, la chirurgie eut le sort commun des sciences et des lettres. Elle vécut sur son passé et n'eut d'autres représentants que ceux de l'empirisme et de l'ignorance de ces temps barbares. Il en fut de même en Orient, mais là au moins la civilisation fil un violent effort pour ramener la-chirurgie et la médecine au point de splendeur où elles étaient précédemment.

Des représentants de la médecine arabe dans tous les pays soumis à la domination musulmane, Sérapion; Mesué; Hali-Abbas ;

Avicenne; à Médine; Rhazès, qui vint de Bagdad à Cordoue; Avenzoar également à Cordoue; Averroès , Albucasis , sont les plus célèbres, mais c'est ce dernier, au xne siècle, qui parmi eux représente spécialement la chirurgie. Son ouvrage est arrivé jusqu'à nous, et il a servi de guide, ainsi que les livres de Celse et de Paul Eginète, à ceux qui ont entrepris la restauration de la science. Nous en avons une traduction française toute récente, par Lucien Leclerc, qui permet d'apprécier exactement ce que Ton faisait à cette époque.

CHIRURGIE D'ALBUCASIS

L'ouvrage d' Albucasis se compose de trois livres consacrés : l'un à la cautérisation, par le feu et par les caustiques ; — l'autre aux incisions, aux ponctions, à la saignée et aux abcès en général; — le troisième à la réduction, c'est-à-dire au traitement des fractures et des luxations. C'est la reproduction légèrement modifiée de Paul d'Egine,et, sous une forme magistrale qui révèle une véritable expérience personnelle, on retrouve l'ensemble des principes de la chirurgie gréco-romaine. [C'est d'abord une importance exagérée des caustiques; une réserve très-grande relative à l'emploi de l'instrument tranchant, ce qui s'explique par l'absence d'études anatomiques sérieuses, et le même ordre d'idées relatif au traitement des luxations et fractures.

Dans son introduction, Albucasis annonce que la chirurgie est en décadence, et qu'elle n'est connue que par la transcription erronée des ouvrages anciens qui sont devenus inintelligibles. Puis il montre à quelles conditions il faut obéir pour la pratiquer convenablement. — On ne parlerait pas autrement de nos jours.

« La cause pour laquelle on ne trouve pas aujourd'hui d'habile opérateur, la voici. L'art médical demande du temps ; celui qui veut l'exercer doit préalablement étudier l'anatomie, telle que l'a décrite Galien, afin de connaître le rôle des organes, leurs formes, leurs tempéraments, leurs rapports et leurs divisions; de connaître les os, les tendons et les muscles, leur nombre et leur trajet; les veines et les artères, ainsi que les régions qu'elles parcourent. A ce propos, Hippocrate a dit : il y a beaucoup de médecins de nom, mais peu de fait, surtout en matière de chirurgie. »

« Nous commençons ce livre par quelques mots ayant trait à cette question. »

« Si l'on ignore les connaissances anatomiques dont nous avons

parlé, on tombera nécessairement dans Terreur et on tuera les malades. J'en ai vu beaucoup qui se vantaient de posséder cet art et qui n'avaient ni connaissance, ni expérience. J'ai vu un médecin ignorant inciser sur une tumeur scrofuleuse au cou d'une femme, ouvrir les artères cervicales et entraîner une hémorrhagie telle que la femme tomba morte entre ses mains. J ai vu un autre médecin entreprendre l'extraction d'un calcul, chez un homme très-âgé : le calcul était volumineux; il en opéra l'extraction et enleva une portion de la substance vésicale, le malade mourut en trois jours. Moi-même, j'avais été appelé pour extraire ce calcul, mais son volume et l'état du malade m'avaient décidé à ne rien entreprendre. J'en ai vu un autre, attaché à la personne d'un chef du pays, et pensionné en qualité de médecin, auquel on amena un jeune nègre, atteint de fracture, avec plaie de la jambe au voisinage des malléoles. Dans son ignorance, il s'empressa d'appliquer un bandage très-serré sur la plaie, avec accompagnement de compresses et d'attelles, sans laisser d'issue à la plaie. 11 abandonna ainsi quelques jours le malade à lui-même, lui défendant d'enlever le bandage. Alors le pied et la jambe se tuméfièrent, et le malade fut en danger de mort. On m'appela; je m'empressai d'enlever l'appareil; il y eut du mieux et la douleur tomba. Cependant la corruption s'était emparée du membre, je ne pus la contenir; elle ne fit que grandir, et le malade mourut. J'ai vu encore un médecin ouvrir une tumeur cancéreuse. La partie s'ulcéra au bout de quelques jours et l'affection s'aggrava. En effet le cancer, qui est le produit spécial de l'humeur atrabilaire, ne doit pas être attaqué par l'instrument tranchant, à moins qu'il ne soit fixé dans un organe d'où il soit pussible de l'extraire radicalement.

