CHIMIATRIE DU MOYEN AGE ET DE LA RENAISSANCE
Bien que la chimie (I), primitivement art sacré, existât de temps immémorial ainsi que l'attestent toutes les expériences métallurgiques anciennes, sur l'extraction des métaux et la fabrication des alliages; sur la composition des monnaies titrées d'or et d'argent; sur les sels artificiels, sur la poterie; sur les verres blancs et colorés, sur les couleurs appliquées aux arts et à l'industrie ; sur les eaux minérales, etc., il ne paraît pas que la médecine s'en soit beaucoup servi pour découvrir ou préparer des substances utiles aux malades.
Galien ne fait mention d'aucune recherche spéciale de ce genre, ayant pour but la préparation d'un médicament chimique. Aëtius et Oribase n'en disent pas davantage, et ce sont les Arabes qui ont ouvert la voie dans cette heureuse direction, — Très-versés dans les mystères de l'art sacré qui comprenait la science des nombres, des lettres et des astres, la magie et la kabbale ou tradition, ce sont eux qui ont fait les premières applications de l'alchimie à la médecine.
D'après Freind, Rhazes serait, en 932, le premier auteur médical dans lequel on trouve l'indication des médicaments chimiques, mais, selon Sprengel, p. 2G3, tom. II, ce serait au contraire Geber, savant très-sérieux (2), quiau vme siècle, dans son ouvrage d'alchimie, aurait montré qu'il préparait le sublimé corrosif, le précipité rouge, l'acide nitrique, l'acide nitro-marin, la pierre infernale, etc. — Au reste, ce sont les Arabes qui dans leur pharmacie ont inventé les mots d'alcohol, de julep, de sirop, de looch, de naphte, de camphre, de bezoard, etc., qui sont arrivés jusqu'à nous. — La plupart de ces médecins avaient déjà des théories chimiques sur l'effet des remèdes : ainsi Hhonain, élève de Mesué et partisan des doctrines de
(1) Ce mot, d'après Borricbius (De ortu et progressu chemise), ne cfafe que du iiic ou ive siècle de l'ère chrétienne.
(2) Voir Hoefer, Hist. de la Chimie, t. I, 2" édit., p. 325.
Galien, venant à parler de l'action des dissolvants, se demande si ces remèdes exercent sur les humeurs une action semblable à celle de l'aimant sur le fer ou s'ils pénètrent dans les viscères où séjournent les humeurs, et s'ils en opèrent la dissolution (Sprengel, 275).
Rhazes, dans son Antidotaire, signale l'usage du muriate de Mercure dans la gale et certaines maladies de la peau; des préparations arsenicales, orpiment et réalgar pour l'extérieur, et en lavement dans la dysenterie; du sulfate de cuivre et de fer; du salpêtre à l'intérieur, du borax, du corail rouge, etc. Il en est de même dans Ali-Àbbas et dans Avicenne (Tractatus alchemiœ), dans Albucasis (1), dans Avenzoar, et dans tous les médecins de ce temps qui unt laissé des écrits sur la médecine. A côté des idées humorales et naturistes de Galien se trouvent la même polypharmacie reposant sur les premières conquêtes de la chimie en enfance.
Comme toutes les autres connaissances médicales, ces essais de chimie, d'abord répandus chez les Grecs byzantins où se trouve Psellns (1020), vinrent s'implanter en Europe sous l'influence de la domination arabe, et, pendant tout le moyen âge, ils continuent sous une forme mystérieuse tendant à donner à cette science naissante un caractère occulte voisin de la magie qui sera son plus grand obstacle au progrès.
Ce n'est qu'aux xme et xive siècles que dans ce chaos de vérités empreintes d'erreurs ou de superstitions, et dans celte foule de savants et d'imposteurs, sortent quelques noms restés illustres.
Albert-le-Grand, né en Allemagne, en 1103, maître de saint Thomas d'Aquin, est un des plus célèbres alchimistes du moyen âge, et a laissé de nombreuses publications d'alchimie.
Roger Racon, moine de l'abbaye de Westminster, lit beaucoup de chimie et de philosophie expérimentale, et de physique.
