‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 67 sur 141 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

De l'anatomisme après Galion.

Malgré tout ce qu'elle avait d'incomplet et d'erroné, l'anatomie de Galien associée à son Dogmatisme a vécu plus de dix siècles. Pendant ce long espace de temps bouleversa par la destruction de l'empire Romain d'Occident, par l'invasion des Arabes au midi de l'Europe, par la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie^ ses doctrines ont dominé d'une façon presque exclusive sur le monde médical connu, en s'imposant comme Orthodoxie scientifique par l'autorité politique et religieuse qui condamnait toute recherche capable de les contredire. — Ce fut le règne du GalénUme. Sauf quelques modifications de détail, ou de petites découvertes chirurgicales de Rhazès, d'Avicenne, d'Avenzoar, d'Albucasis et diverses additions de formules thérapeutiques destinées à propager l'usage des médicaments nouveaux introduits par les Arabes auxquels la religion défendait l'anatomie, ia médecine est arrivée jusqu'au xiie siècle dans l'état où l'avait laissée Galien; on peut même affirmer qu'elle s'était plutôt amoindrie que perfectionnée par les révolutions des empires et par les efforts de la crédulité et de la superstition humaine.

C'est au commencement du xne siècle que les choses ont commencé à se modifier, et que des recherches anatomiques ont pu être faites en Italie et en Sicile. — Ainsi, on enseignait l'anatomie à Bologne en 1151 et il y a eu en Sicile une loi de l'empereur Frédéric II, mort en 1-250, qui défendait de pratiquer la chirurgie sans être préa-

ANAT0M1SME ET ÉCOLE ANATOMIQUE AiPRÈS GALIEN 311

lableinent instruit de l'anatomie : sous son règne on faisait des cours publics d'anatomie sur des cadavres humains. — Mais u.n édif du pape Boniface VIII publié en 1300, qui défendait de faire bouillir les cadavres pour en faire des squelettes, vint entraver ce progrès et reculer l'ère des découvertes anatomiques. Ainsi Mundini, au xive siècle, le principal restaurateur de l'anatomie, s'excusant de n'avoir pas fait de recherches plus exactes sur l'ostéologie du crâne, dit : Ossa autem alia qua sunt infra basilare non benè ad sensum apparent, ni esse illadecoquentur; sed peccatum dimittere consuevi. C'est lui qui, en 4 306, disséqua le premier cadavre livré au scalpel des médecins dans les temps modernes, et cependant son ouvrage, qui a été classique dans les universités pendant deux siècles, ne faisait que reproduire, sauf divers changements dus à ses études, l'ancienne anatomie de Galien.

C'est surtout après la destruction de l'empire romain d'Orient, consécutivement à la prise de Constantinople, en 1453, et par suite de l'émigration des savants en Italie qu'un grand mouvement commença à se produire. A la renaissance des lettres, des arts et des sciences largement favorisée par la découverte de l'imprimerie (1145) et par la réforme religieuse, succéda une renaissance analogue des sciences médicales. On vit alors peu à peu apparaître une médecine nouvelle se mettant en lutte avec les traditions du passé, et appuyée sur une nouvelle anatomie destinée à ouvrir les voies glorieuses de la chirurgie, de la physiologie, de l'anatomie pathologique et du diagnostic moderne.

Ici, commence le véritable Anatomisme, c'est-à-dire la prétention de subordonner plus ou moins entièrement la médecine à la connaissance de la configuration et de la structure du corps humain ainsi que des altérations offertes par les organes. Sans cesse auront lieu dorénavant des luttes entre les médecins, les anatomistes, les chirurgiens et les physiologistes pour savoir à qui appartiendra la suprématie des connaissances médicales, et pour déterminer laquelle de l'observation, de l'empirisme, de la physiologie ou de l'Anatomisme est la plus importante à l'art de guérir. De ces disputes oiseuses qui prouvent mieux que jamais que, pour être digne de ce nom, le médecin doit être au courant de tout ce que les méthodes les plus différentes d'examen peuvent lui apprendre sur la nature de l'homme, il ressort que l'anatomie, la chimie et la physique, la physiologie, la chirurgie, l'observation et l'histoire, la clinique, l'expérience et l'induction, lui sont indispensables, et la science qui prétendrait se baser sur l'un d'eux exclusivement ne serait pas une science, mais un simple système ayant le sort éphémère de tous les systèmes,

c'est-à-dire quelques années d'éclat suivies d'un oubli profond et mérité.

Quoi qu'il en soit de ces prétentions rivales, l'Anatomisme est un produit de la fin du moyen âge et de la renaissance. — Il a eu pour parrain Mundini, et bientôt après ses adeptes, parmi lesquels je citerai Gabriel de Zerbi; Alex. Benedetti; Achillini; Bérenger de Carpi, qui disséqua cent cadavres humains en vingt-cinq ans; Gon- Ihier d'Andernach, qui introduisit les études anatomiques en France ; Jacques Dubois dit Sylvius ; Rondelet ; Servet ; Vesale et tous ceux dont je vais parler un peu plus loin à l'occasion du xvie et du xviie siècle.

C'est à l'anatomie humaine qu'il faut attribuer les progrès de la chirurgie et de l'anatomie pathologique, de la physiologie et de la chimie moderne, ainsi que l'art de reconnaître sur l'homme vivant les altérations delà structure des organes. Par elle, la médecine a définitivement appris la configuration des organes et leurs rapports réciproques de façon à encourager tous les essais de la chirurgie et à rendre compte des symptômes des maladies internes, de l'altération des organes dans chaque maladie, du mécanisme des fonctions expliqué par la physique et la chimie, de la structure des tissus, de l'action chimique de certains remèdes, etc. Ce sont là des titres sérieux à la reconnaissance de l'histoire, et sans demander compte aux hommes de leurs prétentions personnelles, ni des abus doctrinaux qu'ils ont faits de l'anatomie, il me suffira de signaler les services qu'ils ont rendus à la science pour rendre à leur mémoire l'hommage qui lui est dû.

C'est à l'Anatomisme qu'il faut rapporter certaines formes de VHumorisme et du Solidisme modernes venant s'associer en proportions, différentes à la Chimiâtrie de Sylvius; — Vlalro -mécanisme de Borelli, de Boerrhaave, de Haies; — la Médecine anatomo-patJwlogique de Bonet et de Morgagni ; — la Médecine physiologique de Haller; — VOrganicisme de Rostan et de Piorry ; — la Micrologie de Schwann, de Vogel, de Lebert et de Robin, et la Pathologie cellulaire de Wirchow ; le Transformisme; le Parasitisme, etc. C'est de lui enfin que sort YOrganoscopie d'Avenbrugger, de Recamier, de Laennec, d'Helmoltz, etc., aboutissant à la percussion, à l'auscultation, à la cérébroscopie, au spéculum, etc., découvertes brillantes faisant la gloire de la médecine moderne et constituant pour elle le progrès dont j'aurai à parler plus loin.

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