« Vous saurez, mes enfants, que les opérations chirurgicales se divisent en deux classes : les unes qui profilent au malade, et les autres qui le tuent le plus souvent. Partout où il le faudra, je noterai dans ce livre les opérations où il y aura du danger et de la crainte; il faut alors être prudents et vous abstenir, pour ne pas donner aux ignorants un prétexte de propos malveillants. Conduisezvous avec réserve et précaution : ayez pour les malades de la douceur et de la persévérance ; suivez la bonne voie, celle qui conduit au bien et aux heureuses terminaisons. Abstenez-vous d'entreprendre des traitements périlleux et difficiles. Evitez ce qui pourrait vous léser dans votre honneur ou dans vos biens : c'est le meilleur parti pour votre réputation et le plus conforme à vos intérêts dans ce monde et dans l'autre. Galien a dit quelque part : Ne traitez pas de mauvaises maladies, sous peine de passer pour un

mauvais médecin (L. Leclerc, p. 7). Ceux qui pratiquent le plus honnêtement la médecine ne parlent pas assez aujourd'hui.

Dans le livre consacré à la cautérisation, Albucasis débute par des considérations générales sur l'emploi de ce moyen relatif aux tempéraments et sur les avantages du feu qui ne dépasse pas l'organe cautérisé, enfin sur les caustiques qui agissent au-delà de l'organe cautérisé. C'est un chapitre excellent de thérapeutique générale.

Il conseille la cautérisation de la tête, quelquefois jusqu'à l'os dans la céphalalgie opiniâtre, dans les flux abondants de la tête, vers les régions de l'œil ! dans l'apoplexie et les paralysies, après l'emploi inefficace des médicaments internes ;

La cautérisation du pourtour de V oreille dans les douleurs de cet organe ;

La cautérisation de la tempe, vis-à-vis la partie supérieure de l'oreille, dans le tic douloureux de la face ;

La cautérisation du milieu de la tête, de V occiput et des bosses frontales dans l'épilepsie, dans la mélancolie, dans la cataracte, dans le larmoiement, dans la punaisie; au-dessus des sourcils dans le relâchement des paupières ;

La cautérisation du sac lacrymal dans certains cas de fistule.

De même aussi dans certaines fissures des lèvres, dans les fistules de la bouche, dans l'odontalgie, dans les scrofules, il propose aussi la cautérisation.

Ce moyen lui semble également utile dans l'enrouement et la dyspnée, dans les maladies du poumon , et alors on cautérisait la fosse sussternale, le bas de la colonne cervicale et entre les deux mamelles.

Les maladies de l'estomac et du foie étaient aussi traitées de celte façon, principalement les abcès, mais là où se révèle la chirurgie prudente et sage, c'est lorsqu il dit, après avoir engagé de ponctionner l'abcès hépatique avec le fer rouge : « Cette sorte de cautérisation ne devra être tentée que par un chirurgien expérimenté qui aura rencontré dans sa pratique plusieurs cas de ce genre : dans de telles conditions il peut entreprendre d'opérer. Sinon, il vaut mieux, selon moi, s'abstenir.