Ses écrits sur les verres grossissants, sur le télescope, sur la réflexion et sur la réfraction de la lumière, sur les miroirs ardents, sur les météores et sur l'astronomie ont eu beaucoup de réputation. C'est lui qui passe pour être l'inventeur de la poudre à canon. — Arnauld de Villeneuve vécut au xme et au xive siècle, il est mort en 1313. Ce fut un chimiste célèbre et c'est lui qui le premier, dit-on, obtint l'esprit de vin par distillation, découverte également attribuée à Lulle, son disciple ; mais j'ai dit plus haut que les Arabes connaissaient cependant l'alcohol. — On lui doit un commentaire sur Vécole de Saleme, — et diverses publications importantes d'alchimie et d'astrologie.
(1) Regardé à tort comme l'inventear de la distillation.
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Raymond Lulle, disciple d'Àlbert-le- Grand, l'ut encore un alchimiste célèbre. II mourut lapidé en Afrique, en 1315, où il était allé prêcher le christianisme. Il a écrit le Grand Art, un livre sur la Panacée universelle et sur la Pierre philosophale qu'il prétendait avoir trouvée. Ainsi on rapporte que pendant son séjour a Londres le bruit avait couru qu'il avait converti une masse de 50,000 livres de mercure en or.
Basile Valenlin, moine allemand de la fin du xvc siècle, est égaillent renommé par ses travaux chimiques et peut-être par un grand nombre de travaux signés de son nom, bien qu'ils ne soient pas de lui. C'est lui qui le premier, dit-on. a donné à l'intérieur de l'antimoine regardé comme un puissant remède. Sou traité ayant pour litre le Char triomphal de l'antimoine, a eu un immense succès. Dans ses œuvres complètes de chimie, on indique la préparation du régule d'antimoine, du beurre d'antimoine , du précipité rouge, de l'alcali volatil, du foie de soufre, du bismuth, du sucre de Saturne, des acides sulfurique, nitrique et murialique, de l'eau régale, de l'éther sulfurique, etc.
Dans tout le xve et le xvie siècle, il y a ainsi une foule de médecins alchimistes voués à la magie et à la cabale, à l'astrologie et à l'alchimie, qui n'offrent maintenant plus aucun intérêt scientifique. Un cite Isaac Hollaudus et son Théâtre chimique; Nicolas Barnaud, qui passe pour avoir réussi à fabriquer l'or; Théobald de Hoghelaud, qui avait pu transmuer les métaux; Michel Sendivogius ; Porta, qui a indiqué la manière de fabriquer l'arbre de Diane; Jérôme Cardan, espèce d'illuminé autant astrologue que chimiste. Mais que signifient ces. noms pour nous? Ce sont autant de témoignages de la folie humaine et voilà tout.
Le véritable fondateur de la chimiàtrie est Paracelse (1), fortement atteint d'illnminisme, si on le juge par ses idées d'astrologie et de magie superstitieuses, mais, à travers ses folies, il y a en lui comme naturiste, comme chirurgien et comme chimiste le rôle de réformateur sous lequel il est justement désigné. Sa lutte contre les traditions du galénisme, en faveur de la nature mystique des maladies et de l'introduction des médicaments chimiques dans la thérapeutique, fait époque dans l'histoire et. si ses idées de réforme n'ont pas été généralement acceptées, elles ont eu des partisans nombreux et elles ont fini en se modifiant par pénétrer dans la science. — Toute sa chimie ne fait rire aujourd'hui que les ignorants, car elle renferme des principes de première importance. C'était le commencement de
(\) Né en 1493, mort en 1540.
