CHAPITRE IV
DÉCOUVERTES DES OVULES ET DES SPERMÀTOZOAIIIES. NOUVELLE THÉORIE DE LA GÉNÉRATION
Jusqu'au xvne siècle, la théorie de la formation du fœtus reposait presque en entier sur le dogme accepté par la scholastique de la réunion des deux semences de l'homme et de la femme. On supposait que la femme avait la sienne; on pensait que celte semence était le mucus utéro-vaginal. Ce fut l'opinion d'Hippocrate, de Pythagore, d'Aristote, d'Anaxagore, d'Empédocle, d'Epicure, de Galien, d'Avicenne, de Van-Helmonl, etc.
Pour Hippocrate, ce mélange des semences produisait le fœtus, et la plus forte des deux en déterminait le sexe. — Dans l'école chimiâtrique, on allait un peu plus loin, et à l'idée du mélange s'ajoutait celle de sa fermentation (Descartes).
L'école stoïque avec Zenon avait d'autres idées qui ont été partagées jusqu'à une époque assez voisine de nous, et elle professait que le fœtus provenait de la semence du mâle seul. — La mère ne servait que de terrain de développement, comme le sol relativement à la graine.
Nous en serions encore là sans les progrès de l'Anatomisme moderne. — Toutes les théories de la génération se ressentaient de l'ignorance où l'on était de la véritable structure du testicule et de l'ovaire humain ; pour la plupart inspirées de l'étude de l'œuf fécondé des oiseaux, elles se trouvaient nécessairement incomplètes ou erronées, lorsqu'on voulait les appliquer à la génération chez l'homme ou chez la femme dont les organes sexuels étaient imparfaitement connus. Malgré les travaux de Vésale, de Fallope, de Colombus, d'Eustache, etc., on ignorait encore la structure et la fonction des ovaires.
Guillaume Harvey est un des premiers anatomistes qui ait essayé de soulever le voile qui couvrait le mystère de la fécondation. — Rebuté par les luttes qu'il eut à subir pour le triomphe de ses idées sur la circulation, il ne publia pas lui-même ses recherches sur la génération des animaux, et c'est Georges Eut qui les publia pour lui. — Dans ce livre, on voit déjà poindre cette pensée que tous les êtres vivants sortent d'un œuf, et qu'il n'y a pas de génération spontanée. — Omne vivum ex ovo. — Il indique avec soin les changements de la cicalricule de l'œuf après la fécondation, jusqu'à la for-
ANATOMISME — OVULES ET SPERMATOZOAIRES 337
mation du poulet, et il signale quelques faits relatifs à l'ovule des quadrupèdes qui n'est mis en évolution que par l'action incitante de la semence.
De Graaf reprit ces expériences sur les lapins, et il indiqua en 1668 la structure du testicule; en 1671, la structure des testicules féminins qu'il désigna sous le nom d'ovaires. C'est lui avec de Hoorne qui, découvrant les vésicules ovariques, fit connaître les changements qu'éprouve l'ovaire après leur rupture dans la conception, l'usage des trompes de Fallope destinées à recevoir les ovules pour les conduire dans l'utérus et les changements que présente ï'emhryon des mammifères en se développant. — Ce fut là le point de départ du système de l'évolution fondé par l'anatomie.
Seulement, il ne vit pas bien l'ovule dont il annonçait l'existence, et il croyait que l'œuf était formé par cette vésicule, ce qui fut modifié un peu plus tard par Baer.
Swammerdam, en 1737, confirma les observations de Graaf auxquelles Malpighi, aidé de son microscope, vint ajouter sa découverte des changements de la cicatricule de l'œuf fécondé des oiseaux, devenant une ampoule dans laquelle, au bout de trente heures, il voyait les premières traces du punctum saliens. Un peu plus tard, Nicolas Slénon adopta ces opinions qui furent aussi celles de Bartholin, et il semblait qu'il n'y eût plus rien à opposer au fait de l'évolution des ovules fécondés.
