‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 34 sur 118 · Saint Thomas, prima · texte numérisé non relu

Saint Thomas, prima

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fut montré “le divin commerce du Père avec le Fils, et du Père et du Fils avec le Saint-Esprit par leur embrassement réciproque et leur mutuel amour.” Les sublimes harmonies des neuf chœurs célestes et leurs rapports avec la divinité lui furent en méme temps révélées; elle vit la communication de la Divine Majesté avec la suprême hiérarchie des Anges, auxquels cette Trinité sainte signifie sa divine volonté immédiatement par elle-même, et sans l’interposition d'aucun esprit créé. Elle entrevit les rapports qui existent entre chacune des trois personnes de la trèsauguste Trinité, avec chacun des neuf chœurs de cette suprême hiérarchie : la solidité inébranlable des pensées du Père dans les uns, qui en ont reçu le nom de Trones ; les splendeurs et les lumières du Verbe dans les autres qui pour cela sont nommés Chérubins ; et les ardeurs du Saint-Esprit dans les derniers, d’où ils sont appelés Séraphins ; enfin la communication de la très-sainte Trinité en l’unité d’essence avec cette hiérarchie, qui ensuite manifeste les volontés divines aux autres esprits célestes selon leurs ordres.’

Mais laissons notre bienheureuse raconter elle-même toutes les phases de cette grande vision ; car elle seule peut trouver des termes pour dire, autant qu’il est 1. Ce passage est en partie tiré d’une seconde relation de cette vision, awelle écrivit peu de temps avant sa mort, pour satisfaire aux instances pressantes de son fils. La lettre qui la contenait ne lui parvint qu'après la mort de sa mêre.— C’est véritablement le chant du cygne, ajoute-t-il, et le dernier effort de son esprit, n’ayant jamais parlé plus hautement de Dieu,

ni des choses divines ; et l’on dirait que quand elle l’a écrite, Dieu lui avait de donné par avance un rayon de la lumière éternelle.”

donné à une créature terrestre, les merveilles des

sphères éternelles.

‘Un matin, pendant que j’entendais la sainte

nesse, mes yeux furent tout-à-coup fermés ; et mon

esprit élevé et absorbé dans la vue de la très-sainte

et très-auguste Trinité. En ce moment, toutes les

puissances de mon âme furent arrêtées, et reçurent

Pimpression de ce divin mystère. Cette impression

était sans forme ni figure, mais plus claire et plus Elle me fit d’abord

connaître que mon âme était dans la vérité ; et cette

intelligible que toute lumière.

vérité me fit voir en un moment l’admirable com-

merce qu'ont ensemble les trois divines Personnes:

l'intelligence du Père, qui, se contemplant lui-même,

engendre son Fils de toute éternité ; et lPamour

mutuel du Père et du Fils, qui produisent le Saint-

Esprit; ce qui s’opère par un réciproque plongement

d’amour, mais sans mélange et sans confusion. Je

recevais l'impression de cette production, entendant

ce que c’est que spiration et production, spiration

active et spiration passive. Mais la pureté de cette

spiration et de cette production est si haute et si

sublime que je n’ai point de termes pour Pexprimer.

Voyant les distinctions, je connaissais lunité d’es-

sence entre les divines Personnes ; et quoiqu'il me

faille plusieurs mots pour le dire, en un moment et

sans intervalle de temps, je connaissais l’unité, les

distinctions et les opérations, soit dans elles-mêmes,

soit hors d’ellesmêmes. J'étais néanmoins éclairée

par degr les opéra mêmes, Mon façon ine elle était dans cet Dieu qui quoiqu’ai comme | Majesté | bonté, sa obstacle ‘ Dans sion, cet de ce qu dans la s Chérubin:

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par degrés, d’une certaine manière spirituelle, selon les opérations des trois Personnes divines hors d’ellesmêmes,

“ Mon âme était instruite de cette vérité d’une facon ineffable, qui me fit perdre toute parole, car elle était abîmée dans cette lumière. Elle portait dans cette impression la grandeur de la Majesté de Dieu qui ne lui permettait pas de lui parler; mais quoiqu’ainsi anéantie dans cet abime de lumière comme Je néant dans le tout, cette suradorable Majesté Pinstruisait jar son immense et paternelle bonté, sans que sa grandeur fut retenue par aucun obstacle de ce néant.