la science et il ne faut pas être trop sévère pour les erreurs qu'on y trouve. — Il a inauguré le règne de 1 analyse destiné à extraire le principe actif ou l'essence des corps bruts et, certainement, c'est là, malgré toute la folie du novateur, une idée trop féconde pour qu'on ne lui ensache pas gré. Par ses travaux, il bannissait de la thérapeutique les décoctions et les sirops, pour les remplacer par les teintures, les essences et les extraits, le véritable but de l'alchimie étant de préparer les essences et non de fabriquer l'or. Au lieu de donner les simples, il cherchait à en obtenir la quintessence qui est le principe de leur action. On aura l'idée de sa manière de traiter certains malades en se rappelant que les maladies ayant pour cause une altération chimique des humeurs, il faut des médicaments chimiques pour les combattre. Ainsi, dans les maladies tartareuses ou produites par le tartre ou dépôt de sels dans les humeurs, il administrait chimiquement les eaux minérales acidulés et l'acide vitriolique. Il est le premier qui ait porté sur l'Humorisme ancien le coup dont il devait mourir cent cinquante ans plus tard. A travers ses exagérations de langage, ses excentricités etses folies, il reste unréformateur de premier ordre dont le nom ne périra pas, comme il le dit lui-même avec emphase dans une de ses apostrophes à ses persécuteurs. (Voy. tom. I, Paragelse, page 265.) Agressif autant qu'il est possible de l'être, en révolte ouverte avec l'autorité des corps savants de son époque dont la tyrannie excitait sa colère, Paracelse attaqua les doctrines humorales d'Hippocrate et de Galien avec la plus extrême violence. Il n'en fallut pas davantage pour exciter contre lui toutes les inimitiés des esprits tranquilles et respectueux de l'autorité parce qu'elle est l'autorité, conservateurs acharnés de ce qui est généralement admis afin de s'éviter la peine d'apprendre quelque chose de nouveau. Tout en admettant la théorie des éléments de l'antiquité, et dans l'homme, la présence des quatre humeurs cardinales, il entra plus avant qu'on ne l'avait encore fait dans l'analyse des altérations que présentent ces humeurs. A cet égard , il sort tout à fait des voies tracées par la tradition. Ce qu'il a fait ne nous semble qu'un amas d'hypothèses sans valeur, et qui paraissent aujourd'hui très-ridicules , mais sous l'expression erronée d'une chimie ignorante , il y a la manifestation d'une idée qui depuis est devenue la méthode des sciences, et cette idée c'est Vanalyse. Paracelse, le charlatan, comme on dit, le fou qualifié méprisable par les historiens de la médecine étrangers à la science médicale, voué à toutes les pratiques de l'astrologie, de la cabale et de l'alchimie, a au moins ce mérite et personne ne peut le lui refuser. — Chef de la chimiàtrie moderne, il attribue la plupart des maladies à la combustion du
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soufre, à l'effervescence des sels ou à la coagulation du mercure dans nos humeurs, là où elles ont pénétré sous l'influence des entités mystérieuses dont il avait peuplé le monde, et le corps de l'homme, à titre de régulateur caché. — Il croyait que tous ces métaux introduits dans les humeurs s'échappaient : le mercure par les pores de la peau; le soufre par le nez; le soufre déliquescent par l'anus; le soufre dissous par les yeux ; l'arsenic par l'oreille, etc., et quand les évacuations n'avaient pas lieu se produisait la pulridilé, différente selon que telle ou telle substance était retenue.
Si accablé de mépris qu'ait été Paracelse par les historiens, il est certain aujourd'hui que ses travaux ont imprimé une vive impulsion à la science et qu'ils ont abouti à des découvertes sérieuses. C'est par ses idées sur les éléments des corps qu'il s'est cru autorisé à combattre énergiquement le galénismeet à rejeter l'influence des quatre humeurs. Il est vrai qu'il substitue à cette doctrine des hypothèses chimiques sur la vie, tout aussi peu acceptables, mais c'est déjà l'exercice du droit de contrôle exercé par un naturiste illuminé. Bannissant tout à fait l'action des éléments antiques et des humeurs sur la production des maladies, il les attribue aux espèces d'influences ou Ens qui agissent sur le sang et sur les sécrétions. 11 admettait même, dans un langage figuré auquel on ne comprend plus rien de nos jours, que par les pores de la peau s'échappait du mercure dissous, par le nez du soufre blanc, par les oreilles de l'arsenic, par les yeux du soufre délayé dans l'eau, par l'urine du sel dissous, et par l'anus du soufre en déliquescence. — Toutes les maladies résultaient de l'effervescence des sels, de la combustion du soufre ou de la coagulation du mercure, élément constituant du corps. Ces trois entités renfermaient les éléments de toutes les maladies, ainsi le mercure peut être sublimé, distillé, ou précipité par la chaleur ; sa sublimation occasionne la manie, sa précipitation détermine la goutte, et sa distillation entraîne la mort subite (1), la paralysie ou la mélancolie. — Si le seA domine on voit naître les maladies atomiques, telles que la diarrhée et les hydropisies (2), le sel aide aussi au développement du tartre, principe de l'épaississement des humeurs et de l'accumulation des matières terreuses. — Quant au soufre, il donnait naissance à la plupart des fièvres (3). C'est à lui qu'on doit la doctrine des âcretés chimiques du sang et des humeurs.