On comptait sans la découverte de Louis de Hammen confirmée par Leuvenkoeck. Il s'agit de la découverte des Spermatozoaires, ou animalcules spermatiques, en 1677. Leuvenkoeck crut alors que ces animalcules renfermaient les germes de l'être futur, et qu'en se mélangeant à l'œuf dans la matrice, ils le convertissaient en embryon, comme dans la métamorphose des insectes. — Cette théorie appuyée par Leibnitz et par un certain nombre de physiologistes fit naître des doutes à l'égard de la doctrine de l'évolution, et il fallut ies nouvelles recherches de Guillaume Hunter sur l'évolution jour par jour de l'œuf fécondé du poulet pour ramener la science à de plus favorables dispositions vis-à-vis de ce système.
Aujourd'hui tout a encore changé, grâce à la découverte de l'ovule faite par Baer dans la vésicule de Graaf en 1836, aux recherches de la physiologie actuelle sur le rôle indispensable des spermatozoaires dans la fécondation, sur leur pénétration et leur fusion dans l'ovule (Barry,185i), sur le lieu de la fécondation dans l'ovaire et dans Poviducte, sur l'apparition successive des éléments, où doit se former l'embryon, la théorie de l'évolution d'un germe préexistant a disparu. Elle est remplacée par la théorie de Vépigênèse
ou développement de molécules associées les unes aux autres pour former le germe d'où sortira plus tard l'embryon.
Comme on le voit, la science en est revenue à la théorie hippocratique du mélange des deux semences, contrairement à celle de Zenon qui faisait provenir le fœtus du sperme tout seul. Cela devait être, puisque tout être nouveau participe du père et de la mère, et qu'il procède dans sa forme, dans sa couleur, et dans ses maladies des deux parents qui l'ont formé. Seulement par la découverte de Harvey et de Graaf, nous savons que la semence chez la femme n'est plus, comme au temps d'Hippocrate, le mucus utéro-vaginal, mais le produit de l'ovaire, organe correspondant au testicule de l'homme. — Ici, le mot semence reprend son acception grammaticale, c'est la graine ou le germe de l'être futur. En fait, l'école hippocratique s'est trompée en considérant le mucus utéro-vaginal comme étant la semence de la femme, mais en principe l'idée que l'union des deux semences mâle et femelle, nécessaire à la génération, était exacte. — Il fallait une rectification, et grâce aux progrès de l'anatomie moderne parla découverte de l'ovule des mammifères, Graaf et Baer ont pu la faire, et réaliser un des grands faits de la physiologie actuelle. De cette découverte et de celle des spermatozoaires dépend en effet la théorie moderne de la génération.
Tout le monde connaît l'œuf des oiseaux et ses transformations lorsqu'il a été fécondé. C'est là où l'on a pu suivre, jour par jour, l'apparition des premiers éléments cellulaires d'où résulte l'être futur. Mais, chez la femme, et sur les femelles des autres mammifères, l'œuf quoique semblable dans ses parties, diffère cependant par sa petitesse extrême due au volume moindre du vitellus.
Chez la femme, l'ovule a deux dixièmes de millimètres. C'est un point presque invisible , mais il augmente un peu après sa sortie de l'ovaire. Il est jaunâtre et transparent.
Formé d'une enveloppe homogène appelée membram vitelline, qui renferme le vitellus, analogue du jaune dans l'œuf des oiseaux, et constitué par des granules libres dans une matière amorphe, il offre au centre de ce vitellus une vésicule encore plus petite qui est la vésicule germinative, et dont le diamètre est de 40 millièmes de millimètre. — Cette vésicule a été découverte par M. Goste en 1837 et elle renferme quelquefois de petits corpuscules appelés taches germinalives. — De là résulte la comparaison qu'on a faite de l'œuf avec une cellule ayant son noyau, ou vésicule germinative, et quelquefois son nucléole qui est la tache germinative.
Ces ovules se trouvent déjà dans l'ovaire du fœtus, ce qui fait