“ Dans le même attrait et dans la même impression, cette très-sainte Trinité instruisait mon âme de ce qu’elle opère elle-même par communication dans la suprême hiérarchie des anges, savoir: des Chérubins, des Séraphins et des Trônes, leur signifiant ses saintes volontés sans interposition d’aucun espritcréé. Et je voyais distinctement les opérations et les rapports de chacune des divines Personnes dans chacun des chœurs de cette suprème hiérarchie. Je voyais que le Père Eternel habiie dans les Trônes, ce qui m’indiquait la pureté et la solidité de ses pensées éternelles ; que le Verbe par la splendeur de ses lumières se communique aux Chérubins ; que le Saint-Esprit se répand dans les Séraphins et les remplit de ses ardeurs ; qu’enfin toute la très-sainte

lrinité, en Punité de sa divine essence, se commu-

nique à cette supréme hiérarchie, qui ensuite manifeste les volontés divines aux autres esprits célestes selon les ordres qu'elle en recoit, Mon âme était toute perdue dans ces grandes splendeurs, et abimée dans cet immense océan où elle voyait et entendait des choses inexpliquables. I semblait que la divine Majesté se plût à Pilluminer de plus en plus en des choses qui surpassent infiniment la faiblesse de la créature,

‘ [lime fut encore montré que bien que la Divinite alt mis de Ja subordination dans les anges, pour recevoir lPillumination les uns des autres par degrés, néanmoins, lorsqu'il lui plait, elle Les illumine par elle-même selon ses desseins ; ce qu'elle fait aussi en ce monde à quelques âmes choisies. Je comprenais aussi de quelle manière mon âme était créée à l’image de Dieu ; que Ja mémoire avait rapport au Pere Eternel, Pentendement au Fils, et la volonté an Saint-Esprit ; et que de méme que la Très-Sainte Trinité est trine en personne et une par essence, de même aussi lame est trine en ses puissances, et une en sa substance.”

Ce fut dans la vingt-cinquième année de son üge que la bienheureuse Marie reçut cette visite du ciel. Cette extase est une des preuves les plus manifestes de Pesprit surnaturel dont elle était animée ; &t si Pon y joint la pratique des plus sublimes vertus, une angélique humilité, une obéissance sans borne, une

patience etune charité héroïques, on ne peut s'empêcher

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d'y reconnaitre la plénitude de la sainteté. Comment, en eflet, sans un miracle éclatant de la grâce, une une femme,qui m'avait reçu que léducation ordinaire aux personnes de son sexe, aurait-elle pu pénétrer si avant dans les plus incompréhensibles mystères de la foi, et exprimer en termes si claires, si justes, si précis ce que mont pu qu'entrevoir les plus beaux génies, les plus grands théologiens, les Bonaventure, les Thomas d'Aquin, après avoir pâli toute leur vie sur les livres. Un tel prodige déconcerte la prudence humaine, et entraine la conviction.

A la suite de cette vision, la servante de Dicu entra dans une nouvelle phase de la vie intérieure. Pendant longtemps son esprit, tout absorbé dans Pauguste Trinité, ne put se détacher de la contemplation des trois adorables Personnes. Elle en conçut de grandes appréhensions pour son salut, croyant que ce pouvait être quelque illusion de son imagination, où quelque piège de Satan qui se déguisait en ange de lumière pour la retarder dans la vie spirituelle et éloigner de la pratique des vertus. Malgré les assurances réitérées que lui donnait son confesseur, qui, pour calmer ses craintes, ne cessait de lui répéter que ces illuminations venaient d’en haut, elle vivait dans un continuel tremblement, lorsqu'un jour, étant en oraison, plongée dans le doute et la désolation, elle ent dit une voix intérieure qui lui dit : ‘ Demeurelà, comme la colombe dans son nid.” A l'instant

toutes ses craintes se dissipèrent comme de légères

vapeurs aux premiers rayons de l'aurore. La sérénité renaquit dans son âme, et, selon son expression, elle s’endormit dans cet auguste mystère comme dans une couche divine, où elle prenait son repos, et se nourrissait d’une manne céleste.

Cette faveur i'isigne fut comme le dernier prélude et le gage solennel de Palliance que Dieu voulait C'était

l'époux qui venait au-devant de Pépouse, les mains

consommer avec cette âme privilégiée.

chargées des présents les plus rares et Les p'°s précieux, et offrant sa corbeille pleine de couronnes et de fleurs, afin d’achever de captiver le cœur de sa fiancée.

Cependant telle est l’incompréhensible pureté du maitre souverain, qu'après tant d'épreuves et de croix, tant d’alternatives d’espérances et de craintes, tant de témoignages de tendresse et de dévouement, il ne trouvait pas sa créature encore assez purifiée de tout limon terrestre, pour l’admettre immédiatement à l’union suprême. Il 1a laissa languir encore perdant de longs jours, afin d’enfoncer plus avant dans la plaie dont il l’avait blessée au cœur, le dard sacré du saint amour.