(1) Paramirum, 2, p. 44, 45.
(2) Des trois premières essences, p. 325.
(3) Sprengel, Hist. de la méd., t. III, p. 3-b.
Comprenne qui le pourra un pareil Humorisme , pour moi j'y renonce, et d'ailleurs il me semble que dans les doctrines de Paracelse, il joue un rôle bien secondaire à côté des influences astrales qui sont la base de son étiologie et en face du Naturisme qu'il accepte complètement; car après avoir parlé de l'action heureuse de ses remèdes, il dit :
« Et cependant la nature a sa part dans ce travail, nous n'en som ■ mes que les aides ; c'est elle qui fait bourgeonner les plaies que nous recouvrons d'un médicament. Ce qui est, en d'autres termes, l'idée d'A. Paré : « Je le pansay, Dieu le guarit. »
Ce n'est pas par son Humorisme que Paracelse laissa des traces de son passage à la science, mais bien par sa thérapeutique composée d'agents chimiques jusque-là peu employés, et par ses arcanes ou principes actifs et spécifiques tirés des médicaments, car là est un de ses meilleurs titres de gloire. Quoi qu'il en soit, ses nombreux adeptes se répandirent en Allemagne et en France en propageant ses doctrines, les uns en les adoptant dans leur mystique originalité, les autres en essayant de les concilier avec les doctrines de Galien.
Parmi ces derniers, je citerai :
Thurneysser, son médecin disciple, premier auteur de la quintessence et de Yourowancie ; — Oswald Croll ; — Bodenstein, — Siloranus, — Gérard Dorn ; — Pierre Séverin ; — Gonthier d'Andernack; — ConradGessner; — Carrichter; Ruland; — Amwald ; — Libavius; — Zwiuger el toute la secte des roses-croix formée en 1610 pour la recherche de la pierre philosophale en Allemagne, qui conti nuèrentde travailler dans la voie alchimique et mystique de Paracelse, mais sans pouvoir s'élever à une situation scientifique sérieuse.
Les adeptes de France , d'Angleterre et d'Italie ne furent pas beaucoup plus heureux. Leurs prétentions médicales sont inintelligibles, et le dégoût qu'inspirent toutes leurs productions folles et hypothétiques empêche de s'y arrêter plus d'un instant. Que nous im portent aujourd'hui, autrement que comme triste souvenir, les folies des Anglais Robert Fludd, Jean Hoster le chirurgien et Jean Michel? En Italie, les erreurs alchimiques de l'anatomisle Fallope; du chirurgien Zapata; du chevalier, médecin de Bologne, Fioraventi connu par la formule d'un baume encore en usage ; de Bovius dit Zétiriel cité par Haller, pour ses « opuscula insaaientis, » et qui était si enthousiaste des Arcanes; enfin d'une quantité de médecins et chirurgiens plus ou inoins partisans des formules de l'alchimie. Que peuvent nous faire les adhésions de Français comme Jacques Gohorydit Suavius dans son livre De la longue vie, de le Baillif, médecin du roi Henri IV, de Aubery, de Penot, de Joseph Duchesne, partisan des
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antimoniaux, qui fut condamné par la faculté à l'instigation deRiolan; de Turquet, également condamné par la faculté en 1603 ainsi que Reneaulme, Paulmier et Besnier. Tout cela n'a plus d'autre intérêt que de montrer la propagation des doctrines Paracelsistes et l'emploi des arcanes et des médicaments spagiriqoes. Il y a seulement ceci à remarquer c'est qu'à Paris, ces doctrines furent vigoureusement combattues par la faculté qui, tombant dans un excès fàcbeux, ne sut pas distinguer ce qu'il y avait d'utile dans ces découvertes de l'alchimie et condamna sans enquête préalable tous ces essais de réforme thérapeutique avec l'appui du parlement. — Elle défendit l'usage de l'antimoine , comme un poison , persécuta ceux qui en vendaient ou en faisaient usage; mais malgré ces arrêts, l'antimoine est resté dans la pratique d'où personne ne songe plus à le bannir. Mieux eût valu s'abstenir- en laissant au temps le soin de faire justice des folies, et à l'expérience celui de faire le triage du bon et du mauvais de la doctrine. La discussion contradictoire est la seule arme des sciences libérales ; quant aux persécutions, l'histoire a montré ce qu'elles valent. Dans les mains de l'ignorance et de l'envie elles tuent un homme, retardent l'avènement d'une idée juste mais nel'étouffent jamais. — Cent ans après la condamnation de l'antimoine un autre arrêt le réhabilitait. N'eût-il pas mieux valu ne point s'en occuper?
