SECTION II
De l'anatomisme au temps de Galien.
Transportée à Rome par Galien, l'anatomie fut l'arme avec laquelle cet homme éminent put combattre l'Empirisme et le Méthodisme qui s'y trouvaient en grande faveur, tout en luttant contre les épisynthétiques, les pneumatiques et les éclectiques. — A son aide, il put constituer la science médicale sur de plus larges bases que celles qui avaient appuyé les systèmes d'Asclépiades, de Thémison, de Thessalus, de Cœlius Aurelianus, d'Aretée ou de Celse.
C'est en apportant la lumière au sein de l'obscurité produite par la divergence des opinions qu'il a pu renverser l'esprit de système des méthodiques, mettre à néant la philosophie du scepticisme qui, s'élant introduite jusques dans l'art de guérir, avait supprimé les droits de la raison en faveur du témoignage des sens.
Galien fut, comme je l'ai dit, un naturiste encyclopédique, sachant tenir compte de tous les éléments de la nature de l'homme. Par une sage philosophie, il sut faire la part de l'àme raisonnable, des forces et des facultés organiques, de l'organisation qu'il a tant contribué à faire connaître, des fonctions dont il a en grande partie révélé le mécanisme, et de l'expérience enfin dont le contrôle lui a servi de guide en toute occasion. Mais l'expérience est trompeuse, l'expérimentation difficile, et le raisonnement facile à égarer, ce qui explique
comment, malgré cette méthode si belle et si vaste, Galien a pu commettre les erreurs dont on lui a fait un crime.
Toute son analomie repose sur la dissection des animaux, notamment celle des singes appliquée à l'homme, et il est évident qu'il n'a eu que de rares occasions d'ouvrir des cadavres humains. — Elle renferme les données les plus précieuses et, comme on a pu le voir dans l'article que j'ai précédemment consacré à Galien, elle constitue, avec l'anatomie d'Érasistrale plus complète, un ensemble considérable où la physiologie expérimentale a pu s'essayer de la façon la plus heureuse. Je n'y reviendrai pas ici, et je renvoie à ce que j'ai dit précédemment. Qu'il me soit seulement permis de rappeler qu'il manquait à celte anatomie la connaissance de la circulation, celle des lymphatiques, des organes génitaux et par-dessus tout celle des dispositions spéciales au corps de l'homme. (Voyez Galien , tom. I.)