Il cautérisait aussi les parois de la poitrine dans la pleurésie, et s'il y avait du pus, avec un cautère styliforme rouge; il conseillait de pénétrer entre les côtes, au centre de la tumeur, pour évacuer le liquide. — « Cette pratique est périlleuse, dit-il, le malade peut mourir à l'instant ou bien il se formera une fistule incurable. »

De même aussi sur l'hypochondre gauche, dans les maladies de la rate; — autour du nombril dans l'hydropisie ascite et dans le flux du ventre; — sur les pieds et sur les jambes dans i'anasarque; —

sur les vertèbres du dos et autour de l'ombilic dans les hémorrhoïdes ; — sur les verrues après leur excision ; — dans la fistule à l'anus quand le malade se refuse aux instruments tranchants ; — dans l'incontinence d'urine à l'hypogastre; — à la hanche dans la luxation spontanée du fémur et dans la sciatique; — le long des vertèbres dans la gibbosité commençante ; — sur les jointures dans la goutte ; — sur le sac herniaire après réduction de l'intestin et de l'épiploon pour obtenir la cure radicale des hernies; — dans le cancer, autour des tumeurs; — dans les hémorrhagies artérielles si le vaisseau n'est pas trop gros et si on peut se passer de la ligature, etc.

Dans le second livre qui débute également par un appel à l'honnêteté et à la prudence où se révèle l'âme la plus pure, il s'agit des opérations à entreprendre à Vaide de l'instrument tranchant (Leclerc, p. 59) :

D'abord le céphalématome, que l'on peut opérer, et l'hydrocéphalie qui amène presque toujours la mort; aussi, dit-il, me suis-je abstenu de la traiter (Leclerc, p. 59) ;

L'artériotomie auriculaire et temporale dans les migraines chroniques et les fluxions acres aux yeux, à la tète ou à la poitrine ;

L'extraction des corps étrangers de l'oreille avec un crochet mousse — avec une canule de cuivre entourée de poix et à travers laquelle on aspire pour faire le vide — au moyen de l'incision à la base de l'oreille ;

L'excision des verrues, kystes et grêlons développés sur les paupières ;

L'excision d'un lambeau horizontal des paupières ayant forme d'une feuille de myrthe avec suture pour amener le redressement des paupières;

Toutes les opérations d'entropion, d'ectropion, d'adhérence des paupières avec la conjonctive, de ptérygion, d'encanthis, de pannus, de fistule lacrymale, de cataracte par abaissement, procédé habituel, ou par succion, procédé dont l'auteur ne s'est jamais servi — ( « Sachez, dit-il, que pour opérer la cataracte, un jeune praticien ne saurait se dispenser de l'avoir vu pratiquer plusieurs fois : ce n'est qu'alors qu'il pourra l'entreprendre lui-même » );

Les polypes muqueux et cancéreux des fosses nasales enlevés au moyen d'une airigne et du bistouri, suivi au besoin de la rugination, ou bien à l'aide d'un fil à nœuds introduit dans le nez sortant par la gorge au moyen duquel on scie l'excroissance ; L'excision des verrues du nez;

La suture du nez, des lèvres ou des oreilles, affectées d'une solution de continuité ;

L'excision des épulis, la rugination des dents couvertes de tartre, leur extraction au moyen de fortes pinces dentées ou de leviers s'il s'agit de racines ; leur sciage si elles proéminent, leur consolidation avec des fils d'or ;

La section du filet de la langue et l'extirpation de la grenouillette ;

L'ablation des amygdales avec une airigne et des ciseaux particuliers dont on voit la figure;

L'extraction des arêtes et corps étrangers de l'œsophage avec un fil garni d'une petite éponge que l'on fait avaler au malade ou avec un crochet ;

L'extraction des sangsues fixées dans la gorge ;

L'incision et l'extraction des différentes tumeurs du cuir chevelu, du cou ;

La trachéotomie en travers au troisième anneau de la trachée, comme le faisaient les anciens, dans les affections de la gorge qui amenaient la suffocation — (Ici , pas de canule et je ne sais vraiment pas s'il n'y aurait pas lieu de revenir à ce mode opératoire pour éviter l'incision longitudinale proposée de notre temps par Caron (1) et les canules dont on se sert aujourd'hui) ;