En effet, avec le temps s'épurent les bons systèmes et les méthodes utiles qu'embarrassent d'abord les incertitudes d'une première conception. — Cela se fait plus ou moins vite, mais la chose est inévitable, et, cela est arrivé pour le système de Paracelse et toutes les rêveries de l'astrologie. En effet, ce système s'est peu à peu transformé et n'a pas mis moins de deux siècles à sortir un peu net des brouillards d'hypothèses sur lesquels je viens de le présenter. — Le travail a été pénible à en juger par les sottises chimiatriques qui se sont débitées pendant cette période; mais aujourd'hui que nous croyons voir un peu plus clair dans l'analyse des corps de la nature, et dans leurs actions chimiques, il faut reconnaître que c'est à cette évolution lente que nous devons la chimie actuelle.
Chimistes, médecins et chirurgiens des xvie et xvne siècles, presque "tous, ils ont en dehors des connaissances sérieuses d'anatomie, de chirurgie et de médecine, plus ou moins sacrifié en thérapeutique à la chimiâtrie, et aux formules paracelsistes. — Les plus sages ont été ceux qui ont laissé de côté les absurdités théosophiques, ont essayé de choisir ce qui leur paraissait le plus utile dans ce fatras d'arcanes et de substances douées de propriétés surnaturelles.
Ainsi, André Libavius de Halle, 1595, auquel un doit la mention
expresse de la transfusion au moyen d'une canule d'argent placée dans l'artère d'un jeune homme et communiquant avec celle d'un vieillard, est un de ceux qui ont le plus lutté pour enlever aux chimistes leur prétention de découvrir la médecine universelle et la pierre philosophale.
Ange Sala de Vicence; Pierre Potérius; Jean Hartmann, professeur de chimiâtrie à Magdebourg; Daniel Senneft, qui croyait aux sorciers, au diable, à la transmutation des métaux, etc.; Minderer d'Augsbourg, auquel on doit l'esprit de Mindererus ; Werner Rolfinck de Marbourg, auteur du premier manuel de chimie; Schroeder, médecin de Francfort et auteur d'une Pharmacopée approuvée de Boerrhaave; Lazare Rivière, professeur de chimiâtrie à Montpellier, etc., essayèrent de concilier la médecine de Galien avec les réformes paracelsistes et avec l'introduction des médicaments minéraux dans la thérapeutique. — A travers bien des hypothèses, et ce que nous appellerions des sottises, il faut constater chez eux un commencement de critique sérieuse et un abandon du supernaturalisme qui ne fera que s'accuser davantage dans les années suivantes.