Enfin après qu’elle eût passé par de nouvelles croix et de nouvelles épreuves, par des frayeurs et des tentations plus terribles que toutes les précédentes, après s'être vue descendre, au moment de recevoir la plus grande de toutes les grâces, jusqu’au fond de Pabime, plongée dans un délaissement et un abandon com-

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plet, le Seigneur daigna se laisser fléchir, et convier son épouse, couronnée de toutes les vertus, à l’ineffable honneur du céleste hyménée. Ce fut dans la vingt-septième année de son âge que la grande servante de Dieu reçut cette faveur, la plus sublime qui puisse être départie ici-bas à une créature mortelle. Voici lincomparable récit qu’ell# nous en a laissé elle-même.

“ Un matin que j'étais en oraison, Dieu absorba mon esprit en lui par un attrait extraordinairement puissant. Je ne sais en quelle posture demeura mon corps en ce moment. La vue de la très-sainte Trinité me fut encore communiquée, et ses opérations manifestées, mais d’une façon plus élevée et plus distincte. L’impression que J'en avais eue la première fois avait opéré son principal eflet dans lentendement ; et il me semble que la divine Majesté ne me l’avait faite que pour minstruire et me disposer à ce qu’elle voulait m’accorder plus tard. Mais ici, quoique Pentendement fût autant et peut-être plus éclairé qu'auparavant, la volonté prédomina, parce que la grace présente était toute pour l’amour et par l’amour. de voyais les communications internes des trois Personnes, comme je les avais vues la première fois, mais Je fus bien plus amplement instruite de la génération éternelle du Verbe. O que ce mystère est ineflable ! que le Père se contemplant engendre un autre lui-même, qui est son image et son Verbe ; que

cette génération ne cesse point, que ce Verbe soit

égal à son Père en puissance, en grandeur, en majesté ; et que le Père et le Verbe par leur amour mutuel produisent cet Esprit d'amour qui leur est pareillement égal en tout, cette vue a quelque chose de la vraie béatitude, parce que non seulement on connait Dieu, mais encore on en jouit par une fruition amoureuse* dont l’âme est nourrie d’une manivre ineffable.

‘ Etant donc tout abimée en la contemplation de cette suradorable Majesté, je lui .:ndais mes adorations et mes hommages, et je confessais ma bassesse, lorsque tout-à-coup J'oubliai la personne du Père et celle du Saint-Esprit et me trouvai absorbée en celle du Verbe divin qui s’empara de mon âme. Se voyant si riche par la jouissance de son bien infini, elle voulait tout pour lui et rien pour elle ; n’añuant rien que d’être dénuée de tout, et heureuse de pouvoir le posséder lui seul. O que cette jouissance est délicieuse ! C’est un labyrinthe d’amour, on en est enivré et saintement enchanté. L’on ne sait ce qu’on est, ni si l’on est, parce qu’on se trouve perdu dans cet océan d'amour. Par petits moments, je me connaissais et un rayon de lumière me donnait la vue du Père et du Saint-Esprit. Aussitôt je faisais des actes d’adoration, de soumission et d'amour; puis, sans que je men aperçusse, je me retrouvais en union avec le Verbe, où j'étais perdue comme auparavant. Mais bien que je sentisse opérer le Verbe en moi, je’

ne sortais point de l’unité de l’essence. Mon esprit

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apercevait les opérations appropriées à chacune des trois Personnes divines. Lorsque le Verbe divin optrait en moi, le Père et le Saint-Esprit regardaient son opération, et tout cela n’empêchait pas lPunité du principe agissant qui était le même dans les trois Personnes. Ce fut alors que j’expérimentai que le Verbe est véritablement lPEpoux de Pâme. Ce mystère est un abime si profond, que tout ce qu’on peut en dire n’approche point de la réalité. Il me faudrait Pintelligence des Séraphins pour pouvoir dire ce qui se passa dans cette extase et ce ravissement. L’ame expérimente sans cesse ce moteur gracicux qui, dans cette alliance spirituelle, à pris possession d'elle, Pembrase et la consume d’un feu sacré si doux et si agréable qu’il lui fait chanter un épithalame sans fin. Les livres ni l’étude n’en peuvent révéler les paroles, car elles sont toutes célestes et toutes divines. Enfin je n’ai jamais ressenti une plus grande grâce, et je ne pense pas en jamais recevoir une plus grande en cette vie. Je n’y saurais penser sans une nouvelle émotion de cœur, et le sentiment en est toujours demeuré dans mon ame, Ce mot, VERBE ÊTERNEL, nest une nourriture qui me remplit sans cesse, et un parfum dont

mon âme est continuellement embaumée.??

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