L'incision des abcès et des tumeurs enkystées telles que les masses adipeuses;

L'extirpation de la mamelle hypertrophiée chez l'homme ;

L'incision des anévrismes artériels après ligature au-dessus et au-dessous ; mais quand les anévrismes sont aux régions de l'aine, de l'aisselle et du cou, Albucasis conseille de s'abstenir de l'instrument tranchant à cause des dangers de l'opération, et cela sans doute en raison de l'insuffisance des connaissances anatomiques;

La ligature et l'excision des tumeurs variqueuses situées sur les membres ;

L'extirpation des tumeurs ou kystes des tendons du carpe;

Le traitement des tumeurs de l'ombilic comprenant la hernie ombilicale;

L'extirpation des cancers peu volumineux après l'emploi des médicaments internes, mais c'est une opération souvent inutile;

La ponction de l'hydropisie ascite avec le bistouri remplacé par une canule ;

La circoncision au moyen de deux ligatures du prépuce entre lesquelles on coupe avec de forts ciseaux ;

(1) Caron. Sur la trachéotomie. 1812.

Le traitement des im perforations du gland et des ulcères qui peuvei t s'y développer;

Le traitement de la rétention d'urine avec une sonde droite bouchée avec un petit tampon de laine que l'on enlève en tirant audehors le fil qui le maintient à l'extrémité vésicale de l'instrument ;

Les injections de la vessie avec une seringue ou avec une sonde à l'extrémité de laquelle se trouve une vessie remplie de liquide et que l'on presse avec la main ;

L'extraction des calculs par la taille latérale gauche en se guidant sur le doigt placé dans le rectum fixant la pierre au col de la vessie et quand cet organe est ouvert, la pierre ou les pierres s'enlèvent avec des tenettes ;

Le traitement de l'hydrocèle vaginale par l'incision ou par le cautère rouge ;

L'incision ou l'excision de la hernie charnue ou tumeur du testicule comprenant le sarcocèle et le varicocèle;

Le traitement du varicocèle par incision de la peau, excision des veines variqueuses entre une ligature supérieure et inférieure, et quelquefois par la castration si le mal est considérable ;

Le traitement des hernies intestinales. L'une (entérocèle) qui était due à la descente de l'intestin sur le testicule et que l'on considérait alors comme pouvant se faire par rupture du péritoine ou par son extension. L'autre (bubonocèle) dans laquelle l'intestin ne descendait pas jusques dans le scrotum et ne faisait que pousser le péritoine ;

Ces hernies contenaient de l'intestin seul, ou de l'intestin avec de l'épiploon, — et on les opérait à la façon de Celse et de Paul d'Egine (voir plus haut) soit à titre de cure radicale lorsqu'il n'y avait pas d'accident , soit lorsqu'elles retenaient des matières fécales. Pour Albucasis « le traitement de ces affections par instrument tranchant est périlleux ; il faut s'en abstenir autant que possible. »

Il parle ensuite de la castration qui, dit-il, est défendue par les lois arabes, mais il en indique les procédés par attrition ou massage le sujet étant dans le bain ou par l'incision suivie d'excision. Vient après le traitement de l'hermaphrodisme masculin par l'excision des parties saillantes, tandis qu'il annonce inutile de toucher à l'hermaphrodisme féminin; — l'excision du clitoris et des excroissances de l'utérus, formant queue dans le vagin ou maladie de la queue (1); — l'incision des imperforations congéniales ou acciden-

(t) Nous ne connaissons plus cela aujourd'hui à moins qu'il ne s'agisse là de polypes utérins.