Van Helmont (1) est l'homme qui, tout en s'inspirant de Paracelse et de son école, a le plus fait pour détourner la science de la voie périlleuse où on voulait l'engager, malgré des erreurs que j'ai déjà signalées dans l'article que je lui ai consacré (Voy. tome I, Naturisme) et malgré sa croyance aux êtres surnaturels, la science lui doit en chimie l'introduction de principes nouveaux un peu différents de ceux de son maître — Sa théorie mystique de la nature de l'homme ressemble beaucoup à celle de Paracelse, mais dans sa théorie chimique que je ne veux pas reproduire ici, se trouve l'introduction des ferments auxquels il fait jouer un grand rôle dans la physiologie, et dans la pathogénie, rôle dont on a tant abusé après lui et qui semble reprendre une nouvelle importance. C'est lui qui a distingué les gaz de l'air proprement dit, et qui a fait connaître leurs propriétés, notamment celles du gaz Sylvestre éteignant la flamme, aujourd'hui acide carbonique, et du gaz hydrogène avec ses propriétés inflammables. Il y a certainement des savants aujourd'hui qui sont célèbres à bien meilleur compte et Van Helmont, que raillent les ignorants, a fait bien d'autres découvertes (2).
Naturiste en principe parle rôle qu'il accordait aux archées, Humoriste dans ses conceptions secondaires de la maladie, il professait que si le mal était primitivement une erreur de l'archée, c'était
(1) 1577-lfitii.
(2) Hoet'er, Hist. de la Chimie, p. 136; 2P édit,
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secondairement une altération locale des humeurs sécrétées. — C'est à lui qu'il faut rapporter le second effort un peu sérieux fait dans la voie de l'analyse pour l'étude chimique des humeurs; mais cela ne vint que plusieurs années après, au commencement du xvne siècle.
Classé par moi, dans les Naturistes, auxquels il appartient par la métamorphose qu'il a fait subir à l'idée d'un principe recteur de l'organisation (V. Naturisme) qu'il appelle Archée, Van Helmont dans le détail fut un humoriste très-accentué. — Chimiatre à la façon de Paracelse dont il relève scientifiquement, exalté, violent et superstitieux, il procède comme lui par l'analyse et avec lui on doit le considérer comme un des fondateurs de l'Humorisme moderne.
Supprimant l'air et le feu des Eléments, il n'accorde de pouvoir pathogénique qu'à la terre et à l'eau en accordant aux humeurs qui en sortent des qualités de fermentation, d'effervescence, de calcination, de coagulation, d'acidité, d'alcalinité et d'épaississement qui jouent le rôle principal dans la production des maladies.
Avec cet homme justement célèbre entrent dans la science une autre chimie et des idées chimialriques dans lesquelles le ferment, l'acidité et Palcalescence des humeurs jouent un rôle mystique et abusivement hypothétique.
Descartes, dont je n'ai pas à parler comme philosophe, qui avait fait du corps humain une étude sérieuse, par la chimiàtrie et Piatromécanisme, l'un des premiers qui ait adopté la circulation de Harvey, et qui l'ait défendue contre les attaques de la faculté, accepte de suite l'hypothèse des ferments de Van Helmont. Il s'en servait pour faire comprendre la digestion, les sécrétions, et par eux il expliquait la circulation qu'il attribuait en partie à l'effervescence du sang dans le cœur par l'effet du grand degré de la chaleur animale.
Cornelle de Hoghelande, ami de Descartes, adopte toutes ces idées et son livre, publié en 1646, explique l'exercice de toutes les fonctions par les lois de la chimie et de la mécanique, par l'acidité ou Palcalescence des humeurs, par l'effervescence et la fermentation, enfin par le volume et la forme des atomes. Comme on le voit, le mysticisme ancien disparaît peu à peu, mais ce qu'il perd, l'hypothèse le regagne largement.
Pierre Michon en France, Thomas Corneille de Cozenza en Italie, Sylvius de le Boë, en Hollande, à Amsterdam, continuèrent dans cette direction indiquée par Descartes, mais ce dernier accaparant la doctrine à son profit devint bientôt le chef d'une école chimiatrique qui a régné pendant de longues années en Europe.
Sylvius de le Boë ne fut pas seulement un chimiâtre. On doit le considérer comme un médecin très-distingué de Leyde du xvir3 siècle (1588-1672). Il réunissait à la fois les talents de l'anatomiste, du physiologiste, du chimiste et du clinicien. — Ce qu'il a laissé d'écrits est considérable, mais tout cela est diffus ou obscurci par des erreurs dues à l'état des sciences de l'époque et par de nombreuses hypothèses, bien qu'il affirmât ne rien conclure que de l'expérience.