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telles du vagin, et, pour ces dernières, il propose le coït tous les jours pour éviter la reformation des adhérences; — l'excision des excroissances de l'utérus au moyen du dilatateur vaginal, mais il défend d'attaquer par l'instrument tranchant les excroissances can céreuses; — l'incision des abcès de la matrice, etc. ;

Le mécanisme de l'accouchement naturel, à l'usage des sages femmes, et ce qu'il faut faire quand le fœtus au lieu de s'offrir par la tête se présente d'une manière anormale, — par les pieds, par les genoux et les mains; — en travers avec présentation d'une main; — par la nuque les mains étendues et la face regardant le dos de la mère; — par le flanc; et s'il y a deux, trois ou quatre fœtus. — A ce sujet, il parle de l'avortement de ces fœtus multiples qu'il dit pouvoir être rejetés au nombre de cinq, six, sept et même plus de dix. — Dans les cas de présentation anormale la version est le moyen de remédier à tout et, pour l'extraction du fœtus, il conseille l'emploi des crochets qui aident les tractions et si la tête trop volumineuse gêne les manœuvres la ponction du crâne avec le bistouri. — Ce paragraphe renferme le cas curieux d'une femme enceinte dont le fœtus mourut sans être expulsé et qui enceinte une seconde fois vit également périr son germe. Elle eut longtemps après un abcès de l'ombilic qui s'ouvrit et par lequel Albucasis retira successivement un grand nombre de petits os. Le chapitre se termine par des considérations relatives à l'expulsion de l'arrièrefaix, ce qui complète un véritable petit traité d'accouchement trèsremarquable (1).

On trouve après ces différentes pratiques de l'art des accouchements, la ponction dans les cas d'imperforation de l'anus;

Le cathétérisme des fistules à l'anus pour s'assurer de leur pénétration ou de leur non-pénétration dans l'intestin, et le traitement parle stylet rougi ou par l'incision de ces fistules connu de nos jours;

L'excision des hémorrhoïdes fluentes et leur ligature par un double fil passé à la base, si le malade a peur de l'instrument; . Le traitement des blessures aux différentes régions, et dans les différents tissus ou organes, d'après la cause vulnérante; et ici, Albucasis traite des plaies de poitrine et de l'abdomem avec tout ce qui regarde la suture des intestins;

Le traitement des fistules simples et osseuses, les amputations dans la continuité des membres faites en tirant la peau au-dessus du point de section, marqué entre deux ligatures serrées, en coupant les chairs jusqu'à l'os, en sciant après avoir préservé les chairs avec un linge et en cautérisant s'il y a hémorrhagie;

(1) Des faits de ce genre se trouvent dans Cazeaux.

La cautérisation et l'excision de l'onyxis, si les médicaments n'ont pas réussi, et enfin l'amputation de la phalange lorsque l'os est altéré;

L'incision ou l'excision des varices, l'extraction du ver de médine et du taon ; l'incision de la peau tuméfiée dans une maladie appelée fugace et qui me paraît être notre angio-leucite (Il s'agit 'd'une tuméfaction et d'une douleur sur le trajet des vaisseaux du bras remontant à l'épaule où elle s'étend à l'instar d'un ver, — Sprengel n'y voit qu'un érysipèle volant; c'est fort contestable) ;

L'extraction des flèches traitée avec assez de développement comme l'ont fait Galien, Celse et Paul d'Egine ;

La saignée qui se pratiquait alors sur trente vaisseaux différents, les applications de ventouses et de sangsues termine ce second livre rempli d'intérêt et annonce une éducation chirurgicale trèsétendue, inspirée par une grande pratique.

Le troisième livre et dernier est consacré aux luxations et aux fractures. Il laisse beaucoup à désirer; c'est le plus faible des trois, bien qu'il renferme les bases essentielles de ce que l'on pratique aujourd'hui. Les fractures du fémur et les luxations de l'épaule en particulier, sont ce qu'il y a de plus défectueux.

Ce livre commence par un exposé général des signes des fractures et vient ensuite le traitement des fractures du crâne et de tous les os. Ce sont les luxations qui terminent l'ouvrage.

Bien qu'on puisse dire qu'Albucasis a reproduit Paul d'Egine comme celui-ci s'est inspiré de Celse et de Galien, il est évident qu'il a été plus qu'un compilateur, et il n'y a que les historiens de cabinet qui aient dit le contraire. Sa rédaction indique l'expérience d'un grand praticien et cela explique la réputation dont il a joui, infiniment plus grande après sa mort que dans le cours de son existence.

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